Le Surmâle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Illustration de Pierre Bonnard

Le Surmâle est, comme l'a dit lui-même Alfred Jarry, un roman « moderne », composé en 1902 et dont le sujet est l'amour. Mêlant provocations en tout genre, grotesque et sous-entendus un peu osés, Jarry fait une sévère diatribe de la conception suivant laquelle l'amour n'est qu'une mécanique[réf. nécessaire].
Ce livre n'est pas considéré comme une pièce maîtresse de Jarry, a contrario des Ubu ou autres Docteur Faustroll, mais par son écriture caractéristique, témoigne bien de l'atmosphère particulière et de l'humour du dramaturge. Notons que c'est le dernier roman de l'auteur.

Résumé[modifier | modifier le code]

« L'amour est un acte sans importance, puisqu'on peut le faire indéfiniment ». Le roman commence par cette étonnante phrase lâchée lapidairement par le personnage central, André Marcueil en plein milieu d'un repas dans son château de Lurance. Suit inéluctablement une discussion sur l'amour où chacun rivalise d'imagination pour célébrer un surmâle, un homme capable de faire un nombre impressionnant de fois l'amour en un temps limité. Cette discussion devient enfin purement scientifique lorsqu'un médecin, le docteur Bathybius, fait remarquer que le corps humain n'est pas adapté à de telles prouesses et que par conséquent, ces histoires de performance ne sont que des fantasmes. Un autre personnage, Monsieur William Elson, chimiste de renom, fait alors intervenir l'une de ses inventions, la perpetual-motion food (que l'on peut traduire par « nourriture du mouvement perpétuel ») qui, selon lui, permettrait la regénération des muscles pendant l'effort. Un homme ainsi nourri pourrait, sans effort particulier, devenir physiquement hyper-impressionnant et rivaliser avec le fantasmagorique. Pour mettre à l'épreuve son invention, le chimiste propose aux invités d'assister à une course de vélos où les sportifs seront exclusivement alimentés avec cette nourriture : il s'agit de parcourir 10 000 milles, soit la distance Paris et Irkoutsk (Russie). Ils suivront celle-ci depuis un train qui roulera au côté du peloton.

Lors de cette course, la plupart des cyclistes trouvent la mort, mais l'exploit est tout de même réalisé. L'ombre d'une personne non-alimentée par la perpetual-motion food rivalise de vitesse et de distance avec les coureurs. Voici le surmâle. Tout au long de la route entre Paris et la Russie, l'on a retrouvé des cadavres de femmes, à qui l'on avait sauvagement fait l'amour.

Après quelques recherches, l'on trouve et fait venir cette fameuse ombre pour qu'elle réalise enfin la performance sexuelle tant attendue.

89 fois : tous les records seront battus.

Portée philosophique de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • On retrouve la thématique de Sade et la proximité entre l'Éros et le Thanatos, entre d'autres termes, la thématique de la mort dans l'acte sexuel lorsque sont découverts des cadavres de femmes à qui il a été fait l'amour.
  • Après l'acte sexuel effectué 89 fois, Marcueil, le surmâle désire faire un peu de poésie. Paradoxalement, l'amour naît du désir sexuel alors qu'on attendrait plutôt que ce soit le désir sexuel qui naisse de l'amour.
  • Le texte de Jarry comporte de multiples attaques contre la religion ou contre une division entre psyché (l'âme) et soma (le corps).

Citations[modifier | modifier le code]

  • « L’homme et la femme croient se choisir... comme si la terre avait la prétention de faire exprès de tourner ! »
  • « Quand le dieu et la déesse veulent s’unir, ils entraînent chacun de leur côté, l’un vers l’autre, le monde où ils habitent. »
  • « Le catholicisme a-t-il raison d'appeler par "pureté" la négligence [...] de certaines parties du corps ? »
  • « C'est cette passivité de pierre qui tombe que l’homme et la femme appellent l'amour. »

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Audi, La Théorie du Surmâle. Lacan avec Jarry, Lagrasse, Verdier, 2011.
  • Annie Le Brun, « Comme c'est petit un éléphant », postface au Surmâle, Paris, Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, 1990 (texte repris dans A. Le Brun, De l’Éperdu, Paris, Gallimard, Folio, 2011).