Kémitisme

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Autel consacré à Thoth d'un pratiquant kémite tchèque.
Symbole du Kémitisme, Ankh

Le kémitisme ou encore khémitisme est un ensemble de croyances et de pratiques qui trouvent leur origines aux États-Unis dans les années 1970 et qui s'inspirent librement de la religion de l'Égypte ancienne.

Ce mot, de création récente, est construit sur la racine « kemet » qui, selon une traduction contestée par les tenants d'une Égypte de civilisation noire, aurait signifié en ancien égyptien « terre noire » (traduction contestée dans des écrits afrocentristes). Selon Cheikh Anta Diop, le mot Kemet (nom que donnaient les anciens Égyptiens à leur pays) serait à l'origine étymologique de la racine biblique « kam », de « Cham » ou « Ham ».[réf. nécessaire] Il désigne des groupes ou mouvements cherchant à restaurer les religions polythéistes ou monothéistes (cas du culte d’Aton) des anciens Égyptiens. Ce courant participe du reconstructionnisme, la recréation et la pratique contemporaine de religions anciennes monothéistes, en s'appuyant sur des informations historiques.

Si les divers groupes « kémites » ont de fortes convergences quant à leurs sources historiques, leurs théologies et leurs cultes, il existe cependant plusieurs courants : en particulier ceux s'inscrivant dans le mouvement néopaganiste, et d'autres issus du mouvement panafricain.

Kémitisme[modifier | modifier le code]

Kemitisme panafricain[modifier | modifier le code]

Le kémitisme panafricain cherche à faire connaître et renaître la philosophie des anciens Égyptiens ou kémites, en tant qu'héritage culturel de l’Afrique. C’est une tendance identitaire panafricaine, une forme de réappropriation et revendication de ses origines, un retour aux sources. L’atonisme de Pierre Nillon et son association Kamitik[1] ou l'afrocentricité égyptologique de Jean-Philippe Omotunde en sont des exemples. Mais c'est surtout la version politique du kémitisme telle que promue par Kémi Séba, militant communautariste noir (fondateur de la Tribu Ka et de Génération Kémi Séba) qui a permis de faire connaître ce courant de pensée auprès du public français.

Le kémitisme dit panafricain avance que la spiritualité des égyptiens anciens a toujours été monothéiste, et que les divergences du kémitisme (néo-païen et atonisme) sont dues à une mauvaise interprétation. Seule la branche de Pierre Nillon se réclame de l'atonisme, on parlera ainsi de Kemite Atonien. Pierre Nillon se base sur la supposée hérésie du pharaon Akhénaton, alors que pour le Kémitisme panafricain le Pharaon Akhénaton n'a jamais été hérétique, mais a simplement perpétué la tradition kémite, en se basant sur le fait que le nom de dieu Atona-Ankh, est attesté des siècles avant la venue de Akhénaton.

Dans la sphère anglophone on peut citer également le site KIMATA Black nation fondé par Baba Manthu Tekhna.

Les liens entre la culture africaine et la culture égyptienne (langue, tradition, religion…), auxquels fait référence cette branche, trouvent leur source[2] dans les travaux de l’historien et anthropologue Cheikh Anta Diop. Ils trouvent également leur source dans la tradition des peuples africains, qui dans leur grande majorité affirment, et cela bien avant l'apparition de l'Afrocentricité ( et non de l'Afrocentrisme), que leurs ancêtres venaient des régions de la vallée du Nil. Le renouveau spirituel et religieux puise quant à lui ses sources dans les ouvrages de Pierre Nillon ou encore de l’ingénieur Mustafa Gadalla[3]. Cette tendance est parfois associée à des revendications politiques comme au sein du mouvement de Kémi Séba.

Cette forme de kémitisme est centrée sur la revendication panafricaine. Pour cette branche du kémitisme, les revendications qui sont les leurs et la spiritualité kémite sont indissociables. Elle affirme que la pensée kémite antique est à la source des grands monothéismes.

La Nation of Islam, organisation afro-américaine et musulmane, revendique l'origine du peuple noir dans la région du Nil (Nubie-Égypte), bien avant l'arrivée de Cheikh Anta Diop, par le biais de la mythique Tribu de Shabazz, tribu originelle d'où seraient issues les populations noires du monde.

Le Kémitisme dans le monde[modifier | modifier le code]

En France, il n'a aucune structure ou temple officiel connu à ce jour. Les Kémites sont le plus souvent isolés ou se retrouvent via Internet sur des forums et sites pour partager leur foi avec d’autres croyants, rompre l’isolement comme sur le forum de la Libre Assemblée Francophone[4] ou de Ta Noutri[5]. Le site Ta Noutri est à l'origine le nom du site personnel de Sat Aset, créé en 2003[6]. Suite aux rencontres qu'elle organise avec d'autres kémites francophones grâce à Internet, ensemble ils décident de faire de Ta Noutri un projet collectif. Les buts et principes de Ta Noutri sont fixés dans la charte[7] présentée sur le site Internet et rédigé par les membres fondateurs. Ses objectifs principaux sont de permettre via le site internet et le forum la réunion et la rencontre des personnes de la tradition désireuses de partager leur spiritualité entre elles. La charte de Ta Noutri interdit le prosélytisme, prône le respect du libre-arbitre et encourage le respect des autres religions ou traditions païennes. Le groupe n'a pas fondé de temple officiel, ni de clergé.

Ils développent le plus souvent l’aspect polythéiste de la religion égyptienne sans s’attacher à voir dans cette spiritualité la source des cultes monothéistes.

Aux États-Unis où ce mouvement religieux compte plus de membres, il existe une communauté assez importante et structurée en Église avec un clergé et à sa tête une pharaonne Tamara Legan Siuda dite Hekatawuy I[8], House of Netjer. Elle qualifie elle-même la forme de kémitisme qu’ils ont développé comme une « orthodoxie kémite ». Diplômée en égyptologie de l'université de Mundelein et de l'institut oriental de Chicago, elle a notamment participé au parlement des religions organisé par l'UNESCO. Elle a été désignée pharaonne (Nisut) en 1996 en Égypte. L’orthodoxie kémite se considère et se décrit comme une religion africaine, monolâtre, sans être panafricaine.

À côté de cette communauté importante et qui compte des membres hors États-Unis (Royaume-Uni, Australie, Allemagne, Amérique du Sud, Afrique du Sud, Suisse...), existent d’autres groupes aussi structurés avec un clergé et organisés comme :

  • « Church of Eternal Source » crée dans les années 1970 et qui fut à l’origine plus de tendance wiccanne avant d’évoluer vers le kémitisme.
  • le groupe Akhet Hwt-Hrw fondé entre autres par Kerry Wisner[9]
  • Nuhati am Nutjeru fondé et dirigé par Ptahmassu Kaamptah Marianptah Nofra-Uaa[10]
  • Temple of RA, based in San Francisco and founded by Richard Reidy[11] and its sister temples, Kemetic Temple of San Francisco, Kemetic Temple of Colorado, Kemetic Temple of Sacramento, and Kemetic Temple of Palm Springs[12]

Le culte[modifier | modifier le code]

Le plus souvent, la pratique contemporaine s'inspire de la pratique ancienne. Il existe quelques nuances d'un groupe à l'autre, mais dans la plupart des cas, on retrouve  :

  • un culte d'état tenu par un clergé de prêtres hommes ou femmes (hem netjer) avec à sa tête pharaon (Nisut) ou un prêtre supérieur (Heri Tep)
  • un culte privé, un autel entretenu dans les maisons et un rituel quotidien (daily rite[13]), appelé par exemple le "Senut"[14] chez les khémites orthodoxes.
  • un culte voué aux ancêtres appelé Akhu
  • des fêtes annuelles en l’honneur de divinités reprises du culte ancien comme Wep Renpet (le nouvel an), la fête d’Opet, la fête Ouag, la « Bonne réunion », la fête de l’Ivresse, etc.

Bien que l’institution du Pharaon fasse partie du culte ancien, tous les groupes modernes ne jugent pas nécessaire pour différentes raisons de le réinstituer. Certains lui préfèrent parfois plutôt un prêtre supérieur choisi par la communauté parmi les membres du clergé comme Per Ankh.

Les divinités[modifier | modifier le code]

Le mot dieu se dit neter (ou aussi netjer, nether), au féminin neteret (netjeret) et au pluriel neterou (netjeru). Le point commun de la plupart des kémites est de préférer l’usage des noms égyptiens[15] de leurs divinités, plutôt que les noms grecs, pour les désigner avec quelques variations de prononciations.

Par exemple :

  • Osiris devient Wesir ou Ausar
  • Isis devient Aset
  • Nephtys devient Nebt-Het
  • Horus devient Hor, voire Heru
  • Hathor devient Houthor, Hethert ou Het-Heru
  • Anubis devient Anpu, Yinepu
  • Thot devient Djehuty ou Tehuti
  • Bastet devient Bast
  • Horus devient Khem

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. - Kamitik - - Présentation du groupe
  2. Nations nègres et culture: De l'antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l'Afrique Noire d'aujourd'hui de Cheikh Anta Diop, édité par Présence africaine (1954/1979)- ISBN 978-2708706880
  3. Comprendre la religion égyptienne de Mustafa Gadalla- Éditeur: Jean-Cyrille Godefroy - ISBN 2 86553 146 5
  4. - LAPF - Présentation de la tradition khémite sur LAPF
  5. - Ta Noutri - article Le Khémitisme - source site Ta Noutri
  6. Chronologie officielle de la fondation de Ta Noutri
  7. Charte de Ta Noutri - texte présentant les buts et les principes
  8. - House of Netjer, biographie officielle de Tamara Siuda
  9. - Akhet Hwt-Hrw séminaires et présentation de Kerry Wisner
  10. - Biographie officielle de Ptahmassu Kaamptah Marianptah Nofra-Uaa
  11. - Eternal Egypt: Ancient Rituals for the Modern World
  12. - [http://www.kemetictemple.org Kemetic Temple website
  13. - Kemet on line - Présentation du rituel quotidien
  14. - Ancient egyptian prayerbook de Tamara Siuda - Chapitre 2 page 14 à 46 The Center of our Faith: Kemetic Orthodox Ritual of the Senut
  15. - Names of netjer - Liste des noms employés en langue égyptienne par les khémites orthodoxes pour désigner leurs divinités

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français :

  • Cheik Anta Diop, Nations nègres et cultures
  • Mubabingé Bilolo, Les cosmo-théologies philosophiques d'Héliopolis et d'Hermopolis. Essai de thématisation et de systématisation
  • Mustafa Gadalla, Comprendre la religion égyptienne ;
  • S. Kalamba Nsapo, Une approche afro-kame de la théologie
  • René Lachaud, B.A.BA de la Tradition égyptienne ;
  • Pierre Nillon, Moïse l’africain
  • Pierre Nillon, La véritable bible de Moïse
  • Kalamba Nsapo, Monothéisme, Paris, Menaibuc, 2007.
  • François, Stéphane. Le néo-paganisme, une vision du monde en plein essor. Éditions MCOR/La Table d'émeraude, 2007. (ISBN 978-2-914946-46-9). S. 10.
  • Laurence De Greef La trilogie Ta Noutri:

En anglais :

  • Hornung Erik Conceptions of God in Ancient Egypt: The One and The Many
  • Maulana Karenga, Reconstructing Kemetic Culture
  • Tamara Legan Siuda, The Neteru of Kemet: An Introduction
  • Tamara Legan Siuda, The ancient egyptian prayerbook
  • John S. Mbiti, Introduction to African Religion
  • Morenz Siegfried Egyptian Religion
  • Traci Regula, Mysteries of Isis
  • Marilyn C. Krogh; Brooke Ashley Pillifant, The house of netjer : a new religious community on line, chapitre 14 du livre Religion Online: Finding Faith on the Internet - Publié par Routledge, 2004. Étude sur l'orthodoxie khémite de Tamara Siuda menée par deux sociologues universitaires.ISBN 0415970229

Liens internes[modifier | modifier le code]

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