Black Cube

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Black Cube est une agence de renseignement privée fondée en 2010 par des anciens officiers de renseignement israélien Dan Zorella et Avi Yanus[1]. Elle dispose de bureaux à Tel-Aviv, Londres et Madrid[2],[3]. Parmi ses employés, la société comprend aussi des anciens officiers des trois agences de renseignement d’Israël : l’Aman, le Mossad et le Shabak, ainsi que des juristes et experts financiers.

L’activité principale de Black Cube est le ‘soutien en contentieux judiciaire’, c’est-à-dire la fourniture de renseignements, preuves, témoignages et conseils dans des affaires juridiques et criminelles internationales dites de ‘criminalité en col blanc’[4]. En outre, Black Cube est connue pour ses activités en informatique décisionnelle, identification et localisation des avoirs, mise en conformité, audit préalable, et renseignement lié à la cybercriminalité[5].

Activités[modifier | modifier le code]

Black Cube est constituée selon son site d'«Un groupe de vétérans triés sur le volet, issus de l'unité d'élite d'intelligence israélienne, spécialisé dans des solutions sur mesure pour résoudre des enjeux business et des litiges complexes»[6],[7].

La société emploie 120 salariés. Dans le conseil d'administration de l'agence figurent notamment: un ancien chef du Conseil de Sécurité Nationale d’Israël, un chercheur en micro-économie proche du Ministère de la Défense et des ‘Infrastructures Nationales’, un directeur en marketing mobile au sein de la société américaine Verifone spécialisée dans les terminaux de paiements nouvelle génération, et un ancien consultant anglais de PWC basé à Londres[8]. Avant son décès en 2016, Meir Dagan, ex-directeur du Mossad et ancien conseiller du Premier Ministre Ariel Sharon, était président d’honneur de Black Cube.

Les capacités Humint de Black Cube se sont révélées être un moyen efficace d’exposer les fraudes, les corruptions et le blanchiment d’argent[9],[10]. La société a découvert une corruption de haut niveau dans les systèmes judiciaires italien et panaméen[11].

Projets[modifier | modifier le code]

En 2016, l’entreprise française Alstom (EPA:ALO) et sa filiale israélienne Afcon (TASE:AFHL) a engagé la société Black Cube dans une affaire concernant un appel d’offres remporté par l’entreprise espagnole SEMI dans un projet d’électrification ferroviaire en Israël. L’enquête menée par Black Cube a permis de recueillir des témoignages clés provenant d’enregistrements de conversations entre des fonctionnaires des Chemins de fer israéliens et qui concernaient des failles majeures dans le processus de l’appel d’offres. Grâce à ces témoignages, la Cour Suprême israélienne a finalement tranché en janvier 2018 pour un compromis qui demande la division du projet de chemin de fer entre SEMI et Alstom/Afcon. La Cour Suprême a également fixé le coût des travaux pour Alstom/Afcon à € 140 million, compte tenu du fait que l’appel d’offres d’origine leur a été refusé[12].

En 2011, le milliardaire Vincent Tchenguiz a engagé Black Cube concernant une enquête menée par le Bureau de la Répression des Fraudes britannique, le Serious Fraud Office (SFO), au sujet de sa possible implication dans l’effondrement de la banque islandaise Kaupthing. L’enquête de Black Cube a abouti à la découverte d’un vaste réseau de personnes liées à l’affaire, et a contribué à apporter les preuves contre les mandats d’arrêt et de perquisition issus du SFO[13]. Le juge saisi dans cette affaire a finalement délibéré en faveur de Tchenguiz qui s’est vu obtenir un dédommagement de plus de € 3 millions ainsi que des excuses du SFO[14].

Une enquête menée par Black Cube concernant une dispute entre les exploitations agricoles de Kfar Guiladi et la compagnie Caesarstone (NASDAQ:CSTE) a abouti, après six ans de délibérations, a un dédommagement de € 12 millions à la partie Kfar Guiladi[15]. C’est lors d’une randonnée à vélo en groupe que Black Cube a réussi à rentrer en contact avec un ingénieur de Caesarstone et recueillir ses témoignages clés qui ont contredit les arguments de l’entreprise Caesarstone dans son arbitrage avec Kfar Guiladi[16].

En 2015, l’homme d’affaires taïwanais Nobu Su a démarché les services de Black Cube concernant le droit de faire appel à une décision juridique de dédommagement d’environ € 40 millions à son concurrent Lakatamia Shipping ainsi qu’à ses filiales[17]. Les preuves apportées par Black Cube ont contribué à prouver que 20 % du dédommagement avaient été accordés à la filiale Slagen Shipping, qui avait cessé ses opérations à l’époque de la réclamation. Le statut de demandeur de Slagen Shipping étant annulé, Su a reçu son droit à l’appel ainsi qu’une réduction des dédommagements à payer à Lakatamia Shipping et ses filiales.

En 2016, Black Cube est parvenu à exposer une affaire de corruption dans un arbitrage entre la compagnie AmTrust (NASDAQ:AFSI) et l’italien Antonio Somma qui s’élevait à € 2 milliards[18]. Dans une conversation secrètement enregistrée lors d’une rencontre avec des agents de Black Cube sous couverture, Somma s’est vanté du contrôle qu’il possédait sur les arbitres et a précisé qu’il avait conclu un accord avec le président de l’arbitrage qui prévoyait un paiement de pot-de-vin de 10 % de la somme qui lui serait accordée[19]. À la suite de cette découverte, l’arbitre a été révoqué sur-le-champ. En juillet 2016, les deux parties ont abouti à un règlement juridique s’élevant à € 60 millions au lieu des € 2 milliards prévu à l’origine.  

Du fait de son expertise en identification et localisation des avoirs, ainsi qu’en analyse des entités offshore, Black Cube a été contacté par la banque israélienne Hapoalim (TASE:POLI) en 2017 pour une saisie des avoirs de l’homme d’affaires Motti Zisser, encore endetté auprès de la banque lors de son décès en juin 2016. Au cours de son enquête, Black Cube est parvenu à localiser des avoirs en Europe que Zisser avait transféré à son fils David via un réseau sophistiqué de compagnies offshore. Le patrimoine ainsi découvert comprenait, entre autres, des hôtels à Bruxelles, un quartier commercial et hôtelier à Amsterdam, des appartements à Strasbourg, et une entreprise à Hong Kong. Les preuves recueillies par Black Cube ont permis à la banque Hapoalim d’obtenir un gel des actifs appartenant à la famille Zisser. Les deux parties sont finalement parvenues à un accord en février 2018, selon lequel la banque Hapoalim est habilitée à recevoir une somme de € 23 millions en dédommagement[20],[21].

Rapporté pour la première fois par El Mundo en 2019[22], Black Cube a prouvé à nouveau une preuve de corruption (précédemment en Italie) entre l'avocat Janio Lescure et divers juges et magistrats de Panama, notamment le juge Oydén Ortega de la court suprème. Black Cube a été capable de procurer des audios de Lescure reconnaissant ses relations intimes avec les juges, agents de l'État et des mafieux, ainsi que sa capacité à contrôler les décisions judiciaires, à éviter les inspections d'activités illégales et à éviter de payer des impôts[11].

Controverses[modifier | modifier le code]

Selon le New Yorker, l'administration Trump aurait fait appel à Black Cube dès mai 2017 pour trouver des éléments compromettants sur des anciens employés de l'administration Obama afin de la discréditer dans le cadre de l'accord sur le nucléaire iranien[23],[24]. Black Cube a nié « toute relation avec l’administration Trump, les conseillers de Trump, ou toute autre personne proche de l’administration, ou l’accord sur le nucléaire iranien »[25].

Le lanceur d’alerte canadien et ancien directeur de recherche à Cambridge Analytica, Christopher Wylie, a déclaré devant un comité parlementaire britannique le 28 mars 2018 que Black Cube aurait travaillé avec Cambridge Analytica pour récupérer des données privées de l'actuel président nigérian en 2015[26]. Cette déclaration a été réfutée avec véhémence et par Cambridge Analytica et par Black Cube[27]. La directrice en développement commercial de Cambridge Analytica, Brittany Kaiser, a confirmé devant le même comité parlementaire que l’agence en question n’était pas Black Cube.

Black Cube est cité dans l’affaire Weinstein, pour avoir fait des recherches sur des femmes accusant ce dernier. L’ex-Premier ministre israélien Ehud Barak a affirmé être celui qui avait fait le lien entre Weinstein et l'agence de renseignement dans le but de découvrir l'identité et les motivations des individus menant une campagne négative à son encontre[28].

Comité Consultatif[modifier | modifier le code]

  • Meir Dagan (défunt) - Ancien directeur du Mossad, Président Honoraire du conseil d'administration[29].
  • Efraim Halevy - Ancien directeur du Mossad,  ancien Chef du Conseil de Sécurité Nationale israélien[29].
  • Yohanan Danino - Ancien directeur général de la Police nationale israélienne, ancien président du conseil d'administration du groupe d'assurance israélien Migdal[29].
  • Major Général Giora Eiland - Ancien directeur du Conseil de sécurité national, ancien Chef des divisions opérationnelle et de planification de l'Armée de Défense d'Israël[29].
  • Professeur Asher Tishler - Président du College of Management Academic Studies[29].
  • Paul Reyniers - Ancien associé chez Price Waterhouse et auteur de GARP (Generally Accepted Risk Principles)[29].
  • Lieutenant Colonel Golan Malka - Ancien vice président du département de marketing et développement scommercial chez NICE Systems[29].
  • Itiel Maayan - Membre du Comité consultatif client de Microsoft[29].
  • Général de brigade Mati Leshem - décoré du Prix de la défense d'Israël en 1997[29].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Intelligence économique. Black Cube (Israël) implanté à Paris. - IsraelValley », sur www.israelvalley.com (consulté le 30 mai 2018)
  2. « Contact Us | Black Cube », sur www.blackcube.com (consulté le 11 août 2019)
  3. « FRANCE/ISRAEL : Black Cube s'installe à Paris », Intelligence Online,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  4. (en) « Investigating the investigators - Globes English », sur Globes (consulté le 30 mai 2018)
  5. (en-GB) « Cyber Intelligence | Black Cube », sur www.blackcube.com (consulté le 30 mai 2018)
  6. « De Cambridge Analytica au deal nucléaire d’Obama... Qui se cache derrière Black Cube ? », sur la tribune.fr, (consulté le 14 mai 2018)
  7. (en-GB) « Black Cube | Creative Intelligence | BlackCube », sur www.blackcube.com (consulté le 30 mai 2018)
  8. « De Cambridge Analytica au deal nucléaire d’Obama... Qui se cache derrière Black Cube ? », La Tribune,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  9. « When Doing Business in Italy Means a Box of Bullets in the Mail » (consulté le 6 décembre 2019)
  10. « Inside Black Cube – The “Mossad” of the Business World » (consulté le 6 décembre 2019)
  11. a et b « Black Cube aurait mis à jour une corruption massive au Panama » (consulté le 6 décembre 2019)
  12. (en) « Israel High Court Splits Disputed $500M Rail Power Contract », ENR,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  13. (en-GB) « Subscribe to read », sur Financial Times (consulté le 30 mai 2018)
  14. « Affaire Weinstein : les méthodes troubles des anciens agents du Mossad », sur Le Monde.fr (consulté le 30 mai 2018)
  15. (en) « CaesarStone to pay Kfar Giladi NIS 50m compensation - Globes English », sur Globes (consulté le 30 mai 2018)
  16. (en-US) « Inside Black Cube - The "Mossad" of the Business World - Forbes Israel », Forbes Israel,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  17. (en) « Nobu Su Fights Back Against Lakatamia », sur ACN News Wire,
  18. (en) « When Doing Business in Italy Means a Box of Bullets in the Mail », Bloomberg.com,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  19. (it) « Il lodo da 2 miliardi in Tribunale Corruzione o calunnia per l’arbitro », Corriere della Sera,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  20. (en) « Black Cube - a "Mossad-style" business intelligence co - Globes English », sur Globes (consulté le 30 mai 2018)
  21. (en) « Zisser’s heirs to pay Hapoalim NIS 95m - Globes English », sur Globes (consulté le 30 mai 2018)
  22. « La trampa española al abogado de Panamá que "paga a los jueces" » (consulté le 6 décembre 2019)
  23. (en) « Israeli Operatives Who Aided Harvey Weinstein Collected Information on Former Obama Administration Officials », sur newyorker.com, (consulté le 14 mai 2018)
  24. « Trump, le nucléaire iranien et les barbouzes israéliens », sur liberation.fr, (consulté le 14 mai 2018)
  25. (en) Oliver Holmes, « Israel intel firm denies it was hired by Trump aides to discredit Obama officials », sur the Guardian, (consulté le 30 mai 2018)
  26. « Les Israéliens recrutés contre l'équipe Obama ont travaillé pour H. Weinstein | The Times of Israël », sur fr.timesofisrael.com (consulté le 30 mai 2018)
  27. « Un lanceur d’alerte de Cambridge Analytica déclare qu’une entreprise espionne israélienne a piraté le président nigérian. - Actualité Israel .com », sur actualite-israel.com (consulté le 30 mai 2018)
  28. « Trump, le nucléaire iranien et les barbouzes israéliens », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mai 2018)
  29. a b c d e f g h et i (en-GB) « Advisory Board | Black Cube », sur www.blackcube.com (consulté le 29 novembre 2018)