François Morin (économiste)

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François Morin, né le 18 janvier 1945 à Paris, est un économiste français dont l'orientation théorique s'inspire des travaux de Marx, Keynes et des économistes institutionnalistes[1], professeur émérite de sciences économiques à l'université Toulouse-I-Capitole. Il a été membre du Conseil général de la Banque de France et du Conseil d'analyse économique.

Biographie[modifier | modifier le code]

François Morin commence ses études au lycée Louis-le-Grand, puis à l'université Panthéon-Sorbonne ; il obtient l'agrégation et un doctorat d'État en sciences économiques. Assistant à l'université Paris-Dauphine (1969-1970), puis à l'université d'Alger (1970-1971), il devient maître assistant à l'université Paris-Dauphine (1971-1974) et professeur à l'université Toulouse-I-Capitole depuis 1975.

Il a été directeur du Laboratoire d'études et de recherches sur l'économie de la production (1976), du Laboratoire d'études et de recherches sur l'économie, les politiques et les systèmes sociaux (Lereps)[2] de 1998 à 2000. Il est conseiller technique auprès de Jean Le Garrec (secrétaire d’État chargé de l'extension du secteur public) (1981-1982), secrétaire général (1982-1985), membre (1985-1993) du Haut conseil du secteur public, membre du Conseil général de la Banque de France (1985-1993), Consultant international auprès de l'Organisation des Nations unies (1985), censeur des l'Institut régional du développement industriel (Irdi) (depuis 1988), membre du Comité national des universités (CNU) (1991-1995 et 1999-2000), administrateur de la société Aérospatiale (1989-1993), membre du Conseil d'Analyse Économique (CAE) (1997 - 2000), membre du collège de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) (2000 - 2004), membre de l'Observatoire de l'Ethique Publique (OEP)(2021).

François Morin, un économiste éclairé[modifier | modifier le code]

(par Malika Hattab-Christmann et Anne Isla, Publié 08/04/2013 · Mis à jour 24/01/2019)

François Morin, spécialiste reconnu de l’économie financiarisée, est aujourd’hui Professeur émérite de sciences économiques à l’Université Toulouse I – Capitole. Il est une personnalité marquante de cette discipline dont les évolutions ont transformé l’environnement socio-économique des 40 dernières années.

Acteur et penseur de son temps dans une société soumise à une succession rapide de changements économiques, politiques, technologiques, culturels, il est un chercheur à la fois « pointu », érudit et critique. Dès les années 1970, il est un des rares économistes à mettre fortement en exergue le rôle de la finance dans ses interactions avec la sphère de l’économie réelle. Son souci est l’anticipation qui permet d’éclairer les déterminismes croissants induits par le contrôle du pouvoir des firmes, préoccupation qu’il exprime déjà dans sa thèse d’Etat (1974) consacrée à La structure financière du capitalisme français. Si ses alertes récurrentes ne sont pas entendues dans les sphères du pouvoir, ses publications, ses enseignements et ses conférences nous aident à comprendre des phénomènes économiques complexes, et en particulier la crise qui a débuté en 2007. Crise redoutable pour les États surendettés du fait de la superpuissance des marchés financiers, pour le marché du travail fragilisé et pour les citoyens de plus en plus privés de démocratie. Le colloque organisé le 25 octobre 2012 sur La crise du capitalisme financiarisé, en l’honneur de François Morin, est d’ailleurs l’occasion de rassembler autour de lui d’éminents économistes sur ces

Du LEREP au LEREPS[modifier | modifier le code]

On ne peut pas vraiment affirmer que la recherche en économie est à l’état embryonnaire quand François Morin est nommé Professeur d’économie à Toulouse en 1975 car deux laboratoires se côtoient, le CRES tourné vers l’économétrie et le CEJEE, spécialisé dans l’économie de l’emploi. Avec quelques jeunes collègues (Alain Alcouffe, Michel Moreaux, Xavier Freixas…) qui ne se retrouvent pas dans cette bipolarité, ils investisssent le champ encore vacant de l’économie industrielle en créant le LEREP (Laboratoire d’Etude et de Recherche en Economie de la Production) qu’il dirigera, seul ou en collaboration, jusqu’en 2000 et dans le cadre duquel il encadrera une cinquantaine de thèses. Leur première publication collective (1977) est une véritable fresque de l’économie française, « Les Banques et les groupes industriels à l’heure des nationalisations ». Le LEREP se développe progressivement, avec l’arrivée de nombreux chercheurs dans les années 1980, comme Jean-Pierre Gilly avec lequel François Morin publie (1981) Les groupes industriels en France : concentration du système productif depuis 1945. Il s’inscrit toujours dans une approche hétérodoxe de l’économie, mais il étend son champ à la gouvernance des territoires, à l’organisation des activités productives en liaison avec l’innovation, au changement technique et à l’évolution des structures financières. Cette diversification est facilitée par l’arrivée de sociologues en 1998. Dès lors, le LEREP devient le LEREPS (Laboratoire d’Etude et de Recherche sur l’Economie, les Politiques et les Systèmes Sociaux).

Qui détient le pouvoir financier ?[modifier | modifier le code]

Dans le domaine financier, les recherches sous la direction de François Morin ou en collaboration avec lui se concentrent sur l’évolution des modes de gouvernance des groupes à travers l’étude des structures actionnariales et des compositions des conseils d’administration. Qui détient le pouvoir financier ? Cette interrogation lancinante taraude le chercheur et ses disciples qui établissent une cartographie permettant de révéler la traçabilité du pouvoir de décision. Car derrière la figure de l’actionnaire, de nouveaux acteurs sont apparus tels les Fonds de pensions et les Hedge funds.

François Morin joue un rôle important dans la réflexion sur les mutations des systèmes économiques bien au-delà du territoire toulousain. Inlassablement, les structures du capitalisme sont sondées, les concentrations stables de pouvoir repérées comme des cœurs financiers, puis leur éclatement et la pénétration de nouveaux acteurs dénoncés. Plusieurs ouvrages académiques illustrent cette recherche : Le Capitalisme en France (1976), La Théorie économique du patrimoine (1985), Le cœur financier européen (1993), Le Modèle de détention et de gestion du capital en France (1998), Le Nouveau mur de l’argent (2006), Un Monde sans Wall Street (2011), auxquels il faut ajouter une vingtaine d’ouvrages collectifs.

Que ce soit à travers des ouvrages ou des articles, académiques ou non, la culture de la recherche et de la diffusion des connaissances est un art de vivre chez lui. Dans le même temps, il publie une quarantaine d’articles universitaires.

On lui doit également des rapports pour le compte d’instances de premier plan, comme « L’Economie française face aux fonds de pension américains : quelles leçons pour le système de retraite ? » Rapport fait au Conseil d’Analyse Economique (1998), ainsi que des articles et des ouvrages destinés à expliquer au grand public le fonctionnement complexe d’une économie financiarisée. Un de ses derniers ouvrages, Autopsie d’une crise annoncée. Une enquête de Désiré Tofix, écrit en 2010 en collaboration avec Patrick Mignard, économiste retraité et dessinateur de presse indépendant en activité, illustre parfaitement cette préoccupation de transmettre au plus grand nombre.

De la recherche académique aux savoirs pour tous[modifier | modifier le code]

Conférencier infatigable, il ne se dérobe pas aux invitations aussi nombreuses que diverses : ATTAC, Ligue des Droits de l’Homme, Club ISATIS, Cercle Condorcet de Toulouse, Maison de la philosophie Aldéran de Toulouse, quotidien Le Soir de Bruxelles, Université UQAM de Montréal, Université Laval de Québec, Ecole des citoyens de Caromb, petite cité du Vaucluse… Pour autant, le Professeur émérite ne néglige pas les plus jeunes, ce qui le conduit à intervenir dans les établissements scolaires de Midi-Pyrénées : Lycée Henri Matisse de Cugnaux, Lycée Toulouse-Lautrec de Toulouse, Lycée Saliège de Toulouse… Autres cordes à son arc, l’enseignement de l’économie aussi dans une université populaire toulousaine, l’Université des Savoirs Pour Tous et la tenue d’un blog dédié à la déconstruction de la crise et à la construction de scenarii pour tenter d’en sortir.

A côté de ses activités universitaires et de ses conférences, François Morin mène une vie engagée en tant qu’acteur économique auprès de nombreuses instances. Ainsi, il siège au Conseil général de la Banque de France pendant neuf ans (1985-1993). Cette expérience au sein même de l’appareil d’une banque centrale n’est pas sans incidence sur ces recherches. De cette période révolue, il garde nombre d’anecdotes qu’il a toujours autant de plaisir à raconter.

Il publie régulièrement des articles dans la presse, notamment économique et financière, à laquelle il accorde aussi des interviews : Les Echos, La Tribune, Le Nouvel Economiste, Option Finance, Capital, Alternatives économiques, The Wall Street Journal, The Economist, Le Monde, Le Soir, La Republica, La Dépêche du Midi

Cette carrière exemplaire placée sous les auspices de la recherche et de la diffusion des connaissances en économie ne doit pas faire oublier que François Morin est un homme de cœur. La convivialité et l’amitié restent les valeurs primordiales de cet économiste éclairé.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Participation à des ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Propriété autocontrôlée et restructurations d'entreprises, in les restructurations industrielles en France , Éditions Economica, 1980 (p167-173)
  • Propriété et pouvoir dans l'industrie (en collaboration), Notes et Études Documentaires, n°4832-4833, 1987
  • Pouvoir, contrôle et stratégies de firmes, chapitre 5.1 du Traité Économie Industrielle ,
  • éditions Economica, 1988, puis 2e édition actualisée en 1991
  • Les groupes industriels et financiers, chapitre 3.3 du Traité d'Économie Industrielle, éditions Economica, 1988, puis 2e édition actualisée en 1991
  • Les 200 premières firmes européennes et l'émergence d'un appareil productif communautaire In "L'Europe Industrielle", Documentation Française, Mars 1991.
  • L'affrontement des capitalismes in "l'état de l'Europe ", Éditions de la Découverte, 1992
  • Les mutations du coeur financier français in "L'état de la France" 95-96, Éditions La Découverte, 1995, puis 96-97 en 1997
  • La mondialisation, Contribution à un ouvrage collectif "La société libérale en questions" Grep MP, 1997
  • Le système financier européen : crise et recomposition, Contribution à un ouvrage collectif :"L'Économie, une science pour l'Homme et la Société", Mélanges en l'honneur d'Henri Bartoli, Publications de la Sorbonne, 1998
  • La firme et la négociation collective : la question des frontières en économie et en droit (en collaboration), Contribution aux Mélanges dédiés au Président Michel Despax, Presses de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, 2002
  • A transformation in the French model of shareholding and management, contribution à l’ouvrage « Corporate Governance ; critical perspectives on business and management », édité par Thomas Clark, Volume III, European Corporate Governance, Routlege, London and New York, 2005
  • La régulation face à la globalisation et à la libéralisation des marchés, in Les services publics en Europe : pour une régulation démocratique. Sous la direction de P. Bauby, H. Coing, A. de Toledo, Publisud, 2007, p33-46
  • Le capitalisme de marché financier et l'asservissement du cognitif  in Les nouveaux horizons du capitalisme, Editions Economica, 2008
  • Préface » à l'ouvrage Géographies de la finance mondialisée, sous la direction de Claude Dupuy et Stéphanie Lavigne, La documentation française, 2009
  • La crise financière, une crise de la globalisation et de la libéralisation des marchés  contribution à un ouvrage collectif publié au Canada dans la série consacrée aux séminaires Fernand Dumont, 2010
  • La crise aujourd’hui et demain, in Groupons-nous et demain ! La crise internationale et les alternatives de gauche, Edition Le temps des cerises, 2010
  • La crisis financiera globalizada y las nuevas orientaciones del sistema, in Crisis financiera economica systemica. Editions Maia, 2010.
  • Préface à l’ouvrage de Pierre Jeanblanc Analyse stratégique : les fondements économiques » Dunod, 2011
  • Aux origines de la crise financière mondialisée, in Mélanges à la mémoire de Charles Albert Michalet, Presses Universitaires de Paris ouest, janvier 2013
  • Préface à l’ouvrage Manuel d’économie à l’usage de celles et ceux qui n’y comprennent rien , AAEL-Toulouse, 2013
  • La zone euro face aux forces obscurantiste de la spéculation ; jalons pour un nouvel esprit des lumières, in L’obscurantisme de l’argent, fléau du XXIè siècle, ouvrage coordonné par Pierre Grou, L’Harmattan, 2013
  • Finança global, Europa e cenarios para a saïda da crise , in Perspectivas Para Uma Outra Zona Euro », ouvrage coordonné par Julio Mota, Luis Lopes E Margarida Antunes, Cimbra Editora, 2014
  • Produits dérivés et dérives des dettes souveraines, in La crise Capitalisme financiarisé, Mélanges en l’honneur de François Morin, Presse de l’Université de Toulouse I Capitole, 2014

Articles accessibles par internet[modifier | modifier le code]

Articles académiques[modifier | modifier le code]

Articles parus dans le Journal Le Monde[modifier | modifier le code]

Articles parus dans Alternatives économiques[modifier | modifier le code]

Articles parus dans Médiapart[modifier | modifier le code]

Autres articles[modifier | modifier le code]

Commentaires sur les travaux de François Morin[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]