La Maison des feuilles

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La Maison des feuilles[Note 1] (en anglais House of leaves) est le premier roman de Mark Z. Danielewski, paru en 2000 chez Pantheon Books. Les Lettres de Pelafina, originellement contenues à l'intérieur du livre, ont fait l'objet d'une publication indépendante. En français, il a paru en 2002 chez Denoël, dans une traduction de Christophe Claro.

En premier lieu, le format et la structure du livre ne sont pas conventionnels, sa mise en page et son style sont inhabituels. Il contient par exemple de copieuses notes de bas de page, qui contiennent souvent elles-mêmes des annotations. Certaines sections du livre ne renferment que quelques lignes de texte, voire juste un mot ou deux répétés sur la page. Cette distribution des vides et des blancs, du texte et du hors-texte, peut susciter des sentiments ambivalents d'agoraphobie ou de claustrophobie mais reflète aussi certains événements intérieurs au récit. Un autre trait distinctif du roman réside dans ses narrateurs multiples, qui interagissent les uns avec les autres de manière déroutante. Enfin, le récit se dirige fréquemment dans des directions inattendues.

La Maison des feuilles a été décrite par certains critiques comme une « satire de la critique académique » et comme un « roman d'horreur existentialiste ».

Résumé de l'histoire[modifier | modifier le code]

La Maison des feuilles débute avec un narrateur à la première personne : Johnny Errand, employé dans un magasin de tatouage de Los Angeles. Un soir, Errand reçoit un coup de fil de son ami Lude lui enjoignant de le rejoindre afin de visiter l'appartement d'un vieil aveugle nommé Zampanò, récemment décédé.

Dans l'appartement de Zampanò, Errand découvre un manuscrit écrit par celui-ci qui se trouve être une étude académique d'un film documentaire appelé The Navidson Record (mais ce film se révèlera fictif).

Le reste du roman alterne entre le rapport de Zampanò sur le film fictif, les interjections biographiques de Johnny et de brèves notes d'éditeurs non identifiés ; tout cela tissé ensemble par de massives notes de bas de page. Il y a également un quatrième narrateur, la mère de Johnny, dont la voix se présente au travers d'une série de lettres intitulées Les Lettres de Whalestoe. Chacun des textes des narrateurs est imprimé dans une police différente, facilitant pour le lecteur les soudains changements de formats du roman.

The Navidson Record[modifier | modifier le code]

La narration de Zampanò traite d'abord de la famille Navidson : Will Navidson, reporter photo (basé en partie d'après Kevin Carter), sa femme Karen Green, un ancien top model, et leurs deux enfants : Chad et Daisy. Le frère de Navidson, Tom, et de nombreux autres personnages jouent un rôle plus tard dans l'histoire. La famille Navidson a récemment emménagé dans une maison en Virginie.

En revenant d'un voyage à Seattle, la famille Navidson découvre un changement dans leur maison. Un espace de la taille d'un cabinet clos derrière une porte indifférenciée apparaît inexplicablement là où il n'y avait auparavant qu'un mur blanc. Une seconde porte apparaît proche de celle-ci, menant à la chambre des enfants. En enquêtant sur ce phénomène, Navidson découvre que les mesures internes de la maison excèdent ses mesures externes. Initialement il n'y a que moins d'un pouce de différence, mais à mesure que le temps passe, l'intérieur de la maison se trouve visiblement en expansion, tout en maintenant les mêmes proportions à l'extérieur. Un troisième changement survient de lui-même : un couloir sombre et froid dans le mur de leur salon qui, d'après les lois de la physique, devrait s'étendre dans leur jardin, alors que tel n'est pas le cas. Navidson filme cet endroit étrange, faisant une boucle autour de la maison pour montrer cet espace qui devrait être et n'est pas. On fait référence à ce film fictif en tant que couloir de 5 min 1/2. Ce couloir mène à un complexe labyrinthique, commençant avec une large pièce (« l'antichambre »), qui mène à un espace aux proportions gigantesques (le « grand hall »), une pièce qui se distingue en premier lieu par un énorme escalier en spirale qui semble, lorsqu'on se trouve à son pied, descendre sans fin. Il y a également une multitude de corridors et de pièces partant de chaque passage. Toutes ces pièces et couloirs étant complètement unis et sans signes distinctifs : murs, sols et plafonds se fondant en une douce surface gris cendre. L'unique son troublant le parfait silence de ces lieux est un sourd grondement périodique à la source indéfinissable.

Il y a des anomalies quant au lieu où apparaît le couloir de 5 min 1/2. Plusieurs personnages, à différents moments, l'ont remarqué à chacune des directions cardinales. Personne ne constate de changement dans sa position, les rapports se contredisent simplement l'un l'autre sans aucune explication.

Navidson, avec son frère Tom et divers collègues, ressent le besoin d'explorer, de photographier et de filmer la maison qui semble constituée d'une série de passages sans fin ; ce qui mène plusieurs personnages à la folie, au meurtre et à la mort. Finalement, Will édite ce qu'il a filmé et le publie sous le nom de The Navidson Record.

La narration de Zampanò est remplie d'informations déroutantes, certaines obscures, d'autres indiquant que l'histoire de Navidson a acquis une notoriété internationale. Des autorités telles que Stephen King, Ken Burns, Camille Paglia et Jacques Derrida ont apparemment été interviewées quant à leurs opinions à propos du film. De plus, lorsque Errand enquête, il ne trouve aucune histoire de la maison, aucune preuve des événements vécus par les Navidson, et rien d'autre pour établir que l'enregistrement de la maison ait jamais eu d'existence en dehors du texte de Zampanò.

L'histoire de Johnny[modifier | modifier le code]

Une histoire adjacente se développe dans les notes de bas de page de Johnny, détaillant les progressions dans sa vie à mesure qu'il assemble la narration. Il demeure difficile à dire si l'obsession de Johnny à propos des écrits de Zampanò et sa paranoïa subséquente sont la conséquence d'usage de drogues, de folie ou les effets des écrits de Zampanò eux-mêmes. Johnny raconte également ses histoires amoureuses, son désir pour une strip-teaseuse qu'il appelle Thumper, et ses virées dans des bars avec Lude au travers de nombreuses notes de bas de page. On apprend également, peu à peu, des éléments à propos de son enfance vécue avec un beau-père abusif ainsi que ses violents combats à l'école. Plus d'informations à propos de Johnny peuvent être glanées grâce aux lettres de Whalestoe, lettres que sa mère Pelafina écrivit depuis l'institut psychiatrique où elle fut placée après sa tentative d'étrangler Johnny, uniquement stoppée par son mari. Elle y demeure après la mort du père de Johnny.

Les lettres de Whalestoe[modifier | modifier le code]

Cette histoire est incluse dans un appendice proche de la fin du livre, aussi bien que dans son propre livre, séparé de la maison des feuilles. Il consiste en lettres de la mère de Johnny adressées à ce dernier depuis un hôpital psychiatrique. Les lettres débutent de manière normale mais Pelafina devenant de plus en plus paranoïaque, ses lettres y gagnent à mesure en incohérence. Il y a également de multiples messages secrets dans les lettres qui peuvent être décodés en combinant la première lettre de mots qui se suivent. Pelafina dit à Johnny qu'elle mettra ces messages de cette manière. L'une des phrases cachées les plus importantes se trouve dans la page 615 (dans le roman en anglais) qui se lit: "Mon cher Zampanò, qui avez-vous perdu ?"

Personnages[modifier | modifier le code]

Zampanò[modifier | modifier le code]

Zampanò est un écrivain aveugle, dans la lignée des nombreux prophètes et poètes aveugles au travers de l'histoire jusqu'à Homère.

Concernant l'origine ethnique de Zampanò, la théorie qui prévaut est qu'il était Français, ayant servi dans la légion étrangère, et qu'il devint aveugle pendant le désastre militaire de Diên Biên Phù. Cela grâce aux indices suivants :

  1. Les noms des sept "amantes" de Zampanò sont Béatrice, Gabrielle, Anne-Marie, Dominique, Eliane, Isabelle et Claudine. Johnny écrit "qu'il les amène apparemment lorsqu'il se sent triste et pour toute raison qui l'ait mis d'humeur sombre" (XXII). Ces noms n'ont pas été choisis pour leur consonance française mais plutôt à cause du fait qu'il s'agit du surnom des sept lignes de défense de la bataille de Diên Biên Phù. Une théorie affirme que ces prénoms seraient ceux des maîtresses des officiers supérieurs.
  2. Johnny nous dit que Zampanò avait dans les 80 ans à sa mort en 1998 (XXII). De plus, ayant entre 26 et 36 ans durant la bataille de Diên Biên Phù, il était dans la bonne tranche d'âge pour servir dans la légion française.
  3. L'appendice D, "Lettres à l'Éditeur", contient une lettre que Zampanò écrit à l'éditeur du L.A. Hérald-Examiner à propos de la légitimité de quelques rares fusils de tranchée de la Seconde Guerre mondiale mentionnés dans un article de la semaine précédente. La lettre est datée du 17 septembre 1978. Dans le dernier paragraphe, Zampanò écrit: "Personnellement, j'aimerais ajouter que je suis aveugle depuis une vingtaine d'années, j'ai du m'habituer à cette sensation". Une vingtaine d'années auparavant 1978 nous amène entre 1948 et 1958. Trop tard pour la Seconde Guerre mondiale mais bien assez tôt pour les guerres d'Indochine française dont fait partie Diên Biên Phù en 1954.

De plus, Zampanò est également le nom d'un des principaux personnage de La Strada, l'un des fameux films de Federico Fellini, ce qui, étant donné que le roman a beaucoup de liens avec le cinéma, ouvre tout un nouveau champ de suppositions.

Johnny Errand[modifier | modifier le code]

Johnny Errand a un double rôle. Tout d'abord en tant que premier éditeur de The Navidson Record et guide au travers du déroulement de l'histoire, c'est également en tant que protagoniste de second plan celui qui nous informe des événements de sa vie.

Au début du livre, Errand (un nom de plume) est un jeune homme normal, raisonnablement attractif, qui se trouve être en possession d'un tas de notes appartenant précédemment à feu Zampanò. À mesure que Errand édite le texte, il commence à perdre prise sur la réalité, et sa vie commence à s'éroder autour de lui. Il arrête de se laver, mange rarement, arrête d'aller au travail, et prend de la distance vis-à-vis de son entourage dans la poursuite de son projet d'éditer le livre en un tout cohérent qui, il espère, lui apportera finalement la paix.

Des spéculations ont été faites que Errand puisse être mentalement instable. Lui-même mentionne une "Paranoïa Schizophrénique". Il reconnaît également que son usage de stupéfiants puisse être coupable de cet état de fait. Aucune explication n'est faite quant à la cause précise de cette spirale descendante.

Holloway[modifier | modifier le code]

Holloway est l'un des explorateurs professionnels auxquels les Navidson font appel pour explorer la maison. Une fois entré dans les profondeurs de la maison, il se convainc que le grondement qui se laisse entendre par intervalles n’est pas une qualité inhérente au lieu mais le cri d’une bête qu’il entreprend aussitôt de traquer. Pris de folie furieuse, il erre alors en tous sens dans la maison, tue par erreur l’un de ses compagnons, Jed, perd tout sens de l’orientation et en est finalement réduit au suicide. Selon Vincent Message, « Holloway paye ainsi au prix fort son manque de pragmatisme et son incapacité à accueillir la nouveauté. [...] Nouvelle baleine blanche du roman américain, image par excellence de l’inconnaissable, la maison signe la défaite de la raison humaine. Holloway ne comprend pas la nature de l’endroit ; il fait partie de ceux qui restent prisonniers des paradigmes anciens, assimilant par le biais d’une analogie hâtive le grondement à l’exclamation d’une bête. Parce que la maison est un environnement hostile, il ressent le besoin d’imaginer une volonté maligne qui orchestrerait ces manifestations d’hostilité. Il personnalise ainsi la maison au lieu de la considérer, à l’instar de Wax, comme un endroit où rien ne va de soi[1]. »

Pelafina H. Lièvre[modifier | modifier le code]

Pelafina, à qui l'on se réfère plus communément sous le nom de "P.", est la mère de Johnny, placée en institut psychiatrique, et qui apparaît dans les appendices du texte.

Un élément intéressant à noter à propos de Pelafina H. Lièvre apparaît dans l'une des "erreurs" de typographie qui apparaissent dans le livre : dans la lettre écrite par le directeur de l'institut de Whalestoe alertant Johnny Errand du suicide de sa mère, le nom de Pelafina est mal épelé de "Lièvre" en "Livre" (les deux termes étant en français dans la version originale). Ce nom est peut-être une référence au lapin blanc d'Alice au pays des merveilles qui contient plusieurs éléments communs à La Maison des Feuilles dont le caractère déroutant, labyrinthique, déroutant par la découverte d'espaces inconnus en des lieux que l'ont croyait familiers (et quoi de plus familier que sa propre maison ?)

Éditions[modifier | modifier le code]

Versions françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le mot « maison » est imprimé en bleu tout au long du roman.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Message, « Impossible de s'en sortir seul : fictions labyrinthiques et solitude chez Kafka, Borges, Danielewski et Kubrick », Amaltea, Revista de mitocrítica, Vol. 1 (2009), p. 189-201

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]