La Farce de Maître Pathelin

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Maître Pathelin au tribunal, gravure du Moyen Âge

La Farce de Maître Pathelin (ou La Farce de Maistre Pierre Pathelin, La Farce de Pathelin, Farce Maître Pierre Pathelin, Farce de Maître Patelin) est une pièce de théâtre (du genre de la farce) composée à la fin du Moyen Âge, vers 1456-1460[1]. La 1re édition imprimée est datable de vers 1485[2]. Souvent considérée comme anonyme, cette œuvre est parfois attribuée à Guillaume Alécis[3], voire à François Villon[4]. Les références au monde de la justice (procès, juge, avocat...) émaillant la pièce, certains avancent qu'elle a pu être écrite par un homme de justice. Mais, d’après Bruno Roy[5], l’auteur le plus probable serait Triboulet, le bouffon de René d’Anjou.

La pièce constitue le meilleur et l’un des plus anciens chefs-d’œuvre du théâtre comique médiéval ; elle est, en outre, souvent considérée comme la première pièce comique de la littérature française.

Description[modifier | modifier le code]

La Farce de maître Pathelin est écrite en vers octosyllabiques (elle comporte 1605 vers), en dialecte d’Île-de-France fortement mâtiné de particularismes angevins[6],[7]. La popularité de la pièce est attestée par les nombreuses éditions imprimées qui en furent faites à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle : la première, datable de vers 1485, a pour titre Maistre Pierre pathelin (in-4 goth. sans bois de 44 feuillets non chiffrés de 26, puis 25 lignes, à la pleine page ; imprimé à Lyon par Guillaume Le Roy) ; une autre, datée de 1490, a pour titre Pathelin le grant et le petit (in-4 goth. de 34 feuilles de 29 lignes à la page ; imprimé à Paris le 20 décembre 1490) et elle est illustrée[8]. Toutes ces éditions présentent des remaniements du texte et des variantes dans le titre. De France, la farce s'est répandue à l’étranger, et on la trouve imitée en Allemagne. Il en existe même une traduction latine, Veterator.

Satire féroce et jubilatoire, la Farce de Maître Pathelin est une joyeuse école de friponnerie universelle, une suite de ruses et de fraudes faisant ricochet, sans autre morale que le plaisir de voir tromper un trompeur. La pièce refuse toute position morale : les personnages présentés sont de réjouissantes canailles, et maître Pathelin, avocat sans cause, l’est plus encore que tous les autres réunis. Le principal personnage est resté comme un type de fourbe flatteur et cauteleux, et c’est d’après cette pièce que l’adjectif « patelin » a revêtu l’acception péjorative de « douceur insinuante et hypocrite ». Une foule d’expressions de cette perle littéraire du vieux théâtre — comme « Revenons à nos moutons » — sont devenues proverbiales.

Résumé[modifier | modifier le code]

Maître Pathelin, avocat rusé, anciennement populaire mais désormais sans cause, décide de refaire sa garde-robe sans que cela lui coûte un sou. Il dupe et vole le drapier Guillaume Joceaulme ; Pathelin emporte une pièce de tissu et invite le marchand à venir se faire payer chez lui. Devant Guillaume, Pathelin et sa femme jouent la comédie du mourant et de la femme en pleurs, et Guillaume repart en courant.

Le berger Thibault l'Agnelet vient trouver Pathelin pour lui demander de le défendre dans un procès contre son maître, Guillaume Joceaulme, auquel il a égorgé des brebis. Pathelin propose une ruse à Thibault : qu'il se fasse passer pour un simple d'esprit, devant le Tribunal, et réponde à toutes les questions en bêlant comme un mouton. Mais Guillaume, le drapier, reconnaît Pathelin, et tente également de dénoncer son vol de draps devant le juge. Cependant, en accusant tour à tour Pathelin et Thibault, Guillaume s'emmêle dans ses paroles, et passe pour un imbécile (c'est alors que le juge, qui ne veut entendre parler que de l'histoire des moutons de Thibault, emploie l'expression célèbre « Revenons à nos moutons »). À l’issue du procès, plaidé par Maître Pathelin, et gagné par le berger, Pathelin ne parviendra pas à se faire payer, car l'Agnelet, plus rusé que lui, répondra en bêlant à toutes les demandes de son défenseur. À malin, malin et demi.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Maître Pierre Pathelin, avocat devenu pauvre ; beau parleur et rusé.
  • Guillemette, femme de Pathelin ; elle trompe Guillaume en prétendant que son mari est malade.
  • Guillaume Joceaulme, drapier qui vend à crédit du drap à Pathelin ; très malhonnête mais dupé.
  • Thibault l'Agnelet, berger qui demande l'aide de Pathelin ; mais à la fin, il le dupe.
  • Le Juge ; il s'occupe du procès (de régler le problème du berger)

Galerie[modifier | modifier le code]

Pathelin 1.png Pathelin 2.png Pathelin 3.png Pathelin 4.png Pathelin 5.png

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • La Farce de Maître Pathelin, opéra-comique de Henry Barraud, 1938.
  • Si Nistri, adaptation de La Farce de Maître Pathelin par Mohya en langue kabyle

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour Halina Lewicka (Études sur l’ancienne farce française, Klincksieck, 1974, p. 100), Pathelin est postérieur à 1456, et Guillaume Alécis l’avait en mémoire lorsqu’il rima les Faintes du monde, peu après 1460. Pour André Tissier (Recueil de farces, tome VII, Droz, 1993), « on penchera sans crainte de trop s'égarer pour une date approximative entre 1456 et 1460 ». Thierry Martin <Triboulet : La Farce de Pathelin..., p. 7> propose la date de 1457, déduite des mentions de Pathelin contenues dans les Sotties de Triboulet.
  2. Certains donnent à tort la date de 1464, qui n'est en fait qu'une hypothèse retenue pour la date de composition à partir des travaux de Louis Cons et de Richard T. Holbrook au début du XXe siècle (voir référence suivante).
  3. Richard T. Holbrook, Guillaume Alecis et Pathelin, University of California Press, 1926, cité par The Modern Language Journal, vol. 13, no 8, mai 1929, pp. 688-690
  4. C'est le cas de Jean Deroy dans son ouvrage François Villon, coquillard et auteur dramatique, Nizet, Paris, 1977.
  5. Triboulet, Josseaume et Pathelin à la cour de René d’Anjou. (Le Moyen Français, t.VII. Montréal, 1980) ; C’est ung Guillaume qui a seurnom de Joceaume. (Le Moyen Âge, t. 96, 1990) ; Pathelin : l’hypothèse Triboulet. (Paradigme, Orléans, 2009)
  6. B. Roy : Pathelin : l’hypothèse Triboulet, chap. 9.
  7. Yan Greub : Les mots régionaux dans les farces françaises, Bibliothèque de linguistique romane, Strasbourg, 2003.
  8. (Paris, pet. in-4°, goth. fig. sur bois)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]