Chiisme au Pakistan

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Procession lors de la passion d'al-Husayn à Lahore, Pakistan.

Les chiites au Pakistan forment une minorité (20% de la population) au sein de la majorité de la population musulmane. La république islamique est le deuxième pays chiite après l'Iran. Les tensions entre sunnites et chiites, se multipliant depuis les années 1980, ont pour origines des facteurs internes et externes au Pakistan. En effet, l'influence des pays sunnites comme l'Arabie Saoudite - voyant les chiites comme soutiens de l'Iran - ou encore les groupes terroristes prônant un islam rigoureusement sunnite ravivent des tensions idéologiques.

Les Hazaras, communauté venus d'Afghanistan et majoritairement chiite sont particulièrement visés et qualifiés de "non-musulmans"[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La présence de population chiites au Pakistan remonte selon l'historiographie sud-asiatique lors du VIIe siècle alors que la famille du prophète, échappant aux persécutions sunnites trouva refuge sur les bords de l'Indus. Cependant, il s'avère que la majorité des chiites pakistanais sont des descendant d'hindous convertis à l'islam par des missionnaires ismaéliens du XIe siècle[2].

Lors du XIXe siècle, les Hazaras - majoritairement chiites - ont commencé à s'installer dans le territoire du Pakistan actuel.

Muhammed Ali Jinnah, figure importante de la politique pakistanaise, grandit dans une famille ismaélienne[3], branche de l'islam chiite.

Lors de la révolution iranienne, le nouveau pouvoir de Téhéran a soutenu la communauté chiite contre l'islamisation de Zia-ul-Haq, alors proche de la pensée Deobandi sunnite. C'est à partir de 1979 que les tensions entre chiites et sunnites ont commencé à augmenté avec des facteurs à la fois nationaux et internationaux (influence des pays sunnites et autres pays voyant les chiites comme des soutiens de la politique iranienne). Avant 1979, les répressions étaient principalement concentrés lors du Mouharram[4]. C'est en 1979 que le Tehrik-e-Nifaz-e-Fiqh-e-Jafaria est créé pour protéger la communauté chiite de la création d'un "État sunnite"[4]. C'est en 1985 que ce groupe devint militant.

Population[modifier | modifier le code]

La religion majoritaire au Pakistan est l'Islam avec plus de 90 % de la population faisant partie de l'oumma[5], selon une étude du Pew Research Center, 10 à 15 % de la population est chiite. Aussi, selon le même organisme de recherche, le Pakistan rassemble 10 à 15 % de la population chiite mondiale, ce qui fait de la République islamique le second pays comptant le plus d'habitants de cette branche de l'Islam après son voisin l'Iran[6].

Répartition territoriale[modifier | modifier le code]

Les chiites pakistanais représentent une minorité de la population dans la majeure partie des provinces. Selon un rapport du ministère des affaires étrangères australien, la province de Gilgit-Baltistan, au nord du pays est une des seules où la population chiite est majoritaire avec une estimation de 40 % de la population. Dans le reste du territoire, les chiites se mélangent à la majorité sunnite, surtout dans les grands centres urbains (Lahore, Karachi, Quetta) mais le même rapport du ministère australien montre une présence plus importante dans le sud-est du pays[7].

Société[modifier | modifier le code]

Outre la population hazaras, persanophone, les chiites pakistanais ne forment pas de communautés distinctes au sein de la population[7].

Répressions[modifier | modifier le code]

Selon le rapport 2017 de l'organisation non gouvernementale Shia Rights Watch, plusieurs groupuscules anti-chiites restent actifs au Pakistan. Le Tehreek-i-Taliban, le Lashkar-e-Jhagvi (LeJ) et le Sipah-e-Sahaba ont ainsi fait plus de 2500 victimes chiites[1]. Ces groupes, souvent issus de pays frontaliers comme les Talibans en Afghanistan, agissent selon l'ONG avec une impunité des pouvoirs pakistanais, comme le déclarait Human Rights Watch en 2009[8].

Hazaras[modifier | modifier le code]

La communauté hazaras est la principale cible des attaques anti-chiites[9]. Facilement reconnaissable au sein de la population et ouvertement menacé par LeJ, Human Rights Watch observe ainsi une exclusion de la société de cette communauté[10]. En effet, la présence d'Hazaras dans les écoles faisant craindre des attaques pouvant faire des victimes collatérales, les élèves de la communauté en sont exclus. De plus, les opportunités professionnelles sont tout autant réduites face à la menace terroriste. À Quetta, par exemple, « Nos commerces étaient ouverts même après minuit. Maintenant, ils ferment à 20 heures. »[10] Des accusations portent sur la complicité de la police avec les attaques terroristes visant les Hazaras[11],[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « 2017 Annual Report »
  2. Sabrina Mervin, Les mondes chiites et l'Iran, (lire en ligne), p. 287
  3. (en) Stanley Wolpert, Jinnah of Pakistan, New York, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-503412-7), p.4
  4. a et b (en) « Refworld | "We are the Walking Dead": Killings of Shia Hazaras in Balochistan, Pakistan », Refworld,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « The World Factbook — Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov (consulté le 16 février 2018)
  6. (en-US) « Mapping the Global Muslim Population », Pew Research Center's Religion & Public Life Project,‎ (lire en ligne)
  7. a et b (en) « Country Information and Guidance, Pakistan: Shia Muslims »,
  8. (en) « Pakistan: Shia Killings Escalate », Human Rights Watch,‎ (lire en ligne)
  9. « Les chiites du Pakistan, communauté martyrisée », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 16 février 2018)
  10. a et b (en) « "We are the Walking Dead" | Killings of Shia Hazara in Balochistan, Pakistan », Human Rights Watch,‎ (lire en ligne)
  11. (en-US) Declan Walsh, « Pakistan’s Hazara Shiites Under Siege », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  12. (en) Human Rights Watch, « Pakistan: Prevent Targeted Killings of Shia Muslims », sur www.ecoi.net, (consulté le 16 février 2018)