Occitan
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| Parlé en | France, Italie, Espagne, Monaco | |||
| Région | Midi de la France, ouest du Piémont, Val d'Aran, Guardia Piemontese en Calabre | |||
| Nombre de locuteurs | 3,5 à 12 millions
(dont plus sûrement 6 à 7 millions de bilingues passifs ou actifs) |
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| Classement | 22 | |||
| Typologie | Accentuelle,Flexionnelle,SVO | |||
| Classification par famille | ||||
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- Langues indo-européennes (Dérivée de la classification SIL)
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| Statut officiel et codes de langue | ||||
| Officielle en |
auparavant uniquement dans la région du Val d’Aran |
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| ISO 639-1 | oc | |||
| ISO 639-2 | oci (après 1500) / pro (avant 1500) | |||
| ISO/DIS 639-3 |
(en) oci |
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| type : L (langue vivante) étendue : I (langue individuelle) |
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| SIL | Divers | |||
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Article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme (voir le texte en français) |
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| Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur | ||||
L’occitan ou langue d’oc (en occitan : occitan, lenga d’òc) désigne l'ensemble des parlers et dialectes en langue romane de la moitié sud de la France, des Vallées occitanes et de Guardia Piemontese (en Italie), du Val d'Aran (en Catalogne) et dans le passé à Monaco. L’Occitanie est définie comme l'espace linguistique et culturel de l'occitan.
Au Moyen Âge l'occitan, a incontestablement été une grande langue de civilisation et le moyen d'expression d'une communauté humaine originale et d'une culture importante. Elle fut à la fois une langue littéraire (la lyrique des troubadours), et véhiculaire (langue juridique et administrative qui restera solide jusqu'au XVe siècle).
L’occitan présente une richesse certaine (vocabulaire, expressivité, capacité d’évolution), une grande variabilité (diversité dialectale et accentuations) qui n'empêche pas l’intercompréhension entre les locuteurs des différents dialectes. Il dispose d'une grande production culturelle et d'une littérature prestigieuse[1], anciennes et vivaces à la fois.
Le terme « langue d’oc » apparaît chez Dante vers 1290 et le terme latin lingua occitana, qui en dérive, apparaît aussitôt après au XIVe siècle dans des textes administratifs. « Langue d’oc » et « occitan » sont synonymes dans la linguistique romane, dans la quasi-totalité du mouvement culturel depuis le XIXe siècle ainsi que dans les textes administratifs récents[2].
Le nombre de ses locuteurs fait l'objet de controverses, l'évaluation qui en est faite variant de trois millions et demi[3] à douze millions[4] de personnes- selon les sources (celles-ci confondent souvent pratique active et connaissances passives permettant la compréhension orale ou écrite sans parler ou écrire la langue)[5]. Son aire d’expansion géographique couvre 33 départements du sud de la France (39 en comptant les départements minoritairement occitans), 14 vallées occitanes (dans les Alpes piémontaises) et Guardia Piemontese en Italie), le Val d'Aran en Espagne et marginalement Monaco.
[modifier] Noms de l’occitan
À l'époque moderne, on l’appelle parfois provençal sous l'influence considérable du mouvement littéraire Félibrige et de son Prix Nobel Frédéric Mistral. C’est aussi l’appellation que les Italiens donnaient à la langue au Moyen Âge, et c'est ainsi que l'on nomme encore couramment la langue en anglais ("provençal").
Toutefois cette appellation présente une ambiguïté car elle désigne également le dialecte provençal (que par ailleurs une minorité félibrige considère comme une langue distincte[réf. nécessaire]), d'autre part l'expression « langue d’oc » fait penser d'emblée au dialecte languedocien. Sans doute pour ces raisons le terme généralement considéré comme le plus clair est « occitan ».
L’occitan fut appelé autrefois, lenga romana, roman aux XIIIe et XIVe s. (terme utilisé au XIXe s. pour désigner l’ancien occitan), limousin au XIIIe s., mondin ou raimondin, gascon au XVIe s., catalan, provençal aux XIIIe et XIXe ; ou encore lingua occitana au XIVe s., langue d’oc (voire occitanique, occitanien).
Les Occitans eux-mêmes disaient lo roma(n) (roman), lo lemozi(n) (limousin) ou lo proensal (provençal) au XIIIe s. L'expression « langue d’oc » fut créée par Dante vers 1290 et l'expression lingua occitana (langue occitane) apparut presque aussitôt dans des textes administratifs en latin. Cependant, les termes « occitan » et « Occitanie » ne se sont généralisés que depuis le XIXe s. et davantage encore depuis la seconde moitié du XXe s.. Les Occitans ont utilisé et utilisent toujours d’autres formules pour désigner leur langue, comme « la lenga nòstra » (notre langue) « parlam a nòstra mòda » (nous parlons à notre manière) ou encore en Gascogne « Que parli » (je parle).
Dans certaines régions, les locuteurs âgés utilisent le terme de patois (Larousse: parler local, rural et d'extension restreinte) pour désigner leur langue, mais ce terme est également rejeté de nos jours pour ses connotations ressenties comme péjoratives.
Ailleurs, dans les régions à forte identité, le nom de la province sert à désigner la langue. On dit : « l’auvergnat, le limousin, le gascon, le béarnais, le provençal, le niçois... » (ces termes désignent en fait des dialectes et sous-dialectes occitans)
[modifier] Régions occitanes
- Aquitaine : sauf la partie bascophone des Pyrénées-Atlantiques à l’ouest du département et une petite partie de la Gironde et du Périgord en zone saintongeaise. Il faut noter que le district urbain de Biarritz, Anglet et Bayonne a longtemps parlé uniquement l'occitan; cependant une importante population bascophone est apparue lors des migrations de l’époque de la révolution industrielle.
- Auvergne : le Forez et la Basse-Auvergne ont connu un recul de l’occitanophonie, à la différence du Cantal, de la Haute-Loire et de la Lozère où la langue est encore parlée par tous les gens de 35 ans et plus[réf. nécessaire].
- Calabre : Le village sud-italien de Guardia Piemontese, situé dans la province de Cosenza, est une enclave linguistique. Un dialecte occitan de type vivaro-alpin, qui se nomme le gardiòl[6], est encore usité dans cette commune. 74,6 % de ses habitants déclare le parler couramment[7]. Sa présence est due à la fondation de ce village par des Vaudois piémontais[8] au XIIIe siècle qui importèrent en ces lieux l’occitan et le francoprovençal[9].
- Centre : une très petite zone en bordure sud de la région.
- Languedoc-Roussillon : à l’exception de la majeure partie des Pyrénées-Orientales, où l’on parle catalan (seuls les Fenouillèdes sont occitans). La langue est très affaiblie dans la plaine, mais se maintient dans les Cévennes gardoises (autour d'Alès) et en Lozère (avec le parlais gévaudannais).
- Limousin : L'occitan est parlé dans toute la région par les gens de plus de 40 ans, la langue trouve un nouveau souffle avec la formation de professeurs d'occitan[réf. nécessaire].
- Midi-Pyrénées : la langue est très affaiblie dans la partie languedocienne, menacée dans la partie gasconne, mais beaucoup de jeunes Gascons la reprennent. Elle se maintient particulièrement bien en Haute-Guyenne (c'est-à-dire l'Aveyron et la moitié nord du Lot).
- Monaco : une forme d'occitan est parlée marginalement dans la Principauté, à côté du ligure monégasque[10].
- Piémont : région italienne dont seules les hautes vallées (Val de Suse...), dites vallées occitanes sont restées occitanophones (nord-occitan). Le versant italien du col de Tende parle provençal. Dans la plus grande partie de la région, on parle cependant italien, piémontais ou lombard, des parlers gallo-italiques.
- Poitou-Charentes: le recul de la zone occitanophone est très ancienne, seule la Charente limousine parle encore occitan. Voir : Les anciens dialectes d'oc du nord-ouest
- Provence-Alpes-Côte d'Azur, sauf les vallées de la Roya et de la Bévéra et quelques isolats ligures (figoun) dans le Var et les Alpes-Maritimes : Biot, Vallauris, Mons et Escragnoles. Le mentonasque a un statut intermédiaire.
- Rhône-Alpes : le sud de la région est occitanophone : l'Ardèche (dans sa quasi-totalité) et la plus grande partie de la Drôme. En revanche, le Lyonnais, le Forez et le Dauphiné septentrional qui étaient des zones de parlers intermédiaires entre l’occitan et le francoprovençal sont devenues francophones précocement. L’occitan fut la langue de la noblesse lyonnaise lors de l’apogée de la culture des troubadours.
- Val d'Aran : on y parle l'aranais, une forme du gascon qui y a un statut officiel. Le reste de la Catalogne parle catalan.
[modifier] L’occitan dans le monde
Des enclaves d'occitans ont été créées :
- en Allemagne (autour de Heilbronn dans le duché de Württemberg, jusque dans les années 1930)
- aux Antilles,
- en Argentine : notamment Pigüé (province de Buenos Aires) présentation et histoire de Pigüé
- au Brésil,
- au Canada,
- au Chili,
- au Pays basque espagnol (Colonies gasconnes au Pays basque) : Saint-Sébastien / Donostia (gascon parlé au centre de la ville jusqu’au début du XXe siècle), Fontarabie, Pasajes,
- aux États-Unis principalement dans des États de l’Ouest :
Montpelier (Idaho), Oregon, Californie, mais aussi Valdese (Caroline du Nord) Histoire de Valdese en anglais, Montpelier (Vermont), Monett (Missouri); ainsi qu’en Louisiane dans la région de Baton Rouge de Arnaudville et de Houma où l’on utilise un parler cajun occitan.
- en Guyane,
- dans le sud de l’Italie à Guardia Piemontese (La Gàrdia ; Calabre),
- au Liban. Le Comté de Tripoli: il ne s'agit pas d'une colonie au sens moderne du terme mais une enclave occitane à l'étranger. Raymond de Toulouse l'a fondé pendant les croisades au nord de Jérusalem. La plupart des habitants venait de l'Occitanie et d'Italie, l'occitan était la langue utilisée dans ce comté.
- au Mexique,
- au Portugal,
- en Suisse, dans l'État de Vaud on trouve un village qui s'appelle Provence ainsi qu'un quartier du même nom dans la ville de Lausanne.
- en Uruguay,
Certaines de ces enclaves parlent encore aujourd'hui l'occitan ou utilisent un dialecte local mêlé à de l'occitan.[11]
[modifier] Famille linguistique
L'occitan constitue avec le catalan le groupe occitano-roman de la Romania occidentale : il fait la transition entre gallo-roman et ibéro-roman, d'après le linguiste Pierre Bec (Manuel pratique de philologie romane, Paris, Picard, 1970).
L'occitan et le catalan sont proches linguistiquement et permettent l'intercompréhension. Le catalan est plus proche de l'occitan qu'il ne l'est du castillan (communément appelé "espagnol") ou du portugais. De même, l'occitan est plus proche du catalan que du français ou que du francoprovençal. Certains romanistes comme A. Sanfeld, qui ne représentent cependant pas l'opinion majoritaire, vont même jusqu'à inclure ces deux langues sous la même dénomination linguistique d'occitan.
Jules Ronjat a cherché à caractériser l’occitan en s’appuyant sur 19 critères principaux et parmi les plus généralisés. Onze critères sont phonétiques, cinq morphologiques, un syntaxique, et deux lexicaux. On peut ainsi noter la moindre fréquence des voyelles semi-fermées (en français standard : rose, jeûne). C’est une caractéristique des occitanophones grâce à laquelle on reconnaît leur accent « méridional » même quand ils parlent en français. Il existe aussi la non-utilisation du pronom personnel sujet (ex : canti/cante/chante/chanto je chante ; cantas/chantas tu chantes). On peut trouver encore d’autres traits discriminants. Mais, rien que sur les dix-neuf critères principaux, il existe sept différences avec l’espagnol, huit avec l’italien, douze avec le francoprovençal et seize avec le français.
[modifier] Prononciation de l'occitan
- Voir aussi: Prononciation de l'occitan
- Voir aussi: Caractéristiques phonétiques de l'occitan
La prononciation de l'occitan, selon la norme classique occitane, se fait selon des règles de lecture constantes et régulières, à part quelques exceptions. A partir de lettres de base, l'occitan utilise des symboles modificateurs qui changent la prononciation de certaines lettres ou simplement marquent une tonicité dans le langage, sans en changer la prononciation comme: l'accent fermé (´), l'accent ouvert (`) et la diérèse (¨). Résumé de la prononciation de l'occitan (languedocien):
[modifier] Voyelles
- a:
- -a-, a- et à se prononcent [a].
- -a et á final se prononcent [ɔ] de même que -as et -an: a atone.
- e:
- e ou é se prononcent [e].
- è se prononce [ɛ].
- i ou í se prononcent [i] ou [j].
- o
- o ou ó se prononcent [u] ou [w].
- ò se prononce [ɔ].
- u se prononce [y] ou [ɥ] en position semi-vocalique, excepté quand il est après une voyelle [w].
[modifier] Consonnes
- b: [b]/[β]
- c: [k]. [s] devant "e" et "i". Quand il est double cc: [ts].
- ch: [tʃ]
- ç: [s]
- d: [d]/[ð]
- f: [f]
- g: [g]/[ɣ] devant "a", "o", "u". [dʒ] devant "e" et "i". Quand il est final, il se prononce [k], dans certains mots [tʃ]. gu devant "e" et "i" se prononce [g]/[ɣ]
- h: muet
- j: [dʒ]
- k: [k]
- l: [l]. Un double ll, se prononce [ll].
- lh: [ʎ], en final: [l].
- m: [m], final [n]. En double mm, [mm].
- n: [n]. Muet en final. [m] devant "p", "b" et "m". [ŋ] devant c/qu et g/gu. [ɱ] devant "f". nd et nt [n]
- nh: [ɲ]. En position finale [n]
- p: [p]
- qu: [k] devant "e" et "i"; [kw] autrement.
- r: [r] et [ɾ]. En position finale, il est muet dans la majorité de mots. rn et rm [ɾ].
- s: [s]. [z] entre voyelles. ss donne [s].
- t: [t]. tg/tj: [tʃ]. tl: [ll]. tn: [nn]. tm: [mm]. tz: [ts]
- v: [b]/[β]
- w: [w], [b]/[β]
- x: [ts], [s] devant une consonne.
- y: [i]/[j]
- z: [z], [s] en position finale.
[modifier] Les liens entre l’occitan et le catalan
À un stade ancien, le catalan et l'occitan ne pouvaient pas être catégoriquement différenciés. Le fait qu'on écrive quasi exclusivement en latin à cette époque rend impossible toute catégorisation formelle. En tout cas, les premiers textes en langues vulgaires, bien que très semblables montrent déjà quelques différences, lesquelles se sont accentuées à la moitié du XIIe siècle, dû à des pressions d'isolation politique et géographique. Le gascon, non isolé du reste de l'Occitanie a été considéré un dialecte occitan; tandis que le catalan, plus proche du languedocien d'un point de vue linguistique que d'autres dialectes occitans, a été considéré une langue différente. Les poètes catalans écrivirent en occitan jusqu'au XIVe siècle. Le premier écrivain qui écrivit toute son œuvre en catalan, ainsi qu'en occitan, fut le Valencien Ausiàs March. Dans l'oeuvre du philologue du XIXe siècle Friedrich Christian Diez le catalan est considéré comme une part intégrante de l'occitan, appelé encore "provençal"; cependant il en signale les différences. En 1931, le récent retour au statut d'autonomie de la Catalogne risquait d'être entravé par la défense de l'appartenance des catalans à un ensemble majoritairement non espagnol. Ce n’est qu’en 1934 que les intellectuels catalans ont proclamé solennellement que le catalan était distinct de l’occitan[12].
L’occitan et le catalan se distinguent par la manière d’écrire la langue (graphie). Les Occitans d’aujourd’hui ont majoritairement choisi d’utiliser une graphie proche de la langue médiévale (et des origines latines), par exemple en ajoutant le -n final « caduque » prononcé en Provence. D’autres avaient préféré franciser leurs graphies (Provençaux Avignonnais, école linguistique Gaston-Phébus en Gascogne...). Les Catalans de leur côté ont choisi une graphie centrée sur leur manière de prononcer (pas de n final à català par exemple).
La prononciation varie entre catalan et occitan, par exemple:
- Le "o"/"ó" se prononce toujours comme [u], sauf quand il a de l'accent grave "ò" : [ɔ] (pònt -pont-: /pɔnt/, onze: /'unze/, antropologia: /antrupulu'dʒiɔ/)
- Quand un mot termine avec -a, ou l'accent fermé, "á", celui-ci se prononce comme [o]/[ɔ] (plaça: /plásɔ/, sentiái -jo sentia-: /sentj'ɔj/) sauf quand il a l'accent grave "-à" : [a].
- L'occitan évite la prononciation de deux consonnes de suite, souvent en ne prononçant pas la première et en renforçant la deuxième (abdiquer s'écrirait "addicà", "cc" se prononce "ts" en languedocien, occitan se prononce "utsità").
- Dans l'occitan la syllabe tonique des mots s'est rapprochée du français avec le temps, sous l'influence de ce dernier. La plupart des syllabes accentuées sur l'antépénultième en catalan changent dans l'occitan (MÚsica (cat) muSIca (oc), PÀgina (cat) paGIna (oc), boTÀnica (cat) botaNIca (oc), inDÚstria (cat) indusTRIa (oc)...). Seuls le niçois et le vivaro-alpin des vallées Occitanes ont maintenu la prononciation originale, proche du catalan.
Pour les catalanophones, la graphie classique des occitans a l'avantage de ressembler assez à la catalane. Cela est dû pour une bonne part à ce que dans les travaux d'actualisation et de fixation de cette graphie, conduite par Loís Alibèrt en 1937, on a suivi des critères très semblables à ceux suivis par Pompeu Fabra pour le catalan. Les deux graphies se sont basés sur la graphie médiévale, formée quand les deux langues étaient plus proches de leurs origines communes et qu'en plus les contacts étaient plus intenses (la poésie en Catalogne a été faite principalement en occitan même au XIVe siècle). Malgré tout, il y a quelques différences dont il faut tenir compte pour lire avec la facilité les textes occitans :
- On conserve le "n" final des mots, bien que dans la plupart des dialectes occitan, il ne se prononce pas (les exceptions sont le provençal, et le gascon, qui inclut l'aranais). Exemples : "occitan", "concepcion".
- Le "h" ne s'écrit pas quand il ne se prononce pas (le "h" est mis en catalan) : i a un òme (cat: hi ha un home). Le "h" se met en gascon pour indiquer qu'il se prononce aspirée, lorsqu'il remplace habituellement le "f" des autres dialectes occitan et du catalan. Exemple : en gascon "hèsta", dans les autres dialectes "fèsta", en catalan "festa".
- Les digrammes "lh", "nh" et "sh" correspondent au catalan "ll", "ny" et "ix". Les digrammes "lh" et "nh" ont aussi été adoptés depuis le moyen-âge par les normes portugaises et de façon récente dans la graphie romane de la langue vietnamienne.
L’aspect politique, culturel et religieux est important aussi. La Catalogne, contrairement à l’Occitanie a bénéficié longtemps d’une indépendance étatique alliée à un fort développement économique. De plus, l’espace occitan est globalement défini par son appartenance à la France, le catalan est majoritairement défini par son appartenance à l’Espagne. Encore récemment les langues continuent d’évoluer séparément : le catalan est un ensemble de dialectes qui ont tendance à s’hispaniser au contact du castillan ; l’occitan, lui, a tendance à se galliciser au contact du français. Le poids important des langues espagnole et française dans le monde pèse lourdement sur les rapports de domination linguistique au sein de la France et de l’Espagne.
Il ne faut toutefois pas en conclure que l’occitan et le catalan soient très différents. Il existe une assez bonne intercompréhension entre catalanophones et occitanophones.
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Comparatif occitan/catalan
Voici un texte dans sa version languedocienne (occitan méridional-ouest) et catalane majorquine (catalan des îles Baléares). La forme littéraire ou archaïque du catalan majorquin est parfois précisée dans les remarques.
| Français | Languedocien | Majorquin | Remarques | |
| Hachez les viandes à la machine (ou demandez au boucher de le faire) | Passar las carns a la maquina de capolar (o demandatz al carnsaladièr d'o far) | Passar les carns a la màquina de capolar (o demanau al carnisser de fer-ho) | En catalan majorquin ancien "demanau" = "demandats" | |
| Mélangez tous les ingrédients de la farce | Barrejar totes los ingredients del fars | Barrejar tots els ingredients de la farsa | . | |
| Etendre le lièvre sur un bon morceau de gaze (on peut en acheter en pharmacie) | Espandir la lèbre sus un bon tròç de gasa (se pòt crompar en farmacia) | Estendre la llebre davall un bon troç de gasa (se pot comprar en apotecaria) | En languedocien "farmacia" est un néologisme; en catalan majorquin ancien "davall" = "sus"; "Estendre" = "Expandir" en majorquin ancien. | |
| Répartir la farce sur toute la longueur de l'animal, l'enrouler dans la gaze | Repartir lo fars sus tota la longor de l'animal, lo rotlar dins la gasa | Repartir la farsa sobre tota la llargària, enrodillar-lo dins la gasa | En catalan majorquin: le verbe "rotlar" a disparu et fut remplacé par "enrodillar" qui est un castillanisme provenant du mot "enrodillar" | |
| Ficeler sans trop serrer, ne pas ajouter top de sel. Faire rôtir les ingrédients au four | E ficelar pas tròp sarrat. Far rossir los ingredients pel fons de lums | Lligar sense estrènyer gaire. Fer rostir els ingredients dins el forn. | Les deux textes ne sont pas identiques; "pel fons de lums" pourrait être traduit en majorquin "dins del fons de llums" |
- L’ensemble géographique occitano-roman représente environ 23 millions de personnes sur un espace de 259 000 km² . Les régions ne sont pas égales face au pourcentage de locuteurs dans la langue. La France ne compte plus dans certaines régions qu’un quart de la population qui soit vraiment occitanophone (50 % de la population comprend la langue, sans pouvoir la parler couramment)[13],[14]. À l’inverse, la communauté autonome de Catalogne bat des records du nombre de locuteurs. Selon les enquêtes réalisées par la Communauté de Catalogne en 1993, les habitants du Val d'Aran (dont 72 % en sont originaires) parlent à : 64 % Aranais (Gascon); 28 % Castillan (Espagnol); 8 % Catalan.
[modifier] Origines de l’occitan
L’occitan est la plus centrale des langues romanes, à ce titre, les influences extérieures de la périphérie romane pouvaient empêcher sa naissance et son développement en n’en faisant qu’un lieu de passage tributaire d’une koinê extérieure, ou bien favoriser son développement en tant que langue véhiculaire spécifique. C’est cette deuxième possibilité qui s’est réalisée, favorisée par certaines circonstances qui ont donné à l’occitan son originalité :
- la structure orographique. L’espace occitan se caractérise par son emplacement au sein de barrières naturelles que sont la mer Méditerranée et l’océan Atlantique ainsi que les remparts naturels des montagnes : Massif central, Pyrénées, Alpes.
- la présence de « marches séparantes » entre les populations: zones ultra-sèches, forêts épaisses séparant le nord du sud de la France (sauf aux abords de l'océan: la Brenne, la Sologne, le Bourbonnais, le Nivernais, la Bresse, le Jura central...), marais ou landes impropres à l’agriculture et rebelles à toutes colonisations étrangères (régions entre Loire et Garonne, plateau désertique aragonais).
- la fixité et le faible mélange des « races » préhistoriques et protohistoriques[15]
- leur moindre celtisation[16] : populations celtes peu importantes mais la celtisation s'est implantée plus durablement que dans d'autres régions.
- une ancienne et longue romanisation : Jules César disait que les Aquitains pourraient apprendre aux Romains à parler correctement le latin. Selon M. Müller, « la bi-partition linguistique de la France commence avec la romanisation même »[17]
- un lexique original : bien que celui de l’occitan se situe à mi-chemin entre le gallo-roman et l’ibéro-roman[18], il « possède [...] quelque 550 mots hérités du latin qui n'existent ni dans les parlers d'oïl ni en francoprovençal »
- une faible germanisation (contrairement au français ou au francoprovençal) : « le lexique francique » et son influence phonétique « s’arrête [...] assez souvent » au sud de la ligne oc/oïl[19]
- l'Occitanie a toujours été un carrefour des langages, grâce à de nombreux échanges commerciaux. Ceci se retrouve dans un vocabulaire d'origines très variées. Le rabbin espagnol Benjamin de Tudèle décrit en 1173 l'Occitanie comme un lieu de commerce où viennent « chrétiens et Sarrasins, où affluent les arabes, les marchands lombards, les visiteurs de la Grande Rome, de toutes les parties de l'Égypte, de la terre d'Israël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l'Angleterre, de Gênes et de Pise, et l'on en parle toutes les langues »[20].
[modifier] Langue occitane ou langues d’oc ?
[modifier] Langues ou dialectes ?
L’utilisation du nom « occitan » et l’idée qu’il n’y a là qu’une seule langue est sujet à polémiques. Il est admis par la très grande majorité des linguistes romanistes qu’il existe une unité linguistique de l'occitan, dépassant le cadre dialectal. Certains auteurs, minoritaires, pensent cependant qu’il n’existe pas une, mais des "langues" d’oc. Le gascon et le catalan posent aussi un problème de classification au vu de certains côtés ibéro-romans [21]. Occitan et catalan sont regroupés sous la désignation de groupe linguistique occitano-roman.
[modifier] Dialectes de l'occitan
Les différents dialectes de l’occitan sont :
- le limousin
- l’auvergnat
- le vivaro-alpin
- le gascon, considéré parfois avec ses spécificités comme une langue du domaine "ibéro-roman" à l'instar du catalan
- l’aranais est la variété de gascon pyrénéen en usage dans le Val d'Aran (en Catalogne), où elle a un statut de langue officielle.
- la langue sifflée pyrénéenne était utilisée dans la vallée d'Ossau (Béarn, village d'Aas). Elle se base sur la phonétique du gascon de cette région. Les langues sifflées sont rares dans le monde. Dans le cas des Pyrénées, elle permet une communication à longue distance. Documents sur une langue sifflée pyrénéenne
- le languedocien
- le provençal
- le shuadit ou judéo-provençal est considéré comme éteint depuis 1977, disparition imputable à la Shoah. Toutefois, les travaux de René Moulinas, Les Juifs du Pape, montrent que les Juifs provençaux parlaient provençal comme leurs compatriotes chrétiens. Les Juifs du Comtat Venaissin (Vaucluse) parlent la langue d'oc dans la même proportion que les autres Comtadins encore aujourd'hui. Le "judéo-provençal" a été très étudié par l'ancien empereur Pierre II du Brésil, une fois que celui-ci fut détrôné. Il parlait la langue d'oc (notamment dans sa variante provençale), mais il avait aussi une bonne connaissance de l'hébreu.
- Les anciens dialectes d'oc du nord-ouest : du Poitou, de la Saintonge, de l’Aunis ainsi que de l’Angoumois sont remplacés par des dialectes d’oïl. Les parlers d’oïl actuels de ces régions conservent quelques traits d’origine occitane (ex : le mot tarantelle pour désigner une araignée). Cette région avait apparemment un dialecte occitan spécifique, très proche du limousin. Il était le dialecte d'expression poétique du troubadour Richard Cœur de Lion (Richard Còr de Leon), roi d'Angleterre et prince-duc d'Aquitaine. La capitale de l’Aquitaine était Poitiers à cette époque, c'est pourquoi de nombreux troubadours (occitanophones) étaient originaire de cette région.
L'existence de parlers de type occitan, ou tout au moins de type intermédiaires, est confirmée par de nombreux noms de lieux du sud de la Saintonge et du Poitou. H. Malet a tracé en 1940 la ligne de démarcation entre les toponymes en -ac, de caractère occitan: Cognac, Jarnac ou Jonzac, et de l'autre les toponymes en -ay, -é (ou -y) de type septentrional, provenant des noms de villas gallo-romaine en -acum : Beurlay, Plassay ou Tonnay-charente. De même dans le sud des Deux-Sèvres (région de Melle) et dans le sud et l'est de la Vienne (régions de Civray, Montmorillon et Chauvigny) des toponymes en -ac et en -ade indiquent une ancienne présence occitane. O. Herbert l'a démontré dans son travail de diplôme "Les noms de lieux de la Vienne à la limite des domaines français et provençal". J. Pignon estime que l'on a usé d'un parler de type occitan dans le Sud-Est du Poitou jusqu'à la fin du XIIe siècle. Ce serait l'influence de Poitiers qui a fait peu à peu triompher les formes d'oïl sans éliminer totalement tous les traits occitans.
Dans le sud de la Saintonge, le clivage beaucoup plus brutal entre saintongeais et gascon fait penser plutôt à une cause accidentelle. L'abbé Th. Lalanne trouve l'explication dans les dévastations de la guerre de Cent Ans. En effet, la région a été très étroitement impliqué dans des luttes qui avaient déjà commencé près de trois siècles avant la guerre de Cent ans. En 1152, Aliénor d'Aquitaine, divorçait d'avec Louis VII Roi de France qu'elle avait épousé en 1137 pour se remarier deux ans plus tard avec Henri II Plantagenêt, Comte d'Anjou, et futur Roi d'Angleterre. Les luttes qui s'ensuivirent trouvèrent provisoirement leur conclusion dans le rattachement du Poitou à la couronne de France. C'est une étape importante dans l'histoire de la langue puisque le français devient alors la langue de la chancellerie.
Après la mort de Louis IX, la guerre reprit de plus belle. Poitiers devient pendant un temps la capitale de la France sous Charles VII. La Saintonge devient un des champs de bataille en raison de sa proximité avec la Guyenne tenue par les Anglo-aquitains. Les guerres qui s'y sont déroulées furent particulièrement meurtrières. À ces ravages s'ajoutèrent ceux d'épidémies de pestes répétées, dont la peste noire de 1349. Après la fin de la guerre marquée par la défaite des Anglo-aquitains à Castillon (Gironde) en 1453, la population de la région était décimée à 90 %. Il fallut faire appel de manière massive à des populations francophones (parlant la langue d'oïl) venus de régions plus au nord pour la repeupler. C'est ainsi que s'explique, semble-t-il, l'absence de tout parler intermédiaire entre langue d'oïl et langue d'oc en Saintonge.
Il s'avère que dès le début du XIIIe siècle les documents de Saintonge, d'Angoumois, d'Aunis et du Poitou étaient déjà écrits dans un parfait français, ce qui pourrait laisser supposer que les dialectes locaux étaient plutôt proches des langues d'oïl que d'un dialecte d'oc de type limousin. Ou au contraire cela constitue une preuve supplémentaire d'une francisation précoce. En effet, l'utilisation du "bon" français dans les écrits, au détriment de l'usage du parler local démontre une certaine acceptation de l'autorité royale par les élites locales.
- Parlers de transition entre l'occitan et le français. À l'extrême nord, l'occitan de la zone du Croissant a reçu de fortes influences du français, mais les traits occitans y restent prépondérants : cela concerne le nord de la Marche et le sud du Bourbonnais.
- Au nord-est, les zones intermédiaires entre le franço-provençal et l’occitan ont été francisées : Lyonnais, le Forez et le Dauphiné septentrional. L’occitan fut la langue de la noblesse lyonnaise lors de l’apogée de la culture des troubadours.
- Au sud-ouest, l'arrivée récente de populations basques dans la communauté de Bayonne, Biarritz, Anglet a modifié l'usage linguistique, sans toutefois faire disparaître la communauté occitanophone.
- Au sud-est, l'arrivée massive de populations liguriennes à Monaco a réduit l'importance de la communauté occitanophone, sans toutefois la faire disparaître.
- A l'est, dans les Vallées Occitanes du Piémont (Italie), l'usage de l'occitan vivaro-alpin a mieux résisté dans les hautes vallées. Les basses vallées connaissaient une coexistence entre l'occitan, traditionnel, et le piémontais, arrivé récemment. En dehors de cette superposition récente, la limite entre les vallées alpines et la plaine du Pô coïncide avec des frontières linguistiques traditionnelles délimitant l'occitan par rapport aux dialectes italiens.
- A l'est, il existe des parlers de transition entre l'occitan et le ligure, le royasque est considéré comme du ligure, le mentonasque, comme de l'occitan.
[modifier] Classification supradialectale
Pierre Bec propose une autre classification dite "supradialectale", selon les lignes suivantes :
- Arvernoméditerranéen
- Limousin
- Auvergnat
- Vivaro-alpin
- Provençal, inclus le sous-dialecte Nissart
- Occitan central, le dialecte Languedocien, excepté le sous-dialecte Sud Languedocien
- Aquitanopyrénéen
- sous-dialecte Sud Languedocien
- Gascon
- Le Catalan qui est une langue Ausbau.
[modifier] Langue littéraire "unifiée"
Il faut remarquer qu’entre le XIe et le XIIIe siècle, il exista une langue littéraire nommée par les troubadours du nom générique de "langue romane" ou "roman" (elle ne fut jamais désignée comme "occitan" par les auteurs contemporains) pour la différencier du latin. Les auteurs modernes l'ont rapproché de la koinê grecque, qui était une forme de grec relativement unifié sous la période hellénistique (300 av. J.-C. - 300 ap. J.-C.), même si cette dernière langue était plus diverse régionalement qu'on ne le croit trop souvent. La "langue romane" utilisée par les troubadours semblait avoir pour base le dialecte limousin qu'aurait employé le premier troubadour, le duc d'Aquitaine - comte de Poitiers Guillaume IX (1086-1126). Le succès de ce dernier et la présence de certains des premiers troubadours originaires du Limousin et de la Gascogne à la cour de son fils Guillaume X (1126-1137) qui était leur souverain, expliquent facilement la diffusion de cette langue littéraire au sein du duché d'Aquitaine. Le futur Languedoc et la Provence ne connurent les troubadours que par la suite dans la seconde moitié du XIIe siècle.
Pourtant Pierre Bec, grand spécialiste des troubadours indiquait dès 1967 qu' « Il est d’ailleurs difficile de juger de cette langue avec précision puisque nous n’en connaissons qu’une pâle copie, celle que les scribes ont bien voulu nous transmettre dans les différents manuscrits. Si substrat dialectal il y a, c’est souvent celui du copiste qui se manifeste à son insu. Et là, bien souvent, règne l’arbitraire le plus absolu : à un vers d’intervalle, tel ou tel mot se présente, non seulement avec une autre graphie, mais avec un phonétisme appartenant à un dialecte absolument différent. Et que dire encore si l’on compare, à propos d’un même texte, les diverses leçons léguées par les manuscrits ! Il est impossible de dire exactement dans quelle langue ont été écrites les poésies des troubadours »[22].
En dehors de la littérature des troubadours, on ne peut pas trouver d'éléments prouvant l'usage d'une norme linguistique unifiée dans les chartes et les autres documents du Languedoc, de Provence, d'Auvergne, de Catalogne, du Limousin ou de la Gascogne. Pour résumer, les pratiques écrites étaient assez distinctes d'une région à l'autre et les perceptions accréditant l'idée d'une unification linguistique sur tout l'espace couvrant toutes ces régions ne sont bien souvent que le résultat d'une graphie relativement homogène car issue de la graphie utilisée pour le latin. En tout cas, tous les témoignages historiques médiévaux démontrent que l'espace linguistique que l'on dénomme aujourd'hui "occitan" abritait des peuples qui se considéraient comme différents les uns des autres malgré les proximités linguistiques qui sont d'ailleurs plus perçues depuis le XIXe siècle qu'au Moyen Âge (les peuples jusqu'au XIIe siècle inclus : les Aquitains, les Gascons, les Goths et les Provençaux ; à partir du début du XIVe siècle : les Limousins, les Auvergnats, les Gascons, les gens de "la langue d'oc", les Catalans et les Provençaux).
[modifier] La langue et ses atouts
[modifier] Richesse du lexique
Le dictionnaire d'occitan usuel comporte environ 50 000 à 60 000 mots, comme pour le français, mais on a aussi pu avancer des chiffres aussi elevés que 450 000 mots [10], ce qui est donné comme comparable à l’anglais[23].
Le magazine Géo[10] affirme que la littérature anglo-américaine peut être traduite plus facilement en occitan qu’en français, à l’exception des termes modernes technologiques que l’occitan, comme les autres langues, a intégrés.
Le lexique est parfois très prolifique, en particulier dans la description de la nature et de la vie rurale. Il existe ainsi 128 synonymes pour signifier l’idée d’une terre cultivée, 62 pour marécages, 75 pour désigner un éclair [10].
Cette richesse s'explique par le fait que l'occitan est composé de multiples dialectes, dont chacun possède son lexique propre, faisant partie intégrante de la langue. De plus l'occitan n'a pas connu d'épuration, contrairement au français qui a été amputé de ses formes dialectales par l'Académie française aux XVIIe et XVIIIe siècle.
La langue ayant subi une éclipse pendant la période d’industrialisation, la richesse du vocabulaire lié à la vie de cette époque est moins importante que celle des périodes précédentes. Récemment, un effort particulier a été fait pour développer le vocabulaire (souvent scientifique et technologique) propre aux langues modernes [24].
[modifier] Apprentissage de langues étrangères
L’occitan prédisposerait aussi, selon les sources du magazine Géo, à l’apprentissage des langues étrangères. En effet, l’oreille humaine a la capacité d’entendre 24 000 hertz. Cependant, l’usage de la langue maternelle filtre et « déforme » les sons étrangers. Le français n’en perçoit que 5 000 hertz, tandis que l’occitan en perçoit 8 000 au minimum[10].
De plus, l’occitan est une langue romane centrale, ce qui facilite la compréhension des langues latines voisines : italien, espagnol, portugais... L’occitan est la langue romane qui a le plus de points communs avec les autres langues de la même famille. Ci-dessous, une comparaison de l’occitan (dialecte central) et d’autres langues latines :
Tableau de comparaison de langues romanes
| Latin | Français | Italien | Espagnol | Occitan (Languedocien) | Occitan (Gascon) | Catalan (Barcelonais) | Portugais | Roumain | Sarde | Corse | Francoprovençal |
| clavis | accusatif clavem | clef | chiave | llave | clau | clau | clau | chave | cheie | crae | chjave/chjavi | clâ |
| nox | accusatif noctem | nuit | notte | noche | nuèit, nuèch | nuèit,nèit | nit | noite | noapte | notte | notte/notti | nuet |
| cantare | chanter | cantare | cantar | cantar (chantar) | cantar | cantar | cantar | cânta | cantare | cantà | chantar |
| capra | chèvre | capra | cabra | cabra (chabra) | craba | cabra | cabra | capră | cabra | capra | cabra / chiévra |
| lingua | langue | lingua | lengua | lenga | lenga | llengua | lingua | limbă | limba | lingua | lenga |
| platea | place | piazza | plaza | plaça | plaça | plaça | praça | piaţă | pratza, pratha | piazza | place |
| pons | accusatif pontem | pont | ponte | puente | pont/pònt | pont | pont | ponte | pod, punte | ponte | ponte/ponti | pont |
| ecclesia | église | chiesa | iglesia | glèisa (glèia) | glèisa | església | igreja | biserică | creia, cresia | ghjesgia | églésé |
| hospitalis | hôpital | ospedale | hospital | espital | espitau | hospital | hospital | spital | ispidale | spedale/uspidali | hèpetâl |
| caseus | bas latin formaticum | fromage | formaggio | queso | formatge | hromatge | formatge | queijo | caşcaval | casu | casgiu | tôma / fromâjo |
Il ne faut pas oublier que l’anglais a aussi reçu un vocabulaire latin, angevino-normand (langue d'oïl) et occitan. Il existe une certaine proximité de vocable entre l’occitan et l’anglais qui n’a jamais existé ou a disparu en français : jump (anglais) / jumpar (occitan), record / recordar (mais existait en ancien français : recorder), etc.
[modifier] L’amélioration des connaissances en français
La maîtrise de l’occitan, comme celle d’autres langues romanes, entraîne un accroissement de la faculté de parler avec un langage varié en français.
Le français, notamment, a emprunté de nombreux mots d’origine occitane. Cependant, certains dictionnaires français sont mal renseignés au sujet de l’occitan. Ils peuvent se tromper d’origine ou de date d’apparition des termes. En fait, il ne faut pas oublier que l’occitan a servi de zone linguistique de transmission de termes venus du Sud de l’Europe ou du Maghreb. L’italien et le castillan, par exemple, ont fourni nombre de leurs mots au français en passant par l’occitan. Or, certains dictionnaires ne signalent que la langue-source en dernière analyse et non la langue à laquelle le mot a été emprunté. Les dictionnaires plus récents ou universitaires (Grand Robert, Trésor de la langue française) sont relativement à l’abri de ces erreurs.
À l’heure actuelle, certains mots occitans permettent de comprendre des mots en français dans un registre populaire, familier, commun ou bien relevé : abelha > abeille, balada > ballade. On peut aussi noter quelques autres mots de création occitane ou dont la forme occitane est à l’origine des mots en français: cocagne, flageolet, gabarit, mascotte, soubresaut, etc.
[modifier] Langue évolutive
Tout comme dans les autres langues romanes, les emprunts au latin et au grec ancien permettent de créer de nouveaux mots très précis, par exemple pour un usage technologique ou scientifique. De plus, l’Académie de la langue catalane étant très active, l’emprunt direct au catalan est facile et rapide à réaliser, au détriment cependant d’une autonomie de la langue occitane face aux évolutions de la société.
D'un autre côté, l'écoute des néologismes d'occitanophones naturels permet aussi des évolutions en utilisant les ressources propres de la langue. Par exemple, pour le mot "parachutiste", on peut dire: "un paracaigudista" (catalanisme) ou "un paracasudista" (italianisme). Tandis que certains occitanophones naturels disent : "un paracabussaire", du verbe "cabussar" qui veut dire: "plonger, tomber la tête la première".
[modifier] Les péripéties de l’occitan
[modifier] Repères linguistiques
- Dans les années 700 à 800 : Premières apparitions de mots occitans dans des écrits en latin.
- 1002 : Premier texte connu entièrement en langue occitane.
- XIe au XIIIe siècle : Apogée de la poésie lyrique occitane.
- 1229 et 1232 : Jaume I El Conqueridor, originaire de Montpellier, conquiert les îles de Majorque et Ibiza ainsi que Valence sur les Musulmans Almohades. Le catalan, non encore différencié de l'occitan médiéval, remplace la langue arabe comme langue officielle.
- Du XIIe siècle au XIVe siècle, influence importante de la littérature occitane (koinê) et des troubadours sur le catalan.
- 1539 : Promulgation de l'édit de Villers-Cotterêts ; François Ier impose que la justice soit rendue et signifiée « en langage maternel français et non autrement ».
- 1562 : Obligation de l'usage écrit de l'italien par les notaires du Comté de Nice
- 1756 : Parution du Dictionnaire languedocien-français de l'abbé de Sauvages.
- 1790 : Circulaire de l'abbé Grégoire sur les patois de France.
- 1791- 1794 : Lors de l'époque révolutionnaire française, première véritable politique linguistique visant à imposer le français dans toute la nation française (et dans tous les esprits révolutionnaires).
- 1802 : Traduction en occitan d'Anacréon par Louis Aubanel.
- 1804 : Fabre d'Olivet publie Le Troubadour, poésies occitaniques du XIIIe siècle (supercherie littéraire : l'auteur, talentueux, de ces textes « traduits », n'est autre que Fabre d'Olivet).
- 1819 : Publication du Parnasse occitanien de Rochegude.
- 1842 : Histoire politique, religieuse et littéraire du Midi de la France par Mary-Lafon.
- 1840-1848 : Publication par fascicules du Dictionnaire provençal-français (en fait pan-occitan) du docteur Honnorat.
- 1854 : Fondation du Félibrige par sept primadiers, parmi lesquels Frédéric Mistral, Théodore Aubanel et Joseph Roumanille.
- 1859 : Publication de poésies patoises par Antoine Bigot à Nîmes (fables imitées de La Fontaine).
- 1859 : Publication de Mirèio (Mireille), poème de Frédéric Mistral.
- 1885 : Publication du Tresor dóu Felibrige, de Frédéric Mistral, dictionnaire provençal-français (en fait pan-occitan : le sous-titre indique expressément que l'ouvrage « embrasse les divers dialectes de la langue d'oc moderne »).
- 1919 : Fondation de l'Escòla occitana.
- 1931 : La Catalogne retrouve un statut d'autonomie et soutient activement la langue occitane.
- 1934 : Des intellectuels catalans proclament officiellement la séparation du catalan et de l'occitan.
- 1935 : Publication de la Gramatica occitana (selon les parlers languedociens) de Louis Alibert.
- 1941 : Le régime de Vichy autorise l'enseignement des langues "dialectales", tels le breton ou l'occitan, dans les écoles primaires. Les langues ethniques officielles dans d'autres pays ne sont pas autorisées : corse (dialectes italiens), alémanique alsacien (dialecte allemand), franciques mosellan et alsacien (dialectes allemand), flamand.
- 1943 : Première chaire de languedocien à Toulouse.
- 1945 : Fondation de l'Institut d'études occitanes (IEO).
- 1951 : La "loi Deixonne" autorise, à titre facultatif, l'enseignement des langues régionales (cette loi, aujourd'hui abrogée, a été remplacée par d'autres textes, législatifs ou réglementaires).
- 1959 : Création du parti nationaliste occitan (PNO) par François Fontan.
- 1972 : Première université occitane d'été.
- 1975 : Loi Bas-Lauriol (France) : l'emploi de la langue française est obligatoire (au détriment de l'occitan notamment) pour les éléments relatifs aux biens et services : offre, présentation, publicité, mode d'emploi ou d'utilisation, l'étendue et les conditions de garantie, ainsi que dans les factures et quittances. Les mêmes règles s'appliquent à toutes informations ou présentations de programmes de radiodiffusion et de télévision (cette loi est aujourd'hui abrogée).
- 1979 : création de la première école Calandreta à Pau.
- Années 1980 : création du CAPES d'occitan-langue d'oc (concours de recrutement) et premiers paiements d'enseignants d'occitan (France).
- 1992 : Modification de l'article 2 de la Constitution française : « La langue de la République est le français ».
- 1993 : Projet de loi Tasca adopté par le gouvernement. Il ne fut pas présenté au Parlement à cause du changement de majorité. Toutefois la loi Toubon en a repris l'essentiel.
- 1993 : Parution de la "Petite Grammaire Occitane" de Jean Journot.
- 1994 : Loi Toubon : la langue française est la seule langue en France (au détriment des autres) de l'enseignement, du travail, des échanges et des services publics. Il est précisé que cette loi ne s'oppose pas à l'usage des langues régionales de France, mais cette disposition est floue et ne constitue pas une protection réelle.
- 1998 : L'occitan aranais est officiel sur le territoire du Val d'Aran en Catalogne.
- 1999 : L'occitan est nommé langue nationale, devant être protégée, en Italie.
- 2004 : Réduction drastique du nombre de nouveaux postes d'enseignants d'occitan en France.
- 2005 : Publication d'une terminologie commune occitan/catalan sur des thèmes scientifiques ou technologiques.
- 22 octobre 2005 : Manifestation de plus de 12 000 personnes à Carcassonne pour la reconnaissance de la langue.
- 2006 : L'occitan a le statut de langue co-officielle des Jeux Olympiques d'hiver de Turin (anglais, français, italien et occitan).
- 18 juin 2006 : L'occitan aranais devient une langue co-officielle avec le catalan sur tout le territoire de la Catalogne (Espagne)
- 17 mars 2007 : Manifestation de plus de 20 000 personnes à Béziers pour la reconnaissance de la langue et la culture occitane.
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[modifier] L’apogée de la civilisation occitane
L'occitan fut la langue culturelle du sud de la France pendant toute la période médiévale, tout particulièrement avec les troubadours (« celui qui trouve », de trobar, « trouver » en occitan). Les troubadours ont inventé l’amour courtois en répandant l’idée novatrice de fidélité à la dame plutôt qu’au seigneur. Leur idéologie s’est rapidement propagée dans toute l’Europe. Ainsi, ils donnent le ton aux cours européennes après les temps tristes qui ont suivi les invasions barbares et créent le style de vie raffiné des cours seigneuriales. Témoin le fait que la littérature en occitan fut plus fournie que celle en français au début du bas moyen age, même si les deux langues ont connues une forme écrite à peu près à la même époque.
- Dante et l’occitan
Au Moyen Âge, Dante est le premier à avoir employé le terme de « lingua d’oco ». Il opposait l’appellation langue d’oc (occitan) à langue d’oïl (le français et ses dialectes) et à la langue de si (l’italien, sa langue maternelle). Il se basait sur la particule servant à l’affirmation : dans la première, « oui » se dit òc, mais oïl dans la seconde, et si dans les dialectes italiens. Les trois termes viennent du latin : hoc pour le premier, hoc ille pour le second et sic pour le troisième.
Un des passages les plus notables dans la littérature occidentale en occitan est le 26e chant en parallèle au Purgatoire de Dante, dans lequel le troubadour Arnaut Daniel répond au narrateur : « Tan m’abellis vostre cortés deman, / qu’ieu no me puesc ni voill a vos cobrire. / Ieu sui Arnaut, que plor e vau cantan; / consiros vei la passada folor, / e vei jausen lo joi qu’esper, denan. / Ara vos prec, per aquella valor / que vos guida al som de l’escalina, / sovenha vos a temps de ma dolor ».
[modifier] La décadence de la langue
[modifier] Sous la monarchie
Le déclin de l’occitan comme langue administrative et littéraire dure de la fin du XVe siècle au XIXe siècle. L’occitan n’a cessé de perdre son statut de langue savante. Au cours du XVIe siècle, la graphie précédemment en usage tombe dans l’oubli (ce qu’a accentué l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose l’usage administratif du français) . Pierre Bec (op. cit.) précise qu’en 1500 encore la prononciation et la graphie correspondaient mais qu’en 1550 le divorce est consommé. En 1562, le duc de Savoie donne l’ordre aux notaires du Comté de Nice de rédiger désormais leurs actes en italien. À partir de ce moment-là, prolifèrent des graphies patoisantes prenant pour référence les langues officielles.
La langue du roi de France finira par s’imposer dans tout le pays dans l’oral (anciennes provinces occitanophones comme le Poitou, la Saintonge ou les Charentes, la Marche et la Basse-Auvergne, ainsi qu’une partie de Rhône-Alpes). Elle s’imposera seulement dans les écrits administratifs et juridiques ailleurs (régions actuellement occitanophones).
« Pour accoutumer les peuples à se plier au roi, à nos mœurs, et à nos coutumes, il n’y a rien qui puisse plus y contribuer que de faire en sorte que les enfants apprennent la langue française, afin qu’elle leurs devienne aussi familière que les leurs, pour pouvoir pratiquement si non abroger l’usage de celles-ci, au moins avoir la préférence dans l’opinion des habitants du pays. »
— Colbert en 1666
[modifier] Pendant la Révolution
La Révolution française confirmera cette tendance, car les jacobins, pour favoriser l’unité nationale, imposeront le français comme seule langue officielle, ce qui n’empêchera pas la langue d’oc de rester la langue parlée, voire d’être utilisée par les révolutionnaires pour propager plus efficacement leurs thèses.
Citations de l'Abbé Grégoire en 1793 :
« L’unité de la République commande l’unité d’idiome et tous les Français doivent s’honorer de connaître une langue (Nota: le français) qui désormais, sera par excellence celle des vertus du courage et de la liberté. »
« Il serait bien temps qu’on ne prêchât qu’en français, la langue de la raison. Nous ne voyons pas qu’il y ait le plus petit inconvénient à détruire notre patois, notre patois est trop lourd, trop grossier l’anéantissement des patois importe à l’expansion des Lumières, à la connaissance épurée de la religion, à l’exécution facile des lois, au bonheur national et à la tranquillité politique. »
« Néanmoins la connaissance et l’usage exclusif de la langue française sont intimement liés au maintien de la liberté à la gloire de la République. La langue doit être une comme la République, d’ailleurs la plupart des patois ont une indigence de mots qui ne comporte que des traductions infidèles. Citoyens, qu’une saine émulation vous anime pour bannir de toutes les contrées de France ces jargons. Vous n’avez que des sentiments républicains : la langue de la liberté doit seule les exprimer : seule elle doit servir d’interprète dans les relations sociales. »
[modifier] Actions de la presse
La langue, malgré quelques tentatives littéraires au XVIe siècle, ne survit plus que dans les usages populaires rarement écrits et ce jusqu’au XIXe siècle avec le renouveau du Félibrige. Les médias occitans deviennent eux-même d'ardents adversaires de l'occitan :
« Ce malheureux baragouin (Nota: l'occitan) qu’il est temps de proscrire. Nous sommes Français, parlons français. »
— un lecteur de L’Écho du Vaucluse, 1828
« Le patois porte la superstition et le séparatisme, les Français doivent parler la langue de la liberté. »
— La Gazette du Midi, 1833
« Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des poids et mesures, nous vous approuverons de grand cœur, vous rendrez service à ses populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre. »
— Le Messager, 24/09/1840
[modifier] Sous la République : l'école et l'administration
L’occitan restera pour une grande majorité la seule langue parlée par la population jusqu’au début du XXe siècle. À cette époque, l’école républicaine française (dès la III° république) joue un grand rôle dans la disparition de l’usage oral de la langue occitane. D'une part l'école devient gratuite et obligatoire pour tous. D'autre part, le système éducatif français cause un recul important de l'occitan par le biais d’une politique de dénigrement et de culpabilisation des occitanophones. En effet, elle tend à culpabiliser les locuteurs occitans en prétextant que pour réussir dans la vie il faut parler français. La répression de l’utilisation de la langue au sein de l’école est très importante : sévices physiques, humiliations... À cette époque, on dit qu'« il est interdit de cracher par terre et de parler patois ». Le terme de patois est d’ailleurs contestable car péjoratif[25]. Il a eu pour but de faire oublier que l’occitan est une langue et de faire croire que l’utilisation du patois était obscurantiste car elle n’était pas la même d’un village à l’autre.
« Le patois est le pire ennemi de l’enseignement du français dans nos écoles primaires. La ténacité avec laquelle dans certains pays, les enfants le parlent entre eux dès qu’ils sont libres de faire le désespoir de bien des maîtres qui cherchent par toutes sortes de moyens, à combattre cette fâcheuse habitude. Parmi les moyens il en est une que j’ai vu employer avec succès dans une école rurale de haute Provence… Le matin, en entrant en classe, le maître remet au premier élève de la division supérieure un sou marqué d’une croix faite au couteau…Ce sou s’appelle : le signe. Il s’agit pour le possesseur de se signe (pour le « signeur » comme disent les élèves) de se débarrasser du sou en le donnant à un autre élève qu’il aura surpris prononçant un mot de patois. Je me suis pris à réfléchir au sujet de se procédé… C’est que je trouve, à côté de réels avantages, un inconvénient qui me semble assez grave. Sur dix enfants, je suppose qui ont été surpris à parler patois dans le journée, seul le dernier est puni. N’y a-t-il pas la une injustice ? J’ai préféré, jusque-là, punir tous ceux qui se laissent prendre [...]. »
— Correspondance générale de l’Inspection primaire, 1893
« Je considère qu’un enseignement du dialecte local ne peut être donné qu’en proportion de l’utilité qu’il offre pour l’étude et pour la connaissance de la langue nationale. »
— Léon Bérard, Ministre de l’Instruction publique, décembre 1921
[modifier] Mutations sociales
Les changements sociaux du début du XXe siècle sont aussi à l’origine de la dépréciation de la langue. Avec la révolution industrielle et l’urbanisation, ne parler que l’occitan constituait un handicap pour accéder à des postes importants. De nombreux parents ont alors choisi