Affaire du réseau pédophile d'Angers

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Affaire du réseau pédophile d'Angers
Chefs d'accusation Viols sur mineurs, proxénétisme aggravé, incestes, menaces sous condition
Pays Drapeau de la France France
Ville Angers
Date 1999 à 2002
Nombre de victimes 45 enfants
Jugement
Statut Affaire jugée
Tribunal Cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers
Date du jugement juillet 2006 puis 2007 en appel
Recours Appel à la cour d'assises de Loire-Atlantique à Nantes

L'affaire du réseau pédophile d'Angers est une affaire criminelle française dans laquelle soixante-six personnes (hommes et femmes) ont été accusées d'avoir agressé sexuellement et violé au moins quarante-cinq enfants, âgés de 6 mois à 12 ans, entre 1999 et 2002. Une partie des accusés sont des parents, voire des grands-parents qui ont été condamnés pour avoir agressé et violé leurs propres enfants[1].

Enquête[modifier | modifier le code]

L'affaire débute lorsqu'une plainte est déposée en novembre 2000 par une jeune fille de 16 ans, mineure, qui dénonce des viols commis entre 1991 et 1993. L'auteur présumé des agressions est déjà en prison, ayant été condamné en 1996 à dix ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers, pour une autre affaire de mœurs. Les enquêteurs de la brigade des mineurs d'Angers s'intéressent à son frère, Eric J., lui aussi condamné en 1997 à une peine de deux ans de prison ferme et un an de mise à l'épreuve. Depuis sa libération en mars 1999, cet homme dans la trentaine enchaîne les relations avec des mères célibataires. En janvier 2002, l'une d'elles, Marie-Laure T., dénonce son ex-compagnon à la brigade des mineurs. Il aurait abusé de sa fille de cinq ans. Les fréquentations d'Eric J. sont étudiées et un couple attire l'attention des policiers. Il s'agit de Franck V. et sa femme Patricia V., parents de quatre enfants, rapidement soupçonnés d'être au centre d'un réseau de prostitution d'enfants[2],[3],[4],[5].

L'enquête prend une dimension médiatique le 8 mars 2002 avec la publication de plusieurs articles de presse, locale et nationale, et un reportage au journal de 20 heures de France 2. Une vingtaine de victimes sont identifiées et plusieurs personnes sont mises en examen pour viols sur mineurs, proxénétisme aggravé et menaces de mort sous condition, dont le couple de parents chez qui se sont déroulés une grande partie des faits[2],[3],[4].

Quelques jours plus tard, des détails qualifiés de « sordides » par le procureur de la République Marc Désert sont dévoilés dans les médias. Outre le caractère incestueux des crimes, l'âge des enfants, allant de 6 mois à 12 ans, et l'ampleur du réseau choquent les enquêteurs et l'opinion publique. Issus de milieux particulièrement défavorisés, les familles auraient prostitué leurs enfants en échange de sommes jugées « dérisoires » par le procureur. Pourtant, l'enquête révèle que Franck V. et Patricia V. ont touché entre 150 et 300 euros par semaine pour leurs activités criminelles, des sommes considérées comme importantes pour une famille vivant des prestations sociales. À ce stade, neuf personnes ont été mises en examen et vingt-sept victimes sont recensées[5],[6],[7].

Dans ce contexte d'indignation, le suivi socio-judiciaire des prévenus est pointé du doigt. Eric J. et Frank V. étaient tous les deux sous contrôle judiciaire suite à des condamnations pour agressions sexuelles. Les familles mises en cause étaient connues des services sociaux et des signalements ont été fait par les éducateurs, bien avant que l'enquête ne commence. Aucune suite n'a été donnée, ce que déplorent les avocats des accusés[2],[3],[5]. Au début du mois d'avril, une assistante sociale est arrêtée et placée en détention provisoire pour « complicité de viols sur mineurs ». Divorcée, cette femme âgée de 34 ans est soupçonnée d'avoir prostitué ses deux enfants[8]. L'enquête démontre qu'elle n'a pas lié son activité criminelle avec son activité professionnelle. Son compagnon est un des hommes déjà écroué pour avoir participé à des viols[9].

En juin 2002, trente-huit hommes et femmes ont été mis en examen pour avoir contribué à la prostitution de leurs enfants. Les enquêteurs se penchent maintenant sur la piste de potentiels clients du réseau appartenant à des milieux plus aisés, convaincus par le montant des sommes d'argent ayant transitées et certains détails livrés par les témoignages des prévenus déjà arrêtés[10]. Plusieurs d'entre eux ont évoqué la présence de clients cagoulés, élégamment vêtus, ainsi que des films et photographies réalisés lors des viols. Les récits des enfants et l'étude des relevés téléphoniques permettent aussi d'envisager l'hypothèse d'un vaste réseau. Alors qu'il a été fait mention de cassettes au cours des auditions, la recherche d'éléments matériels en lien avec ce volet de l'affaire demeure stérile[11],[12].

Au bout de deux ans et demi d'enquête et de procédure judiciaire, ce sont soixante-six personnes, trente-neuf hommes et vingt-sept femmes, qui sont mises en examen en prévision du procès. En plus de Franck V., Patricia V., Eric J. et son frère Jean-Marc J., deux autres individus sont au centre de l'affaire. Il s'agit de Philippe et Didier R., deux frères d'une trentaine d'années. Quarante-cinq victimes, âgés de quelques mois à 12 ans, sont dénombrés par les enquêteurs[11],[13]. D'autres victimes sont recherchées par les policiers, qui étudient les pistes liées à d'autres volets de l'affaire. À l'issue d'une procédure peu courante, l'enquête sur d'éventuelles parties du réseau encore dissimulées est disjointe de celle concernant les faits déjà avérés et se poursuit[12],[14].

Procès[modifier | modifier le code]

Premier procès en 2005[modifier | modifier le code]

Le procès, qualifié de « sans précédent » par la presse, s'ouvre le 3 mars 2005 à la cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers et doit durer quatre mois. Une grande salle a dû être aménagée afin d'accueillir les accusés, qui sont présents, leurs cinquante-et-un avocats et les neuf avocats des parties civiles. Le procès se tient dans un huis clos partiel en présence de la presse, mais sans public[1],[11],[15]. L'enquête, dirigée par les juges d'instruction Virginie Parent et Isabelle Pavanelli, a établi que les abus sexuels ont eu lieu entre janvier 1999 et février 2002. Trente-neuf des accusés risquent jusqu'à trente ans de prison pour viol de mineurs de moins de 15 ans et proxénétisme aggravé. Les autres font face à des accusations de violences sexuelles contre des mineurs et de non-dénonciation de crimes, passibles de peines allant jusqu'à dix ans de prison[13],[14].

À partir du 12 avril 2005, la cour diffuse les auditions des enfants qui ont été filmées. Marine, qui est au centre de toute cette affaire, est la première enfant à témoigner lors du procès. Les dépositions d'autres enfants sont visionnées, et certaines familles d'accueils sont appelées à témoigner afin d'estimer les conséquences des sévices infligés aux enfants et les préjudices subis. Les mères des enfants, dont certaines se retrouvent sur le banc des accusés, fondent en larmes en voyant les auditions, mais la plupart des hommes ne laissent transparaître aucune émotion[16],[17],[18].

Le 10 mai 2005, Patricia V. avoue ce qui a été établi par l'instruction et confirme les témoignages de ses deux filles, Marine et Inès. C'est elle déjà qui, en février 2002, avait donné les noms de dix-huit victimes et de plusieurs agresseurs. Patricia V. a également reconnu avoir agressé sexuellement ses enfants[19],[20]. Ces aveux sont importants car avant elle, son mari Franck V. et presque tous les accusés sont revenus sur leurs aveux prononcés lors de l'enquête[21]. De plus, les policiers n'ont pas pu apporter d'éléments matériels concernant la culpabilité des accusés : les seules preuves éventuelles auraient été des photos et des enregistrements pris lors de certains viols, mais aux dires de Patricia, elles ont été détruites peu après les premières arrestations[11],[12]. Enfin, aucune trace de violence n'a pu être constatée sur le corps des enfants.

Le 27 juillet 2005, à l'issue de cinq mois de procès, la cour d'assises de Maine-et-Loir condamne vingt-sept des accusés à des peines d'au moins dix ans de réclusion criminelle, dont trois à plus de vingt-cinq ans. Franck V. est notamment condamné à dix-huit ans de prison ferme, son père Philippe V. et Éric J. sont eux condamnés à vingt-huit ans de réclusion et échappent de peu à la peine maximale, Didier R. écope d'une peine de dix-huit ans, son frère Philippe R. à dix-neuf ans et Patricia V. est condamnée à seize ans de prison. Trois personnes sont acquittées et une autre dispensé de peine. Douze des soixante-deux personnes condamnées font appel de la décision[22],[23],[24].

Procès en appel[modifier | modifier le code]

Ainsi s'ouvre en le « second » procès d'Angers qui se déroule à Nantes et doit durer un mois. Franck n'a pas fait appel de la décision et ne participe donc pas à ce procès. Parmi les douze accusés, tous des hommes, il y a Éric, Moïse, Jean-Marc (le frère d'Éric) .

Durant ce procès, Sabine, désormais majeure, témoigne de ce qu'elle a subi. Elle raconte comment Éric (qui n'a rien raconté lors du premier procès) la violait dans sa voiture et lui interdisait de parler du viol, en la menaçant de mort.

Puis un autre témoignage dénonce Jean-Marc (lui aussi niait tout) qui admet au cours du procès avoir participé aux viols. Par ailleurs Franck, qui a admis également les viols qu'il a commis, adresse une lettre à ses victimes. Il exprime ses regrets et demande à être pardonné des enfants.

L'une des avocates des enfants estime que cette lettre est un stratagème, lui permettant d'obtenir une peine moindre.

Le , les jurés condamnent Éric à vingt-huit ans de prison (peine inchangée) tandis que Moïse et le frère d'Éric, parmi d'autres, voient leur peine réduite d'un an ou légèrement allongée.

Récidive[modifier | modifier le code]

D'après le journal France Bleu, deux frères qui avaient été condamnés à 17 et 19 ans de réclusion criminelle en , sont à nouveau jugés le pour récidive. Le plus jeune frère est jugé pour non dénonciation et écope de 36 mois de prison. Le frère aîné quant à lui, jugé pour atteintes sexuelles sur un enfant de quatre ans, écope de dix ans de prison ainsi qu'un suivi socio-judiciaire d'une durée de 20 ans et une interdiction de tout contact avec mineurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Delphine Saubaber, « Enfants martyrs : Le procès d'Angers », L'Express, 28 février 2008
  2. a b et c « Angers : 20 enfants victimes d'abus sexuels », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  3. a b et c « Un réseau pédophile démantelé à Angers », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Yves Boiteau, « Une vingtaine d'enfants victimes d'un réseau pédophile », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  5. a b et c Pierre-Henri Allain, « À Angers, le sordide le disputait à la misère », Libération,‎ (lire en ligne)
  6. Yves Boiteau, « Le réseau abusait d'enfants de 6 mois à 6 ans », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  7. « Pédophilie à Angers : 27 enfants concernés », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  8. Yves Boiteau, « Une assistante sociale d'Angers écrouée », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  9. Yves Boiteau, « L'enquête sur le réseau d'Angers se poursuit », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  10. François Vignolle, Yves Boiteau, « Pédophilie à Angers : au moins 35 petites victimes », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  11. a b c et d Franck Johannès, « À Angers, le procès sans précédent de la pédophilie et de l'inceste », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. a b et c Pierre-Henri Allain, « Une juge sur la piste des «notables» », Libération,‎ (lire en ligne)
  13. a et b Brigitte Vital-Durand, « L'ombre d'Outreau sur le procès d'Angers », Libération,‎ (lire en ligne)
  14. a et b (en) Jon Henley, « France's biggest abuse trial starts », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  15. Geoffroy Tomasovitch, « Le plus grand procès de pédophilie de l'histoire s'ouvre aujourd'hui », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  16. Franck Johannès, « Au procès d'Angers, le "grande souffrance" d'Armelle V. », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. Sophie Bouniot, « Procès d'Angers. Les non-dits lourds de sens des victimes », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  18. « Pédophilie. Lucie : le récit d'un terrible calvaire », La Dépêche du Midi,‎ (lire en ligne)
  19. Franck Johannès, « À Angers, Patricia V. reconnaît avoir prostitué des enfants », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. « Angers : aveux partiels de Patricia », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  21. « Angers. La cour d'assises face au chaos », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  22. Franck Johannès, « Le procès pour pédophilie d'Angers s'achève sur de lourdes peines », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  23. Sylvie Tanette, « Dix-huit et 16 ans de prison pour les «Thénardiers» du procès d'Angers », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  24. « Lourdes peines au procès d'Angers », La Croix,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claudie Brouillet (préface d'André Lourdelle), Jurée d'assises : dans les abîmes de l'enfance violentée, Les éditions de l'Atelier / Les éditions ouvrières, DL 2010. (ISBN 978-2-7082-4112-1)

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Le réseau pédophile d'Angers » en et septembre 2010 dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2.
  • « Le réseau pédophile d'Angers » (premier reportage) dans « ... à Angers » le 1er, 8 et dans Crimes sur NRJ 12.
  • « L’enquête de la vie, le réseau pedophile d’Angers » saison 1 épisode 2 sur ´´Planète+´´

Articles connexes[modifier | modifier le code]