Mosquée-cathédrale de Cordoue

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Grande Mosquée de Cordoue)
Aller à : navigation, rechercher
Mosquée-cathédrale de Cordoue
Image illustrative de l'article Mosquée-cathédrale de Cordoue
Vue aérienne.
Présentation
Nom local Mezquita de Córdoba
Culte Catholique romain
(musulman jusqu'en 1236)
Type Cathédrale
(mosquée jusqu'en 1236)
Rattachement Évêché de Cordoue (siège)
Début de la construction 786 (mosquée)
1523 (cathédrale)
Fin des travaux Xe s. (mosquée)
XVIe s.(cathédrale)
Style dominant Styles émiral et califal
Renaissance
Protection Classée BIC (1882)
Patrimoine mondial Patrimoine mondial (1984)
Site web www.catedraldecordoba.esVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Communauté autonome Andalousie Andalousie
Province Province de Cordoue Province de Cordoue
Commune Cordoue
Coordonnées 37° 52′ 44″ nord, 4° 46′ 46″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Andalousie

(Voir situation sur carte : Andalousie)
Mosquée-cathédrale de Cordoue

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
Mosquée-cathédrale de Cordoue

La mosquée-cathédrale de Cordoue, également connue sous son ancien nom de grande mosquée de Cordoue (Mezquita de Córdoba) et sous son nom ecclésiastique officiel de cathédrale Notre-Dame de l'Assomption (Catedral de Nuestra Señora de la Asunción), est un ancien temple romain qui devint église puis mosquée, et dans laquelle fut ensuite érigée une cathédrale. C'est un monument majeur de l'architecture islamique, témoin de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècle. Elle est connue dans le monde entier pour être le monument le plus accompli de l'art des Omeyyades de Cordoue. Convertie en église au XIIIe siècle après la Reconquista par le roi Ferdinand III de Castille, elle est depuis lors l'église cathédrale du diocèse de Cordoue en Espagne.

La mosquée-cathédrale de Cordoue a été classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 1984.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le temple de Janus, la basilique wisigothique Saint-Vincent[modifier | modifier le code]

Cordoue étant capitale d'une province romaine, la Bétique, un temple de Janus y fut érigé[1].

En 572, la ville est prise par les Wisigoths. Abandonnant l'Arianisme pour le Catholicisme, ils construisent en 584, sur l'emplacement du temple, l'église Saint Vincent Martyr consacrée à Vincent de Saragosse[2]. Par sa situation dans la ville, l’édifice finit par devenir la principale église de la cité, et résidence épiscopale. Un monastère y fut aussi édifié[3]. Les restes en furent retrouvés lors de fouilles archéologiques dans les années 1930[4].

La mosquée[modifier | modifier le code]

Mirhab, point focal de la mosquée de Cordoue
Les extensions successives

Les premières traces de l'histoire de la mosquée de Cordoue apparaissent dans les écrits transmis par Rhazès qui rapporte qu'à l'origine les musulmans passèrent en 714 un accord avec les Wisigoths de Cordoue pour exproprier la moitié de leur plus grande église située à l'intérieur de la ville[5],[6]. C'est l'église Saint-Vincent qui est choisie, non loin du Guadalquivir, qui avait été construite en 584[7],[8] par les Wisigoths sur le site d'un temple romain dédié à Janus. Par la suite, toutes les églises hormis celle attenant à la mosquée seront détruites[6]. La construction de la mosquée de Cordoue débute près de trente ans après l'arrivée d'Abd al-Rahman Ier sur la péninsule, qui, fuyant Damas et la vengeance meurtrière des Abbassides parviendra à arracher ce bout de terre aux confins du monde musulman. Selon Ibn Idhari, Abd Al-Rahman ordonna la destruction de la partie chrétienne afin de faire du bâtiment uniquement une mosquée mais permet temporairement en contrepartie aux chrétiens de construire de nouveau des églises[8]. Le bâtiment est entièrement transformé en mosquée un an plus tard. Les ruines des églises et du temple furent réutilisées comme matériau de construction[9]. Des aspects architecturaux importants passèrent ainsi à l'architecture omeyyade tels l'arc outrepassé et l'alternance de brique et pierre, qui proviennent de l'architecture romaine tardive et paléochrétienne (mérovingienne et wisigothe) et étaient probablement des éléments qui caractérisaient déjà l'ancienne église mais avec un plan et un agencement différent (plan basilical)[10],[11].

La mosquée fut agrandie trois fois de suite par les successeurs d'Abd-Al-Rahman Ier, pour finir par couvrir 23 000 m2 (soit 2,3 ha), et devenir ainsi la plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque. Cette mosquée n'est pas orientée par rapport à la Mecque[12]. Elle se présente aujourd'hui sous la forme d'un vaste quadrilatère d'environ 180 m de long sur 130 m de large, comptant dix-neuf nefs et plus de 850 colonnes de réemploies (spolia) surmontées par des chapiteaux antiques et paléochrétiens de styles différents qui forment un ensemble hétéroclite.

L'édifice initial, commencé en 786 par Abd al-Rahman Ier comprenait une cour carrée, le patio de los naranjos ou cour des orangers entourée d'un mur d'enceinte et sur laquelle s'ouvrait complètement la salle de prières, de forme rectangulaire, composée de onze nefs, chacune ayant douze travées, disposées face à la cour. Ces nefs étaient séparées par de fines colonnes de marbre provenant d'édifices romains ou wisigoths. Accolé au mur d'enceinte à l'opposé de la salle de prière, se trouve le minaret. Hicham Ier fit réaliser plusieurs aménagements intérieurs, comme des galeries destinées aux femmes qui venaient prier et un bassin d'ablutions.

La longueur des travées fut à peu près doublée par Abd al-Rahman II en 833 et allongée une dernière fois par Al-Hakam II en 961. À chaque fois, le mihrab, placé au fond de l'allée principale dut être reconstruit. L'actuel mihrab, a été créé avec l'aide d'artistes byzantins envoyés à Cordoue par l'empereur de Byzance Nicéphore II à la demande du calife, ils ont aussi réalisé la coupole formée d'arcs entrecroisés et coiffée d'une coupole monolithique côtelée en marbre blanc superbement décorée de mosaïques inspirées de l'art byzantin.

En 987, Al Mansour voulut augmenter encore la surface de la salle, mais la proximité du fleuve empêcha de poursuivre l'allongement des onze travées initiales dans la même direction : on ajouta donc vers l'est, sur toute la longueur de l'édifice, huit travées supplémentaires qui en doublèrent presque la surface et mirent le mihrab dans une position excentrée.

La mosquée possédait alors 600 colonnes en marbre sur lesquelles reposent des arcades doubles en brique et pierre blanche (superposées l'une à l'autre avec un espacement intermédiaire) qui permettent d'avoir un plafond haut, et donnent à l'édifice une impression plus légère.

La cathédrale[modifier | modifier le code]

Quand Cordoue fut reprise aux Musulmans par le roi Ferdinand III de Castille en 1236, les Castillans en firent à nouveau une église, comme à l'origine, puis une cathédrale. Ils murèrent l'ouverture entre la cour et la salle de prière, ne conservant qu'une seule porte d'entrée (Puerta de Las Palmas). Ils abattirent quelques rangées de colonnes pour dégager la place de la Chapelle Royale décorée de stucs mudéjars, où furent enterrés Alphonse XI de Castille et Ferdinand IV de Castille en 1371. Ils divisèrent également la dernière travée d'Almanzor, à l'est, pour y délimiter des chapelles.

Au XVIe siècle, les chanoines du chapitre décidèrent de doter leur cité d'un édifice beaucoup plus somptueux et dans le goût du jour. Ils firent démolir une partie importante du centre de l'édifice pour y édifier une cathédrale qui apparaît comme incrustée dans la mosquée, rompant les perspectives de la forêt de colonnes. Ce monument allie les styles gothique, Renaissance et baroque et est magnifiquement décoré ; par la suite, Charles Quint regretta la transformation de cet édifice : « Vous avez détruit ce que l'on ne voyait nulle part pour construire ce que l'on voit partout. »

Statut[modifier | modifier le code]

De 1236 à nos jours, la "mosquée-cathédrale" de Cordoue est officiellement une église, un lieu de culte catholique romain et est propriété de l'Eglise catholique. Elle a de plus le titre de cathédrale[13].

Cette cathédrale fait l'objet de revendications de la part de musulmans. Alors que la pratique du culte musulman y est formellement interdite, la Commission islamique d'Espagne, « soutenue par le parti socialiste espagnol », réclame en 2004 l'autorisation d'y prier. En 2007, la Ligue arabe fait de même à l'OSCE et la Commission Islamique d'Espagne lance un appel en ce sens en 2008 à l'UNESCO.[14] Une demande rejetée par l'évêque de Cordoue en février 2010[15].Certains essayent d'y prier sans autorisation. Ainsi, en 2010, plusieurs jeunes musulmans autrichiens y prièrent avant d’être expulsés et d'agresser gardes et policiers, en particulier avec un couteau.[14] Pour Mansur Escudero, les tentatives de prières musulmanes dans le batiment sont nombreuses[16].

La propriété de l'Eglise catholique est contesté par un "groupe de pression" qui souhaitent une gestion publique du bâtiment et garantir la conservation du nom de mosquée. [17] Pour l'historien Christophe Barret, si « bien des militants de l'islam politique (...) se sont joints aux pétitionnaires », elle illustre le courant espagnol de gauche luttant pour une séparation de l'Eglise et de l'Etat et contre la loi permettant à l'Eglise de devenir propriétaire de ses lieux de culte[18].

Protection[modifier | modifier le code]

La mosquée-cathédrale de Cordoue fait l’objet d’un classement en Espagne au titre de bien d'intérêt culturel depuis le [19].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dussaud René. La matérialisation de la prière en Orient. In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série. Tome 7, 1906. pp. 213-220.
  2. Grande Mosquée (Cordoue)
  3. Mezquita general description and historical notes
  4. Cathédrale de Cordoue
  5. Cordoba Cathedral Opens Virtual Tour
  6. a et b Denise Dodds 1992, p. 11.
  7. La mosquée de Cordoue
  8. a et b Denise Dodds 1992, p. 12.
  9. Le Magasin pittoresque, Volume 9, Edouard Charton, 1841
  10. La conquête arabe en Espagne : mythe ou réalité ?
  11. La mosquée de Cordoue
  12. Elle est orientée comme à Damas, le lieu de naissance de Al Hakam II, qui a ordonné la construction du mihrab encore visible aujourd'hui, vers le sud.
  13. Le Point, magazine, « L'héritage contesté de la mosquée-cathédrale de Cordoue », Le Point,‎ (lire en ligne)
  14. a et b Des musulmans expulsés de la cathédrale de Cordoue, sur le site du Figaro.
  15. Cordoue: incident dans la cathédrale
  16. (en) « Muslims ask pope to OK worship in ex-mosque », msnbc.com,‎ (lire en ligne)
  17. Diario Cordoba, 12 février 2014, Un total de 12.000 firmas piden que evite que el Obispado "se apropie de la Mezquita-Catedral"
  18. Alexandre Devecchio, « Ce que révèle l'affaire de la mosquée-cathédrale de Cordoue », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  19. Base BIC du ministère espagnol de la Culture sous le nom Mezquita-iglesia-catedral de la Asunción de Ntra. Sra. et le no  de référence RI-51-0000034.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) (fr) Henri Stern (et al.), Les mosaïques de l'actuelle cathédrale de Cordoue, W. De Gruyter, Berlin, 1976, 55 p. + 70 f. de pl., (ISBN 3-11-002126-9)
  • (fr) Rafael Castejón y Martinez de Arizala, La Mosquée de Cordoue, Everest, Leon, 1973, 64 p. (ISBN 84-241-4712-X)
  • (fr) Rafael Contreras y Muñoz, Étude descriptive des monuments arabes de Grenade, Séville et Cordoue : c'est-à-dire l'Alhambra, l'Alcazar et la grande mosquée d'Occident, Typographie de Ricardo Fe, Madrid, 1889 (4e éd.), 462 p.
  • (fr) Georges Marçais, « Sur les mosaïques de la grande mosquée de Cordoue », in Studies in islamic art and architecture, 1965, p. 147-156
  • Jerrilynn Denise Dodds, Al-Andalus: The Art of Islamic Spain, (ISBN 0810964139).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]