Griko
| Griko Griko | |
| Région | Salento (province de Lecce, Pouilles) |
|---|---|
| Nombre de locuteurs | moins de 20 000 |
| Typologie | SVO |
| Écriture | Alphabet latin |
| Classification par famille | |
| Langues indo-européennes Langues helléniques Grec moderne Grec italiote Griko |
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| État de conservation | |
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Langue sérieusement en danger (SE) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
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Le griko, parfois orthographié grico, est une variété de grec italiote parlée dans le Salento, au sud-est de Lecce, dans les Pouilles.
Il constitue, avec le grec de Calabre — appelé greko ou grecanico —, l'un des deux rameaux subsistants de l'hellénophonie de l'Italie méridionale. Bien qu'issus d'un fonds commun, les deux parlers se sont développés indépendamment et sont entrés en contact avec des langues romanes différentes : le griko avec le salentin, le grec de Calabre avec les parlers calabrais.
Le griko n'est que partiellement intelligible avec le grec moderne et s'écrit le plus généralement au moyen de l'alphabet latin. Il se distingue de l'ensemble des variétés grecques par le maintien de l'infinitif dans certains contextes syntaxiques, forme abandonnée ailleurs dès la période médiévale.
Le nombre de locuteurs, inférieur à vingt mille et concentré dans les générations âgées, est vraisemblablement surestimé. Le griko figure depuis 1999 parmi les langues sérieusement menacées du Red Book of Endangered Languages de l'Unesco.
Dénomination et classification
[modifier | modifier le code]Le terme grec italiote désigne l'ensemble formé par le griko du Salento et le grec de Calabre[1]. Les hellénistes grecs emploient pour cet ensemble l'appellation Κατωιταλιώτικα (katoitaliótika, « italien méridional »).
Le griko et le grec de Calabre ne doivent pas être confondus : ils constituent deux variétés distinctes, mutuellement intelligibles du fait de leur origine commune, mais présentant des différences grammaticales et n'ayant pas connu les mêmes contacts linguistiques[2].
Aire linguistique
[modifier | modifier le code]L'aire du griko correspond à la Grèce salentine, enclave hellénophone au milieu du domaine du dialecte salentin[3].
L'Union des communes de la Grèce salentine réunit officiellement douze localités : Calimera, Carpignano Salentino, Castrignano dei Greci, Corigliano d'Otranto, Cutrofiano, Martano, Martignano, Melpignano, Sogliano Cavour, Soleto, Sternatia et Zollino[3]. Cette union administrative, constituée à partir de 1990 et élargie en 2007, ne recouvre toutefois pas exactement l'aire linguistique : trois communes non hellénophones y ont été agrégées, tandis que Melpignano et Soleto ne comptent plus de locuteurs[n 1].
Caractéristiques linguistiques
[modifier | modifier le code]Intelligibilité et écriture
[modifier | modifier le code]Le griko n'est que partiellement intelligible avec le grec moderne standard[1],[3]. À la différence des autres variétés grecques, il s'écrit le plus généralement au moyen de l'alphabet latin[1],[3].
Le maintien de l'infinitif
[modifier | modifier le code]Le trait le plus remarquable du grec italiote est la conservation de l'infinitif dans certains contextes syntaxiques. Cette forme verbale a été abandonnée dans l'ensemble du monde hellénophone dès la période médiévale, ce qui fait de ces parlers un cas rare parmi les dialectes grecs[1]. Les compléments infinitifs du griko ont fait l'objet d'études spécifiques, qui y relèvent des tendances à la fois conservatrices et innovantes[4].
Contact avec les parlers romans
[modifier | modifier le code]Le grec et les variétés romanes d'Italie méridionale sont en contact intense depuis des siècles, ce qui a produit dans leurs grammaires des convergences trop marquées pour être fortuites ; la situation a été décrite comme un laboratoire pour l'étude du changement linguistique induit par le contact[5].
Les travaux récents ont notamment porté sur l'expression de l'aspect progressif, dont la cartographie révèle des isoglosses morphosyntaxiques au sein même de l'aire du griko[6].
La question des origines
[modifier | modifier le code]L'origine de l'hellénophonie de l'Italie méridionale a suscité une controverse scientifique ouverte au XIXe siècle et toujours débattue.
Gerhard Rohlfs a défendu l'idée d'une descendance depuis le grec ancien des colons de la Grande-Grèce, en insistant sur la composante dorienne[7].
À l'inverse, Carlo Battisti puis Oronzo Parlangèli ont rattaché ces parlers au grec byzantin, implanté lors de la réaffirmation du contrôle impérial sur l'Italie méridionale[7].
Une position intermédiaire, formulée par Franco Fanciullo, admet la conjonction des deux apports[7] : une immigration médiévale a pu se greffer sur un substrat local antérieur, les deux populations s'assimilant[8].
Situation actuelle
[modifier | modifier le code]Nombre de locuteurs
[modifier | modifier le code]Le nombre de locuteurs natifs est estimé à moins de vingt mille, pour l'essentiel des personnes de plus de soixante ans ; cette estimation est vraisemblablement supérieure à la réalité[1],[3]. La littérature spécialisée retient une fourchette de cinq mille à vingt mille locuteurs[7].
À titre de comparaison, le grec de Calabre compte moins de cinq cents locuteurs[7].
Statut et classement
[modifier | modifier le code]Le griko et le grec de Calabre sont inscrits en 1999 comme sérieusement menacés au Red Book of Endangered Languages de l'Unesco[1].
Les ressources disponibles pour la recherche demeurent rares, les corpus exploitables étant presque inexistants[1].
Étude scientifique
[modifier | modifier le code]Le griko dispose d'instruments de description constitués au XXe siècle, dont la grammaire des variétés grecques d'Italie méridionale d'Anastasios Karanastasis (1997) et le lexique historique de ces mêmes variétés, publié en cinq volumes[2].
Le parler a fait l'objet du projet SMiLE (Sustaining Minoritized Languages in Europe) du Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage[9].
Le géographe Pier Francesco Bellinello a inscrit les minorités hellénophones dans un panorama d'ensemble des minorités ethno-linguistiques du Mezzogiorno[10].
Littérature orale
[modifier | modifier le code]La tradition poétique du griko est illustrée par la matinata suivante, chant d'amour destiné à être exécuté au petit matin sous la fenêtre de la bien-aimée[n 2] :
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Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Ces précisions figurent dans l'article Grèce salentine et demandent à être appuyées sur une source secondaire identifiable.
- ↑ Le texte et la traduction de cette matinata figuraient dans la version antérieure de l'article, sans référence ; ils demandent à être appuyés sur une source publiée.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 (en) « A small Griko-Italian speech translation corpus », sur arXiv, (consulté le ).
- 1 2 (en) « Griko in Italy », sur Mercator European Research Centre on Multilingualism and Language Learning (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (en) « GRDD+ : an extended Greek dialectal dataset with cross-architecture fine-tuning evaluation », sur arXiv, (consulté le ).
- ↑ (en) « Conservative and innovative tendencies in Griko infinitive complements », sur Academia.edu (consulté le ).
- ↑ (en) Adam Ledgeway, Norma Schifano et Giuseppina Silvestri, Greek-Romance Language Contact in Southern Italy : Documentation and Theory, Oxford, Oxford University Press, .
- ↑ (en) « The expression of progressive aspect in Griko : mapping morphosyntactic isoglosses in an endangered Italo-Greek variety », sur Academia.edu (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (en) « Eolian morphosyntax : a comparative Romance perspective », sur Academia.edu (consulté le ).
- ↑ (it) Antonio Romano, « In Salento e Calabria le voci della minoranza linguistica greca », sur Treccani (consulté le ).
- ↑ (en) « Greko and Griko », sur Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage (consulté le ).
- ↑ Pier Francesco Bellinello, « Les minorités ethno-linguistiques du Mezzogiorno », Espace, populations, sociétés, no 3, , p. 341-347 (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (el) Anastasios Karanastasis, Γραμματική των Ελληνικών ιδιωμάτων της Κάτω Ιταλίας, Athènes, Académie d'Athènes, .
- (de) Gerhard Rohlfs, Griechen und Romanen in Unteritalien, .
- (it) Salvatore Tommasi, Katalìsti o Kosmo : tra passato e presente. Lingua, tradizione e folklore nella Grecìa Salentina, Galatina, Editrice Salentina, .
- (en) Adam Ledgeway, Norma Schifano et Giuseppina Silvestri, Greek-Romance Language Contact in Southern Italy : Documentation and Theory, Oxford, Oxford University Press, .
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) Projet SMiLE du Smithsonian
