Nicanor Perlas

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Nicanor Perlas en 2006

Nicanor Perlas, né en 1950 aux Philippines, ingénieur agronome de formation, est un des pionniers de la lutte contre la « mondialisation économique et élitaire » aussi bien dans son pays qu’au niveau international.

Il est récipiendaire du Palmarès mondial des 500 (1994) et du Prix Nobel Alternatif (2003).

Biographie[modifier | modifier le code]

En 2009, Nicanor Perlas n'est pas autorisé à se présenter aux élections philippines[1] puis sous la pression mondiale, il est réintégré dans la liste officielle des 10 candidats à la présidentielle des Philippines.

Son action[modifier | modifier le code]

Analyse du GATT et de la mondialisation libérale[modifier | modifier le code]

Militant antinucléaire aux Philippines sous le dictateur Ferdinand Marcos, il doit s’exiler aux États-Unis. En 1983, il contribue à créer le concept de « sustainability », qui (mal) traduit par l'expression « développement durable » est devenu un concept clef du PNUE.

Revenu aux Philippines, il découvre que le métier d’agriculteur risque de disparaître du fait des règlementations de la mondialisation libérale inspirées par les seuls intérêts des multinationales et des grands complexes agroalimentaires. Avec Agnès Bertrand, Martin Khor et Vandana Shiva entre autres, il se met à décrypter les accords du GATT, enveloppe de la future OMC. Leur conclusion est que ce GATT est l'outil d'un gigantesque projet de marchandisation et de chosification de la planète et de l’humanité, qui achète la complicité des hommes d'États. Nicanor Perlas et ses amis vont participer à la naissance des réseaux altermondialistes du Sud.

En 1992, Nicanor Perlas participe au Sommet de la Terre de Rio. Ensuite, aux Philippines, il fonde le Centre d’Initiatives pour un Développement Alternatif CADI.

Bannissement de pesticides et microcrédits[modifier | modifier le code]

En 1994, après 15 années de lutte, les organisations de la société civile, dont le CADI, obtiennent le bannissement de 8 pesticides, mesure qui soulage des millions de Philippins condamnés à de graves troubles de santé, séquelles de l'usage intensif de ces produits. Rappelons, en effet, que des firmes faisaient manipuler les pesticides sans informer les travailleurs de leur nocivité (voir le documentaire Ananas connection) .

Le CADI va participer à la rédaction de l’Agenda 21 des Philippines, ratifié en 1996 par le Président Ramos. Dans le domaine du développement durable, cette action est reconnue au niveau des Nations unies.

En 1994, Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement) confère à Nicanor Perlas la récompense Global 500 (ou Palmarès mondial des 500) pour son travail sur le bannissement des pesticides et sur l'agriculture biologique.

Selon l'appréciation du jury [1], Nicanor Perlas a résolu avec succès le problème de l'agriculture sans pesticides : son approche a non seulement permis un accroissement de la récolte et du revenu des cultivateurs, mais aussi un recul de la pauvreté. Perlas a utilisé une méthode qui est une variante de l'agriculture biodynamique et de l'agriculture biologique, en incorporant les pratiques autochtones.

Nicanor Perlas est directeur de la Lifebank, organisme de finance solidaire, qui permet l’attribution de micro-crédits à des communautés de base rurales pauvres. Par exemple, pour 2003, l'objectif était d'impliquer 25 000 familles dans des micro-entreprises. Ces micro-entreprises sont regroupées en associations, et soutenues par cette structure associative, les micro-entreprises peuvent ensuite s'intégrer dans un système d'entreprises à plus grande échelle, permettant de bénéficier notamment d'un programme d’éducation et d’assistance médicale.

La triarticulation sociale[modifier | modifier le code]

Les initiatives de Nicanor Perlas sont basées sur la triarticulation sociale, qui propose une méthode d’analyse des interactions au sein des sociétés en se référant à un modèle idéal où régnerait une collaboration juste entre les trois sphères de la vie sociale : la sphère culturelle, la sphère politique et la sphère économique. Nicanor Perlas observe que dans ces trois sphères de la société, on rencontre des personnalités ouvertes et de bonne volonté, des « résistants » potentiels. En ayant en vue un partenariat, une articulation voulue entre ces 3 sphères, ces « militants » potentiels peuvent surmonter l’impuissance et la peur du risque personnel liées à leur fonction, et s’engager dans une collaboration à un processus de transformation compatible avec leurs convictions et leur éthique.

« People Power II »[modifier | modifier le code]

Nicanor Perlas met en application la triarticulation sociale dans un programme d’éradication de la pauvreté.

En février 2001, il est un des leaders de Kompil II, le mouvement social qui renverse pacifiquement le président corrompu Joseph Estrada, par la force de « People Power II », PPII.

People Power I avait fait partir Ferdinand Marcos. Pour cette « révolution », le peuple philippin reçoit une récompense exceptionnelle de la part de la fondation des lauréats des Prix Nobel de la paix. Cette réussite est le résultat d’une concertation triarticulée entre la société civile dont les leaders religieux ont prôné la non-violence active du peuple, l'économique avec l’industrie des transports qui a organisé la « grève », et les responsables politiques et militaires qui se sont engagés solidairement.

Pour un renouveau de la société philippine[modifier | modifier le code]

Nicanor Perlas consolide la stratégie de la triarticulation sociale. Il anime le forum « Pagbabago » composé de porte-parole des ONG et des réseaux, de dirigeants d’entreprise et de responsables gouvernementaux, dont l’action concertée avait contribué au succès de PPII. Ce forum se propose d’initier trois grands mouvements pour le renouveau de la société aux Philippines : culturel, économique et politique, chacun autonome mais en interaction avec les deux autres.

Personne ressource[modifier | modifier le code]

L’activité de Nicanor Perlas devient de plus en plus visible au niveau mondial : il est invité dans différents pays comme personne ressource ; ainsi a-t-il été invité à Paris, en avril 2002, pour la création d’un réseau mondial de développement local à l’initiative de l’Union Nationale des Acteurs du Développement Local, UNADEL ayant pour but de mettre en réseau les expériences locales.

Il est également invité dans plusieurs pays pour animer des séminaires de formation à la triarticulation sociale, où il propose de s’exercer à percevoir de manière « écologique » et non « idéologico-politique » la situation d’un pays donné, à développer le discernement nécessaire pour permettre, sur la base de la confiance, des alliances des trois sphères sociales, en sollicitant chez les individus, les forces de résistance à la mondialisation mercantile et déshumanisante.

GlobeNet3[modifier | modifier le code]

L'activité internationale de Nicanor Perlas amène à la formation d’un réseau international, GN3 (GlobeNet3 ou Global Network for Threefolding). Doté d’un secrétariat et d’un centre de recherche et de formation, ce réseau relie entre eux différents groupes travaillant de façon autonome. GN3 est aujourd’hui présent aux États-Unis, en Israël, dans les pays scandinaves, en Afrique du Sud, en Allemagne, au Japon, en France et aux Philippines.

Le groupe de GN3 en France, est soutenu par le collectif ATOS (Alliances pour la Tri-articulation de l’Organisme Social), un réseau de personnes se déclarant décidées à contribuer à construire une planète plus humaine, en faisant partager la dynamique des idées de la triarticulation sociale.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Avec Walden Bello,un autre éminent philippin, Nicanor Perlas est récipiendaire du Prix Nobel Alternatif en 2003, « pour avoir joué un rôle crucial dans le développement de la base pratique et théorique d'un ordre du monde qui prend en compte toutes les populations. » Le jury a récompensé Nicanor Perlas pour ses efforts remarquables en tant qu'éducateur de la société civile sur les effets de la mondialisation au niveau économique et sur les alternatives positives qui peuvent être mises en place.

Citation[modifier | modifier le code]

« Nous sommes en face de problèmes sociaux et spirituels très profonds, qui nécessitent des réponses spirituelles de notre part. Les réponses ordinaires, séculières et matérialistes ne suffisent pas. Chaque acte de résistance sociale et la créativité sont des actes spirituels. La révolution spirituelle doit avoir eu lieu au cœur de nous-même avant que nous puissions créer le monde nouveau auquel nous aspirons tous. »

— Nicanor Perlas, Discours d'acceptation du prix Nobel alternatif, le 8 décembre 2003

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

(à compléter)

Articles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Geseko von Lüpke et Peter Erlenwein (trad. Stéphanie Alglave),  “Nobel”» alternatif, 13 portraits de lauréats, La plage,‎ 2008, 213 p. (ISBN 978-2-84221-191-2)
  • Sylvette Escazaux, une nouvelle dynamique sociétale : réflexions et outils, Saint Etienne, Y Michel,‎ 2009, 91 p. (ISBN 978-2-913492-70-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]


Références[modifier | modifier le code]

  • (fr) von Lüpke / Erlenwein le « Nobel » alternatif, 13 portraits de lauréats , La Plage, Sète, 2008
  • Autres sources

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geseko von Lüpke et Peter Erlenwein, "Nobel" alternatif, 13 portraits de lauréats, Sète, La Plage,‎ 2008, 213 p. (ISBN 978-2-84221-191-2), p. 173 à 183

Autres sources[modifier | modifier le code]

Sites en français[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]