Interprétation de conférence

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Interprètes de conférence en cabine dans l'hémicycle du Parlement européen

L'interprétation permet à des personnes ne parlant pas la même langue de communiquer, dans le contexte d'une rencontre informelle, d'une conférence, d'un tribunal, d'une démarche administrative, etc.

À la différence des traducteurs qui travaillent sur l'écrit, les interprètes doivent restituer aussi rapidement que possible des messages fugitifs, avec peu de temps pour la réflexion et la recherche de style.

Modes d'interprétation[modifier | modifier le code]

Deux interprètes permettent à Vladimir Putin (russe), Mouammar Kadhafi (arabe) et Mireille Mathieu (français) de discuter ensemble (2008).
  • L'interprétation « de liaison » se caractérise par son cadre informel (réunions de travail, visites…). L'interprète travaille la plupart du temps sans prendre de notes, en mémorisant de courts passages et en les restituant dans la langue d'arrivée.
  • Dans l'interprétation consécutive, l'interprète reproduit l'intégralité du discours une fois l'intervention terminée, en se servant éventuellement de notes simples, souvent des signes (type pictogramme) si possible détachés d'un système linguistique. En raison des contraintes de temps, il est rare que cette technique soit utilisée lorsqu'il y a plus de deux langues actives.
  • Dans l'interprétation simultanée, l'interprète, installé dans une cabine insonorisée en général équipée d’une console spéciale, entend à travers des écouteurs le discours tout en traduisant oralement au fur et à mesure dans un microphone.
    • Lorsque de nombreuses langues sont parlées et interprétées, le matériel permet aux interprètes de traduire en relais. Lorsqu'ils ne peuvent traduire la langue de l'orateur, ils travaillent à partir de l'interprétation vers une des langues de travail communes.
    • Certaines combinaisons linguistiques présentent des difficultés particulières. Par exemple, l'information essentielle pour commencer une phrase en français ne vient souvent qu'à la fin d'une phrase en allemand (verbe, négation etc.), ce qui fait qu'il faut parler avec une phrase entière de décalage par rapport à l'original, ce qui n'est pas obligatoirement le cas entre deux langues romanes.
  • Le chuchotage est une variante de l'interprétation simultanée sans dispositif technique. L'interprète suit les interventions en salle et traduit en chuchotant à l'oreille de son ou sa délégué(e).

L'interprétation en langue des signes est utilisée pour la communication entre sourds et entendants. Elle se fait en simultanée ou en consécutive.

Compétences de l'interprète[modifier | modifier le code]

L'interprète assure une restitution aussi fidèle que possible des interventions dans les différentes langues. Il doit faire preuve de souplesse, de culture, de capacité d'analyse et d'une parfaite maîtrise des langues concernées.

Comme le traducteur, l'interprète doit comprendre les deux langues dans lesquelles il travaille et les significations secondaires de leurs énoncés. Il ne peut pas limiter le texte (oral ou écrit) à son sens littéral, mais doit conserver fidèlement les sens cachés du discours original, sans introduire d'associations importunes qui le parasiteraient dans la langue de traduction.

Dans tout discours, une partie du message n'est pas énoncé mais demeure implicite. L'interprète doit donner un équivalent en s'appuyant sur une solide culture générale et en insérant çà et là les pièces spécifiques du sujet abordé. Plus importante encore est la capacité à saisir l'intention de l'orateur au-delà des simples mots. Dans un environnement multilingue, cela exige une connaissance intime non seulement des langues, mais des cultures représentées ainsi que de leurs différences. Dans une réunion multilingue, les interprètes œuvrent ainsi pour qu’elle se déroule comme si chacun parlait la même langue.

Même dans des conditions normales, cette tâche est relativement ardue. Si l'on y ajoute les difficultés de la matière traitée, les textes lus à la plus grande vitesse possible, les discours d'orateurs étrangers à la syntaxe approximative, les incidents liés au dispositif technique comme les bruits et chocs autour du microphone de l'orateur ou les accidents de contrôle du système, qui perturbent l'intelligibilité de ce qu'il entend, elle devient un exercice extrêmement éprouvant.

Du fait de l'intense niveau de concentration requis, les interprètes travaillent à deux et se relaient toutes les 20-30 minutes. Une bonne équipe se partagera le travail, l'interprète en pause préparant par exemple les documents traités en séance pour son collègue.

En règle générale, les interprètes traduisent à partir d'au moins trois langues vers leur langue maternelle. Dans certains cas, ils assurent aussi une interprétation à partir de leur propre langue vers une autre langue.

Contextes et langues de travail[modifier | modifier le code]

Lors d'une réunion, les participants peuvent s'exprimer dans l'une des langues passives, à partir desquelles l'interprétation est assurée. Ils peuvent suivre les débats à travers un système de diffusion sur écouteurs sur un ou plusieurs canaux correspondant aux langues actives, vers lesquelles l'interprétation est prévue. Lorsque le nombre de langues passives est différent de celui des langues actives on parle de couverture linguistique asymétrique.

Les réunions ont lieu presque toujours dans des salles équipées de cabines d'interprétation simultanée. Les interprètes y travaillent par équipes de deux minimum par langue active, trois dans une réunion comptant au moins six langues passives. Dans certains cas, ils assurent une interprétation bi-active, vers leur propre langue et « retour » vers une autre langue.

Lorsque l’interprétation n’est pas possible en direct, on a recours au relais, c’est-à-dire à l’interprétation par l'intermédiaire d'une troisième langue : la langue source (par exemple le japonais) est d'abord interprétée vers une langue cible (par exemple l'anglais) appelée langue-pivot, puis les interprètes vers une ou plusieurs autres langues cibles (par exemple le français, l'espagnol etc.) travaillent à partir de cette langue-pivot.

L’interprétation dans les institutions internationales[modifier | modifier le code]

La possibilité de communiquer pour des personnes ne partageant pas la même langue est une condition indispensable au fonctionnement de toutes les institutions internationales.

Certaines d'entre elles adoptent des langues de travail, que tous les délégués doivent maîtriser. S'il y en a plusieurs, l'interprétation est assurée de et vers toutes ces langues. L'interprétation est également nécessaire pour inviter des personnes qui ne pourraient ou ne voudraient pas s'exprimer dans une autre langue que la leur.

L'Unesco[modifier | modifier le code]

Si le français et l’anglais sont les deux langues de travail de l’UNESCO, l’arabe, le chinois, l’espagnol et le russe en sont aussi des langues officielles. L'interprétation est assurée de et vers ces langues[1]

L'Union européenne[modifier | modifier le code]

Depuis le 1er janvier 2007, les langues de travail de l’Union européenne sont au nombre de 23 : français, allemand, anglais, danois, espagnol, estonien, finnois, grec, hongrois, italien, letton, lituanien, maltais, néerlandais, polonais, portugais, slovaque, slovène, suédois, tchèque et les trois nouvelles langues : l'irlandais le bulgare et le roumain.

En effet, la possibilité pour chacun d’exprimer exactement ce que l’on souhaite dans sa langue maternelle et de comprendre parfaitement ce que disent les autres est indispensable au fonctionnement de toutes les institutions internationales. Donner à chaque participant autour de la table la possibilité de s'exprimer dans sa langue maternelle est une exigence fondamentale de la légitimité démocratique de l'Union européenne. Dans de nombreux cas, les actes juridiques résultant des discussions auront un effet immédiat et direct sur la vie des citoyens. Il ne doit y avoir aucun obstacle à la compréhension et à l'expression d'idées lors des réunions. Les citoyens d'Europe ne doivent pas être représentés à Bruxelles par leurs meilleurs linguistes : ils doivent pouvoir envoyer leurs meilleurs experts[2].

La Direction Générale de l'Interprétation, (aussi connue comme SCIC – Service Commun Interprétation-Conférences[3]) est le plus grand service d'interprétation du monde. Il assure l'interprétation pour plus de 11 000 réunions par an. Comme son nom l'indique, c'est un service commun qui assure une interprétation de qualité élevée, à Bruxelles et ailleurs dans le monde, pour la Commission européenne, le Conseil de l'Union européenne (officieusement appelé « Conseil de ministres »), le Comité économique et social, le Comité des régions, la Banque européenne d'investissement et d'autres organes de l'Union européenne.

Cabine d'interprètes au Parlement européen à Strasbourg

La DG Interprétation permet une communication multilingue entre intervenants, ce qui est au cœur du processus décisionnel de la Communauté. Quant aux textes écrits, le service de traduction de la Commission européenne en assure la traduction officielle. Ainsi, la DG interprétation met à disposition des interprètes pour une cinquantaine de réunions par jour. Les régimes linguistiques de ces réunions varient considérablement. Cela va de l'interprétation consécutive à deux langues, qui requiert la présence d'un interprète, à l'interprétation simultanée vingt vers vingt.

Au Parlement européen, la Direction de l'Interprétation assure toutes ses réunions : séances plénières à Strasbourg ou à Bruxelles, commissions parlementaires et groupes politiques à Bruxelles et dans d'autres villes européennes et délégations parlementaires pour les relations avec les pays tiers. Elle recrute également des interprètes pour la Cour des Comptes et les services de la Commission européenne installés à Luxembourg, siège du secrétariat du Parlement Européen.

Cabine d'interprètes en salle d'audience à la Cour de justice de l'Union européenne

À la Cour de justice, dont le siège est à Luxembourg, la Direction de l'interprétation assure l'interprétation des audiences devant les trois juridictions (Cour de justice, Tribunal de première instance et Tribunal de la Fonction Publique) ainsi que des autres réunions (séminaires pour magistrats, visites d'information ou protocolaires)[4].

La DG Interprétation et les services d'interprétation du Parlement européen et de la Cour de justice sont responsables de la communication multilingue dans les réunions, principalement par l'interprétation simultanée, pour un coût total d'environ un demi-euro par an par citoyen européen. La DG Interprétation coûte au contribuable 0,28 euros par citoyen par an.

Les experts-interprètes auprès des tribunaux[modifier | modifier le code]

Les interprètes et traducteurs chargés d'assurer le respect du droit des témoins et personnes mises en cause à comprendre les débats et à communiquer dans une langue qu'ils comprennent sont officiellement désignés en France sous le nom d'experts-interprètes ou d'interprètes assermentés. Cette spécialité soumise à des contraintes et obligations particulière est organisée par des lois depuis le XIXe siècle, bien que ses origines remontent deux cents ans au moins auparavant[5].

Les tribunaux internationaux comme la Cour de justice européenne et la Cour pénale internationale ont un besoin constant d'interprètes et de traducteurs, tant pour l'instruction des dossiers que pour les audiences.

Association internationale des interprètes de conférence (AIIC)[modifier | modifier le code]

De nombreux interprètes indépendants et fonctionnaires sont membres de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence.

Elle rassemble aujourd'hui plus de 2 600 interprètes de conférence professionnels établis dans plus de 80 pays. L’association a pour but de représenter l’ensemble de la profession.

Historique / interprètes célèbres[modifier | modifier le code]

Des exemples historiques tels que la Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies et la Dépêche d'Ems montrent l'importance de l'interprétation.

Vu sa place privilégiée, l'interprète placé à un haut niveau de décision politique peut être tenté d'influer sur le cours de l'Histoire. Ce fut le cas d'interprètes devenus célèbres comme la Malinche qui servit d'interprète entre Moctezuma II et Hernan Cortés (voir héroïne ou traîtresse ? (en)). Il faut citer également Melchorejo son prédécesseur.

Ce ne fut cependant pas le cas de Paul-Otto Schmidt, ancien interprète d'Adolf Hitler devenu plus tard directeur de l’institut d’interprètes munichois SDI (Sprachen- und Dolmetscherinstitut).

Les interprètes travaillant pour le Tribunal militaire international de Nuremberg et pour le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient ont formé l'élite de la profession et ont constitué les équipes initiales des grandes institutions internationales[6].

Bien plus récemment, Danica Seleskovitch, qui a « fait » l'École supérieure d'interprètes et de traducteurs de Paris (ESIT), lui donnant ses lettres de noblesse, sa réputation, et ses émules. Créatrice, interprète, auteur d'ouvrages sur la profession, elle a œuvré sans relâche pour valoriser ce métier, obtenant des fonds pour accueillir des étudiants du monde entier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Travailler à l’UNESCO comme traducteur ou interprète, consulté le 11/12/2013.
  2. Documentation sur l'interprétation sur le site de la Commission européenne
  3. Présentation multilingue de la DG Interprétation / SCIC sur le site de la Commission européenne.
  4. Présentation de la direction de l'interprétation sur le site de Cour de justice de l'Union européenne. Consulté le 7 mars 2012.
  5. Josep Peñarroja, « Histoire des experts traducteurs et interprètes », Traduire, no 228,‎ , p. 221-224 (lire en ligne).
  6. Tryuk 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

monographies
  • Claude Piron, Le défi des langues : du gâchis au bon sens, Paris, L'Harmattan,
  • Xavier Combe, L'anglais de l'Hexagone : constats et réflexions d'un interprète de conférence, Paris, L'Harmattan,
chapitres et articles
  • Małgorzata Tryuk, « Figures de l'interprète, rôles de l'interprête », Acta Universitatis Wratislviensis, Wrocław, no 3389,‎

Liens externes[modifier | modifier le code]

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