Cimbres

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Page d'aide sur l'homonymie Pour l'ethnie actuelle du nord de l'Italie parlant le Cimbre, voir Cimbres (ethnie).
Migration des teutons et des Cimbres.
Battle icon gladii red.svg Défaites cimbres et teutonnes.
Battle icon gladii green.svg Victoires cimbres et teutonnes.

Les Cimbres (latin : Cimbri) sont un peuple celte[1] ou plutôt germanique[2] originaire du Jutland au Danemark.

Ils ont menacé Rome à la fin du IIe siècle av. J.-C.

Origine[modifier | modifier le code]

Nom[modifier | modifier le code]

L'étymologie de Cimbri est obscure. L'hypothèse la plus solide repose sur l'indo-européen *tḱim-ro- « habitant » de *tḱoi-m- « foyer » (d'où le germanique commun *haimaz > vieux norrois heimr, vieux haut allemand heim, vieil anglais hām > anglais home), qui est lui même un dérivé de la racine *tḱei- « vivre » (> grec κτίζω, latin sinō) ; ensuite, le proto-germanique *himbra- possède un cognat dans le vieux slave sębrъ « paysan » (> croate, serbe sebar, russe сябёр syabyor). Par la suite *Himbra- serait devenu l'élément Himmer- que l'on retrouve dans le nom du Himmerland « pays des Cimbres » (vieux danois Himbersysel)[3].

Pourtant, le nom des Cimbres et des Teutons est retranscrit sans exception cimbri teutonique en latin par les auteurs romains. On s'attendrait donc plutôt à une forme latinisée comme chimbri theudonique, car la première mutation consonantique (germanique) avait déjà eu lieu dans la région vers 120 avant J.-C.[4]. En effet, il est généralement admis que seul le Ch- latin sert à reproduire le H- du germanique [x], mais cette notation avec C- est peut-être le fait des interprètes de langue celtique. De la même manière, le T- initial de Teutones devrait être noté par le digramme th en latin qui rend compte de la consonne fricative dentale voisée [ð] ou la consonne fricative dentale sourde [θ]. En outre, la diphtongue [ɔɪ̯] du nom des Teutons est un archaïsme, car elle apparaît sous la forme évoluée [iu̯] dans les textes et les inscriptions germaniques les plus anciennes[5]. Peut-être faut-il y voir également un intermédiaire celtique qui expliquerait pourquoi le germanique *Þeuðanōz est devenu Teutones en latin.

Ces observations, ainsi que d'autres, ont cependant conduit certains spécialistes à considérer la langue des Cimbres et des Teutons comme pré-germanique et non pas proto-germanique[6].

Géographie[modifier | modifier le code]

On estime qu'ils étaient de 60 000 à 80 000 et qu'ils proviendraient de centaines de villages dispersés du Jutland.

  • Le Himmerland[7], pourrait être leur région d'origine ; cependant cela ne correspond pas à la description de leur région d'origine faite par les auteurs romains.
  • Le sacrifice de nombreuses femmes lors de leur défaite face à Rome en -102 rappelle le sacrifice germanique du Blót et la femme de Haraldskær.
  • Les annales royales franques désignent comme tribu originelle, une tribu appelée Sicambri.
  • Leurs rois, durant leurs tribulations, portaient les noms de Boiorix (en), de Gaesorix et de Lugius (en), d'origine celte, dont l'élément rix signifie « riche », « puissant » ou « roi » (cf. Vercingétorix), et est un proche parent du latin rex, regis,

Guerre des Cimbres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des Cimbres.

Disparition des Cimbres[modifier | modifier le code]

En 101 av. J.-C., 65 000 guerriers cimbres[8] arrivent en Italie et se retrouvent face à 10 légions romaines dirigées par Marius, le vainqueur des Teutons. Les troupes cimbres sont décimées à la bataille de Verceil, leur roi Boiorix y meurt ainsi que le guerrier roi géant Theutobocus ; selon la rumeur les derniers survivants (femmes et enfants inclus) se suicident plutôt que de devenir esclaves[8],[9]. En réalité (voir rubrique « Interprétation » de l'article guerre des Cimbres), Rome récoltera de cette victoire plus d'esclaves qu'il ne lui en faut ; on parle de 140 000 dans certains ouvrages, mais ce sont des chiffres invérifiables, qui laisseraient penser qu'il y a amalgame entre plusieurs tribus (au-delà de la simple exagération à des fins de propagande). Cette masse de main d'œuvre sera de toutes façons l'un des facteurs explicatifs de nombreux troubles et révoltes serviles, dont la plus connue sera celle menée par le légendaire Spartacus.

Quelques villages du Nord-Est de l'Italie sur les hauts plateaux du Cansiglio, dans les contreforts des Dolomites — entre Vicence et Pordenone, sur les collines et hauts-plateaux d'Asiago, Folgaria, Piancavallo, Montello — sont connus pour leur peuplement — encore actuellement — de Cimbres réputés roux. Mais il s'agirait en fait d'une appellation remontant au XVe siècle des Vénitiens férus de culture romaine pour désigner des peuplades descendus de Bavière pour peupler ces régions montagneuses laissées vides et dévastées par les grandes épidémies de peste noire. De même, lors de leur descente vers le sud, les guerriers (6 000) chargés de la protection des bagages furent laissés stationnés aux alentours de Namur, en Belgique, et engendrèrent la tribu des Atuatuques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rowley-Conwy, P., From genesis to prehistory : the archaeological three age system and its contested reception in Denmark, Britain, and Ireland, Oxford Univ. Press, (ISBN 9780199227747, OCLC 320907446, lire en ligne).
  2. (en) « Cimbri (people) », Encyclopædia Britannica Online, Encyclopædia Britannica, Inc. (consulté le 29 novembre 2012).
  3. Jan Katlev, Politikens etymologisk ordbog, Copenhagen 2000, p. 294 ; Kenneth W. Harl, Rome and the Barbarians, The Teaching Company, 2004.
  4. Wolfram Euler, Konrad Badenheuer, Sprache und Herkunft der Germanen - Abriss des Protogermanischen vor der Ersten Lautverschiebung, London/Hamburg, 2009, (ISBN 978-3-9812110-1-6), p. 12.
  5. Euler 2009, p. 77 et 79.
  6. Euler 2009, p. 66–73.
  7. Kimbrikē chersonēsos, le nord de la péninsule du Jutland selon Ptolémée, IIe s. ap. J.-C.
  8. a et b Florus, Epitome rerum Romanarum, III, IV, partim.
  9. Jérome, lettre cxxiii.8, 409.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Malcolm Todd, The early Germans, Malden, Blackwell Publishing, coll. « Peoples of Europe », , 2e éd., 266 p. (ISBN 978-1-4051-1714-2).
  • James Patrick Mallory et Jean-Luc Giribone, À la recherche des Indo-Européens : langue, archéologie, mythe, Paris, Seuil, , 363 p. (ISBN 978-2-02-014390-5).
  • Michel Balard et Jean-Philippe Genêt, Des Barbares à la Renaissance, t. 20, Paris, Hachette, coll. « Initiation à l'Histoire », , 280 p. (ISBN 978-2-010-06274-2).
  • (en) Henri Hubert, The Rise of the Celts, Routledge, , 372 p. (ISBN 978-0415156011, lire en ligne), p. 25-26.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Attilio Degrassi, « Per quale via i Cimbri calarono nella Val Padana », repris dans Scritti vari di antichità, II, Rome, 1962.
  • J. Zennari, « I Vercelli dei Celti nella Valle Padana e l'invasione cimbrica della Venezia », Annali della Biblioteca governativa e Libreria civica di Cremona, IV, 3 (1951), Crémone, 1956.

Liens externes[modifier | modifier le code]