June Jordan

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June Jordan
Naissance
Harlem, New York, États-Unis
Décès (à 65 ans)
Berkeley, California, États-Unis
Pays de résidence Etats-Unis
Profession
Poétesse
Auteur
Genres

June Millicent Jordan ( - ) est une poétesse, essayiste, enseignante et militante bisexuelle africaine-américaine d'origine jamaïcaine. Dans ses écrits, elle explore les questions de genre, de race, d'immigration et de représentation[1],[2].

June Jordan utilise l'anglais vernaculaire afro-américain (AAE ou Black English) dans ses écrits et sa poésie, prônant le fait de se l'approprier, de le considérer comme sa propre langue et comme un outil important pour exprimer la culture noire[3].

Elle a été intronisée en 2019 au National LGBTQ Wall of Honor (en) au sein du Stonewall National Monument.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jordan est née en 1936 à Harlem, New York, seule enfant de parents immigrés jamaïcains, Granville Ivanhoe et Mildred Maud Jordan[4]. Son père est un employé des postes de l'USPS et sa mère infirmière à temps partiel[5]. Quand elle a cinq ans, sa famille déménage dans le quartier Bedford-Stuyvesant à Brooklyn. Elle commence à écrire de la poésie à l'âge de 7 ans.

Jordan raconte son enfance difficile dans Soldier: A Poet's Childhood, publié en 2000. Elle y explore sa relation compliquée avec son père, qui l'a encouragée à lire et à mémoriser des passages de textes classiques, mais qui la battait au moindre faux pas[6]. Dans On Call: Political Essays[7]', elle parle du suicide de sa mère.

Après le lycée[4], June Jordan intègre la Northfield Mount Hermon School (en), une école préparatoire d'élite en Nouvelle-Angleterre[8]. Tout au long de son éducation, Jordan a été « complètement immergée dans un univers blanc »[9] en fréquentant des écoles à prédominance blanche ; mais elle a malgré tout réussi à développer son identité en tant qu'américaine noire et écrivaine. En 1953, elle obtient son diplôme d'études secondaires et s'inscrit au Barnard College de New York[1].

Dans son livre Civil Wars en 1981, elle écrit ce qu'elle pense de Barnard College :

Personne ne m'a jamais présenté un seul auteur, poète, historien, personnage ou même une idée noir. On ne m'a pas non plus donné une seule femme à étudier en tant que penseuse, écrivaine, poétesse ou force de vie. Rien de ce que j'ai appris ici n'a atténué mon sentiment de douleur ou de confusion et d'amertume par rapport à mes origines : ma rue, ma famille, mes amis. Rien ne m'a montré comment je pourrais essayer de modifier les réalités politiques et économiques qui sous-tendent notre condition noire en Amérique blanche[10].

Elle préfère donc quitter l'université avant d'obtenir son diplôme. June Jordan émerge en tant que poétesse et militante politique lorsque des écrivaines noires commencent à se faire entendre, dans les années 1960 et 1970 [11].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Au Barnard College, June Jordan rencontre Michael Meyer, étudiant à l'Université Columbia qu'elle épouse en 1955[1]. En 1958, elle donne naissance à leur fils, Christopher David Meyer et l'élève seule après leur divorce en 1965. Elle s'identifie comme bisexuelle dans ses écrits[12].

Carrière[modifier | modifier le code]

Le premier livre publié par June Jordan, Who Look at Me (1969), est un recueil de poèmes pour enfants. Elle en a écrit 27 autres au cours de sa vie. Deux autres ont été publiés à titre posthume: Directed By Desire: The Collected Poems of June Jordan (Copper Canyon Press, 2005) et une réédition du recueil de poésie SoulScript.

Jordan a commencé sa carrière d'enseignante en 1967 au City College de New York. Entre 1968 et 1978, elle a enseigné à l'Université de Yale, au Sarah Lawrence College et au Connecticut College. Elle est devenue directrice du Poetry Center de SUNY à Stony Brook et y a été professeure d'anglais de 1978 à 1989. De 1989 à 2002, elle a été professeure titulaire dans les départements d'anglais, d'études des femmes et des études afro-américaines de l'Université de Californie à Berkeley.

Le «Black English»[modifier | modifier le code]

June Jordan s'est engagée à respecter l'anglais vernaculaire afro-américain (AAVE ou Black English) et son utilisation. Dans son article Nobody Mean More to Me Than You and the Future Life of Willie Jordan [3], elle critique la vitesse avec laquelle l'usage de l'AAVE a été regardé de haut. Elle dénonce « l'anglais blanc » comme forme standard du langage, affirmant que contrairement à d'autres pays, où les étudiants sont autorisés à apprendre dans leur langue tribale, « l'enseignement obligatoire en Amérique oblige à s'adapter aux formes exclusivement blanches de "l'anglais" ».

Décès et héritage[modifier | modifier le code]

June Jordan est morte d'un cancer du sein à son domicile de Berkeley, en Californie, le 14 juin 2002, à l'âge de 65 ans[1]. Peu de temps avant sa mort, elle a terminé Some of Us Did Not Die, son septième recueil d'essais politiques. Il a été publié à titre posthume. Elle y décrit comment son mariage précoce avec un étudiant blanc au Barnard College l'a plongée dans les troubles raciaux de l'Amérique dans les années 1950 et l'a mise sur la voie de l'activisme social [13].

En 2004, la Small School for Equity à San Francisco a été renommée la June Jordan School for Equity (en). C'est une classe qui a choisi ce nom à travers un processus démocratique de recherche, de débat et de vote[14]. Une salle de conférence a également pris son nom à l'Université de Californie.

En juin 2019, June Jordan est l'une des cinquante premiers « pionniers, pionniers et héros » américains à être intronisé au National LGBTQ Wall of Honor (en) LGBTQ Wall of Honor du Stonewall National Monument (SNM) dans le Stonewall Inn à New York[15],[16]. Le SNM est le premier monument national américain dédié aux droits et à l'histoire des LGBT [17] et devait être dévoilé lors du 50e anniversaire des émeutes de Stonewall[18].

Honneurs et récompenses[modifier | modifier le code]

June Jordan a reçu de nombreux honneurs et récompenses, dont une bourse Rockefeller d'écriture créative en 1969-1970, une bourse Yaddo (en) en 1979, une bourse National Endowment for the Arts en 1982 et le Achievement Award for International Reporting de la National Association of Black Journalists en 1984 . Elle a également remporté le Lila Acheson Wallace (en) Reader's Digest Writers Award de 1995 à 1998, ainsi que le Ground Breakers-Dream Makers Award de Woman's Foundation (en) en 1994.

En 2005, Directed by Desire: Collected Poems, une collection posthume de son travail, a dû concourir (et a gagné) dans la catégorie « Poésie lesbienne » aux Lambda Literary Awards, même si June Jordan s'identifiait comme bisexuelle. Cependant, au terme d'une campagne menée par BiNet USA pendant plusieurs années, le prix littéraire a fini par se doter d'une catégorie bisexuelle, à partir de 2006

Accueil[modifier | modifier le code]

L'autrice Toni Morrison a écrit :

Dans un journalisme politique qui coupe comme des rasoirs dans des essais qui soufflent l'obscurité de la confusion avec une lumière implacable ; dans la poésie qui regarde d'aussi près les bourgeons des lilas que la bouche de la mort... [Jordan] a réconforté, expliqué, décrit, lutté, enseigné et nous a fait rire avant de nous faire pleurer... Je parle d'une période de quarante ans d'activisme infatigable couplé à et alimenté par un art sans faille[19].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Who Look at Me, Crowell, 1969, OCLC 22828
  • Soulscript (éditeur), Doubleday, 1970, OCLC 492067711
  • The Voice of the Children, Holt, Rinehart et Winston, 1970 (co-éditeur), OCLC 109494
  • Some Changes, Dutton, 1971, OCLC 133482
  • His Own Where, Feminist Press, (ISBN 978-1-55861-658-5, lire en ligne)
  • Dry Victoires, Holt, Rinehart et Winston, 1972.
  • Fannie Lou Hamer, Crowell, 1972.
  • New Days: Poems of Exile and Return, Emerson Hall, 1974.
  • Nouvelle vie, Crowell, 1975.
  • Things That I Do in the Dark: Selected Poem, 1954-1977, Random House, 1977.
  • Passion, Beacon Press, 1980.
  • Kimako's Story, Houghton Mifflin, 1981.
  • Guerres civiles, Beacon Press, 1981.
  • Civil Wars, Simon and Schuster, (ISBN 978-0-684-81404-9, lire en ligne)
  • Living Room: New Poems, Thunder's Mouth Press, 1985.
  • On Call: Political Essays, South End Press, 1985.
  • Lyrical Campaigns: Selected Poems, Virago, 1989.
  • Moving Towards Home, Virago, 1989.
  • Naming Our Destiny, Thunder's Mouth Press, 1989.
  • Technical Difficulties: African-American Notes on the State of the Union, Pantheon Books, 1992.
  • Technical Difficulties: New Political Essays.
  • Haruko: Love Poems, High Risk Books, 1994.
  • I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, Scribner, 1995.
  • June Jordan's Poetry for the People: A Revolutionary Blueprint, Taylor & Francis, (ISBN 978-0-415-91168-9, lire en ligne)
  • Kissing God Goodbye, Anchor Books, 1997.
  • Affirmative Acts: Political Essays, Anchor Books, 1998.
  • Soldier: A Poet's Childhood, Basic Civitas Books, (ISBN 978-0-465-03682-0, lire en ligne)
  • Some of Us Did Not Die, Basic Civitas Books, (ISBN 978-0-465-03693-6, lire en ligne)
  • Soulscript: A Collection of Classic African American Poetry, Random House Digital, Inc., (ISBN 978-0-7679-1846-6, lire en ligne) (éditeur, réimpression)
  • Directed by Desire: The Complete Poems of June Jordan (Copper Canyon Press, 2005) (édité par Jan Heller Levi (en) et Sara Miles),

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Darlene Clark Hine, Black Women in America, Oxford, 2nd, (ISBN 0195156773, OCLC 57506600, lire en ligne), 170
  2. Keating, « Jordan, June » [archive du ], glbtq.com, (consulté le 16 octobre 2011)
  3. a et b June Jordan, Nobody Mean More to Me Than You And the Future Life of Willie Jordan, , 12 p.
  4. a et b Hine, Black Women in America, 2nd, (lire en ligne), 169
  5. (en) Dinitia Smith, « June Jordan, 65, Poet and Political Activist », New York Times,‎ (lire en ligne)
  6. Jordan, June. Soldier: A Poet's Childhood, New York, NY: Basic Civitas Books. 2000.
  7. June Jordan, On Call: Political Essays, Boston, South End Press, (ISBN 0-89608-269-5)
  8. Hine, Black Women in America, 2nd, , 169–70 p. (lire en ligne)
  9. Margaret Busby, "Obituary", The Guardian (Royaume-Uni), June 20, 2002.
  10. June Jordan, Civil Wars, New York, Touchstone, (ISBN 0807032328, lire en ligne), 100
  11. (en-US) Dinitia Smith, « June Jordan, 65, Poet and Political Activist », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le 3 mars 2018)
  12. (en) June Jordan, On Bisexuality and Cultural Pluralism in Affirmative Acts, , 132 p. (ISBN 978-0385492256)
  13. June Jordan biography, biography.com. Retrieved August 4, 2015.
  14. « San Francisco Unified School District, Superintendent's Proposal », (consulté le 25 janvier 2018)
  15. Glasses-Baker, « National LGBTQ Wall of Honor unveiled at Stonewall Inn », www.metro.us, (consulté le 28 juin 2019)
  16. (en) SDGLN, « National LGBTQ Wall of Honor to be unveiled at historic Stonewall Inn », San Diego Gay and Lesbian News, (consulté le 21 juin 2019)
  17. (en) Laird, « Groups seek names for Stonewall 50 honor wall », The Bay Area Reporter / B.A.R. Inc., (consulté le 24 mai 2019)
  18. Sachet, « Stonewall 50 », San Francisco Bay Times, (consulté le 25 mai 2019)
  19. Junejordan.com

Liens externes[modifier | modifier le code]