Comptoir national d'escompte de Paris

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Comptoir national d'escompte de Paris
logo de Comptoir national d'escompte de Paris
Création 1848
Disparition 1966
Siège social Drapeau de France rue Bergère, Paris (France)
Activité Banque

Le Comptoir national d'escompte de Paris (CNEP) est l'une des quatre banques à l'origine de BNP Paribas. Fondé en 1848, il s'est appelé Comptoir d'escompte de Paris (CEP) de 1853 à 1889. En 1889, il a été mêlé à l'un des plus grand scandales financiers de l'histoire bancaire française : le scandale de Panama.

Histoire[modifier | modifier le code]

La création en 1848[modifier | modifier le code]

Le Comptoir national d'escompte de Paris (CNEP) est créé par décret le , en pleine effervescence révolutionnaire, par le gouvernement provisoire de 1848. Le CNEP est une société au capital social de 20 millions de francs, constitué pour un tiers en numéraire par les associés souscripteurs, pour un tiers en obligations par la Ville de Paris, pour un tiers en bons du Trésor par l'État. En 1853, le CNEP change son nom en Comptoir d'escompte de Paris (CEP).

Le développement à l'étranger[modifier | modifier le code]

La croissance est rapide et le capital initial est quadruplé au cours des vingt premières années[1]. En 1860, le CEP ouvre sa première agence étrangère à Shanghai, puis à Calcutta la même année. Dans les années suivantes, de nouveaux bureaux s'installent à l'étranger, comme à Hong Kong, Bombay et Saigon en 1862, à Yokohama en 1867, puis en 1869 à Londres et Alexandrie, ce dernier bureau se trouvant à la tête des agences du Caire (1906) et de Port-Saïd (1909).

L'année 1867 voit également l'ouverture de la première agence provinciale en métropole, à Nantes, qui entretient d'étroites relations avec La Réunion. Viennent ensuite Lyon et Marseille. La même année est créé le Comptoir national d'escompte de Mulhouse au capital d'un million de francs. En 1881, il ouvre deux agences à Melbourne et Sydney pour s'insérer dans le négoce de la laine australienne.

La faillite de 1889[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 4 au 5 mars 1889, la nouvelle du suicide d'Eugène Denfert-Rochereau, frère de Pierre Philippe Denfert-Rochereau et patron du CEP, se répand lors d'un bal de l'Opéra [2]. À huit heures du matin le lendemain, la place de l'Opéra est noire de monde. On découvre que la banque a prêté main-forte à l'industriel Eugène Secrétan[3] pour la plus grande spéculation de l'histoire de la production du cuivre[4]. Elle a aidé sa Société des métaux, via des nantissements d'environ une soixantaine de millions de francs, qui lui ont permis de contrôler d'importants stocks de cuivre[5]. Par une alliance avec les producteurs anglais, américains, suédois et espagnols, qui lui assurent trois ans de production et l'équivalent de l'offre mondiale, soit 540 000 tonnes[6], l'industriel a tenté d'effectuer d'énormes plus-values, avec l’accord du président du conseil d'administration du Comptoir, Édouard Hentsch, associé de Hentsch frères.

La Société des métaux est d'autant moins soutenue que la place de Paris est depuis un mois sous le choc du scandale de Panama, la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama ayant été mise en liquidation judiciaire le 4 février 1889, provoquant la ruine de 85 000 souscripteurs. Les actions de la Société des métaux plongent, entraînant dans leur chute celles du CEP et de Paribas.

Rue Rougemont, au siège de la banque, 3 050 porteurs sont réunis à l'annonce de la faillite, pour retirer leurs fonds, et sont servis, pour un total de 35 millions[7]. La Banque de France accepte de prêter cent millions de francs (0,5 % du PIB d'alors) à la demande du gouvernement, alerté par le ministre des finances Maurice Rouvier. Elle demande en échange la remise de son portefeuille, et un engagement de 20 millions de francs des autres banquiers[8]. Les cours de la banque sont divisés par dix. La liquidation amiable du Comptoir d'escompte de Paris devient nécessaire, en avril, un mois avant le début de l’Exposition universelle de Paris, en exigeant que des administrateurs contribuent financièrement, sur leurs fortunes personnelles, plusieurs d'entre eux étant poursuivis en correctionnelle pour faux bilans et accaparement (monopole).

La nouvelle vie[modifier | modifier le code]

En juin 1889, le CEP est restructuré et reprend le nom « Comptoir national d'escompte de Paris » (CNEP)[9]. Il a pour président le banquier Ernest May, ex-administrateur de la Banque franco-égyptienne, devenue la Banque internationale de Paris (BIP).

En 1913, elle se classe parmi les six premières capitalisation de la Bourse de Paris.

En 1966, sous l'impulsion du gouvernement, le Comptoir national d'escompte de Paris fusionne avec la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI) pour donner naissance à la Banque nationale de Paris (BNP).

Bâtiment[modifier | modifier le code]

Gros plan sur les « allégories des cinq continents », supervisées par Édouard Corroyer.

Dès 1851, le siège social du comptoir est transféré au 14 rue Bergère dans l'hôtel du Comptoir d'escompte, reconstruit de 1878 à 1882 par l'architecte Édouard Corroyer, et qui appartient toujours à BNP Paribas. Il est aujourd'hui le siège de BNP Paribas Investment Partners.

Dirigeants[modifier | modifier le code]

Liste des présidents[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Colling 1949, p. 299
  2. Colling 1949, p. 312
  3. Pierre-Cyrille Hautcœur, « La chute du Comptoir d'escompte, comment la Banque centrale devient prêteur en dernier ressort »
  4. Félix Torres, « Le Destin mouvementé de la BNP », L'Expansion, 20 janvier 1994.
  5. Colling 1949, p. 308
  6. Colling 1949, p. 311
  7. Colling 1949, p. 313
  8. Colling 1949, p. 315
  9. Jean-Yves Mollier, Le Scandale de Panama, 1991

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Denormandie, Comptoir national d'escompte de Paris, 1848-1863, Paris, Imprimeries Chaix
  • Denormandie, Le Comptoir national d'escompte de Paris, Paris, Imprimeries Chaix
  • Hubert Bonin, Une grande entreprise bancaire : Le Comptoir national d'escompte de Paris dans l'entre-deux-guerres, 1992
  • Hubert Bonin, Le Siège du Comptoir national d'escompte de Paris : Corroyer et les décors du Comptoir d'escompte de Paris, 1992
  • Nicolas Stoskoff, La Fondation du Comptoir national d'escompte de Paris, banque révolutionnaire (1848), 2002
  • Van-Anh Nguyen, La Vie boursière du Comptoir national d'escompte de Paris, 1848‐1945, Faculté de Droit, d’Économie et de Gestion, 2005
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, Société d'Éditions économiques et financières,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]