Grand Prix automobile des Pays-Bas 1969
| Nombre de tours | 90 |
|---|---|
| Longueur du circuit | 4,193 km |
| Distance de course | 377,370 km |
| Météo | temps chaud et ensoleillé |
|---|---|
| Affluence | 45000 spectateurs |
| Vainqueur |
Matra-Ford Cosworth, 2 h 6 min 42 s 08 (vitesse moyenne : 178,705 km/h) |
|---|---|
| Pole position |
Lotus-Ford Cosworth, 1 min 20 s 85 (vitesse moyenne : 186,701 km/h) |
| Record du tour en course |
Matra-Ford Cosworth, 1 min 22 s 94 (vitesse moyenne : 181,997 km/h) |
Le Grand Prix des Pays-Bas 1969 (XVIII Grote Prijs van Nederland), disputé sur le circuit de Zandvoort le , est la cent-soixante-dix-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1969.
Contexte avant la course
[modifier | modifier le code]Le championnat du monde
[modifier | modifier le code]La saison 1969 est la quatrième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de 1 500 cm3 en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants[1] :
- pas de cylindrée minimale
- cylindrée maximale : 3 000 cm3 si moteur atmosphérique ou 1 500 cm3 si moteur suralimenté
- poids minimal : 510 kg (à sec)
- roues non carénées
- double circuit de freinage obligatoire
- arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote)
- démarreur de bord obligatoire
- extincteur obligatoire
- carburant commercial obligatoire
- ravitaillement en huile interdit durant la course
- distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco)
- distance maximale d'un Grand Prix : 400 km
- distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

Par rapport à l'année précédente, la section minimale de l'arceau de sécurité a été augmentée et les monoplaces doivent désormais embarquer deux extincteurs automatiques, un à l'avant du cockpit et l'autre à l'arrière[2]. En conséquence, le poids minimal a été porté à 510 kg (contre 500 auparavant[3]). Apparus en 1968, les ailerons montés sur les éléments de suspension sont désormais interdits, à la suite d'une réunion extraordinaire de la Commission Sportive internationale (CSI) tenue après la première séance d'essais du Grand Prix de Monaco. Des appendices aérodynamiques peuvent cependant êtres fixés sur les capots avant ou arrière, aussi les monoplaces sont-elles maintenant équipées de «moustaches» avant et d'ailerons arrière montés au dessus du moteur.
Après un début de saison triomphal, Jackie Stewart était en passe de remportant un troisième succès consécutif lorsqu'un bris de transmission stoppa sa Matra à Monaco. Grâce à un cinquième succès en principauté, Graham Hill, titré en 1968, a relancé le championnat du monde, le pilote du Team Lotus s'étant rapproché à trois points de son compatriote.
Le circuit
[modifier | modifier le code]C'est près de la station balnéaire de Zandvoort, dix kilomètres à l'ouest de Haarlem, que fut tracé le circuit permanent de cette petite ville, au bord de la Mer du Nord. Sillonnant les dunes du Parc national Zuid-Kennemerland, il développe un peu plus de quatre kilomètres. Il fut inauguré en août 1948 à l'occasion du Grand Prix de Zandvoort, remporté par la Maserati 4CL du Prince Bira à 118 km/h de moyenne[4]. En dehors des courses automobiles internationales, la piste est occasionnellement utilisée pour des compétitions cyclistes et motocyclistes. En raison du sable déposé par les vents marins et du mauvais état du revêtement, l'adhérence est généralement précaire[3]. L'édition 1968 du Grand Prix ayant été disputée sous la pluie, c'est toujours le regretté Jim Clark qui détient le record officiel du circuit, ayant bouclé au volant de sa Lotus F1 un tour à 171,4 km/h de moyenne en 1967[5]. Au printemps 1968, quelque jours avant son accident mortel à Indianapolis, Mike Spence avait officieusement tourné à 181,4 km/h de moyenne lors d'une séance d'essais privés[6].
Coureurs inscrits
[modifier | modifier le code]- La lettre T désigne la voiture de réserve («Test car», en anglais).
Qualifications
[modifier | modifier le code]Trois séances qualificatives sont prévues par les organisateurs, le jeudi après-midi, le vendredi matin et le vendredi après-midi précédant la course[3].
Première séance qualificative - jeudi 19 juin (après-midi)
[modifier | modifier le code]Le temps est ensoleillé le jeudi après-midi, lorsque commence la première session qualificative, mais un fort vent marin sévit[3]. Parmi les premiers en piste, Jackie Stewart domine d'emblée, et après seulement une demi-heure, le pilote Matra a déjà battu le record officieux de la piste, ayant tourné à près de 183 km/h de moyenne[9]. Le pilote écossais va ensuite continuellement améliorer ses chronos pour terminer la séance avec un tour à 185,2 km/h de moyenne. Seul Graham Hill, au volant de sa Lotus, s'est montré menaçant, le champion du monde échouant toutefois à une demi-seconde de son rival. Troisième meilleur temps au volant de sa McLaren, Denny Hulme est relégué à près de deux secondes. Hill a également effectué quelques boucles au volant de la nouvelle Lotus 63 à quatre roues motrices mais un problème de blocage de freins l'a empêché d'établir une performance significative. Vic Elford n'a pu faire que quelques tours à allure modérée au volant de la McLaren récemment acquise par son écurie, une fuite d'essence ayant rapidement écourté sa séance.
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 1 min 21 s 50 | ||
| 2 | Lotus-Ford | 1 min 22 s 01 | + 0 s 51 | |
| 3 | McLaren-Ford | 1 min 23 s 38 | + 1 s 88 | |
| 4 | Ferrari | 1 min 23 s 57 | + 2 s 07 | |
| 5 | McLaren-Ford | 1 min 23 s 71 | + 2 s 21 | |
| 6 | Brabham-Ford | 1 min 23 s 87 | + 2 s 37 | |
| 7 | Brabham-Ford | 1 min 24 s 07 | + 2 s 57 | |
| 8 | Lotus-Ford | 1 min 24 s 21 | + 2 s 71 | |
| 9 | Brabham-Ford | 1 min 24 s 34 | + 2 s 84 | |
| 10 | Matra-Ford | 1 min 24 s 70 | + 3 s 20 | |
| 11 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 22 | + 4 s 72 | |
| 12 | BRM | 1 min 26 s 35 | + 4 s 85 | |
| 13 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 50 | + 5 s 00 | |
| 14 | BRM | 1 min 26 s 99 | + 5 s 49 | |
| 15 | McLaren-Ford | 1 min 35 s 17 | + 13 s 67 |
- Note : au volant de la Lotus 63 (sa voiture de réserve), Graham Hill a réalisé un temps d'1 min 28 s 30[9].
Deuxième séance qualificative - vendredi 20 juin (matin)
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Le temps est couvert mais la piste est sèche lorsque commence la séance du vendredi matin. Le vent a tourné au sud, favorisant la vitesse de pointe dans la ligne droite des stands. Retardé la veille par des problèmes de freins et par un moteur manquant de puissance, Jochen Rindt dispose cette fois d'une Lotus parfaitement au point et, au prix d'une conduite particulièrement acrobatique, va réaliser une série de tours très rapides, parvenant à tourner à 186,7 km/h de moyenne. Stewart sera le seul à pouvoir le menacer. L'Écossais va un moment tenir le haut de l'affiche, crédité d'un temps inférieur de quatre dixièmes de seconde à celui de Rindt, avant que les responsables du chronométrage n'annoncent une erreur de mesure et ne l'annulent. Avant que la pluie ne fasse son apparition, Rindt conserve donc sa première place, trois dixièmes devant son rival. Leurs adversaires sont relégués à plus d'une seconde et demie. Hill a consacré sa séance à la mise au point de la Lotus 63, qui s'est révélée nettement moins rapide que le modèle traditionnel. Après s'être assuré un temps de qualification acceptable sur sa Matra MS80, Jean-Pierre Beltoise s'est installé au volant de la monoplace expérimentale, à traction intégrale. Il n'a cependant pas pu l'utiliser, l'exiguïté du cockpit liée à son handicap au coude gauche l'empêchant de manier correctement le volant[10].
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Lotus-Ford | 1 min 20 s 85 | ||
| 2 | Matra-Ford | 1 min 21 s 14 | + 0 s 29 | |
| 3 | Ferrari | 1 min 22 s 69 | + 1 s 84 | |
| 4 | McLaren-Ford | 1 min 23 s 07 | + 2 s 22 | |
| 5 | Brabham-Ford | 1 min 23 s 36 | + 2 s 51 | |
| 6 | Lotus-Ford | 1 min 23 s 94 | + 3 s 09 | |
| 7 | Brabham-Ford | 1 min 24 s 00 | + 3 s 15 | |
| 8 | McLaren-Ford | 1 min 24 s 07 | + 3 s 22 | |
| 9 | Matra-Ford | 1 min 24 s 44 | + 3 s 59 | |
| 10 | Brabham-Ford | 1 min 24 s 58 | + 3 s 73 | |
| 11 | BRM | 1 min 25 s 11 | + 4 s 26 | |
| 12 | BRM | 1 min 25 s 21 | + 4 s 36 | |
| 13 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 75 | + 4 s 90 | |
| 14 | McLaren-Ford | 1 min 28 s 80 | + 7 s 95 |
Troisième séance qualificative - vendredi 20 juin (après-midi)
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Le temps est toujours couvert et la piste humide lorsque les voitures prennent la piste le vendredi après-midi. Une courte accalmie va permettre à la trajectoire de s'assécher, Jacky Ickx (sur Brabham) en profitant pour améliorer sa position sur la grille, tout comme les pilotes-constructeurs Bruce McLaren et Jack Brabham. La pluie refait cependant bientôt son apparition, mettant fin aux chances de chacun. Sur la piste humide, c'est Stewart, sur la Matra à traction intégrale, qui se révélera le plus à l'aise, réalisant, à près de 180 km/h de moyenne, le quatrième meilleur temps. Rindt refusant de piloter la deuxième Lotus 63, qui lui était destinée et dont la préparation vient d'être terminée, c'est son coéquipier Graham Hill qui l'a testée mais la voiture ne s'est pas montrée aussi rapide que la Matra expérimentale sous la pluie[10].
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Brabham-Ford | 1 min 22 s 85 | ||
| 2 | McLaren-Ford | 1 min 22 s 87 | + 0 s 02 | |
| 3 | Brabham-Ford | 1 min 23 s 10 | + 0 s 25 | |
| 4 | Matra-Ford | 1 min 23 s 88 | + 1 s 03 | |
| 5 | Lotus-Ford | 1 min 23 s 96 | + 1 s 11 | |
| 6 | Lotus-Ford | 1 min 24 s 17 | + 1 s 32 | |
| 7 | Matra-Ford | 1 min 24 s 49 | + 1 s 64 | |
| 8 | Ferrari | 1 min 25 s 00 | + 2 s 15 | |
| 9 | BRM | 1 min 25 s 07 | + 2 s 22 | |
| 10 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 13 | + 2 s 28 | |
| 11 | BRM | 1 min 25 s 39 | + 2 s 54 | |
| 12 | McLaren-Ford | 1 min 26 s 82 | + 3 s 97 | |
| 13 | McLaren-Ford | 1 min 28 s 47 | + 5 s 62 |
Tableau final des qualifications
[modifier | modifier le code]| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart | Commentaire |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Lotus-Ford | 1 min 20 s 85 | temps réalisé le vendredi matin | ||
| 2 | Matra-Ford | 1 min 21 s 14 | + 0 s 29 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 3 | Lotus-Ford | 1 min 22 s 01 | + 1 s 16 | temps réalisé le jeudi après-midi | |
| 4 | Ferrari | 1 min 22 s 69 | + 1 s 84 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 5 | Brabham-Ford | 1 min 22 s 85 | + 2 s 00 | temps réalisé le vendredi après-midi | |
| 6 | McLaren-Ford | 1 min 22 s 87 | + 2 s 02 | temps réalisé le vendredi après-midi | |
| 7 | McLaren-Ford | 1 min 23 s 07 | + 2 s 22 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 8 | Brabham-Ford | 1 min 23 s 10 | + 2 s 25 | temps réalisé le vendredi après-midi | |
| 9 | Brabham-Ford | 1 min 23 s 36 | + 2 s 51 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 10 | Lotus-Ford | 1 min 23 s 94 | + 3 s 09 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 11 | Matra-Ford | 1 min 24 s 44 | + 3 s 59 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 12 | BRM | 1 min 25 s 07 | + 4 s 22 | temps réalisé le vendredi après-midi | |
| 13 | BRM | 1 min 25 s 11 | + 4 s 26 | temps réalisé le vendredi matin | |
| 14 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 50 | + 5 s 65 | temps réalisé le jeudi après-midi | |
| 15 | McLaren-Ford | 1 min 28 s 47 | + 7 s 62 | temps réalisé le vendredi après-midi |
Grille de départ
[modifier | modifier le code]| 1re ligne | Pos. 3 | Pos. 2 | Pos. 1 | ||
|---|---|---|---|---|---|
G. Hill Lotus 1 min 22 s 01 |
Stewart Matra 1 min 21 s 14 |
Rindt Lotus 1 min 20 s 85 | |||
| 2e ligne | Pos. 5 | Pos. 4 | |||
Ickx Brabham 1 min 22 s 85 |
Amon Ferrari 1 min 22 s 69 |
||||
| 3e ligne | Pos. 8 | Pos. 7 | Pos. 6 | ||
Brabham Brabham 1 min 23 s 10 |
Hulme McLaren 1 min 23 s 07 |
McLaren McLaren 1 min 22 s 87 | |||
| 4e ligne | Pos. 10 | Pos. 9 | |||
Siffert Lotus 1 min 23 s 94 |
Courage Brabham 1 min 23 s 36 |
||||
| 5e ligne | Pos. 13 | Pos. 12 | Pos. 11 | ||
Oliver BRM 1 min 25 s 11 |
Surtees BRM 1 min 25 s 07 |
Beltoise Matra 1 min 24 s 44 | |||
| 6e ligne | Pos. 15 | Pos. 14 | |||
Elford McLaren 1 min 28 s 47 |
Moser Brabham 1 min 26 s 50 |
Déroulement de la course
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Le temps est chaud et ensoleillé lorsque les monoplaces se présente sur la grille de départ, le samedi après-midi, devant environ 45 000 spectateurs[3]. Sur la deuxième ligne, Jacky Ickx a levé le bras pour signaler un problème : l'embrayage de sa Brabham colle et le pilote belge est obligé de garder le pied sur le frein. Lorsque le drapeau s'abaisse, le disque a surchauffé et patine ; il ne peut s'élancer normalement, se faisant déborder de toutes parts. Sur sa Lotus, Graham Hill a pris un départ foudroyant. Le champion du monde vire en tête à l'épingle de Tarzan, devant son coéquipier Jochen Rindt, talonné par la Matra de Jackie Stewart. Les trois hommes repassent groupéss devant les stands. Une seconde plus tard suivent la Ferrari de Chris Amon et la McLaren de Denny Hulme. Emmené par le pilote-constructeur Bruce McLaren, le peloton est une centaine de mètres plus loin. Parti bon dernier, Ickx a déjà rejoint la Brabham de Silvio Moser, qu'il s'apprête à déborder. Au cours du deuxième tour, Hulme double Amon, s'emparant de la quatrième place, et se rapproche de Stewart. Rindt parcourt la ligne droite dans les roues de Hill et, au moment d'aborder pour la troisième fois le virage de Tarzan, le pilote autrichien parvient à déborder son coéquipier par l'extérieur dans une manœuvre spectaculaire, avec deux roues dans le sable. Il prend immédiatement le large, établissant un nouveau record de la piste à près de 182 km/h de moyenne, reléguant d'emblée Hill à deux secondes et demie ! Ne voulant pas se laisser distancer par le leader, Stewart attaque Hill et parvient à s'emparer de la deuxième place au cours du cinquième tour, qu'il achève en améliorant de deux centièmes le record de Rindt. Il compte alors quatre secondes de retard sur le leader. Hill est deux secondes plus loin, talonné par Hulme, Amon et le reste du peloton. Ickx est déjà remonté en dixième position et commence à réduire progressivement l'écart sur la Matra de Jean-Pierre Beltoise, près de cinq secondes devant lui. Le rythme imprimé par Rindt reste très soutenu et l'Autrichien accentue son avance. Après dix tours, elle est passée à sept secondes. Toujours troisième, Hill a lâché prise (le train arrière de sa Lotus vibre) et accuse déjà plus de seize secondes de retard sur son coéquipier. Il est désormais menacé par Joseph Siffert (sur la Lotus de Rob Walker), qui a coup sur coup débordé McLaren, Amon puis Hulme. Jackie Oliver a déjà abandonné, la boîte de vitesses de sa BRM ayant cassé. Piers Courage ne tarde pas à l'imiter, l'embrayage de sa Brabham étant hors d'usage. Au treizième tour , Siffert attaque Hill au freinage de l'épingle de Tarzan et, prenant l'extérieur, parvient à virer devant le champion du monde. Il est maintenant troisième, treize secondes derrière Stewart. En tête, Rindt a porté à près de dix secondes son avance sur la Matra lorsque, au début du dix-septième tour, un cardan de sa Lotus lâche ; il négocie l'épingle en roue libre et s'immobilise sur le bas-côté. Stewart prend la tête, devant Siffert (à quatorze secondes) et Hill (deux secondes et demie plus loin). Celui-ci devance un petit groupe comprenant Hulme, Amon, McLaren et Brabham, qui bataillent ferme pour la quatrième place. À quelques centaines de mètres viennent Beltoise et Ickx. Le pilote belge vient alors de rattraper la Matra du Français qu'il va déborder facilement au tour suivant. Stewart accroit sensiblement son avance sur ses poursuivants. Au quart de la course, l'écart entre les deux premiers est passé à dix-sept secondes. Hill a perdu du terrain sur le pilote suisse, sept secondes devant lui. Il conserve néanmoins une centaine de mètres d'avance sur le groupe mené par Hulme, qui a été rattrapé par Ickx. Ce dernier prend l'avantage, dans l'épingle, sur son coéquipier Brabham et se prépare à attaquer McLaren quand celui-ci renonce, ayant perdu un boulon de suspension. Les vibrations du train arrière de sa Lotus s'etant accentuées, Hill s'arrête au stand à la fin du vingt-septième tour. Il en repartira en huitième position, sans que le problème ait été résolu. Stewart possède alors dix-huit secondes d'avance sur Siffert et trente-deux sur le peloton comprenant Hulme, Amon, Ickx et Brabham, qui se disputent âprement la troisième place.

Alors que l'écart entre les deux premiers se creuse très légèrement, Amon tente à plusieurs reprises de dépasser Hulme, sans succès, et se fait même déborder par Ickx à l'épingle de Tarzan au cours du trente-et-unième tour. C'est maintenant au tour du pilote belge d'attaquer l'ancien champion du monde pour le gain de la troisième place mais ce dernier défend solidement sa position. À la fin du quarante-deuxième tour, le moteur de Ickx a des ratés et Amon en profite pour le doubler dans la courbe de Pulleveld, lui reprenant la quatrième place. Peu après, c'est au tour de Brabham de doubler le pilote belge. À la mi-course, Stewart est toujours confortablement installé en tête, avec vingt-cinq secondes d'avance sur Siffert. Hulme, toujours serré de près par Amon et les deux Brabham officielles, est à quarante-sept secondes du leader. Septième, Beltoise accuse près d'un tour de retard. Il est maintenant loin devant Hill, qui n'ose plus pousser sa machine et perd beaucoup de terrain. Brabham parvient à déborder Amon et va menacer Hulme durant quelques tours, avant que la tenue de route de sa monoplace ne se dégrade, à cause d'un problème dans la direction[12]. Hulme en profite alors pour prendre quelques secondes d'avance sur ses poursuivants, jusqu'à ce que Amon ne trouve l'ouverture et ne reprenne la quatrième place. En cinq tours, le pilote Ferrari comble son retard sur Hulme, les deux hommes entamant un long duel pour la troisième place. Ickx tente également de déborder Brabham, dont la monoplace commence à survirer excessivement, mais le vétéran résiste vaillamment. Ce n'est qu'au soixante-neuvième tour que le pilote belge reprendra l'avantage sur son coéquipier. Il va dès lors tenter de revenir sur Hulme et Amon, toujours dans cet ordre, qui évoluent cinq secondes devant lui. Avec trente-cinq secondes d'avance sur Siffert, lui-même confortable deuxième, Stewart a alors la course bien en mains. La bataille pour la troisième place continue à captiver le public, Amon multipliant les attaques sur son compatriote tandis que Ickx, se détachant de Brabham, revient progressivement sur eux. À dix tours de l'arrivée, la Matra de tête conserve une marge de plus d'une demi-minute sur la Lotus de Siffert. Quinze secondes plus loin, Hulme devance toujours Amon et Ickx, les trois hommes étant roues dans roues. La tenue de route de sa monoplace s'etant dégradée, Brabham a perdu du terrain et se contente désormais d'assurer sa sixième place. Les quatre autres voitures restant en course sont très attardées. Le moteur de Hulme commence à perdre un peu de puissance et Amon en profite pour se porter à sa hauteur au freinage de l'épingle de Tarzan ; il vire devant la McLaren, s'emparant de la troisième place. Il possède à ce moment quatorze secondes de retard sur Siffert et, sur une piste devenue très glissante, regagne du terrain sur la Lotus mais ne parviendra pas à la rattraper. Fort de son avance, Stewart a nettement levé le pied en fin d'épreuve. Il s'impose pour la deuxième année consécutive aux Pays-Bas, Siffert terminant vingt-cinq secondes derrière lui. Troisième, Amon obtient son premier résultat de l'année. Malgré un moteur fatigué, Hulme est parvenu à résister aux attaques de Ickx et à se maintenir à la quatrième place, devant les deux Brabham.
Classements intermédiaires
[modifier | modifier le code]Classements intermédiaires des monoplaces aux premier, deuxième, troisième, cinquième, septième, dixième, quinzième, vingtième, vingt-cinquième, trentième, quarantième, quarante-cinquième, cinquantième, soixantième, soixante-dixième et quatre-vingtième tours[9],[13].
Après 1 tour
|
Après 2 tours
|
Après 3 tours
|
Après 5 tours
|
Après 7 tours
|
Après 10 tours
|
Après 15 tours
|
Après 20 tours
|
Après 25 tours
|
Après 30 tours
|
Après 40 tours
|
Après 45 tours (mi-course)
|
Après 50 tours
|
Après 60 tours
|
Après 70 tours
|
Après 80 tours
|
Classement de la course
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| Pos | N° | Pilote | Écurie | Tours | Temps/Abandon | Grille | Points |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 4 | Matra-Ford | 90 | 2 h 06 min 42 s 08 | 2 | 9 | |
| 2 | 10 | Lotus-Ford | 90 | 2 h 07 min 06 s 60 (+ 24 s 52) | 10 | 6 | |
| 3 | 8 | Ferrari | 90 | 2 h 07 min 12 s 59 (+ 30 s 51) | 4 | 4 | |
| 4 | 7 | McLaren-Ford | 90 | 2 h 07 min 19 s 24 (+ 37 s 16) | 7 | 3 | |
| 5 | 12 | Brabham-Ford | 90 | 2 h 07 min 19 s 75 (+ 37 s 67) | 5 | 2 | |
| 6 | 11 | Brabham-Ford | 90 | 2 h 07 min 53 s 89 (+ 1 min 10 s 81) | 8 | 1 | |
| 7 | 1 | Lotus-Ford | 88 | 2 h 07 min 23 s 21 (+ 2 tours) | 3 | ||
| 8 | 5 | Matra-Ford | 87 | 2 h 07 min 09 s 09 (+ 3 tours) | 11 | ||
| 9 | 14 | BRM | 87 | 2 h 08 min 38 s 22 (+ 3 tours) | 12 | ||
| 10 | 18 | McLaren-Ford | 84 | 2 h 07 min 12 s 45 (+ 6 tours) | 15 | ||
| Abd. | 17 | Brabham-Ford | 54 | Allumage | 14 | ||
| Abd. | 6 | McLaren-Ford | 24 | Suspension avant | 6 | ||
| Abd. | 2 | Lotus-Ford | 16 | Cardan | 1 | ||
| Abd. | 16 | Brabham-Ford | 12 | Embrayage | 9 | ||
| Abd. | 15 | BRM | 9 | Boîte de vitesses | 13 |
Légende :
- Abd.=Abandon
Pole position et record du tour
[modifier | modifier le code]- Pole position :
Jochen Rindt (Lotus) en 1 min 20 s 85 (vitesse moyenne : 186,701 km/h). Temps réalisé lors de la séance d'essais matinale du vendredi [11]. - Tour le plus rapide :
Jackie Stewart (Matra) en 1 min 22 s 94 (vitesse moyenne : 181,997 km/h) au cinquième tour.
Évolution du meilleur tour en course
[modifier | modifier le code]Le meilleur tour fut amélioré six fois au cours de l'épreuve[9].
- deuxième tour : Graham Hill en 1 min 26 s 05 (vitesse moyenne : 175,419 km/h)
- deuxième tour : Jochen Rindt en 1 min 25 s 85 (vitesse moyenne : 175,828 km/h)
- deuxième tour : Denny Hulme en 1 min 25 s 59 (vitesse moyenne : 176,362 km/h)
- deuxième tour : Bruce McLaren en 1 min 25 s 21 (vitesse moyenne : 177,148 km/h)
- troisième tour : Jochen Rindt en 1 min 22 s 96 (vitesse moyenne : 181,953 km/h)
- cinquième tour : Jackie Stewart en 1 min 22 s 94 (vitesse moyenne : 181,997 km/h)
Tours en tête
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Graham Hill : 2 tours (1-2)
Jochen Rindt : 14 tours (3-16)
Jackie Stewart : 74 tours (17-90)
Classement général à l'issue de la course
[modifier | modifier le code]- Attribution des points : 9, 6, 4, 3, 2, 1 respectivement aux six premiers de chaque épreuve.
- Pour la coupe des constructeurs, même barème et seule la voiture la mieux classée de chaque équipe inscrit des points.
- Le championnat est divisé en deux demi-saisons, seuls les cinq meilleurs résultats (sur six épreuves) étant retenus pour chaque partie
- Sur douze manches qualificatives initialement prévues pour le championnat du monde 1969, onze seront effectivement courues : programmé le , le Grand Prix de Belgique a été annulé, le GPDA ayant en avril voté le boycott de l'épreuve pour raisons de sécurité[14].

| Pos. | Pilote | Écurie | Points | AFS |
ESP |
MON |
NL |
FRA |
GBR |
1re ½ saison |
ALL |
ITA |
CAN |
USA |
MEX |
2e ½ saison |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra | 27 | 9 | 9 | - | 9 | 27 | |||||||||
| 2 | Lotus | 15 | 6 | - | 9 | - | 15 | |||||||||
| 3 | Lotus | 13 | 3 | - | 4 | 6 | 13 | |||||||||
| 4 | McLaren | 11 | 4 | 3 | 1 | 3 | 11 | |||||||||
| 5 | McLaren | 10 | 2 | 6 | 2 | - | 10 | |||||||||
| 6 | Brabham | 6 | - | - | 6 | - | 6 | |||||||||
| 7 | Matra | 5 | 1 | 4 | - | - | 5 | |||||||||
| 8 | Ferrari | 4 | - | - | - | 4 | 4 | |||||||||
| 9 | Lotus | 3 | - | - | 3 | - | 3 | |||||||||
| 10 | Brabham | 3 | - | 1 | - | 2 | 3 | |||||||||
| 11 | BRM | 2 | - | 2 | - | - | 2 | |||||||||
| 12 | Brabham | 1 | - | - | - | 1 | 1 |
| Pos. | Écurie | Points | AFS |
ESP |
MON |
NL |
FRA |
GBR |
1re ½ saison |
ALL |
ITA |
CAN |
USA |
MEX |
2e ½ saison |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 27 | 9 | 9 | - | 9 | 27 | ||||||||
| 2 | Lotus-Ford | 21 | 6 | - | 9 | 6 | 21 | ||||||||
| 3 | McLaren-Ford | 15 | 4 | 6 | 2 | 3 | 15 | ||||||||
| 4 | Brabham-Ford | 9 | - | 1 | 6 | 2 | 9 | ||||||||
| 5 | Ferrari | 4 | - | - | - | 4 | 4 | ||||||||
| 6 | BRM | 2 | - | 2 | - | - | 2 |
À noter
[modifier | modifier le code]- 8e victoire en championnat du monde pour Jackie Stewart.
- 6e victoire en championnat du monde pour Matra en tant que constructeur.
- 19e victoire en championnat du monde pour Ford-Cosworth en tant que motoriste.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Mulet initialement destiné à Jochen Rindt sous le n° 2T.
- ↑ Châssis 49 R6, accidenté par Jackie Oliver lors des essais du Grand-Prix de France 1968 et reconstruit par l'usine ; tout d'abord numéroté 49-R8 en fin de saison 1968, avant construction du 8e châssis 49.
- ↑ Mulet utilisé par Graham Hill aux essais avec le n° 1T.
- ↑ À la suite du forfait de Mario Andretti, voiture utilisée par Graham Hill aux essais avec le n° 1T.
- ↑ Parfois officieusement identifié M7A/4, le quatrième châssis M7 est à la base un châssis M10A (conçu pour Indianapolis), modifié pour recevoir un moteur Cosworth DFV et une boîte de vitesses Hewland.
- ↑ À la suite du forfait de Pedro Rodríguez, voiture utilisée par Chris Amon aux essais avec le n° 8T.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Johnny Rives, Gérard Flocon et Christian Moity, La fabuleuse histoire de la formule 1, Éditions Nathan, , 707 p. (ISBN 2-09-286450-5)
- ↑ L'année automobile no 17 1969-1970, Lausanne, Edita S.A., , 256 p.
- Michel Hubin, Championnat du monde 69 des conducteurs, Verviers, Éditions GERARD & Co (collection Marabout Service), , 288 p.
- ↑ Revue L'Automobile no 255 - juillet 1967
- ↑ Michel Hubin, Championnat du monde 68 des conducteurs, Verviers, Éditions GERARD & Co (collection Marabout Service), , 285 p.
- ↑ (en) Bruce Jones, The complete Encyclopedia of Formula One, Colour Library Direct, , 647 p. (ISBN 1-84100-064-7)
- ↑ Gérard Gamand et Christophe Hubert, Tous les châssis des Grands Prix de Formule 1 en championnat du monde : Tome 2 1961-1970, Saint Cyr au Mont d'Or, Les Éditions de l'Aubois, , 296 p. (ISBN 978-2-9580859-3-3)
- (en) Autocourse 1969-1970 : A detailed record of the 1969 season, Haymarket Press Ltd, , 215 p.
- (en) Denis Jenkinson, « Dutch Grand Prix : Stewart Wins Again », Magazine MotorSport, no 8 Vol.XLV,
- (en) Mike Lang, Grand Prix volume 2, Haynes Publishing Group, , 260 p. (ISBN 0-85429-321-3)
- ↑ Revue Moteurs n°74 - juillet-août 1969
- ↑ Edmond Cohin, L'historique de la course automobile, Editions Larivière, , 882 p.
- ↑ Revue Sport Auto no 88 -