Opritchnina

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L'opritchnina est un territoire créé en Russie par Ivan IV en 1565 dans lequel il détient un pouvoir absolu. Par la suite, ce mot deviendra un synonyme de pouvoir impitoyable et sans limites.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le 3 décembre 1564, Ivan le Terrible quitte Moscou, sans désigner personne pour conduire l'État, et va s'installer au faubourg d'Aleksandrov avec la tsarine Maria Temrioukovna, les tsarévitchs et tous les familiers de la cour. Le 3 janvier 1565, il adresse au métropolite de Moscou, Athanase, une missive dans laquelle il décrit les trahisons des boyards et annonce son intention d'abdiquer.

Une délégation, composée du métropolite, de boyards et de marchands, se rend à Aleksandrov pour lui demander de revenir sur le trône. Ivan pose une seule condition, que l'on accepte de lui laisser un pouvoir illimité. Le clergé doit donc renoncer à son droit d'intercéder en faveur de personnes tombées en disgrâce, et les boyards aux garanties d'une justice équitable. La délégation accepte la condition et, un mois plus tard, le tsar rentre à Moscou.

La mise en place de l'opritchnina[modifier | modifier le code]

Le même mois, un oukase du tsar divise la Moscovie en deux territoires : la zemchtchina conserve l'ancienne administration tsariste et l'opritchnina (la « réserve ») où Ivan IV détient un pouvoir sans limites. Par la même occasion, il crée les opritchniki, une troupe d'élite qui doit lui obéir au doigt et à l'œil. Ces hommes vêtus de noir, que le peuple appelle la troupe satanique, ont un balai et une tête de chien accrochés à leur selle. Ils sont menés par des boyards qui ne jurent que par Ivan. Ils ont pour nom Alexis Basmanov, Athanase Viazemski et Maliouta Skouratov.

Le système de l'opritchnina dure de 1565 à 1572, sept ans pendant lesquels Ivan s'efforce d'anéantir ses adversaires et de briser l'ancien système de gouvernement qui ne lui convient pas. La répression fait que certains boyards incitent même la Lituanie à intervenir pour le renverser. Celui-ci intercepte les messages et intensifie ce qu'il faut bien appeler des purges. Le métropolite Philippe tente d'intercéder en faveur des prisonniers. Il est arrêté et assassiné. Ivan s'acharne également sur les Staritski : sa cousine Eufrossinia et le fils de celle-ci, Vladimir, sont contraints de s'empoisonner.

En 1570, Ivan découvre que les fils du « complot » remontent à Novgorod. Ses opritchniks pillent, incendient et détruisent la ville. De retour à Moscou, la troupe satanique s'attaque aux notables non titrés et commence à les massacrer. La même année, Ivan croit qu'Alexis Basmanov et Athanase Viazemski, ses fidèles assistants tentent de le trahir et sont aussitôt exécutés.

La fin de l'opritchnina[modifier | modifier le code]

Ivan le Terrible commence à douter de l'utilité de l'opritchnina après les exécutions d'Alexis Basmanov et d'Athanase Viazemski. Des membres de sa troupe d'élite, chargés d'assurer sa sécurité, ont été convaincus de trahison. La mort de sa troisième épouse, Marfa Sobakina, quinze jours après les noces, le convainc que seuls des opritchniks ont pu l'empoisonner. La troupe comprend alors 6 000 hommes qui pillent sans vergogne les terres de la zemchtchina sans qu'Ivan n'en ait donné l'autorisation.

Au printemps 1571, les Tatars de Crimée envahissent la Russie et parviennent à Moscou qu'ils incendient en partie, sans que les opritchniks n'aient levé le petit doigt pour défendre la ville. Ivan les soupçonne de l'avoir trahi au profit du khan de Crimée.

Il décide alors de sévir. En juillet 1572, un nouvel oukase abolit le système de l'opritchnina et dissout la troupe des opritchniks. Les terres de l'ancienne opritchnina sont fusionnées à celles de la zemchtchina et les anciens propriétaires sont priés de reprendre leurs terres.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les historiens russes pensent que la terreur de l'opritchnina a fait près de 10 000 morts. Des paysans ont été obligés d'émigrer vers des régions plus tranquilles. Le commerce a été anéanti, le pays ruiné. L'économie russe s'en est ressenti pendant des années. Par la suite, Pierre le Grand et Joseph Staline prendront exemple d'Ivan le Terrible et de son système pour faire leurs propres purges.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Heller (trad. Anne Coldefy-Faucard), Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire »,‎ 2009 (1re éd. 1997), 985 p. (ISBN 2081235331)