Surmortalité

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La notion de surmortalité (« excess death rate » pour les anglophones) décrit un taux de mortalité anormalement élevé ou supérieur à un autre, jugé normal ou non (diminution de l'espérance de vie pour une catégorie de population, humaine ou animale, par rapport à une moyenne).

Relativité de la notion[modifier | modifier le code]

En terme mathématiques, il se calcule sur la base du rapport entre le nombre des décès et celui d'une population donnée dans un laps de temps déterminé, et se mesure par un excès du nombre de mort, par rapport à une moyenne antérieure. C'est donc une notion statistique quantitative et relative.

Pour cette raison, la surmortalité est à étudier ou à re-situer dans une série chronologique de données, en particulier parce que souvent (dans les cas où la surmortalité est due à un évènement climatique inhabituel, une catastrophe, une guerre, une épidémie) ; la surmortalité touche généralement des personnes ou populations plus vulnérables à un ou plusieurs facteurs de mortalité en cause. Une fois ces personnes décédées (par exemple les personnes très âgées ou fragilisées lors d'une canicule telle que celle de 2003[1]), s'ensuit une période où le taux de mortalité semble alors anormalement bas. La surmortalité n'était alors que ponctuelle.

Dans les cas où la surmortalité est due à une exposition chronique à un polluant, à une drogue (dont alcool, tabac, etc.), ou au genre (ex. : surmortalité masculine) et non liée à la vieillesse, elle est chronique, et éventuellement cachée, tant qu'on ne dispose pas d'une population de référence, non exposée au facteur de surmortalité.

Valeur indicatrice et bioindicatrice[modifier | modifier le code]

Pour le démographe, l'épidémiologiste ou l'écoépidémiologue, la notion de surmortalité est un indicateur (voire un bioindicateur). Tout ou partie de la surmortalité peut relever de la mortalité évitable.

La surmortalité est un indicateur utilisé par la médecine humaine, mais aussi dans le domaine vétérinaire, ou éco-épidémiologique (ex. : phénomène de surmortalité d'abeilles dans le cas du « Syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles »).

Chez l'Homme[modifier | modifier le code]

La surmortalité fait partie des « anomalies » temporelles, géographiques, ou liés au sexe, à l'âge ou aux traits de vie ont une valeur épidémiologique sociale ( surmortalité sociale[2]), socioéconomique (avec par exemple la surmortalité des chômeurs[3]), socio-psychologique (surmortalité dans les premières années du veuvage[4],[5]), socio-environnementale (ex. : surmortalité des aveugles dans la savane de 13 ans en Afrique de l'Ouest[6]) ou socio-historique (des historiens ont par exemple ainsi étudié les variations dans le temps de la surmortalité (+ 40 000 morts) chez les malades mentaux durant la Seconde Guerre mondiale[7], ou encore la « surmortalité féminine en Europe avant 1940 »[8]) ;

Selon Meslé et Vaslin (1998), « la surmortalité masculine s'est considérablement accrue alors que l'espérance de vie augmentait[9]. » Cette surmortalité masculine existe dans presque tous les pays mais est très élevée en France (« L'écart entre espérances de vie masculine et féminine, 8 ans actuellement, a doublé depuis un siècle[10]. »

Chez l'animal, le végétal, les champignons, les algues, etc.[modifier | modifier le code]

Toute surmortalité animale ou végétale de grande ampleur et non expliquée peut être indicatrice d'un problème écologique et épidémiologique, avec de possibles conséquences économiques s'il s'agit de plantes cultivée ou d'animaux de rente (élevages)[11].

Les facteurs de surmortalité[modifier | modifier le code]

Ils sont nombreux et peuvent impliquer certains facteurs prédisposant génétiques, les conditions de vies telles que stress important, canicule, grand froid, mauvaise hygiène ou hygiène de vie, mauvaise alimentation, prise de drogues (dont alcool et tabac (le tabagisme passif étant aussi facteur de surmortalité), exposition à des produites cancérigènes, mutagènes, à la pollution de l'eau, de l'air ou des sols, à la radioactivité, etc.

À titre d'exemple, la seule pollution de l'air due aux véhicules et chauffages serait responsable de plus de 30 000 décès prématurés en France et de 300 000 en Europe selon l’OMS (exposition à long terme à la pollution atmosphérique particulaire, toutes sources d’émissions confondues). Le programme national de surveillance des effets sur la santé de la pollution de l’air (PSAS 9) mis en place par l’Institut de veille sanitaire dans 9 villes françaises estime que le nombre de décès attribuables aux particules fines inférieures à 10 μm varie de 2 à 31 pour 100 000 habitants.

Une étude publiée en 2013 a estimé que la pollution aux particules fines en Chine réduisait de 3 ans l'espérance de vie [12]

Le cancer[modifier | modifier le code]

Bien qu'il soit chaque jour de mieux en mieux détecté et soigné, plusieurs types de cancers sont en augmentation depuis 30 ans ou plus, et le cancer reste un facteur de surmortalité important.

En 2007, l'OMS estimait que 19 % des cancers seraient liés à des facteurs environnementaux (incluant l'exposition passives au tabac)[13]. 4 ans avant, en 2003, l’InVS, en France, avait estimé que 5 à 10 % des cancers seraient liés à des facteurs environnementaux[14]. Une étude publiée en 2000 [15] basée sur un échantillon de près de 45 000 jumeaux en Scandinavie, a montré que seul un cancer sur quatre a une composante génétique. Les 3/4 des cancers seraient donc dus à des facteurs environnementaux et d'hygiène de vie.

Indicateur pour la « surveillance syndromique »[modifier | modifier le code]

Les mortalités anormales chez l’homme ou l'animal sauvage ou domestique sont toujours respectivement des indicateurs épidémiologiques ou écoépidémiologiques intéressants, notamment pour la Surveillance syndromique qui tend à se développer, tant en santé publique que dans le domaine de la santé animale et de la santé environnementale.

  • En Belgique, un Observatoire National de la Mortalité du Nourrisson a été créé en 1995 pour les communautés flamande et francophone, pour étudier la mortalité infantile, ainsi que pour « formuler des avis sur les mesures de prévention appropriées »[16].
Article détaillé : Surveillance syndromique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Documents sur la canicule de 2003 (Ministère français chargé de la santé)
  2. R Pressat (1973) « Surmortalité biologique et surmortalité sociale » Revue française de Sociologie, Vol.14, no hors-série, p. 103-110
  3. A Mesrine (2000) « La surmortalité des chômeurs : un effet catalyseur du chômage ? » Économie et statistique, no 334, p. 33-48 (avec Persee.fr)
  4. X Thierry (1999) « Risques de mortalité et de surmortalité au cours des dix premières années de veuvage » Population Vol.4, no 2, p. 177-204 (avec JSTOR)
  5. X Thierry (2000) « Mortel veuvage: risques de mortalité et causes médicales des décès aux divers moments du veuvage » Gérontologie et société ; no 95 (161 p.) p. 27-45 ; (ISSN 0151-0193) (Résumé avec cat.inist.fr)
  6. A Prost, J Vaugelade (1981 ) « La surmortalité des aveugles en zone de savane ouest-africaine » Bulletin de l'OMS / Bulletin of the World Health Organization 1981;59(5):773-6. (PDF, 4 p., mis en ligne avec ncbi.nlm.nih.gov)
  7. M Masson et JM Azorin (2002) « La surmortalité des malades mentaux à la lumière de l'Histoire. L'exemple de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Lyon pendant la deuxième guerre mondiale » L'évolution Psychiatrique, Elsevier (résumé)
  8. D Tabutin (1978) La surmortalité féminine en Europe avant 1940 ; Population (French Edition), - JSTOR avec persée
  9. F Meslé, J Vallin (1998) « Évolution et variations géographiques de la surmortalité masculine ; Du paradoxe français à la logique russe » Population ; Vol 53, no 6, p. 1079-1101 (avec JSTOR/Persée)
  10. B Garros, MH Bouvier (1978) « Excès de la surmortalité masculine en France et causes médicales de décès » Population, Vol.33, no 6 p. 1095-1114 (avec JSTOR/Persée)
  11. Ifremer (2010) Bilan des « Journées Surmortalité des huîtres creuses, Crassostrea gigas » du Programme P7 « Aquaculture Durable » des 8 et 9 décembre 2009, publié janvier 2010 (Mis en ligne avec archimer.ifremer.fr)
  12. Evidence on the impact of sustained exposure to air pollution on life expectancy from China’s Huai River policy, Proceedings of the National Academy of Sciences , 2013, Yuyu Chena, Avraham Ebensteinb, Michael Greenstonec et Hongbin Lie citée par Le Monde 17/02/2014 Pollution, Combien de morts ?
  13. World cancer disease, CIRC, Rapport 2007
  14. Évolution de l’incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000, Institut de Veille sanitaire, 2003
  15. New England Journal of Medecine, 2000, Environmental and heritable factors in the causation of cancer--analyses of cohorts of twins from Sweden, Denmark, and Finland. Lichtenstein et al.
  16. [http:/:http://www.educationdupatient.be Centre d'Éducation du Patient], Campagnes de prévention de la mort subite du nourrisson en Belgique, consulté le 9 juin 2013