Pepo

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Pepo (ou Pépon, en italien Pepone) est l'un des promoteurs de la redécouverte du droit romain (le Corpus juris civilis) en Italie à la fin du XIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est signalé comme « avocat » (causidicus) en 1072, et comme « docteur ès lois » (legis doctor) au plaid de Marturi en 1076. Prédécesseur d'Irnerius, il est présenté par les maîtres postérieurs de l'Université de Bologne (Azon, Odofrède) comme le fondateur de l'enseignement du droit romain dans cette ville. Selon Azon, il avait conservé une notoriété bien moindre qu'Irnerius parce qu'il n'avait laissé aucun ouvrage écrit. Sa carrière est liée à la réapparition à l'époque en Italie du Digeste (recueil des opinions et sentences des juristes romains), une des parties constitutives du Corpus Juris Civilis de l'empereur Justinien : cité pour la dernière fois par le pape Grégoire Ier en 603, il réapparaît ensuite dans la documentation lors du plaid de Marturi (actuel Poggibonsi) en mars 1076[1], auquel assiste Pépon comme legis doctor (référence est faite au cours de ce plaid à une opinion d'Ulpien). Cette réémergence est liée aux recherches effectuées par les clercs de l'époque pour étayer la « réforme grégorienne » de l'Église.

Bien qu'apparemment assez oublié à Bologne dans les générations suivantes, Pépon eut une renommée assez durable dans le reste de l'Occident. Raoul le Noir, qui écrivit à Paris, dans les années 1180, un traité intitulé Moralia regum, y cite plusieurs fois et y célèbre Pépon comme l'instigateur du renouveau du droit romain en Occident[2]. Il mentionne notamment un épisode révélateur : lors d'un plaid tenu en Lombardie, entre 1081 et 1084, par l'empereur Henri IV, Pépon prend place auprès du souverain ; alors qu'une affaire de meurtre de serf va être tranchée en se référant à l'Édit de Rothari (code de lois des anciens Lombards, qui prévoit, selon la coutume germanique, un barème de peines pécuniaires dans ce genre d'affaire), Pépon intervient et dénonce comme contraire au « droit naturel » le principe du recours à des peines pécuniaires dans des cas d'homicide ; il réclame, même pour le meurtre d'un serf, la loi du talion, et l'empereur lui donne raison. Raoul le Noir y voit un modèle éclatant de substitution du droit romain à un droit barbare, bien que la référence à la loi du talion vienne plus sûrement de l'Ancien Testament et de théologiens chrétiens comme Isidore de Séville[3]. Pépon apparaît surtout ici comme un des canonistes-théologiens militants de la « réforme grégorienne », qui combattaient les lois d'origine germanique et assimilaient le « droit naturel » à la loi mosaïque[4].

Pépon était peut-être un homme d'Église. On a même avancé l'hypothèse qu'après ce plaid, en 1085, il aurait été nommé par l'empereur évêque schismatique de Bologne[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ennio Cortese, « Théologie, droit canonique et droit romain. Aux origines du droit savant (XIe ‑ XIIe siècle) », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 146, n° 1, 2002, p. 57-74.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Procès entre le monastère Saint-Michel de Marturi et un certain Sigizo de Florence, à propos de biens qui auraient été détenus illégalement par ce dernier, devant le juge Nordillo, représentant la marquise Béatrice de Toscane.
  2. Hermann Kantorowicz, « An English Theologian's View of Roman Law, Pepo, Irnerius, Ralph Niger », Medieval and Renaissance Studies I, 1941, repris dans les Rechtshistorische Schriften, Karlsruhe, 1970, p. 231-252.
  3. Isidore de Séville, Etymologiæ, V, 27, 24 : « Talio est similitudo vindictæ, ut taliter quis patiatur ut fecit. Hoc enim et natura et lege est institutum ut lædentem similis vindicta sequatur ».
  4. Principe consacré peu après dans le Décret de Gratien, qui définit le « droit naturel » « quod in Lege vel Evangelio continetur » et précise que « quæcumque naturali juri fuerint adversa vana et irrita sunt habenda ».
  5. Piero Fiorelli, « Clarum Bononiensium lumen », Per Francesco Calasso, Rome, 1978, p. 415-459.

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