Concept de soi

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La perception de soi est définie par le concept de soi, la connaissance de soi, l'estime de soi et le soi social.

Le concept de soi, de l'anglais self-concept, est un ensemble de croyances à propos de soi-même qui inclut des éléments tels que la performance académique, l'identité de genre, l'identité sexuelle et l'identité ethnique. Généralement parlant, le concept de soi représente les réponses à la question "Qui suis-je?".

Le concept de soi est constitué d'auto-schémas et du soi passé, présent et futur. 

Description[modifier | modifier le code]

En grandissant, l'enfant développe une conscience de lui-même et une conscience de ce que les autres pensent de lui : il s'agit d'un sens de soi. Plusieurs termes réfèrent au soi en psychologie.

Le « concept de soi » (de l'anglais self-concept) réfère aux pensées et sentiments sur soi-même ; il combine[1] :

  • l'image de soi (self-image). L'image de soi est la partie cognitive ou descriptive de soi-même [1](par exemple, "je suis une pianiste").
  • l'estime de soi (self-esteem) L'estime de soi relève de l'évaluation et de l'opinion (par exemple, "j'aime bien le fait que je sois pianiste"). L'estime de soi concerne le fait qu'un individu se sente valable et confiant en lui-même[1].

Le concept de soi est décrit par Charles Cooley en 1902, qui souligne que le concept de soi est très dépendant de la manière dont les autres nous perçoivent et nous évaluent ; les personnes qui sont importantes dans la vie (parents, partenaire, bons amis) ont l'effet le plus fort sur le concept de soi[1]. L'idée est développée par George Herbert Mead dans les années 1930 qui décrit le concept de soi comme un processus non pas inné mais qui se construit dans les interactions sociales[1].

Le concept de soi comprend le soi passé, le soi présent et le soi futur. Le soi futur représente alors les idées qu'a un individu de ce qu'il pourrait devenir, ce qu'il aimerait devenir ou de ce qu'il a peur de devenir (et souhaite éviter de devenir). Les sois possibles peuvent fonctionner comme des incitations à un comportement donné[2],[3].

La perception du soi passé ou futur est liée à la perception du soi dans le présent. La théorie temporelle de l'auto-évaluation soutient que les humains ont tendance à rester positifs dans leur l'auto-évaluation en se distançant de leur soi négatif et en prêtant attention à leur soi positif[4]. En outre, les gens ont tendance à percevoir le soi passé de manière moins favorable (par exemple, "je suis devenu meilleur que je ne l'étais") et le soi futur plus positivement (par exemple, "je serai mieux que je ne le suis maintenant")[5],[6].

Le concept de soi se distingue de la conscience de soi, qui se réfère à la mesure dans laquelle la connaissance de soi est définie, cohérente, et actuellement applicable aux attitudes et dispositions.

Psychologie humaniste[modifier | modifier le code]

Les psychologues Carl Rogers et Abraham Maslow ont popularisé l'idée de concept de soi. Selon Rogers, tous les humains tendent à chercher à atteindre un "soi idéal". Rogers a proposé l'hypothèse que les personnes en bonne santé psychologique se distancent des rôles créés par les attentes des autres, pour recherche plutôt en eux-mêmes une validation. En revanche, les personnes névrotiques ont des "self-concepts qui ne correspondent pas à leurs expériences...Ils ont peur d'accepter leurs propres expériences comme valides, c'est pourquoi ils les déforment, soit pour se protéger, soit pour gagner l'approbation des autres."[7]

La théorie de l'auto-catégorisation développée par John Turner suggère que le concept de soi est constitué d'au moins deux "niveaux" : une identité personnelle et une identité sociale. L'auto-évaluation s'appuie sur la perception de soi-même et sur la perception que les autres ont de soi-même. Le concept de soi peut alterner rapidement entre l'identité personnelle et sociale[8]. Les enfants et les adolescents commencer à intégrer leur identité sociale à leur concept de soi à l'école primaire par l'évaluation de leur position auprès de ses pairs[9]. Vers l'âge de 5 ans,  l'acceptation des pairs a un impact significatif sur le concept de soi des enfants, affectant leur comportement et la réussite scolaire[10].

Théorie de Rogers[modifier | modifier le code]

Selon Carl Rogers, le concept de soi a trois éléments différents[11],[12]:

Psychologie développementale[modifier | modifier le code]

Émergence du concept de soi chez l'enfant[modifier | modifier le code]

Les chercheurs ne sont pas d'accord sur lorsque l'auto-développement de concept commence car il est très difficile d'étudier ce sujet chez les jeunes enfants qui n'ont pas développé de compétences linguistiques suffisantes pour s'exprimer sur leurs sentiments ou pensées.

Michael Lewis et Jeanne Brooks-Gun (en 1979) ont étudié les réactions des nourrissons et jeunes enfants face au miroir pour tenter d'inférer leur conscience d'eux-mêmes. Ils observent que les enfants de 18 mois ont une certaine conscience d'eux-mêmes : ils essaient d'enlever un point rouge (qui a été posé sur leur visage sans qu'ils s'en aperçoivent) lorsqu'ils le voient dans le miroir, indiquant qu'ils ont conscience que l'image est bien la leur[1],[13].

Certains chercheurs défendent l'idée que les stéréotypes de genre et les attentes définies par les parents pour leurs enfants impactent la compréhension de soi des enfants dès l'âge de 3 ans environ[14]. D'autres suggèrent que le concept de soi se développe plus tard, vers l'âge de 7 ou 8, lorsque les enfants sont au stade de développement à l'interprétation de leurs propres sentiments et compétences, et avec les commentaires (feedbacks) qu'ils reçoivent de leurs parents, les enseignants et les pairs[15].

Malgré des opinions divergentes sur les débuts du développement du concept de soi, les chercheurs s'entendent sur l'importance du concept de soi, qui influe les comportements et les résultats cognitifs et émotionnels, y compris (mais non limité à) la réussite scolaire, les niveaux de bonheur, d'anxiété, d'intégration sociale, d'estime de soi, et la satisfaction dans la vie (life-satisfaction)[9],[16],[17].

Concept de soi académique[modifier | modifier le code]

Le concept de soi académique (académique self-concept) désigne les croyances personnelles sur les compétences et performances académiques[9]. Certaines recherches suggèrent qu'il commence à se développer vers l'âge de 3 à 5 ans, sous l'influence des parents et les éducateurs[14]. Vers l'âge de 10 ou 11 ans, les enfants évaluent leurs compétences scolaires en se comparant à leurs pairs[18].

Ces comparaisons sociales sont également appelées auto-évaluations (self-estimates). L'auto-évaluation de la compétence cognitive est plus juste sur les sujets traitant des nombres, comme les mathématiques, mais beaucoup moins juste dans d'autres domaines, par exemple la vitesse de raisonnement[19]

Certains chercheurs suggèrent que, pour améliorer le concept de soi académique, les parents et les enseignants doivent donner des feedbacks spécifiques aux enfants en focalisant sur leurs compétences ou de capacités particulières[20]. D'autres recherches suggèrent que les opportunités d'apprentissage doit être effectué dans les groupes qui minimisent la comparaison sociale. Ces groupes doivent inclure des enfants dont les performances académiques sont similaires et non similaires, car trop de l'un ou l'autre type de regroupement peut avoir des effets néfastes sur le concept de soi académique de l'enfant[9],[16].

Psychologie interculturelle[modifier | modifier le code]

Les représentation de soi dans la relation à l'autre diffèrent d'une culture à une autre ainsi qu'au sein des cultures[21]. Les cultures occidentales valorisent plus l'indépendance et l'expression de ses qualités ou attributs personnels que les autres cultures[22]. Les cultures asiatiques tendent à avoir une vision plus interdépendante du soi : les relations interpersonnelles sont plus importantes que les réalisations individuelles. Certains auteurs décrivent ce phénomène par le concept de fusion de l'identité[21]

Une étude réalisée en Israël a montré une grande différence entre les concepts de soi indépendants et interdépendants à l'intérieur du même pays. Des commerçants dans une communauté urbaine ont été comparés à ceux dans un kibboutz (communauté de vie collective). Les personnes vivant dans le kibboutz valorisent l'interdépendance de soi, tandis que l'autre groupe valorise les caractéristiques individuelles[23].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Soi et Soi (psychologie)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Michael W. Eysenck, Psychology, a student handbook, Hove, UK, Psychology Press, , 979 p. (ISBN 0-86377-474-1), p. 458-459
  2. (en) David G. Myers, Social psychology, New York, 10th, (ISBN 0073370665).
  3. H. Markus et P. Nurius, « Possible selves », American Psychologist, vol. 41, no 9,‎ , p. 954–969 (DOI 10.1037/0003-066X.41.9.954).
  4. AE Wilson et Ross, M, « From chump to champ: people's appraisals of their earlier and present selves », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 80, no 4,‎ , p. 572–584 (ISSN 0022-3514, PMID 11316222, DOI 10.1037/0022-3514.80.4.572) .
  5. Michael Ross et Wilson, Anne E, « It feels like yesterday: self-esteem, valence of personal past experiences, and judgments of subjective distance », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 82, no 5,‎ , p. 792–803 (ISSN 0022-3514, PMID 12003478, DOI 10.1037/0022-3514.82.5.792).
  6. Anne E. Wilson, Buehler, Roger, Lawford, Heather, Schmidt, Colin et Yong, An Gie, « Basking in projected glory: The role of subjective temporal distance in future self-appraisal », European Journal of Social Psychology, vol. 42, no 3,‎ , p. 342–353 (ISSN 1099-0992, DOI 10.1002/ejsp.1863).
  7. (en) E. Aronson, T. Wilson et R. Akert, Social Psychology, New York, Pearson Prentice Hall, (ISBN 9780132382458), p. 113
  8. Serge Guimond, Chatard, Armand, Martinot, Delphine, Crisp, Richard J. et Redersdorff, Sandrine, « Social comparison, self-stereotyping, and gender differences in self-construals », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 90, no 2,‎ , p. 221–242 (ISSN 1939-1315, PMID 16536648, DOI 10.1037/0022-3514.90.2.221)
  9. a, b, c et d Ulrich Trautwein, Lüdtke, Oliver, Marsh, Herbert W. et Nagy, Gabriel, « Within-school social comparison: How students perceive the standing of their class predicts academic self-concept », Journal of Educational Psychology, vol. 101, no 4,‎ , p. 853–866 (ISSN 1939-2176, DOI 10.1037/a0016306)
  10. Scott D Gest, Rulison, Kelly L, Davidson, Alice J et Welsh, Janet A, « A reputation for success (or failure): the association of peer academic reputations with academic self-concept, effort, and performance across the upper elementary grades », Developmental Psychology, vol. 44, no 3,‎ , p. 625–636 (ISSN 0012-1649, PMID 18473632, DOI 10.1037/0012-1649.44.3.625)
  11. Rogers, C. (1959). A theory of therapy, personality and interpersonal relationships as developed in the client-centered framework. In (ed.) S. Koch,Psychology: A study of a science. Vol. 3: Formulations of the person and the social context. New York: McGraw Hill.
  12. McLeod, S. A. (2008). Self Concept. Retrieved from www.simplypsychology.org/self-concept.html
  13. (en) Michael Lewis, Social Cognition and the Acquisition of Self, Springer Science & Business Media, (ISBN 9781468435665, lire en ligne)
  14. a et b Joachim Tiedemann, « Parents' gender stereotypes and teachers' beliefs as predictors of children's concept of their mathematical ability in elementary school », Journal of Educational Psychology, vol. 92, no 1,‎ , p. 144–151 (ISSN 1939-2176, DOI 10.1037/0022-0663.92.1.144)
  15. Geertje Leflot, Onghena, Patrick et Colpin, Hilde, « Teacher–child interactions: relations with children's self-concept in second grade », Infant and Child Development, vol. 19, no 4,‎ , p. 385–405 (ISSN 1522-7219, DOI 10.1002/icd.672)<nowiki>
  16. a et b Franzis Preckel et Brüll, Matthias, « The benefit of being a big fish in a big pond: Contrast and assimilation effects on academic self-concept », Learning and Individual Differences, vol. 20, no 5,‎ , p. 522–531 (ISSN 1041-6080, DOI 10.1016/j.lindif.2009.12.007)
  17. Herbert W. Marsh et Martin, Andrew J., « Academic self-concept and academic achievement: Relations and causal ordering », British Journal of Educational Psychology, vol. 81, no 1,‎ , p. 59–77 (ISSN 2044-8279, DOI 10.1348/000709910X503501).
  18. Christine M. Rubie-Davies, « Teacher Expectations and Student Self-Perceptions: Exploring Relationships », Psychology in the Schools, vol. 43, no 5,‎ , p. 537–552 (ISSN 0033-3085, DOI 10.1002/pits.20169)
  19. Philipp Alexander Freund et Kasten, Nadine, « How smart do you think you are? A meta-analysis on the validity of self-estimates of cognitive ability », Psychological Bulletin, vol. 138, no 2,‎ , p. 296–321 (PMID 22181852, DOI 10.1037/a0026556)
  20. Craven, Rhonda G. et Marsh, Herbert W. Marsh, « Effects of internally focused feedback and attributional feedback on enhancement of academic self-concept », Journal of Educational Psychology, vol. 83, no 1,‎ , p. 17–27 (ISSN 0022-0663, DOI 10.1037/0022-0663.83.1.17)
  21. a et b William B. Swann, Jetten, Jolanda, Gómez, Ángel, Whitehouse, Harvey, Jetten, Jolanda, Jetten, Jolanda, Jetten, Jolanda, Jetten, Jolanda, Jetten, Jolanda et Jetten, Jolanda, « When group membership gets personal: A theory of identity fusion », Psychological Review, vol. 119, no 3,‎ , p. 441–456 (PMID 22642548, DOI 10.1037/a0028589, lire en ligne)
  22. H. Markus et P. Nurius, « Possible selves », American Psychologist, vol. 41, no 9,‎ , p. 954–969 (DOI 10.1037/0003-066X.41.9.954).
  23. Anit Somech, « The independent and the interdependent selves: different meanings in different cultures », International Journal of Intercultural Relations, vol. 24, no 2,‎ , p. 161–172 (ISSN 0147-1767, DOI 10.1016/S0147-1767(99)00030-9)

Lectures complémentaires[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]