Béribéri

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Le béribéri est une maladie causée par un déficit en vitamine B1 que l'on peut observer en cas de malnutrition chez des espèces ne synthétisant pas la vitamine B1 comme l'être humain, mais aussi par exemple la poule. Chez l'être humain elle provoque une insuffisance cardiaque et des troubles neurologiques. Son nom provient du cinghalais — la langue de la population majoritaire du Sri Lanka — et signifie « je ne peux pas, je ne peux pas » ; en effet, une fatigue marquée est l'un des symptômes du béribéri.

Origine de la maladie[modifier | modifier le code]

L'organisme humain n'est pas capable de produire la vitamine B1 : il doit en trouver quotidiennement dans son alimentation. À noter que la chair de certains poissons contient de la thiaminase, une enzyme qui détruit la vitamine B1. Cette enzyme est dénaturée lors de la cuisson des poissons, mais pas s’ils sont mangés crus, comme cela se fait au Japon, où des carences en vitamine B1 dues à ce mode d'alimentation ont été observées.

Symptomes[modifier | modifier le code]

Chez l'être humain, la maladie se manifeste par des problèmes neurologiques et cardiaques[1]. Plusieurs formes existent : la forme sèche qui touche principalement le système nerveux périphérique, la forme humide qui touche principalement le système circulatoire et la forme gastro-intestinale[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien que connu en Chine ancienne dès le IIIe millénaire av. J.-C., où son apparition avait été liée à la consommation de riz blanc[2],[1], il ne fut pas décrit par un médecin occidental avant 1630, suite aux travaux du médecin néerlandais Jakob de Bondt à Java[3].

Le béribéri constituait un réel problème pour la marine japonaise de la fin du XIXe siècle ; en effet la ration journalière des marins était dominée par le riz blanc qui ne contient pas de vitamine B1. Le médecin naval japonais Takaki Kanehiro comprit que la maladie était liée à une carence nutritionnelle en observant que le béribéri était absent des marines occidentales, et il fit remplacer le riz par de l'orge tout en augmentant les rations de viande et de légumes ce qui eut pour effet de faire chuter la mortalité due au béribéri dans la flotte japonaise[2]. Même après cela la population civile japonaise continua à souffrir du béribéri[4], sa mortalité au Japon culminant à 26 000 décès en 1923[1]. Le docteur Takaki Kanehiro ne chercha cependant pas si une molécule spécifique était à l'origine de la maladie, pensant qu'il ne s'agissait que d'une carence en protéine[2].

C'est un médecin néerlandais, Christiaan Eijkman (1858-1930), installé à Batavia (aujourd'hui Jakarta), dans les Indes néerlandaises, qui comprit par hasard la cause du béribéri en l'observant chez des poulets nourris au riz blanc plutôt qu'au riz complet. Il pensait initialement que la maladie était provoquée par une toxine présente dans le riz blanc et dont l'action était inhibée par une antitoxine présente dans le son. C'est le biochimiste Kazimierz Funk qui comprit le premier que la maladie provenait d'une carence nutritionnelle, et qui isola le premier la vitamine B1[2], première vitamine découverte. Tous ces travaux, valurent à Christiaan Eijkman le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1929.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Dans les pays occidentaux on observe aujourd'hui des cas de carence en vitamine B1 principalement dans des cas d'alcoolisme chronique[1].

Les populations du tiers monde sont particulièrement touchées par cette carence à cause de la modification de leurs habitudes alimentaires. Des aliments contenant de la vitamine B1, tels le manioc, le poisson et le riz rouge, ont été remplacés pour des raisons strictement économiques et environnementales par le poulet et le riz blanc, modifiés industriellement. En effet la vitamine B1, naturellement présente dans le péricarpe du grain de riz, disparaît lors du polissage industriel des grains nécessaire à l'obtention du riz blanc.

En 2004, Mayotte a été touchée par une importante épidémie de béribéri infantile, qui a eu pour conséquence la mort d'une vingtaine de nouveau-nés, et dont la cause était le déficit de vitamine B1 dans le lait maternel, ainsi que les carences lors de la grossesse[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Les 100 ans d'une vieille dame : la vitamine B1 », sur edimark.fr, (consulté en juillet 2017)
  2. a, b, c et d Jean Guillaume, Ils ont domestiqué plantes et animaux : Prélude à la civilisation, Éditions Quæ, , 456 p. (ISBN 978-2-7592-0892-0, lire en ligne), chap. 6 (« Quand la nutrition fait avancer les choses »).
  3. David W. McCandless, Thiamine Deficiency and Associated Clinical Disorders (2009), p. 31
  4. Le roman Le Bateau-Usine de Takiji Kobayashi paru en 1929 décrit par exemple de nombreux cas de béribéri parmi les marins et ouvriers d'un navire de pêche aux crabes.
  5. Isabelle Quatresous, Ayden Tajahmady, Daouda Sissoko. « Épidémie de béribéri infantile à Mayotte. Rapport d’investigation. 25 mai - 25 juin 2004 » Institut de veille sanitaire, novembre 2004, 69 p.