Ezzelino III da Romano

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ezzelino.
Ezzelino III da Romano

Ezzelino III da Romano, surnommé le Féroce (en italien:Il feroce), (né le 25 avril 1194 à Romano dans la province de Vicence en Vénétie - mort le 27 septembre 1259 à Soncino, dans la province de Crémone, en Lombardie) était un seigneur et condottiere italien du Moyen Âge, fils d'Ezzelino II, seigneur de (aujourd'hui) Romano d'Ezzelino.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les fondements du pouvoir d'Ezzelino[modifier | modifier le code]

Ezzelino III da Romano succède à son père en 1215. Il se met à la tête des Gibelins, s'allie avec l'empereur Frédéric II. Cette alliance est renforcée par le mariage d’Ezzelino avec une des filles de l’empereur Selvaggia di Staufen. Il est l’un des principaux capitaines de l’armée impériale à partir de la bataille de Cortenuova de 1237. Dès cette date il contrôle les villes de Vicence, Padoue et Vérone.

L'organisation militaire[modifier | modifier le code]

Ezzelino dispose d’un potentiel militaire supérieur à celui de ses opposants. Il met en avant la discipline et la tactique dans son organisation. Il va soumettre les militès à son contrôle. Pour ce faire, il leur interdit de se livrer à des conflits militaires de leur propre intérêt, les empêchent de définir leurs objectifs et leur impose de nouvelles techniques de combat (manœuvres groupées, interdiction du pillage).

Aspects politiques[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, pour étendre son contrôle, il respecte les institutions existantes. Il soumet les communes à son autorité en nommant des podestats qui lui sont favorables comme avec Salinguerra Torelli à Ferrare Il forme aussi une nouvelle élite au sein de la société. Il nomme de nouveaux cavaliers issus des rangs des péditès qui deviennent acquis à sa cause. Ils sont les membres les plus riches du popolo, ceux qui disposent de moyens suffisants pour se payer un équipement de cavalier. Dans la ville de Padoue ce sont les petits aristocrates clients des châtelains et parmi les familles dont la fortune s’est constituée récemment [1]. Cet assentiment est plus fondé sur la recherche d’un intérêt immédiat que sur une adhésion idéologique. Il concentre progressivement tous les pouvoirs autour de sa personne. Il choisit à partir de 1244 tous les podestats sans en référer à l’autorité impériale. Dès 1247, il cesse d'en nommer dans les villes qu’il contrôle et les remplacent par de simples recteurs –de petits aristocrates - qui jouent un simple rôle d’exécutant. À partir de 1249, Ezzelino ne cherche plus d’alliés mais de simples serviteurs.


L'opposition à Ezzelino[modifier | modifier le code]

On trouve deux sources d’opposition à la politique menée par Ezzelino. La famille rivale des Este en est la première source. Le bannissement du marquis de Padoue par Ezzelino en 1239 achève de faire passer les Este dans le giron guelfe. Le pouvoir religieux est aussi une source d’opposition à son pouvoir. Ezzelino est excommunié à deux reprises par le pape Innocent IV. La première fois en 1248 comme partisan de l’empereur Frédéric II et la seconde, le 9 avril 1254, comme hérétique et persécuteur de l'Eglise dans sa seigneurie[2].

La politique de terreur d'Ezzelino[modifier | modifier le code]

Cette politique qui l’a rendu tristement célèbre s’intensifie à partir du moment où l’envoyé de l’empereur, Galvano Lancia - qui jouait un rôle de modérateur - est renvoyé sous un prétexte. L’historien Gérard Rippe le qualifie de « monomaniaque de la terreur » à partir de l’année 1245. Les prisonniers de guerre qui, jusqu’alors, avaient la possibilité d’accéder à une libération sous caution, sont désormais mis en détention voire exécutés. Il commet des atrocités dans ses prisons puisqu’il crève les yeux des détenus [3]. Il laisse par exemple mourir en prison l'abbé bénédictin de Sainte Justine de Padoue Arnaud Cataneo en 1255. Sont réprimés systématiquement tous ceux qui ont un engagement dans la politique extérieure de la commune, ceux qui ont apporté un appui au mouvement religieux citadin, ceux qui sont intégrés dans des réseaux de dépendance féodo-vassaliques ou ceux qui disposent d’intérêts fonciers. Il voit comme une menace tous les militès qui possèdent des compétences militaires et une richesse importante. Cette politique explique son surnom de "fils du diable" et le fait que Dante le situe en enfer.

La fin d'Ezzelino[modifier | modifier le code]

La fiscalité imposée par la seigneurie d’Ezzelino finit par devenir trop lourde à supporter. Il perd ainsi ses soutiens parmi les commerçants dont l’activité ralentit. Ezzelino renforce sa politique répressive pour tenter de se maintenir au pouvoir. Mais le pape Alexandre IV prêche en 1256 contre ce tyran une croisade dans laquelle entrent les Guelfes, et à la tête de laquelle se mit le marquis Azzo VII d'Este dit Novello, chef de la maison d'Este.

Après avoir quelque temps résisté, Ezzelino est blessé mortellement au pont de Cassano en 1259. Capturé et emprisonné dans la forteresse de Soncino, refusant tout soin et sacrement, arrachant même ses pansements, il y meurt le 27 septembre 1259 à l'âge de 62 ans. Après sa chute, Albérico son frère, qui régnait à Trévise, fut mis à mort avec toute sa famille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Rippe, Padoue et son contado (Xè - XIIIè siècles), Rome, Ecole française de Rome, coll Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 2003, (ISSN 0257-4101)
  2. Traduction de la sentence d'excommunication de 1254 dans Patrick Gilli et Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin-XIIe-mi-XIVe s.), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, p. 91-100
  3. Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens : guerre, conflits et société dans l’Italie communale XIIè-XIIIè siècles, Paris, Editions de l’école des hautes études en sciences sociales, coll Civilisation et société,2003 (ISBN 2-7132-1798-9)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Ezzelino III da Romano » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Isabelle Heullan-Donat, Franck Collard (dirs), Les villes d’Italie (mi XIIIè-mi XIVè siècles), Neuilly-Sur-Seine, Atlande, coll Clefs Concours Histoire médiévale, 2005, (ISBN 2-912232-80-5)
  • Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens : guerre, conflits et société dans l’Italie communale XIIè-XIIIè siècles, Paris, Editions de l’école des hautes études en sciences sociales, coll Civilisation et société,2003 (ISBN 2-7132-1798-9)
  • Gérard Rippe, Padoue et son contado (Xè - XIIIè siècles), Rome, Ecole française de Rome, coll Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 2003, (ISSN 0257-4101)

liens internes[modifier | modifier le code]