Ranavalona Ire

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Ranavalona Ire
Portrait de la reine Ranavalona Ire.
Portrait de la reine Ranavalona Ire.
Titre
Reine de Madagascar
(3e monarque de Madagascar)
1er août 182816 août 1861
(&&&&&&&&&&01206833 ans, 0 mois et 15 jours)
Couronnement 12 août 1829
Prédécesseur Radama Ier
Successeur Radama II
Biographie
Dynastie Merina
Nom de naissance Ramavo
Date de naissance 1788
Lieu de naissance Ambohimanga
Date de décès 16 août 1861
Lieu de décès Tananarive
Père Andrian-Tsala-Manjaka,
roi de Menabe
Mère Rabodo Andrian-Tampo
Conjoint Radama Ier
Enfant(s) Radama II Red crown.png
Monarques de Madagascar

Ranavalona Ire, née vers 1788 et décédée le 16 août 1861, est une reine malgache issue des hautes terres de l'île (en Imerina). Elle règne sur le royaume de Madagascar de 1828 à 1861. Cette période est marquée par une prise de distance vis-à-vis des Européens. Considérée comme une souveraine autoritaire, elle n'en reste pas moins une souveraine dotée d'une envergure certaine, qui reste une référence dans l'imaginaire indépendantiste national.

Elle est d'abord désignée du nom de Mavo (ou Ramavo) et ensuite Rabodonandrianampoinimerina (ce qui signifie « la petite fille ingénue d'Andrianampoinimerina »), en référence à son oncle, le roi Andrianampoinimerina. Elle devient reine de Madagascar après la mort de son mari, Radama Ier. On la désigne également par le titre de Ranavalo-Manjaka Ire (« Ranavalona régnante »).

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et mariage[modifier | modifier le code]

Rabodonandrianampoinimerina naît entre 1788 et 1790 d'une cousine du roi Andrianampoinimerina et est ensuite adoptée par Ralesoka, sœur aînée de ce dernier. C'est à ce titre qu'elle devient membre de la très haute aristocratie malgache, ce qui amène Andrianampoinimerina à en faire l'épouse principale de son fils et successeur immédiat, Radama, futur Radama Ier. La lignée royale perdure ainsi, fruit de nobles ascendances.

Reine malgré elle[modifier | modifier le code]

Désormais l'épouse du roi Radama Ier, couronné en 1821, elle doit faire face à sa disparition prématurée en 1828. Le couple n'avait alors pas d'enfants. Afin de surmonter la crise de succession qui en résulte, les fidèles d'Andrianampoinimerina décident de mettre sa veuve, Rabodonandrianampoinimerina elle-même, sur le trône. Pour éviter ensuite la guerre civile, les autres prétendants sont alors systématiquement éliminés ou doivent s'exiler à l'étranger.

Diplomatie et lutte contre l'expansionnisme militaire et religieux européen[modifier | modifier le code]

Elle poursuit, avec moins de succès que ses prédécesseurs, l’expansion territoriale de son royaume et mène de nombreuses expéditions pour pacifier les territoires conquis, tel le Ménabe méridional, le Boina et les régions du nord-est de l’île. Fervente nationaliste, elle combat l’influence étrangère, notamment celle des missionnaires chrétiens dont les fidèles sont martyrisés. La puissance de certaines castes s’accroît, comme celle des andriana de la famille royale et celle des chefs militaires hova.

Dans un premier temps, Ranavalona Ire cherche à poursuivre l'œuvre de modernisation du royaume commencée par son prédécesseur. Très vite cependant, elle doit faire face à l'hostilité des Français qui, en 1829, entreprennent par l'intermédiaire de l'amiral Gourbeyre d'attaquer divers points de la côte orientale de l'île. Cette agression inopinée aiguise la méfiance de la reine contre les ambitions européennes. D'autant plus que l'œuvre d'évangélisation des missionnaires britanniques, installés au cœur du royaume depuis 1820 commence à porter ses fruits. Redoutant par-dessus tout la perte de l'indépendance pour son pays, elle dénonce le traité anglo-malgache de 1820 et demande donc aux Britanniques de renoncer à la propagation religieuse pour se contenter des travaux d'éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent et, en 1835, la reine les fait expulser de l'île, se contentant de recourir à la contribution de techniciens indépendants, tel notamment que l'aventurier Jean Laborde, pour l'aider à poursuivre les travaux de modernisation (il lui fait notamment construire une maison de repos). Celui-ci accomplit sans l’aide d’aucun technicien une œuvre considérable, en dotant Madagascar d’une industrie métallurgique et chimique et en introduisant un grand nombre de nouveautés techniques. Il fait aussi fabriquer des canons alors qu'elle missionne un Français, Napoléon de Lastelle, afin qu'il lui fournisse des fusils. Pour contrebalancer l’influence européenne, les dirigeants malgaches envisagent des contacts entre le port de Majunga et Zanzibar.

Par la suite, pour essayer d'éradiquer le christianisme chez ses sujets, dans lequel elle distinguait avant tout le moyen d'infiltration au service des ambitions coloniales européennes, elle fait pourchasser les autochtones convertis, considérés comme des traîtres à la patrie (mpivarotra tanindrazana littéralement « vendeurs de la terre ancestrale »). Comme elle l'a déclaré elle-même dans un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils (les chrétiens) m'ont reniée [en tant que symbole vivant de leur patrie], aussi je les renie ; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! ». Elle adresse ainsi la lettre suivante aux Européens présents sur l'île[1], révélant ainsi avec pragmatisme une tolérance modérée pour ceux qui ont amélioré le système éducatif malgache mais aussi une fermeté prononcée vis-à-vis des ambitions que pourraient avoir ces derniers :

« À tous les Européens, Anglais ou Français, En reconnaissance du bien que vous avez fait à mon pays, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous exprime tous mes remerciements. J'ai pu être témoin de ce que vous avez été pour Radama, mon prédécesseur, et, depuis mon avènement, vous avez continué à rechercher le bien de mes sujets. Aussi je vous déclare que vous pouvez suivre toutes vos coutumes. N'ayez aucune crainte, car je n'ai nullement l'intention de modifier vos habitudes.

Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n'y saurai consentir ; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoi que ce soit à ce que j'ai reçu de mes ancêtres, dont j'ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d'enseigner à mon peuple la science et la sagesse ; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c'est un vain travail, et je m'y opposerai entièrement.

Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j'interdis à mes sujets d'y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez.

Signé : Ranavalonamanjaka »

Une économie qui souffre de cette diplomatie[modifier | modifier le code]

Sous Ranavalona Ire, le royaume Merina continue donc à se moderniser tant bien que mal, tout en poursuivant la consolidation de son statut en tant que royaume de Madagascar. Des nouvelles régions côtières sont soumises, afin notamment d'empêcher les Français de s'y établir. En 1845, ses troupes doivent même repousser des attaques conjointes des marines françaises et britanniques (dirigées respectivement par l’amiral Romain-Desfossés et le commandant Kelly), ce qui l'amène à fermer davantage encore l'île au commerce européen durant huit ans et d'imposer aux commerçants de deux pays une indemnité de 15 000 piastres, pour réparer les dégâts matériels subis à Manerinerina. Mise à part cette parenthèse, l'aversion prononcée de la reine Ranavalona envers les Européens s'exerçait surtout dans le domaine idéologique et religieux, son pragmatisme l'amenant toutefois à revoir ses positions, surtout par rapport aux revenus substantiels que le commerce international pouvait apporter au royaume de Madagascar[1].

Malheureusement, ces campagnes ne manquent pas d'affecter lourdement les maigres ressources du royaume, que ce soit du point de vue financier ou en hommes. Entre autres conséquences, il en a résulté un développement du commerce interne des esclaves (et clandestinement, également externe par l'intermédiaire des trafiquants swahilis et arabes). Cela entraîne un afflux considérable de déportés étrangers jusqu'au cœur du pays merina, à l'origine ensuite du développement de la communauté des Mainty.

Un bilan globalement positif dans le développement et l'indépendance du royaume[modifier | modifier le code]

À bien des égards, Ranavalona Ire sait donc se montrer la digne continuatrice de l'œuvre d'Andrianampoinimerina et de Radama Ier. Du point de vue national, elle apparaît comme une grande souveraine, symbole même du patriotisme et de la fierté nationale (on a aussi retenu d'elle cette phrase, en réponse aux prétentions méprisantes des missionnaires chrétiens : « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). On comprend dès lors pourquoi dans l'historiographie coloniale, on la présente à tort, c'est selon, comme un symbole d'obscurantisme et de cruauté, en voulant plus particulièrement aux Européens et aux Chrétiens.

La reine Ranavalona fait préparer un dictionnaire anglais-malgache. L’école de langue compte quarante élèves qui joueront un rôle diplomatique de premier plan dans la seconde moitié du siècle.

Fin de vie et succession[modifier | modifier le code]

À son décès, le 16 août 1861, son fils Radama II lui succède.

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.regard.eu.org/Livres.15/Rafaravavy/01.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Ranaivoson, Madagascar : dictionnaire des personnalités historiques, Sépia, Saint-Maur-des-Fossés ; Tsipika, Antananarivo, 2011 (2e éd.), p. 151 (ISBN 978-2-84280-101-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]