Devise (parahéraldique)

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Une devise est une formule emblématique parahéraldique composé d'une figure et d'une courte sentence (devise au sens moderne). C'est une construction à l'origine personnelle, parfois même circonstancielle, qui a pu dans certains cas devenir héréditaire. La vogue des devises a duré surtout pendant les XVe et XVIe siècles.

Origines[modifier | modifier le code]

Les devises ont commencé à apparaître probablement dès la fixation des armoiries comme composition héréditaire identifiant un lignage. La devise dynastique de la maison de Savoie, le lac d'amour accompagné du mot FERT se trouvait ainsi dans les premiers sceaux armoriés de la maison en concurrence avec la croix, l'aigle et le lion, qui forment le répertoire emblématique ordinaire de la maison. La croix devint la figure unique de l'écu, tandis que l'aigle et le lion fusionnèrent pour donner naissance au fameux cimier au lion ailé des ducs de Savoie. Le lac d'amour avec sa sentence ne disparut pas pour autant : il devint en quelque sorte la devise dynastique de la maison, signe plus simple et plus souple à utiliser que les armoiries, qu'on pouvait figurer en frise ou en semé dans des décors monumentaux, sur des vêtements, ou dans des bordures enluminées. L'adoption de cette devise avant l'heure permettait à la maison de Savoie de ne pas sacrifier une partie de son vocabulaire emblématique à cause de la fixation, certains diront la sclérose, du système héraldique sous une forme héréditaire et lignagère.

Une autre origine probable, qui explique plus largement le phénomène des devises, découle toujours de cette fixation des armoiries : le caractère figé et héréditaire de ces dernières changeait leur signification. Elles perdaient en effet leur rôle d'expression de choix identitaire (de parti politique, d'affinités avec la symbolique attachée à un animal...) pour devenir de simples supports d'une identité lignagère naissante.

Dans ce contexte, les porteurs d'armoiries à commencer par les princes et cadets des maisons régnantes, certes produit d'un lignage souverain, mais également avides de se démarquer de la branche ainée pour affirmer leur spécificité. C'est ainsi que la vogue des devises a connu sa plus grande ampleur au début du XVe siècle, quand les différentes branches cadettes de la maison capétienne affirmaient, dans une ultime embellie, leur autonomie face à une monarchie très affaiblie. On ne s'étonnera donc guère de leur fréquence dans les cours de Bourgogne, de Bourbon ou d'Anjou-Lorraine-Provence dont les princes étaient à la fois cadets ou issus de cadets des rois de France mais également à la tête de véritables principautés territoriales qu'on pensait à l'époque durables et en voie d'engendrer de nouvelles monarchies.

Par le phénomène bien connu d'émulation par les élites, les devises se répandirent ensuite des princes à l'aristocratie et à l'ensemble des membres de la société ayant assez de pouvoir et de fortune pour entreprendre une politique de paraître.

Nature ludique et message politiques[modifier | modifier le code]

À la différence des armoiries, les devises sont donc des emblèmes personnels destinés à rétablir leur porteur comme individu et plus seulement comme membre d'un lignage. Elles expriment donc un goût ou un choix à un moment donné. Ce qui explique leur caractère assez volatil dans les premiers temps. Certaines devises durent à peine le temps d'une joute ou d'un divertissement de cour. D'autres sont portées la vie durant de leur porteur. Contrairement aux armoiries elles sont un choix souvent personnel du porteur qui s'y identifie ainsi d'autant plus.

Jean sans Peur portant un chaperon brodé de rabots, sa devise

Bien que les formules soient très diverses la devise stricto sensu se composait d'une figure et d'une sentence. Les penseurs de l'époque caractérisaient cette association comme celle d'un corps (la figure) et d'une âme (le mot). Le registre des figures était extrêmement vaste et rarement limité à des objets ou des animaux "nobles". On pense bien sûr au duc de Bourgogne, Jean sans Peur, dont la devise préférée était le rabot, outil assez étrange pour un prince de son rang si on ignore les raisons de ce choix. La devise était en effet souvent porteuse d'un message politique et fonctionnait parfois en relation avec d'autres devises. Jean Sans Peur ainsi répondait par son rabot avec la formule "Je le tiens" (Ik Houd) au bâton noueux (sorte de matraque) de son neveu et ennemi le duc d'Orléans, accompagné de la formule "Je l'ennuie". Les deux rivaux manifestaient ainsi par leur emblématique personnelle leur conflit : Orléans "ennuyait" le régent Bourgogne et le menaçait de ses coups de bâton, tandis que l'autre affirmait son désir de tenir cette régence et de se défendre en "planant" les nœuds du bâton, ainsi réduit à l'inutilité.

Les devises étaient de ce fait doublement importantes. Pour leur porteur, elles permettaient de marquer l'espace de leur personnalité. On les multipliait donc sur les vêtements, les objets d'apparat, les monuments. Elles sont de ce fait un outil précieux de datation pour l'historien de l'art ou l'archéologue, d'autant qu'à la différence des armoiries qu'il était facile de changer, lorsqu'un manuscrit changeait de main par exemple, en peignant celles du nouveau propriétaire par-dessus, les devises étaient souvent semées et dispersées dans l'ensemble du décor. C'est ainsi qu'on pourra aisément attribuer la commande d'un manuscrit en fonction des devises qui se retrouvent dans les bordures même si elles ne correspondent pas aux armes qui figurent par ailleurs, et qu'on pourra considérer comme repeintes.

Inversement, les devises étaient, par ce même caractère, des outils importants de la diplomatie de l'époque. Recevoir d'un prince un habit brodé de ses devises dénotait une très grande proximité personnelle et souvent politique. Les devises marquaient ainsi les factions et pouvaient servir d'outil de propagande. Par là même, quand deux rivaux s'offraient mutuellement des habits ou des bijoux à leurs devises respectives, c'était un signe très fort de réconciliation. D'une certaine façon les ordres princiers comme celui de l'hermine de Bretagne ou de la Toison d'or étaient la formalisation de cette diplomatie des devises.

Dans les couples princiers, les devises étaient également complémentaires. Si on se borne aux phrases les deux derniers ducs de la maison de Bourgogne et leurs épouses respectives portaient ainsi  : Aultre n'aurai / Tant que vivrai, évoquant les fameuses maîtresses de Philippe le Bon et son vœu de fidélité à Isabelle de Portugal, d'une part, et Je l'ai emprins (entreprise) / Bien en aveigne (que cela me soit agréable) relativement explicite, en ce qui concerne Charles le Téméraire et Isabelle d'York.

Diffusion et portée[modifier | modifier le code]

La devise personnelle de Charles-Quint, les colonnes avec les mots « Plus oultre » (ici en latin), devenue devise dynastique des Habsbourg et nationale de l'Espagne

Les devises connurent une diffusion telle au XVe et au XVIe siècles aux dépens de l'héraldique que les héraldistes s'étonnent encore du fait qu'elles aient finalement été éclipsées par la formule qu'elles étaient en voie de supplanter. Loin de se limiter à la société des princes, les devises se répandirent en effet largement dans l'aristocratie et la noblesse. Avec les guerres d'Italie et les modes venues d'outre-monts, elle gagnèrent encore en faveur du fait de la vogue qu'elles connaissaient dans la péninsule sous la forme de l'imprese.

De façon assez inattendue, néanmoins, ces formules devinrent moins dynamiques dans le cours du XVIe siècle, non pas dans leur diffusion qui resta très large, mais dans leur fixité. Les premières devises se changeaient en effet suivant les occasions. Précocement, à la cour de Bourgogne, puis de façon de plus en plus large, on assista en effet à une fixation des devises. À partir de 1430 et plus encore au XVIe siècle, cette dernière se fixa sur deux formules. Au XVe siècle le fusil et la pierre à feu, devinrent la seule image utilisée dans les devises des ducs de Bourgogne (même s'il est vrai que le Téméraire changea le mot de son père pour le sien). Avec Charles Quint, arrière-petit-fils du Téméraire, la chose devint encore plus flagrante, puisque sa devise personnelle, les deux Colonnes d'Hercule avec les mots « Plus oultre », certes en rupture avec cette fixation des devises aux briquet, devint pour ainsi dire dynastique, voire nationale.

Cette fixation explique sans doute l'évolution du terme devise, qui ne désigna après le XVIIe siècle plus que la sentence, sans plus tenir compte de la figure dont l'usage périclita souvent, faute de son utilité première, celle d'ajouter aux armes du lignage un symbole plus personnel.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

Nom Figure Mot
Maison de Savoie lac d'amour FERT (Fortitudo Ejus Rhodo Tenuit)
Jean Sans Peur Rabot avec des copeaux de bois Je le tiens / Ik Houd
Louis Ier d'Orléans Bâton Noueux Je l'ennuie
Charles VI de France Cosse de genêts Jamais
Philippe le Bon Fusil avec une pierre à feu et des étincelles Aultre n'auray
Charles le Téméraire comme son père Je l'ay emprins
Marie de Bourgogne un agneau blanc  ?
Charles Ier d'Orléans une chantepleure Rien ne m'est plus
Charles Quint les colonnes d'Hercule Plus oultre
Louis de Gruuthuse une bombarde en train de tirer Plus est en vous
Galeas Marie Sforza deux boutefeux ardents d'où pendent chacun deux seaux d'eau À bon droit
René d'Anjou Une masse En rien
Jean de Beauvau deux gaffes écotées affrontées Sans départir
Charles de Croÿ duc d'Arschot un grelot tricolore Moy seul
Charles III de Bourbon Une épée nue ardente Spes / Espérance
Anne de Montmorency une épée de connétable ΑΠΛΑΝΟΣ (sans dévier)
Anne de Bretagne Une hermine blanche À ma vie
Rigaud de Tournemire Un cygne issant un vol de sable D'autre n'aura

Sources[modifier | modifier le code]

  • Michel Pastoureau, Traité d'héraldique.
  • Michel Orcel, Le Livre des devises, Le Seuil, Paris, 2009.
  • De façon générale, les écrits de Laurent Hablot.

Liens externes[modifier | modifier le code]