Affaire du réseau pédophile d'Angers

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Affaire du réseau pédophile d'Angers
Chefs d'accusation viols sur mineurs, proxénétisme aggravé, incestes, menaces sous condition
Pays Drapeau de la France France
Lieu Angers
Date entre 1999 et 2002
Nombre de victimes au moins 45 enfants
Jugement
Statut Affaire jugée
Tribunal Cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers
Date du jugement 27 juillet 2005 pour le premier procès

21 avril 2007 pour le procès en appel

Recours Appel à la cour d'assises de Loire-Atlantique à Nantes

L'affaire du réseau pédophile d'Angers est une affaire criminelle française dans laquelle soixante-six personnes ont été accusées d'avoir agressé sexuellement au moins quarante-cinq enfants, âgés de 6 mois à 12 ans, entre 1999 et 2002[1],[2]. Une partie des accusés sont des parents et des grands-parents, qui ont été condamnés pour avoir agressé leurs propres enfants[3],[4].

Enquête[modifier | modifier le code]

L'affaire débute lorsqu'une plainte est déposée en novembre 2000 par une jeune fille de 16 ans, mineure, qui dénonce des viols commis entre 1991 et 1993. L'auteur présumé des agressions est déjà en prison, ayant été condamné en 1996 à dix ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers, pour une autre affaire de mœurs. Les enquêteurs de la brigade des mineurs d'Angers s'intéressent au frère du mis en cause, Eric J., lui aussi condamné en 1997 à une peine de deux ans de prison ferme et un an de mise à l'épreuve. Depuis sa libération en mars 1999, ce trentenaire enchaîne les relations avec des mères célibataires. En janvier 2002, l'une d'elles dénonce son ex-compagnon, qui aurait abusé de sa fille de 5 ans. Les fréquentations d'Eric J. sont étudiées et un couple attire l'attention des policiers. Il s'agit de Franck V. et sa femme Patricia V., parents de quatre enfants, rapidement soupçonnés d'être au centre d'un réseau de prostitution d'enfants[5],[6],[7].

L'enquête prend une dimension médiatique le 8 mars 2002 avec la publication de plusieurs articles de presse, locale et nationale, et un reportage au journal de 20 heures de France 2. Une vingtaine de victimes sont identifiées et plusieurs personnes sont mises en examen pour viols sur mineurs, proxénétisme aggravé et menaces de mort sous condition, dont le couple de parents chez qui se sont déroulés une grande partie des faits[5],[6].

Quelques jours plus tard, des détails qualifiés de « sordides » par le procureur de la République sont dévoilés dans les médias. Outre le caractère incestueux des crimes, l'âge des enfants, allant de 6 mois à 12 ans, et l'ampleur du réseau choquent les enquêteurs et l'opinion publique. Issus de milieux particulièrement défavorisés, les familles auraient prostitué leurs enfants en échange de sommes jugées « dérisoires ». Pourtant, l'enquête révèle que Franck V. et Patricia V. ont touché entre 150 et 300 euros par semaine, des sommes considérées comme importantes pour une famille vivant des prestations sociales. À ce stade, neuf personnes ont été mises en examen et vingt-sept victimes sont recensées[2],[8],[9]. Dans ce contexte d'indignation, le suivi socio-judiciaire des prévenus est pointé du doigt. Eric J. et Frank V. étaient tous deux sous contrôle judiciaire à la suite de condamnations pour agressions sexuelles. Les familles mises en cause étaient connues des services sociaux et des signalements ont été faits par les éducateurs, bien avant que l'enquête ne commence. Aucune suite n'a été donnée, ce que déplorent les avocats des accusés[1],[5],[7]. Au début du mois d'avril, une assistante sociale est arrêtée et placée en détention provisoire pour « complicité de viols sur mineurs ». Divorcée, cette femme âgée de 34 ans est soupçonnée d'avoir prostitué ses deux enfants[10]. L'enquête démontre qu'elle n'a pas lié son activité criminelle avec son activité professionnelle. Son compagnon est un des hommes déjà écroué pour avoir participé à des viols[11].

En juin 2002, trente-huit hommes et femmes ont été mis en examen pour avoir contribué à la prostitution de leurs enfants. Les enquêteurs se penchent maintenant sur la piste de potentiels clients du réseau appartenant à des milieux plus aisés, convaincus par le montant des sommes d'argent ayant transité et certains détails livrés par les témoignages des prévenus déjà arrêtés[12]. Plusieurs d'entre eux ont évoqué la présence de clients cagoulés, élégamment vêtus, ainsi que des films et photographies réalisés lors des viols. Les récits des enfants et l'étude des relevés téléphoniques permettent aussi d'envisager l'hypothèse d'un vaste réseau. Alors qu'il a été fait mention de cassettes au cours des auditions, la recherche d'éléments matériels en lien avec ce volet de l'affaire demeure stérile[2],[13].

Après deux ans et demi d'enquête et de procédure judiciaire, ce sont soixante-six personnes, trente-neuf hommes et vingt-sept femmes, qui sont mises en examen en prévision du procès. En plus de Franck V., Patricia V., Eric J. et son frère Jean-Marc J., deux autres individus sont au centre de l'affaire : Philippe et Didier R., deux frères d'une trentaine d'années. Quarante-cinq victimes sont dénombrés par les enquêteurs[2],[4]. D'autres victimes sont recherchées par les policiers, qui étudient les pistes liées à d'autres volets de l'affaire. À l'issue d'une procédure peu courante, l'enquête sur d'éventuelles parties du réseau encore dissimulées est disjointe de celle concernant les faits déjà avérés et se poursuit[13],[14].

Procès[modifier | modifier le code]

Premier procès en 2005[modifier | modifier le code]

Le procès, qualifié de « sans précédent » par la presse, s'ouvre le 3 mars 2005 à la cour d'assises de Maine-et-Loire à Angers et doit durer quatre mois. Une grande salle a dû être aménagée afin d'accueillir les accusés, qui sont présents, leurs cinquante-et-un avocats et les neuf avocats des parties civiles. Le procès se tient dans un huis clos partiel en présence de la presse, mais sans public[2],[14],[15]. L'enquête, dirigée par les juges d'instruction Virginie Parent et Isabelle Pavanelli, a établi que les abus sexuels ont eu lieu entre janvier 1999 et février 2002. Trente-neuf des accusés risquent jusqu'à trente ans de prison pour viol de mineurs de moins de 15 ans et proxénétisme aggravé. Les autres font face à des accusations de violences sexuelles contre des mineurs et de non-dénonciation de crimes, passibles de peines allant jusqu'à dix ans de prison[4],[14].

À partir du 12 avril 2005, la cour diffuse les auditions des enfants, qui ont été filmées. Marine, qui est au centre de l'affaire, est la première enfant à témoigner lors du procès. Certaines familles d'accueils sont appelées à témoigner afin d'estimer les conséquences des sévices infligés aux enfants et les préjudices subis. Les mères des enfants, dont certaines se retrouvent sur le banc des accusés, fondent en larmes à la vue des auditions, mais la plupart des autres accusés ne laissent transparaître aucune émotion[16],[17],[18].

Le 10 mai 2005, Patricia V. avoue ce qui a été établi par l'instruction et confirme les témoignages de ses deux filles, Marine et Inès, reconnaissant les avoir aussi agressé. C'est elle déjà qui, en février 2002, avait donné les noms de dix-huit victimes et de plusieurs agresseurs[19],[20]. Ces aveux sont importants car avant elle, son mari Franck V. et presque tous les accusés sont revenus sur les aveux prononcés lors de l'enquête[21]. De plus, les policiers n'ont pas pu apporter d'éléments matériels concernant la culpabilité des accusés : les seules preuves éventuelles auraient été des photos et des enregistrements pris lors de certains viols, mais aux dires de Patricia, elles ont été détruites peu après les premières arrestations[2],[13]. Enfin, aucune trace de violence n'a pu être constatée sur le corps des enfants.

Le 27 juillet 2005, à l'issue de cinq mois de procès, la cour d'assises de Maine-et-Loire condamne vingt-sept des accusés à des peines d'au moins dix ans de réclusion criminelle, dont trois à plus de vingt-cinq ans. Franck V. est notamment condamné à dix-huit ans de prison ferme, son père Philippe V. et Éric J. sont eux condamnés à vingt-huit ans de réclusion et échappent de peu à la peine maximale, Didier R. écope d'une peine de dix-huit ans, son frère Philippe R. à dix-neuf ans et Patricia V. est condamnée à seize ans de prison. Trois personnes sont acquittées et une autre dispensé de peine. Douze des soixante-deux personnes condamnées font appel de la décision[3],[22].

Procès en appel en 2007[modifier | modifier le code]

Le 2 février 2007 débute le « second » procès du réseau pédophile d'Angers qui se déroule à la cour d'assises de Loire-Atlantique à Nantes et doit durer au moins deux mois. Sur les quinze condamnés du premier procès ayant fait appel en 2005, trois se sont désistés. Franck V. n'a pas fait appel de la décision de justice à son encontre et ne participe donc pas à ce procès. Quarante-quatre des quarante-cinq enfants recensés lors du premier procès sont concernés par cette procédure en appel[23],[24].

Les audiences se succèdent dans une vaste salle aménagée pour l'occasion. Le témoignage de Sabine B. est accablant pour Éric J., son agresseur. Désormais majeure, elle décrit les agressions dont elle a été victime, ainsi que celles commises sur sa petite sœur. Un autre témoignage dénonce Jean-Marc J., qui admet avoir participé aux viols[25],[26]. Trois autres accusés sont passés aux aveux au cours du procès. Philippe B. a reconnu avoir prostitué plusieurs enfants, dont les siens, en échange de 300 euros par semaine. Moïse C., placé sous curatelle depuis 2001, a avoué des agressions sexuelles sur trois mineurs. Dans d'autres affaires, ce récidiviste avait déjà été condamné en 2003 à douze ans de réclusion pour des viols sur mineurs, et en 2004 à deux ans pour des agressions sexuelles[26].

Le 21 avril 2007, les jurés condamnent Éric J. à une peine inchangée, soit vingt-huit ans de prison, tandis que Moïse C. et le frère d'Éric, parmi d'autres, voient leur peine réduite d'un an ou légèrement allongée[27],[28].

Récidive[modifier | modifier le code]

Les frères Philippe et Didier R., pourtant respectivement condamnés à 19 ans et 17 ans de réclusion criminelle, ont bénéficié d'un aménagement de peine en 2017. Libérés et placés sous contrôle socio-judiciaire, ils ont interdiction d'entrer en contact avec des mineurs[29]. Un an plus tard, Philippe R. est accusé d'avoir abusé d'un petit garçon de 4 ans après une soirée arrosée. Absente de la maison au moment des faits, dans la nuit du 27 au 28 janvier 2018, la mère signale l'agression subie par son fils dès le lendemain matin. La violation du contrôle socio-judiciaire est établie et une enquête qui va durer quatre mois débute, à l'issue de laquelle les deux frères sont interpellés et mis en examen[30],[31].

Philippe et Didier R. sont à nouveau jugés en juin 2019 pour récidive. Le plus jeune frère, Didier, est jugé pour non-dénonciation de crime. Lors de l'audience, effondré, il explique aux magistrats avoir lui-même été agressé plus jeune par son frère, précisant que la soirée concernée par les faits n'était pas la première du genre[29]. Le 12 juin 2019, il est condamné à 36 mois de prison, dont 18 avec sursis et mise à l’épreuve. Philippe, quant à lui, est jugé pour agression sexuelle sur mineur, et écope de dix ans de prison ferme. La mère de l'enfant, qui connaissait les antécédents de son hôte, est condamnée à huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pour soustraction à ses obligations légales de parent. Le petit garçon est placé en famille d'accueil[32],[33].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Delphine Saubaber, « Enfants martyrs : Le procès d'Angers », L'Express,‎ (lire en ligne)
  2. a b c d e et f Pierre-Henri Allain, « À Angers, le sordide le disputait à la misère », Libération,‎ (lire en ligne)
  3. a et b Franck Johannès, « Le procès pour pédophilie d'Angers s'achève sur de lourdes peines », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. a b et c Brigitte Vital-Durand, « L'ombre d'Outreau sur le procès d'Angers », Libération,‎ (lire en ligne)
  5. a b et c « Angers : 20 enfants victimes d'abus sexuels », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  6. a et b « Un réseau pédophile démantelé à Angers », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès limité)
  7. a et b Yves Boiteau, « Une vingtaine d'enfants victimes d'un réseau pédophile », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  8. Yves Boiteau, « Le réseau abusait d'enfants de 6 mois à 6 ans », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  9. « Pédophilie à Angers : 27 enfants concernés », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  10. Yves Boiteau, « Une assistante sociale d'Angers écrouée », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  11. Yves Boiteau, « L'enquête sur le réseau d'Angers se poursuit », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  12. François Vignolle, Yves Boiteau, « Pédophilie à Angers : au moins 35 petites victimes », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  13. a b et c Pierre-Henri Allain, « Une juge sur la piste des «notables» », Libération,‎ (lire en ligne)
  14. a b et c (en) Jon Henley, « France's biggest abuse trial starts », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  15. Geoffroy Tomasovitch, « Le plus grand procès de pédophilie de l'histoire s'ouvre aujourd'hui », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  16. Franck Johannès, « Au procès d'Angers, le "grande souffrance" d'Armelle V. », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. Sophie Bouniot, « Procès d'Angers. Les non-dits lourds de sens des victimes », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  18. « Pédophilie. Lucie : le récit d'un terrible calvaire », La Dépêche du Midi,‎ (lire en ligne)
  19. Franck Johannès, « À Angers, Patricia V. reconnaît avoir prostitué des enfants », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. « Angers : aveux partiels de Patricia », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  21. « Angers. La cour d'assises face au chaos », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  22. Sylvie Tanette, « Dix-huit et 16 ans de prison pour les «Thénardiers» du procès d'Angers », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  23. Guillaume Frouin, « L'affaire de pédophilie d'Angers en partie rejugée », 20 Minutes,‎ (lire en ligne)
  24. « Pédophilie : l'affaire d'Angers rejugée à Nantes », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  25. Guillaume Frouin, « Pédophilie : les enfants d'Angers témoignent », 20 Minutes,‎ (lire en ligne)
  26. a et b Marylise Couraud, Charles Centofanti, « Nantes : accusés de pédophilie, ils craquent ... », Maville par Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  27. « Procès en appel d'Angers : les peines confirmées », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  28. Marylise Couraud, « Pédophilie : lourdes peines confirmées à Nantes ... », Maville par Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  29. a et b « Nantes. Affaire de pédophilie  : « Deux ours qui rôdent autour d’une poupée de chiffon » », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  30. Stéphanie Bazylak, « Condamnés au procès d'Angers, deux hommes mis en examen à Nantes », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  31. Pascale Boucherie, « Pédophilie : deux condamnés du procès d'Angers violent leur suivi socio-judiciaire », France Bleu,‎ (lire en ligne)
  32. « Nantes. Dix ans de prison ferme pour le pédophile récidiviste », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  33. Pascale Boucherie, « Pédophilie : deux frères, condamnés au procès d'Angers de 2005, à nouveau jugés à Nantes », France Bleu,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • « Le réseau pédophile d'Angers » dans l'émission Faites entrer l'accusé diffusée le 20 janvier 2009 sur France 2.
  • « Le réseau pédophile d'Angers » dans l'émission Crimes à Angers diffusée les 1er, 8 et sur NRJ 12.
  • « Le réseau pédophile d'Angers », épisode 2 de la saison 1 de la série documentaire L'enquête de ma vie diffusée à partir de 2018 sur Planète +.

Articles connexes[modifier | modifier le code]