Hémoglobine glyquée
L'hémoglobine glyquée (fraction HbA1c) est la forme glyquée de la molécule d'hémoglobine. Sa valeur biologique permet de déterminer la concentration de glucose dans le sang, la glycémie, sur trois mois. Elle est particulièrement utile et constitue le paramètre de référence dans la surveillance de l'équilibre glycémique des patients diabétiques.
Son dosage régulier, par un prélèvement sanguin veineux, permet de surveiller l'équilibre glycémique des patients diabétiques et, ainsi, d'évaluer et d'adapter leurs traitements anti-diabétiques. Sa valeur augmente lorsque les périodes d'hyperglycémie ont été fréquentes dans les 120 jours précédant le dosage et diminue lorsque la glycémie a été correctement équilibrée. Ainsi, meilleur est le contrôle glycémique, plus basse est l'HbA1c et moindre est le risque de développer une des complications du diabète (microangiopathie, macroangiopathie…). L'équilibre chronique d'un diabète sucré se juge sur l'HbA1c, et pas sur la glycémie, sauf au moment de l'adaptation du traitement ou lors de situations aiguës.
Sa valeur normale se situe entre 4 et 6 % de l'hémoglobine totale.
La définition d'un diabète de type 2 repose sur le chiffre de la glycémie à jeun. Plusieurs sociétés savantes internationales tendent cependant à modifier cette définition en la remplaçant par un taux d'hémoglobine glyquée supérieur à 6,5 %[1].
Acronymie
[modifier | modifier le code]L'HbA1 (α2β2) est la forme d'hémoglobine majoritaire dans le sang humain après 6 semaines de vie extra-utérine, les deux autres formes étant l'HbA2 (α2δ2) et l'hémoglobine fœtale HbF (α2γ2).
Historique
[modifier | modifier le code]L'HbA1c a été séparée des autres formes d'hémoglobine par Huisman et al. par chromatographie[2].
Elle a été caractérisée d'abord comme une glycoprotéine par Bookchin et Gallop en [3].
Son augmentation dans le diabète a été décrite pour la première fois en par Rahbar (en) et al.[4] Les réactions conduisant à sa formation ont été caractérisés par Bunn et al. en [5].
L'utilisation de l'HbA1c pour surveiller le degré de contrôle du métabolisme du glucose chez les patients diabétiques, a été proposée en par Koenig et al.[6]
Équivalence HbA1c et glycémie moyenne
[modifier | modifier le code]L'hémoglobine (Hb) glyquée correspond à l'ensemble des molécules d'hémoglobine modifiées par fixation non enzymatique d'oses et principalement de glucose sur les fonctions aminées de la globine. Cependant, les caractères de l'Hb glyquée changent selon les sites de glycation, et cette notion de l'hétérogénéité de l'Hb glyquée est capitale pour mettre en œuvre une technique de dosage et interpréter un résultat.
Le terme d'hémoglobine glyquée totale est utilisé lorsque l'on considère les molécules d'hémoglobines glyquées sur tout résidu NH2, et celui d'hémoglobine Al quand la fixation d'ose est localisée à l'extrémité N-terminale des chaînes β, ce qui modifie la charge des molécules d'Hb. La fraction HbA1, hétérogène, comprend HbA1a1 (fixation du fructose-1,6-bisphosphate), HbA1a2 (glucose-6-phosphate), HbA1b (pyruvate) et surtout HbA1c, dont la valine N-terminale des chaînes β a fixé une molécule de glucose, et qui a servi de base à la plupart des travaux sur l'intérêt clinique des Hb glyquées au cours du diabète.
La glycation non enzymatique des protéines est un processus physiologique lent qui affecte toutes les protéines de l'organisme et dont l'intensité augmente avec la glycémie. Puisque la durée de vie des hématies est d'environ 120 jours, la concentration d'hémoglobine glyquée renseigne sur la qualité de l'équilibre glycémique des 8 à 12 semaines qui précèdent le dosage. Il s'agit donc d'un index rétrospectif et cumulatif à long terme, utilisé dans la surveillance de routine du diabète sucré. Permettant un meilleur équilibre du diabète, qui constitue l'aspect essentiel du traitement, ce marqueur a un rôle essentiel dans la prévention des complications dégénératives de la maladie (1-5).
Une régression linéaire permet de montrer qu'il existe une corrélation entre les glycémies moyennes et la valeur de HbA1c, qui peut être exprimée par les relations suivantes :
- Rohlfing et al. () sur 1 439 diabétiques de type 1[7] :
- glycémie moyenne (g L−1) = 0,356 × HbA1c (%) – 0,773
- glycémie moyenne (mmol L−1) = 1,98 × HbA1c (%) – 4,29
- ce qui signifie que toute variation de 1 % de l'HbA1c correspond à une variation d'environ 0,35 g L−1 ou 1,98 mmol L−1 de la glycémie moyenne.
- Nathan et al. () sur 507 sujets (268 diabétiques de type 1, 159 diabétiques de type 2, et 80 non-diabétiques)[8] :
- glycémie moyenne (g L−1) = 0,287 × HbA1c (%) – 0,467
- glycémie moyenne (mmol L−1) = 1,5944 × HbA1c (%) – 2,594
- ce qui signifie que toute variation de 1 % de l'HbA1c correspond à une variation d'environ 0,29 g L−1 ou 1,59 mmol L−1 de la glycémie moyenne.
| HbA1c (%) | Glycémie plasmatique moyenne | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Rohlfing et al. ()[10] | Nathan et al. ()[11] | ||||
| g L−1 | mmol L−1 | g L−1 | mmol L−1 | ||
| 4 | 0,65 | 3,6 | 0,68 | 3,8 | |
| 5 | 1,01 | 5,6 | 0,97 | 5,4 | |
| 6 | 1,37 | 7,6 | 1,26 | 7,0 | |
| 6,5 | 1,54 | 8,6 | 1,40 | 7,8 | |
| 7 | 1,72 | 9,6 | 1,54 | 8,6 | |
| 7,5 | 1,90 | 10,6 | 1,69 | 9,4 | |
| 8 | 2,08 | 11,5 | 1,83 | 10,2 | |
| 8,5 | 2,25 | 12,5 | 1,97 | 11,0 | |
| 9 | 2,44 | 13,5 | 2,12 | 11,8 | |
| 9,5 | 2,61 | 14,5 | 2,26 | 12,6 | |
| 10 | 2,79 | 15,5 | 2,40 | 13,4 | |
| 11 | 3,15 | 17,5 | 2,69 | 14,9 | |
| 12 | 3,50 | 19,5 | 2,98 | 16,5 | |
Autres intérêts
[modifier | modifier le code]Le dosage de l'hémoglobine glyquée a peu d'avantages supplémentaires dans la prédiction du risque cardiovasculaire chez les patients indemnes de maladies cardiovasculaire et de diabète[12].
Ce dosage est plus stable à court terme que celui de la glycémie à jeun[13].
Objectif glycémique pour le diabétique de type 1
[modifier | modifier le code]L'objectif du traitement d'un patient diabétique de type 1 est d'obtenir un taux de HbA1c inférieur à 7,5 % d'après la HAS[14]. Cependant selon le profil médical du patient diabétique, cette limite peut varier. Ainsi pour un patient diabétique de type 1 jeune et sans antécédents médicaux graves peut avoir un objectif inférieur à 7 %, tandis qu'un patient âgé pourra avoir un objectif plus élevé. De même un taux plus élevé est envisageable pour les enfants compte tenu du risque de retentissement des hypoglycémies sévères sur le développement cérébral[15].
Objectif glycémique pour le diabétique de type 2
[modifier | modifier le code]L'objectif du traitement d'un patient diabétique de type 2 est d'obtenir un taux de HbA1c inférieur à 7 % d'après la HAS[16], pour le cas général (ou inférieur à 6,5 % pour un diabète nouvellement diagnostiqué, sans antécédent cardio-vasculaire, et d'espérance de vie supérieure à 15 ans). Cependant, il semblerait qu'il existe une surmortalité lorsque l'HbA1c est trop basse (inférieure à 6 %)[17],[18].
Objectif glycémique dans le cas d'une grossesse
[modifier | modifier le code]Afin de diminuer les risques de malformations fœtales, la grossesse d'une femme diabétique doit faire l'objet d'un suivi médical particulier. L'objectif pour le taux d'hémoglobine glyquée pour une femme diabétique devrait être inférieur ou égal à 6 %. Dans un diabète gestationnel, comme il s'agit généralement du 3e trimestre de la grossesse, l'hémoglobine glyquée n'est pas le paramètre déterminant. Une fructosémie est plus adaptée mais un profil glycémique à 7 points semble être plus indiqué pour une surveillance rigoureuse de la glycémie. En revanche, si c'est une grossesse programmée chez une diabétique connue, l'objectif HbA1c avant la conception devrait se situer à 6 % mais le suivi reste le même pour toute grossesse diabétique.
Techniques d'analyse
[modifier | modifier le code]Il existe plusieurs techniques d'analyse, la plus récente, l'électrophorèse capillaire (en anglais capillary electrophoresis, CE) et la chromatographie en phase liquide à haute performance (en anglais high-performance liquid chromatography, HPLC).
Limites
[modifier | modifier le code]Le résultat peut être faussé en cas de présence d'une hémoglobine anormale, comme dans le cas d'une drépanocytose par exemple[19]. De même, une carence en fer non corrigée peut en augmenter faussement le taux[20]. En fait la glycation de l'hémoglobine dépend de la glycémie mais également de la durée de vie des hématies contenant l'hémoglobine. Si cette dernière est raccourcie (dans le cas d'une anémie hémolytique par exemple), l'hémoglobine a moins de temps pour être glyquée et son taux est plus faible pour un même degré de glycémie. C'est le cacs, par exemple en cas de déficit en glucose-6-phosphate-déshydrogénase[21]. A contrario, une durée de vie allongée des hématies (comme après une splénectomie) entraîne un taux plus élevé d'hémoglobine glyquée[22].
Il existe également une variabilité des résultats selon le laboratoire qui effectue l'analyse[23]. De même, à niveau de glycémie égale, l'hémoglobine glyquée a un taux légèrement supérieur dans la population noire que dans la population blanche[24], ce qui ne veut pas dire que le seuil pour lequel on considère que le taux soit anormal doit être relevé chez les patients noirs par rapport aux patients blancs, car certaines complications du diabète (rétinopathie diabétique) semblent apparaître pour des taux inférieurs dans la population noire[25].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) International Expert Committee, « International expert committee report on the role of the A1c assay in the diagnosis of diabetes », Diabetes Care (en), vol. 32, no 7, , p. 1327–1334 (PMID 19502545, PMCID PMC2699715, DOI 10.2337/dc09-9033, lire en ligne).
- ↑ (en) Titus H.J. Huisman, E.A. Martis et Andrée M. Dozy, « Chromatography of hemoglobin types on carboxymethylcellulose », The Journal of Laboratory and Clinical Medecine (en), vol. 52, no 2, , p. 312–327 (PMID 13564011, lire en ligne).
- ↑ (en) Robert M. Bookchin et Paul M. Gallop, « Structure of haemoglobin AIc : nature of the N-terminal β chain blocking group », Biochemical and Biophysical Research Communications, vol. 32, no 1, , p. 86–93 (PMID 4874776, DOI 10.1016/0006-291X(68)90430-0, lire en ligne).
- ↑ (en) Samuel Rahbar, Olga Blumenfeld et Helen M. Ranney, « Studies of an unusual hemoglobin in patients with diabetes mellitus », Biochemical and Biophysical Research Communications, vol. 36, no 5, , p. 838–843 (PMID 5808299, DOI 10.1016/0006-291X(69)90685-8, lire en ligne).
- ↑ (en) H. Franklin Bunn, David N. Haney, Kenneth H. Gabbay et Paul M. Gallop, « Further identification of the nature and linkage of the carbohydrate in haemoglobin A1c », Biochemical and Biophysical Research Communications, vol. 67, no 1, , p. 103–109 (PMID 1201013, DOI 10.1016/0006-291X(75)90289-2, lire en ligne).
- ↑ (en) Ronald J. Koenig, Charles M. Peterson, Robert L. Jones, Christopher Saudek, Mark Lehrman et Anthony Cerami, « Correlation of Glucose Regulation and Hemoglobin AIc in Diabetes Mellitus », The New England Journal of Medicine, vol. 295, no 8, , p. 417–420 (PMID 934240, DOI 10.1056/NEJM197608192950804, lire en ligne).
- ↑ (en) Curt L. Rohlfing, Hsiao-Mei Wiedmeyer, Randie R. Little, Jack D. England, Alethea Tennill et David E. Goldstein, « Defining the Relationship Between Plasma Glucose and HbA1c : Analysis of glucose profiles and HbA1c in the Diabetes Control and Complications Trial », Diabetes Care (en), vol. 25, no 2, , p. 275–278 (PMID 11815495, DOI 10.2337/diacare.25.2.275, lire en ligne).
- ↑ (en) David M. Nathan, Judith Kuenen, Rikke Borg, Hui Zheng, David Schoenfeld et Robert J. Heine, A1c-Derived Average Glucose (ADAG) Study Group, « Translating the A1C Assay Into Estimated Average Glucose Values », Diabetes Care (en), vol. 31, no 8, , p. 1473–1478 (PMID 18540046, PMCID PMC2742903, DOI 10.2337/dc08-0545, lire en ligne).
- ↑ « Correspondance entre HbA1c (%) et moyenne des glycémies (g/l) sur les 3 derniers mois » [PDF], sur diabeteoccitanie.org, Réseau diabète en Midi-Pyrénées (DIAMIP), (version du sur Internet Archive).
- ↑ Rohlfing et al. 2002, Table 1 : « MPG as estimated from the regression line and approximate MPG (based on MPG change of 35 mg/dl or 2 mmol/l per 1% change in HbA1c) at different HbA1c levels », p. 276.
- ↑ Nathan et al. 2008, Table 2 : « Estimated average glucose », p. 1476.
- ↑ (en) Emanuele Di Angelantonio, Pei Gao, Hassan Khan, Adam S. Butterworth, David Wormser, Stephen Kaptoge, Sreenivasa Rao Kondapally Seshasai et al., « Glycated Hemoglobin Measurement and Prediction of Cardiovascular Disease », Journal of the American Medical Association, vol. 311, no 12, , p. 1225–1233 (PMID 24668104, PMCID PMC4386007, DOI 10.1001/jama.2014.1873, lire en ligne).
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Voir aussi
[modifier | modifier le code]Article connexe
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