La Malinche

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La Malinche
Cortez & La Malinche.jpg
La Malinche traduisant le langage des mexicas à Cortés. Lienzo Tlaxcala XVe siècle.
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Vallée de Mexico, Tabasco (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
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La Malinche (vers 1496 - vers 1529 ou 1551), également appelée Malinzin (en nahuatl) et Doña Marina (ainsi que les conquistadors espagnols la baptisèrent), était une femme amérindienne, originaire d'une ethnie nahua du Golfe du Mexique et devenue esclave d'un cacique maya du Tabasco. Offerte en avril 1519 à des conquistadors espagnols, elle devint la maîtresse de leur chef, Hernán Cortés, avec qui elle eut un fils, et assuma auprès de lui un rôle déterminant dans la conquête espagnole du Mexique en tant qu’interprète, conseillère et intermédiaire. De nos jours, au Mexique, La Malinche est une figure très vivace qui représente différents aspects contradictoires : elle est à la fois le symbole de la trahison, la victime consentante et la mère symbolique du peuple mexicain moderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Elle naquit vers 1502 dans l’isthme de Tehuantepec, au sud du Mexique. Très peu de choses sont connues sur les origines de La Malinche. La plupart de ce que les historiens pensent connaître à propos de sa vie, nous a été transmis par les récits du conquistador Andrés de Tapia, par le biographe « officiel » de Cortés, Gómara, et surtout, par les chroniques de Díaz del Castillo. Sa version de ses origines est un récit pittoresque qui semble trop romantique et biblique pour être entièrement crédible, bien qu’il n’y ait aucune preuve infirmant cette histoire. D’après Díaz, La Malinche était l’aînée du seigneur de Paynala (près de l’actuelle Coatzacoalcos, alors à la « frontière » entre l’empire aztèque et les Mayas du Yucatán). Après la mort de son père durant sa jeunesse, sa mère se remaria et donna naissance à un fils. Devenue gênante, elle aurait été vendue ou donnée à des marchands d’esclaves mayas de Xicalango, un important centre commercial, situé le long de la côte, plus au sud et plus à l’est. À un moment donné, elle fut vendue ou donnée de nouveau, et emmenée à Potonchan, où elle fut finalement donnée aux Espagnols.

La conquête du Mexique[modifier | modifier le code]

La Malinche

La Malinche fut introduite aux Espagnols en , quand elle leur fut donnée avec vingt autres esclaves par les Mayas Chontal de Potonchan (aujourd’hui dans l’État du Tabasco). Son âge est inconnu, mais il semblerait qu’elle ait eu environ vingt ans (à cinq ans près) dans la mesure où elle était probablement très belle. Bernal Díaz del Castillo la décrit d’ailleurs dans ces termes[1] : « Doña Marina était de bel aspect, insinuante et fort alerte ». Cortés la donna à Alonso Hernández Puertocarrero, le membre de son expédition de plus noble naissance[2]. Cependant, peu de temps après, Puertocarrero fut envoyé en Espagne en tant qu’émissaire de Cortés auprès du roi Charles V, et Cortés, conscient de son utilité et séduit par sa beauté, la garda avec lui.

La Malinche et Cortès

D’après des sources espagnoles et indigènes, la jeune femme commença à faire l’interprète en quelques semaines. Elle traduisait entre le nahuatl (la lingua franca du centre du Mexique) et la langue maya yucatèque qui était comprise par le prêtre espagnol Gerónimo de Aguilar car il avait passé plusieurs années en captivité parmi les Mayas à la suite d'un naufrage. À la fin de l’année, quand les Espagnols s’étaient installés dans la capitale aztèque de Tenochtitlan, la jeune femme (maintenant appelée « Malintzin » par les Indiens) connaissait suffisamment d’espagnol pour traduire directement les conversations entre Cortés et l’empereur, Moctezuma II (Aztèques). Les Indiens se mirent à appeler Cortés « Malintzin », sans doute une indication de l’intimité entre les deux. Après la chute de Tenochtitlan vers la fin de 1521 et à la naissance de son fils Don Martín Cortés, La Malinche disparaît de la scène politique, jusqu’à la désastreuse expédition de Cortés au Honduras de 1524 à 1526. Elle servit encore d’interprète, ce qui suggère qu’elle connaissait les dialectes mayas autres que le Chontal et le Yucatecan. C’est dans les forêts centrales du Yucatán qu’elle se maria à Juan Jaramillo, un riche conquistador, compagnon de Cortés, dont elle eut une fille, María, née en 1526.

Sa mort, comme beaucoup d’événements de son existence, demeure une énigme : elle disparaît sans laisser de trace en 1528 : abandonnée par son mari, assassinée ou bien victime d’une épidémie ? La date de sa mort (1529 ?) reste de même incertaine. Son mari, quant à lui, épouse en deuxièmes noces Beatriz de Andrade en 1529 ou 1530.

Rôle de La Malinche dans la conquête du Mexique[modifier | modifier le code]

La Malinche interprète dans les discussions entre Taxcaltecans et Hernan Cortes.

Pour les conquistadors, disposer d’un interprète de confiance était très important, mais il existe de nombreuses preuves que le rôle et l’influence de La Malinche furent bien plus importants. Bernal Díaz del Castillo, un soldat qui, dans sa vieillesse, fit de la conquête une narration exhaustive, s’appuyant sur des témoignages directs, la Verdadera Historia de la Conquista de la Nueva España (« La Véritable Histoire de la Conquête de la Nouvelle-Espagne »), décrit toujours avec respect la grande Dame Doña Marina (il emploie toujours le titre honorifique de Doña). « Sans l’aide de Doña Marina » écrit-il, « nous n’aurions pas compris la langue de Nouvelle-Espagne et du Mexique ». Rodríguez de Ocana, un autre conquistador, raconte l’affirmation de Cortés selon laquelle, après Dieu, Marina était la raison principale de son succès. Les témoignages indiens sont encore plus intéressants, tant par les commentaires sur son rôle que par la place qu’elle occupe dans les fresques réalisées sur des événements de la conquête. Dans la Lienzo de Tlaxcala par exemple, non seulement Cortés est rarement représenté sans La Malinche à ses côtés, mais celle-ci est montrée plusieurs fois seule, semblant diriger les événements de sa propre autorité…

Origine du nom de La Malinche[modifier | modifier le code]

De très nombreuses inconnues demeurent autour de La Malinche, à commencer par son nom qui a changé au long de la vie de ce personnage. À sa naissance, elle a reçu le nom "Malinalli" ou "Malinali", à l'honneur de la déesse de l'herbe. Ensuite, sa famille a ajouté le nom "Tenepal" qui signifie "qui parle avec beaucoup vitalité"[3],[4]

Quand elle est devenue esclave, Cortés a insisté pour que les vingt jeunes filles esclaves fussent baptisées avant qu'elles fussent distribuées parmi les capitaines espagnols pour satisfaire leurs désirs. À ce moment-là, La Malinche se vit attribuer le nom espagnol « Marina », auquel les soldats de Cortés ont ajouté le titre de "Doña", qui signifie "dame"[5]. Par contre, nul ne sait si « Marina » fut choisi pour sa ressemblance Phonétique avec son premier nom ou s’il fut choisi au hasard parmi les prénoms féminins espagnols courants de l’époque.

De même, « Malintzin » vient sans doute d’une erreur de prononciation de « Marina » de la part des Nahuas, auxquels ils auraient ajouté le suffixe « -tzin » et ils l'utilisaient pour nommer les deux, Cortés et Marina, parce que lui parlait à travers d'elle[5]. Malitzin peut être traduit comme "noble prisionnier", une possibilité raisonable dû a sa double naissance et sa première relation avec l'expedition de Cortés. De la même façon, « Malinche » est très probablement la déformation par les espagnols de « Malintzin ».

Comme résultat de toutes les variations du nom de La Malinche, il est possible de penser que son nom préféré était "Marina" ou "Doña Marina", car elle l'a choisi et ce nom n'est pas chargé des connotations péjoratives qui ont caractérisé le nom "Malinche" après sa mort[6].

À ce jour, le terme Malinchismo est utilisé au Mexique pour faire référence de manière péjorative aux personnes qui préfèrent un style de vie différent de leur propre culture locale, ou qui ont une vie influencée par une culture étrangère.[7].

Pour les historiens, La Malinche a sauvé son peuple des aztèques, qui avaient une hégémonie au long du territoire mexicain et demandaient tributs aux personnes qui y habitaient. Elle est aussi reconnue pour apporter le christianisme au "Nouveau Monde", et pour son influence humaniste sur le comportement de Cortés pendant la conquête. Cependant, il est argumenté que, sans l'aide de La Malinche, la conquête des aztèques n'aurait pas été si rapide, ce qui les avait donné le temps de s'adapter aux nouvelles technologies et méthodes de guerre. De ce point de vue, Marina est vue comme une personne qui a trahi les peuples indigènes[4].

Figure de La Malinche dans le Mexique contemporain[modifier | modifier le code]

Alijeo Barajas, déguisé en « Llorona » dans un film, The Mexican Dream, 2003.

De nos jours, le mot « malinchista » est utilisé au Mexique pour identifier les compatriotes qui ont trahi leurs origines et leur pays : ceux qui mélangèrent leur sang et leur culture avec les Européens et les autres influences étrangères. Certains historiens pensent que La Malinche sauva son peuple[réf. nécessaire] : sans quelqu’un qui était capable de traduire les échanges mais également qui conseillait les deux camps de la négociation, les Espagnols auraient été encore plus violents et destructeurs durant leur conquête.

La figure de La Malinche est devenue un archétype que les artistes latino-américains ont représenté sous différentes formes. Sa figure imprègne les dimensions historiques et sociales des cultures latino-américaines.[réf. nécessaire] De nos jours et dans différents genres, elle est comparée à la figure de la Vierge Marie, de La Llorona (figure folklorique de la femme en pleurs) et avec les soldaderas mexicaines (des femmes qui combattirent au côté des hommes pendant la Révolution mexicaine) pour sa valeur.[Information douteuse] [?]

En fin de compte, La Malinche représente un mythe mêlé de légende et symbolise l’opinion contradictoire du peuple mexicain sur la condition femme. Certains la considèrent comme la figure fondatrice de la population mexicaine. Cependant, d’autres voient en elle la traîtresse à sa patrie.[réf. nécessaire]

Octavio Paz en fait l'authentique traitresse, celle qui s'offrit à Hernan Cortez et trahit son peuple : La Chingada (es)[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernal Díaz del Castillo, La Conquête du Mexique, p. 92-93.
  2. Bernal Díaz del Castillo, op. cit.
  3. (es) Miguel Angel Menendez, Malintzin en un fuste, seis rostros y una sola máscara, Mexique, Editora La Prensa,
  4. a et b (en) Sandra Messinger Cypess, La Malinche in Mexican Literature: From History to Myth, Austin, U. of Texas Press,
  5. a et b Díaz del Castillo, Bernal, 1496-1584., The conquest of New Spain, Penguin Books, [1963] (ISBN 0140441239, OCLC 526355, lire en ligne)
  6. Helen Heightsman Gordon, Malinalli, p. 1
  7. (en) Fortes De Leff, J., « Racism in Mexico: Cultural Roots and Clinical Interventions », Family Process,‎ , p. 619-623
  8. [1]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]