Hypothèse hygiéniste

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Le taux d'asthme dans différents pays (2004) montre la prévalence plus élevée de cette maladie dans les pays industrialisés.
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L'hypothèse hygiéniste est une théorie selon laquelle une réduction de l’exposition en bas âge aux infections et aux composantes microbiennes dans les pays industrialisés entraînerait une diminution de la maturation du système immunitaire et, en conséquence, une augmentation de la prévalence des maladies allergiques ou inflammatoires. Cette théorie explique aussi que le mode de vie aseptisé serait le facteur expliquant la recrudescence des maladies autoimmunes, les hommes développant une réponse immunitaire excessive.

Historique[modifier | modifier le code]

L’hypothèse hygiéniste a une origine lointaine. John Bostock (en) en 1828, et John Bostock (en) en 1873, sont intrigués par le paradoxe entourant la faible occurrence du rhume des foins chez les pauvres et les fermiers anglais, groupes pourtant parmi les plus exposés aux agents responsables de cette affection[1].

Cette hypothèse est formulée en 1989 par David P. Strachan, chercheur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, (en), qui pose le principe que l'augmentation de l'asthme et des rhumes des foins chez les enfants dans les pays industrialisés est la conséquence d'une réduction de l'exposition aux agents infectieux. Ce professeur montre notamment que le nombre de cas de rhinites allergiques est moins important dans les familles nombreuses chez qui les infections pullulent mais les allergies moins présentes[2].

En 1989, la chute du mur de Berlin offre aux épidémiologistes l'opportunité d'étudier, sur deux populations génétiquement comparables, les effets d'environnements socio-économiques profondément divergents. Deux études consacrées à l'asthme et aux rhinites sont conduites, l'une à Leipzig (ex-Allemagne de l'Est) et l'autre à Munich (ex-Allemagne de l'Ouest). Les résultats publiés en 1994 surprennent la communauté des épidémiologistes. Les taux d’allergie et de rhinite chez les enfants élevés à Munich sont bien plus élevés que ceux élevés à Leipzig, ville marquée par une pollution industrielle considérable. La pollution n'est donc pas le facteur déclenchant comme le pensait la communauté scientifique. Les chercheurs expliquent ce « paradoxe Est-Ouest » par le mode de vie occidental individualiste dans l'ex-RFA. Depuis le premier choc pétrolier, la diminution de la ventilation dans les appartements (pour éviter les pertes d'énergie), l'augmentation de l'humidité et une multiplication des moquettes favorisent le développement des acariens et des moisissures, puissants allergènes. De plus, les enfants entrent en crèche assez tard et font généralement partie d'une fratrie réduite. Dans l'ex-Allemagne de l'Est, les enfants vivent dans des familles nombreuses et sont mis en crèche dès le plus jeune âge, cette vie en collectivité leur faisant attraper quantité d’infections qui dopent leur système immunitaire[3]. L'étude, refaite en 1998, montre que l'ex-Allemagne de l'Est, qui « s'occidentalise » à grande vitesse tandis que diminue son taux global de pollution, tend, sur le plan de l'asthme et de l'allergie, à combler son « retard » et rejoindre l'ex-Allemagne de l'Ouest[4].

Les enfants d'agriculteurs vivant dans des fermes, au milieu des volailles et du bétail, c'est-à-dire en présence de micro-organismes se développant au contact de ces animaux, présentent moins d'allergies que ceux vivant dans des villes[5].

L'hygiène excessive dans les pays industrialisés, le traitement des nourrissons avec des antibiotiques à la moindre infection et les vaccinations des enfants réduisent l'exposition aux micro-organismes et aux macro-organismes (tels que les helminthes) issus de la boue, des animaux, et des fèces[6]. L'excès de propreté régnant au sein des logements due à l'utilisation des produits d'entretien (en) d'origine industrielle serait également néfaste, de même que l’hygiène corporelle. Selon une étude américaine[7], les produits d'hygiène de type non naturel contenants des pesticides (antifongiques et antibactériens) comme les déodorants et dentifrices à base de triclosan seraient une source de fragilité du système immunitaire[7] et de perturbation du système endocrinien[8]. Ces derniers pourraient générer plus d'effets délétères sur la flore bactérienne que de bénéfices. Les microorganismes jouent en effet un rôle crucial dans la mise en place et l’entraînement des fonctions immunitaires pour lutter contre les pathogènes, et les protègent contre les allergies et l’inflammation excessive.

L'hypothèse hygiéniste est invoquée dans plusieurs maladies contemporaines, les maladies auto-immunes ou la maladie d’Alzheimer[9].

Traitements et prévention[modifier | modifier le code]

Des thérapies helminthiques (vers parasites) sont proposées pour lutter contre les maladies auto-immunes.

La théorie hygiéniste est ainsi contrebalancée par la notion de « saleté propre » du biologiste Marc-André Selosse qui considère qu'un certain degré de contamination est requis pour un bon développement et un bon fonctionnement du système immunitaire[10].

Hypothèse complémentaire : la théorie de la perte de nos vieux amis ou théorie de la déplétion du biome[modifier | modifier le code]

En 2003, le professeur de microbiologie médicale au University College de Londres Graham Rook propose une hypothèse complémentaire : le principal facteur de recrudescence des maladies allergiques et autoimmunes est la perte par l'homme depuis la révolution néolithique de presque tous les parasites de type helminthes, puis celle de nombreuses virus et bactéries, notamment ceux constituant le microbiote pulmonaire, le microbiote nasal et le microbiote intestinal humain[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Liu AH, Leung DYM, « Hay fever, hygiene, and household size », Renaissance of the hygiene hypothesis. Environmental and occupational respiratory disorders, vol. 117, no 5,‎ , p. 1063-1066.
  2. (en) DP. Strachan, « Hay fever, hygiene, and household size », British Medical Journal, vol. 299, no 6710,‎ , p. 1259-1260 (DOI 10.1136/bmj.299.6710.1259).
  3. (en) von Mutius E, Martinez FD, Fritzsch C, Nicolai T, Roell G, Thiemann HH, « Prevalence of asthma and atopy in two areas of West and East Germany », Am J Respir Crit Care Med., vol. 149, no 2,‎ , p. 358-364.
  4. (en) « Worldwide variation in prevalence of symptoms of asthma, allergic rhinoconjunctivitis, and atopic eczema: ISAAC. The International Study of Asthma and Allergies in Childhood (ISAAC) Steering Committee », Lancet, vol. 351, no 9111,‎ , p. 1225-1232.
  5. (en) J.S. House et al., « Early-life farm exposures and adult asthma and atopy in the Agricultural Lung Health Study », J Allergy Clin Immunol., vol. 140, no 1,‎ , p. 249-256 (DOI 10.1016/j.jaci.2016.09.036).
  6. http://www.microbemagazine.org/index.php?option=com_content&view=article&id=4700:a-darwinian-view-of-the-hygiene-or-old-friends-hypothesis&catid=950&Itemid=1301
  7. a et b Jean Luc Nothias, « Trop de propreté peut nuire », Le Figaro,‎ (résumé)
  8. Remy Gabalda, AFP, « Perturbateurs endocriniens: parabens, phtalates, triclosan, bisphénol A… Faut-il en avoir peur ? », L'Express,‎ (résumé)
  9. (en) Molly Fox, « Hygiene and the world distribution of Alzheimer’s disease », Evolution, Medicine, and Public Health, vol. 2013, no 1,‎ , p. 173–186 (DOI 10.1093/emph/eot015, résumé)
  10. Marc-André Selosse, Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, Éditions Actes Sud, (lire en ligne), p. 43
  11. (en) Rook GA, Martinelli R, Brunet LR, « Innate immune responses to mycobacteria and the downregulation of atopic responses », Curr Opin Allergy Clin Immunol, vol. 3, no 5,‎ , p. 337-342.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]