Attentats de Casablanca du 16 mai 2003

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Attentats de Casablanca du 16 mai 2003

Localisation Casablanca, Maroc
Cible Touristes occidentaux, Juifs marocains
Coordonnées 33° 34′ 42″ nord, 7° 36′ 24″ ouest
Date
Type Attentat-suicide
Morts 33 civils et 12 kamikazes
Blessés ~ 100
Participants 12 kamikazes
Organisations Flag of Jihad.svg Salafia Jihadia
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Attentats de Casablanca du 16 mai 2003

Les attentats de Casablanca sont une série de cinq attentats suicides terroristes qui se sont déroulés le dans la ville marocaine de Casablanca[1]. Ils furent perpétrés par une dizaine de terroristes originaires du bidonville Sidi Moumen, membres de Salafia[2], impliquant des binationaux franco-marocains et franco-turc des Yvelines. Le bilan s'élève à 33 victimes et une centaine de blessés[3],[4].

Ces attentats se sont produits quelques jours après des attaques visant des intérêts occidentaux à Riyad en Arabie saoudite et visaient précisément des lieux soigneusement sélectionnés par les terroristes : un hôtel et un restaurant accueillant des clients étrangers, une pizzeria tenue par un Juif, le bâtiment social de l'alliance israélite, le cimetière juif de la ville ainsi que le consulat de Belgique[3].

Historique[modifier | modifier le code]

La montée du radicalisme au bidonville Sidi Moumen[modifier | modifier le code]

Le message vidéo de Ben Laden[modifier | modifier le code]

Peu de temps après et la même année, le groupe terroriste Al-Qaïda se prononce à travers une cassette sonore distribuée et attribuée à Oussama Ben Laden dans laquelle celui-ci affirmait : « les musulmans doivent se mobiliser pour se libérer du joug de ces régimes apostats, asservis par l’Amérique. […] Parmi les pays qui devraient être libérés figurent la Jordanie, le Maroc, le Nigéria, le Pakistan, le pays des deux saintes mosquées et le Yémen »[5]. Bien qu'il n'y ait pas eu de revendication explicite ou d'implication directe de ce groupe terroriste dans les attentats de Casablanca, le mode opératoire procédant par attaques kamikazes longtemps attribué aux commandos d'Al-Qaïda semble faire privilégier cette piste[6].

Le déroulement des attentats[modifier | modifier le code]

Les terroristes, âgés entre 20 et 25 ans, attaquèrent dans la nuit du 16 le centre-ville de Casablanca en portant des grenades et des explosifs. Certains étaient armés de couteaux, et poignardèrent un vigile du restaurant Casa de Espana, tenu par un Espagnol[3]. Ils pénétrèrent dans l'établissement et se firent exploser, tuant 20 personnes, dînant ou jouant au bingo.

L'Hôtel Farah fut attaqué ensuite, par explosion qui tua un vigile et un portier[3].

Un autre terroriste tua trois personnes, dans sa tentative de se faire exploser dans un cimetière juif[3]. Il ne parvint pas à son objectif et déclencha sa bombe 150 mètres avant, près d'une fontaine.

Deux terroristes attaquèrent aussi, sans faire de victimes, un centre social hébraïque (AIU), fermé ce jour-là[3].

Enfin,j un terroriste attaque une pizzeria tenue par un homme de confession juive et un autre se fait exploser près du consulat de Belgique, tuant deux policiers.

On dénombre au total 45 morts dont trois Français et deux Espagnols ainsi qu'une centaine de blessés[3],[4].

Le bilan humain et matériel[modifier | modifier le code]

Le CHU de Casablanca reçoit les victimes des attentats, hommes, femmes, souvent au corps démembré[7].

Le bilan humain s'élève à 43 morts (dont quatre Espagnols, trois Français et un Italien) ou 45 si on inclut les terroristes[8],[9],[10].

Le bilan matériel comprend « les dégâts concernent un hôtel (Farah), deux restaurants (Casa de Espaٌna et Pusitana), un bâtiment (Amicale des Juifs), les façades des immeubles résidentiels avoisinants (dont celle du consulat de Belgique) et une vingtaine de voitures stationnées dans l'espace immédiat des différents sites »[11]

Les réactions locales et internationales[modifier | modifier le code]

Avec ces attentats meurtriers à Casablanca, se dissipe l'illusion « d'un Maroc à part, d'un royaume singulier : arabe, mais protégé des tourments du Proche-Orient par sa proximité avec l’Europe ; musulman, mais immunisé contre l’islamisme radical »[12],[13]. Sur le plan économique, le taux de croissance se réduit : des projets de films à gros budget sont annulés par des majors américaines pour des raisons de sécurité, les touristes européens, les investisseurs étrangers et les travailleurs émigrés rechignent à se rendre dans le pays. Le roi décrète des restrictions des libertés pour un meilleur confort sécuritaire[13].

Commémorations[modifier | modifier le code]

Le 24 avril 2004, le roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero inaugurent une stèle à la mémoire des victimes[10].

Le 16 mai 2004, un an après les attentats-suicides, une minute de silence est observée à l'appel de l'Association marocaine de lutte contre la haine et le racisme, créée au lendemain des attaques sanglantes ; des Marocains ont porté ou accroché sur les façades des maisons le drapeau national rouge et vert ; des activités ont été organisées sur la place Mohammed-V[10].

De Casa au paradis, reportage sur les attentats[modifier | modifier le code]

Les terroristes[modifier | modifier le code]

Rachid Aït El Haj, Fouad Charouali et Bachir Ghoumid sont des binationaux franco-marocains, Attila Turk, un Franco-Turc, tous amis d'enfance et élevés dans les Yvelines (banlieue de Paris, France), âgés de 38 à 41 ans[9].

Ils sont condamnés par la justice française en 2007 à des peines de 5 à 7 ans de prison pour actes de terrorisme[9]. Les cinq hommes sont libérés en 2008 et 2009[14], après avoir purgé leur peine et reprennent leur vie en France, mais le ministère français de l'Intérieur les soupçonne de liens persistants avec des groupes terroristes. Ils sont déchus de leur nationalité française le 7 octobre 2015 en application de l'article 25 du Code civil, selon une procédure exceptionnelle qui n'avait été appliquée que huit fois depuis 2000[9],[15].

Les raisons évoquées de ces attentats[modifier | modifier le code]

Abou Moussab al-Zarkawi est soupçonné d'avoir commandité ces attentats[16]. Saad ben Laden est aussi soupçonné d'être derrière ces attentats[17].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Omar Mounir, Les Attentats de Casablanca et le Complot du 11 septembre, Marsam, (EAN 265-0013726435).
  • Driss Bennani et Abdellatif El Azizi, « 16 mai. Le résultat de l'enquête », TelQuel, Casablanca, no 176 (édition spéciale),‎ (lire en ligne).
  • Le roman Les Étoiles de Sidi Moumen (2010) de Mahi Binebine revient sur ces attentats et retrace le chemin qui a mené ces jeunes vers le terrorisme. Il a été publié en français aux éditions Flammarion (ISBN 978-2081236363).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Hind Meddeb, De Casa au paradis, 2008[18], documentaire, 45 min.
  • Le film Les Chevaux de Dieu (2012), réalisé par Nabil Ayouch, s'inspire du roman de Mahi Binebine. Il aborde au travers de ces attentats la « question [du] radicalisme islamique chez les jeunes dans les quartiers défavorisés »[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Arrestation d'un Marocain soupçonné d'être impliqué dans les attentats de Casablanca et Madrid » dans Le Monde du 9 mars 2007 [lire en ligne].
  2. « Attentats terroristes à Casablanca, au Maroc | Perspective monde », sur perspective.usherbrooke.ca (consulté le 21 août 2019)
  3. a b c d e f et g Les attentats de Casablanca sur le site de l'INA (consulté le ).
  4. a et b « Attentat à la bombe à Casablanca », sur FIGARO, (consulté le 21 août 2019)
  5. « Un message à nos frères musulmans en Irak », message attribué à Ben Laden publié par Al Jazeera et traduit en français par L'Obs.
  6. « Le 11 février, Ben Laden menaçait le Maroc », article publié le 18 mai 2013 sur Le Parisien.
  7. Mathieu Albertelli & Reda Zaireg, « 16 mai 2003: L'horreur du terrorisme s'abattait sur Casablanca, ils témoignent », sur Al HuffPost Maghreb, (consulté le 21 août 2019)
  8. « Attentats de Casablanca en 2003: un Français arrêté à Munich », sur LExpress.fr, (consulté le 21 août 2019)
  9. a b c et d Soren Seelow, « Bernard Cazeneuve demande la déchéance de nationalité pour cinq anciens « terroristes » », lemonde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 10 octobre 2015).
  10. a b et c « Le Maroc a commémoré les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 21 août 2019)
  11. Institut français - Pays-Bas, Maison Descartes, « Mahi Binebine, Les Etoiles de Sidi Moumen : De la réalité à la fiction » (fiche pédagogique), 2014. Lire en ligne
  12. El Sarafi Ali, « Après le choc des attentats de Casablanca », Le Monde diplomatique, 2003/7 (no 592), p. 20.
  13. a et b Ali El-Sarafi, « Tour de vis sécuritaire au Maroc », sur Le Monde diplomatique, (consulté le 21 août 2019)
  14. « Attentats de Casablanca: Les cinq Français déchus de leur nationalité contestent la sanction », sur Al HuffPost Maghreb, (consulté le 21 août 2019)
  15. « Les cinq « terroristes » déchus de la nationalité se mobilisent », Europe 1, 16 octobre 2015.
  16. « usatoday.com - Report: 5 others Moroccans sought in Spain bombing », sur www.usatoday.com (consulté le 10 octobre 2015).
  17. (en-US) « Bin Laden Son Plays Key Role in Al Qaeda », The Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le 10 octobre 2015).
  18. 20413 Présentation du documentaire De casa au paradis sur film-documentaire.fr (consulté le ).
  19. Imane Nigrou, « Festival cinéma de l'Institut du monde arabe : Les Chevaux de Dieu ouvre le bal », Aujourd'hui le Maroc, no 2773,‎ (lire en ligne, consulté le 18 novembre 2012).

Articles connexes[modifier | modifier le code]