Chat de bibliothèque

Les chats de bibliothèque sont des animaux domestiques résidant dans les bibliothèques publiques.
Dans le passé, le chat a naturellement trouvé sa place en tant que gardien des livres contre la menace que posaient les rongeurs et cette association a perduré. Aujourd'hui, les chats de bibliothèque sont prisés tant pour leur fonction pratique que pour l'engouement qu'ils créent chez les usagers.
Histoire
[modifier | modifier le code]Le premier félin documenté comme ayant servi de chat de bibliothèque est le chat Pangur Bán, à propos duquel un moine de l'abbaye Saint-Paul du Lavanttal en Carinthie a rédigé un poème. Dans le manuscrit qui date du IXe siècle, le moine observe Pangur Bàn et vante ses mérites alors qu'il chasse les souris[1],[2].
Ce rôle de protecteur des écrits a servi de porte d'entrée dans le monde des lettres pour le chat. Au XIXe siècle, un règlement de la Bibliothèque nationale de France réservait un emploi pour un chat, dans la mesure où celui-ci se prouvait bon chasseur[1].
À la fin du XXe siècle, l'administration de la British Library a embauché sept chats, logés et nourris aux frais de la bibliothèque, afin d'éloigner les pigeons et de servir d'ambassadeurs envers le public[1].
En date du , selon le site Library cats map sur lequel les bibliothécaires étaient invités à inscrire le nom des chats servant de chats de bibliothèque dans les bibliothèques publiques, on comptait 809 chats de bibliothèque au monde, dont 302 étaient actifs[3].
Tâches et fonctions
[modifier | modifier le code]Alors que certains chats de bibliothèque continuent d'être employés principalement en tant que chasseurs de souris, pour d'autres, le rôle des chats de bibliothèque a beaucoup évolué.
Dans la lutte contre les rongeurs, une bibliothèque fait le choix d’accueillir des chats qui circulent essentiellement dans les espaces fermés au public, puisque cela suffit à éloigner les rongeurs indésirables[4].
Plusieurs éléments ont été pris en considération :
- Espace et heures de « travail » des chats : durant le jour, ils circulent dans les bureaux, les espaces accessibles uniquement par le personnel et durant la nuit, en raison du système d’alarme, ils dorment dans un espace plus délimité.
- Coût financier : les autres méthodes de lutte contre les rongeurs (pièges, poison…) n’ayant pas donné les résultats escomptés, l’accueil de chats a été envisagé notamment parce que c’est moins cher que la dératisation. L’expérience menée à la Médiathèque Françoise Sagan (Paris 10e arrondissement) en 2018 semble indiquer que le budget annuel dépasse de 20 % à 30 % celui d'un chat élevé par un particulier, et ce, grâce à la participation active de certains membres du personnel qui vont acheter la litière ou les croquettes au supermarché afin de diminuer les coûts.
- Concertation préalable avec le personnel : écoute et proposition de solutions, par exemple, des fauteuils et des espaces « interdits » aux félins pour accommoder les membres du personnel allergiques, phobiques ou tout simplement réticents.
- Implication de volontaires dans les soins des chats : pour les soins quotidiens, un planning est rempli par les membres du personnel. En cas d’évacuation à la suite du déclenchement des alarmes incendie, des sacs de transport sont disponibles.
- Implication de gardiens du bâtiment dans les situations d’urgence ou inhabituelles : durant les périodes de fermeture de la Médiathèque (et notamment durant la pandémie de COVID-19), ils se sont occupés des chats.
- La sélection des chats n’a pas été très élaborée : une vétérinaire a proposé des chats qui pouvaient être retournés à leur propriétaire originel si l’expérience était un échec. La question de leur aptitude à être un « bon chasseur » de rongeurs ne semble pas avoir été déterminante car il semblerait que leur seule présence suffit à faire fuir les rongeurs.
La conclusion de cette expérience entre 2018 et 2023 à la Médiathèque Françoise Sagan est que les souris ne sont pas revenues mais que l’entretien des chats peut être lourd à long terme. L’ensemble de l’équipe a souligné que la présence de chats à la médiathèque était positive et permettait à la médiathèque de se distinguer. L’idée avait été d’utiliser les chats comme vecteur de communication sur les réseaux sociaux de la médiathèque (Instagram et Facebook) mais cela ne s’est pas concrétisé en raison de problèmes de validation propres à la Ville de Paris. Pour certains, l’attachement aux chats n’est pas anodin : ces mascottes apaisent le personnel qui les câlinent, mais si l’un d’eux tombe malade, il peut y avoir un impact émotionnel fort[4].
Pour d’autres bibliothèques, les chats circulent librement dans les espaces publics et endossent bien des rôles, de celui de mascotte, de chroniqueur à celui de gestionnaire de communauté. De plus, alors que les bibliothèques publiques développent une présence accrue sur les réseaux sociaux, celles dotées d'un chat de bibliothèque en font immanquablement la promotion[5],[6],[7].
La présence d’un chat à la bibliothèque fait le plus souvent grimper les statistiques de fréquentation du lieu : accueil chaleureux des visiteurs, apaisement du stress des employés, baume pour des visiteurs qui ne peuvent avoir d’animaux à leur domicile par exemple. Pour certains, cette hausse de fréquentation des bibliothèques est cruciale[8] à une époque où les coupes budgétaires des municipalités sont fondées sur l’avènement de l’internet, sur lequel on trouve supposément tout. Cependant, c’est oublier que tout le monde n’a pas d’ordinateur ou d’accès wifi ; c’est oublier ceux qui vivent isolés, personnes âgées ou encore des parents de jeunes enfants pour qui l’heure du conte hebdomadaire est un moment de répit. La bibliothèque est un lieu de démocratie, qui ne refuse personne, qui est gratuit. Les visiteurs qui viennent dire bonjour aux chats en profitent pour prendre un livre. Certains visiteurs ont même l’idée d’adopter un chat après avoir fréquenté leur bibliothèque qui a employé un chat errant ou de refuge[8].
Le fait de câliner un chat est calmant : une bibliothèque prête ainsi des « robots chats », dont les ronronnements soulagent les usagers sans les effets allergiques ni la charge de l’entretien[9].
Controverses
[modifier | modifier le code]La présence de chats de bibliothèque fait parfois l'objet de controverses d'ordre sanitaire.
Le conseil municipal de White Settlement au Texas a adopté une motion pour relocaliser Browser, le chat de la bibliothèque publique dont il était le résident depuis six ans, pour des raisons de sécurité et de santé publique. Une pétition de plus de 800 membres de la localité et l'attention médiatique provoquées par la diffusion de cette décision sur les réseaux sociaux ont forcé le conseil municipal à permettre à Browser de conserver son poste[10],[11],[12].
Le chat Muffin a perdu son poste dans une bibliothèque publique de Putnam Valley, New York, en raison de l'allergie d'un usager. Deux membres de la communauté ont été tellement déçus par cette décision qu'ils ont annulé des legs prévus dans leur testament au bénéfice de la bibliothèque. Le montant de ces legs perdus s'élevait à 80 000 $[13].
Collaboration entre bibliothèques et refuges animaliers
[modifier | modifier le code]Certaines bibliothèques collaborent avec des refuges animaliers afin d’offrir un lieu d’accueil temporaire pour des chats en attente d’adoption. Ces initiatives visent à favoriser la socialisation des animaux tout en augmentant leurs chances de trouver un foyer.
Les bibliothèques offrent un environnement particulièrement adapté à ce type de projet. Calmes, spacieuses et régulièrement fréquentées, elles permettent aux chats d’évoluer dans un espace moins stressant que les refuges traditionnels. Ils peuvent s’y déplacer librement, explorer le mobilier (tables, chaises, rayonnages) et interagir avec le personnel ainsi qu’avec les usagers. Cette proximité facilite la socialisation des animaux et permet aux visiteurs d’observer leur personnalité dans un cadre détendu, ce qui contribue à des adoptions plus adaptées.
Ces programmes augmentent également la visibilité des chats à adopter, notamment auprès de personnes qui ne fréquenteraient pas les refuges ou qui n’envisageaient pas d’adoption. Les horaires d’ouverture étendus des bibliothèques contribuent aussi à accroître cette visibilité[14].
Exemples de collaboration
[modifier | modifier le code]Bibliothèque de l'université Saint Francis (Pennsylvanie, États-Unis)
[modifier | modifier le code]L'université Saint Francis a inauguré une pièce pour chat dans sa bibliothèque le . Les résidents félins, Booth et Bones, présents lors de l'inauguration, provenaient de refuges locaux. Ils y ont été accueillis afin de développer leurs compétences de socialisation, dans le but de faciliter leur adoption ultérieure.
La mission principale de cette initiative est de réduire la pression sur les refuges, tout en offrant aux chats un environnement sécuritaire et stimulant qui favorise leur bien-être et augmente leurs chances d'adoption à long terme.
En parallèle, ce projet égaye et enrichit la vie des étudiants dans leur espace de détente et d'étude. La pièce pour chats, entièrement vitrée, permet aux visiteurs d'observer et d'interagir avec les chats à travers une paroi transparente. Au fur et à mesure de l'adaptation des animaux, des interactions directes peuvent également avoir lieu[15].
Bibliothèque publique d'Auburn (Maine, États-Unis)
[modifier | modifier le code]Pendant la pandémie de COVID-19, la bibliothèque publique Auburn a mis en place le programme « Cats in the Library », soit des chats dans la bibliothèque (traduction libre), en collaboration avec le refuge Greater Androscoggin Humane Society. Lancé après une période de confinement, il avait pour but de remonter le moral et détendre le personnel alors que la bibliothèque limitait l’accès des usagers aux installations. Le succès du programme fut tel qu'il continua après la pandémie.
Le programme permet à des chats de refuge d'être temporairement hébergés dans la bibliothèque en attendant leur adoption. Ils bénéficient d’un environnement calme, d’interactions humaines et de meilleures opportunités de socialisation.
Il a permis l’adoption de 73 chats, mais également de créer un environnement chaleureux dans la bibliothèque, ainsi que d'apporter confort et détente aux usagers et employés[16],[17].
Bibliothèque de Kennebunk Free (Maine, États-Unis)
[modifier | modifier le code]Depuis 2023, la bibliothèque de Kennebunk collabore avec le refuge Animal Welfare Society pour accueillir temporairement des chats en attente d’adoption. Le projet est né du désir d’avoir un chat résident, mais l’établissement a finalement opté pour des hébergements temporaires.
Les chats se retrouvant à la bibliothèque sont évalués par le refuge afin de s'assurer que ceux-ci soient compatibles pour interagir avec les usagers. Chaque chat hébergé dispose d’une pièce où les visiteurs peuvent venir les rencontrer et interagir avec eux. Le projet à remporter un vif succès dans la communauté, et depuis la mise en place du programme, plus de cinquante chats ont été adoptés, sans aucun retour au refuge[18].
Chats de bibliothèque notoires
[modifier | modifier le code]Trouvé par Vicki Myron dans la chute à livres de la Spencer Public Library, en Iowa, ce chat abandonné devenu chat de bibliothèque a fait l'objet de deux biographies et est la vedette de plusieurs livres pour enfants. Il fut la mascotte fidèle de sa bibliothèque pendant dix-neuf ans[19],[20].
Baker et Taylor
[modifier | modifier le code]Recrutés par la Douglas County Public Library à Minden, Nevada, pour combattre une infestation de rongeurs, Baker et Taylor ont capturé le cœur de leur communauté ainsi que l'intérêt national lorsqu'ils sont devenus les mascottes officielles de Baker & Taylor, une compagnie de distribution de livres d'envergure aux États-Unis[21],[22].
Browser
[modifier | modifier le code]Pendant 18 ans, il était la mascotte de la Bibliothèque publique de Pine River, et chroniqueur du Pine River Journal[23]: il apparaît dans le documentaire If only cats could talk[24].
Gardenia
[modifier | modifier le code]Ayant un problème de rats qui rongeaient leurs collections de magazines, la bibliothèque publique de Ouachita Parish, en Louisiane (États-Unis), a adopté un petit chaton pour les aider à résoudre la situation. Le félin fut nommé Gardenia, en référence au livre que lisait la bibliothécaire au moment de son adoption.
Sociable et curieuse, Gardenia interagissait régulièrement avec les usagers et aimait particulièrement regarder des films éducatifs avec les enfants. Elle est même apparue dans une vidéo de la bibliothèque, où on la voit utiliser la fente à livres, qu'elle utilisait pour entrer et sortir à sa guise. Gardenia a attiré l'attention nationale après qu'un article lui a été consacré dans un journal local en 1967. À la suite de cette notoriété, elle a reçu le « Puss'n Boots Bronze Award Citation » pour son « outstanding custodianship », remis dans le cadre des John Cotton Dana and Modisette Awards[25].
Charlie
[modifier | modifier le code]Adoptée par la bibliothèque de Ponoka Jubilee, en Alberta (Canada), alors qu'elle n'avait que 4 ans, la chatte Charlie devait initialement être euthanasiée à la suite du placement en résidence de sa propriétaire âgée. Considérée comme la mascotte et l'attraction principale de la bibliothèque, elle est connue pour assister aux heures du conte, s’installer près des enfants et parfois s’endormir sur les genoux des visiteurs[26].
Stack
[modifier | modifier le code]En Illinois (États-Unis), la bibliothèque publique de Litchfield a adopté une chatte, nommée Stack, auprès du refuge Benld Adopt-A-Pet. La directrice, Sara Zumwalt, a pris cette décision après avoir lu le best-seller Dewey: The Small-Town Library Cat Who Touched the World.
Âgée d’un an lors de son adoption, Stack avait été retrouvée dehors pendant une tempête hivernale. À la bibliothèque, elle était reconnue comme « greeter, mouser et elevator attendant » officielle, soit l'hôtesse, la chasseuse de souris et la liftière (traduction libre). Sa popularité a attiré l’attention des médias nationaux, dont The State Journal-Register, le Chicago Tribune et le magazine Cat Fancy.
Stack a vécu à la bibliothèque de 2009 jusqu’à son décès en 2024. Un mémorial y a été organisé en son honneur après sa mort[27].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Michèle Sacquin, Chats de bibliothèque, Éditions Albin Michel, , p. 10-15
- ↑ (en) Laura Vocelle, Revered and Reviled : A Complete History of the Domestic Cat, Great Cat Publications, , p. 3
- ↑ (en) Michael Kelley, « Send Me Your Library Cats », sur Library Journal,
- « Des chats à la bibliothèque : pourquoi, comment ? Partage d’expérience de la médiathèque Françoise Sagan », sur Bibliothèque publique d'information. Centre Pompidou, (consulté le )
- ↑ (en) Gary Roma, « Puss in Books : Adventures of the Library Cat », sur Youtube,
- ↑ Isabelle Beaulieu, « Profession : Chat de bibliothèque », sur Les libraires,
- ↑ Clémence Leboucher, « Robert, un étudiant pas comme les autres à la bibliothèque : c'est un chat », sur Les univers du livre Actualités, (consulté le )
- (en) Lisa Rogak, « Take it from me: Your local library needs a cat », sur washingtonpost.com, (consulté le )
- ↑ (en) Rachael McDonald (KLCC), « This robot cat offers purrfect companionship for Eugene public library patrons to check out », sur opb.org, (consulté le )
- ↑ (en) Associated Press, « Evicted Cat May Get To Stay In Texas Library », sur youtube,
- ↑ (en) The Telegraph, « 'Browser' the library cat faces eviction over health and safety concerns », sur Youtube,
- ↑ (en) Fort Worth Star - Telegraph, « Browser the White Settlement library cat can stay », sur Youtube, .
- ↑ (en) Duane Noriyuki, « In the Wonderland of Libraries Are Cats Like Alis », sur The Los Angeles Times, .
- ↑ (en) Animal Welfare Society, « Read and Cuddle with Kennebunk Free Library Cats », sur Animal Welfare Society, (consulté le )
- ↑ (en) Saint Francis University, « Saint Francis University welcomes shelter cats to the library », (consulté le )
- ↑ (en) Greater Androscoggin Humane Society, « Paws-itively Purrfect: Auburn Public Library’s Feline Foster Program », sur Greater Androscoggin Humane Society, (consulté le )
- ↑ (en) Auburn Public Library, « Cats in the Library », sur www.auburnpubliclibrary.org (consulté le )
- ↑ (en) Sydney Richelieu, « Kennebunk Free Library’s roaming felines are finding forever homes », sur The Portland Press Herald, (consulté le )
- ↑ Vicki Myron, Dewey, Jean-Claude Gawsewitch,
- ↑ Vicki Myron, Les neuf vies de Dewey, Jean-Claude Gawsewitch,
- ↑ (en) Jenna Fratello, « How library cats Baker and Taylor 'read' their way into America's hearts », sur today.com,
- ↑ (en) Jane Louch et Lisa Rogak, The True Tails of Baker and Taylor : The Library Cats Who Left Their Pawprints on a Small Town… and the World, Thomas Dunne Books,
- ↑ (en) Travis G. Grimler, « The story of Browser, the library cat, comes to a close », sur Pine and Lakes Echo Journal, (consulté le )
- ↑ (en) « If-only-cats-could-talk »
[Documentary by Signe Veje - 2013 Winter Film Awards Official Selections] (consulté le )
- ↑ (en) Ouachita Parish Public Library, « Meet Gardenia, the little Library cat of lore », (consulté le )
- ↑ (en) Jeffrey Heyden-Kayne, « Charlie the cat a popular fixture at Ponoka library », sur Ponoka News, (consulté le )
- ↑ (en) Nara Schoenberg, « The last free-ranging library cat in Illinois »
, sur Chicago Tribune, (consulté le )