Félix González-Torres

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Félix González-Torres, né le 26 novembre 1957 à Guáimaro et mort le 9 janvier 1996 à Miami, est un artiste américain d'origine cubaine, influencé par le Minimal Art et l'art conceptuel.

Il a grandi à Porto Rico avant de s'installer à New York et s’impose sur la scène artistique américaine dans les années 90. À la veille de la Guerre du Golf, ses œuvres se font l’écho d’une génération meurtrie, frappée par le fléau du sida. Dans la lignée des artistes minimalistes, González-Torres s’approprie certains modèles de ce vocabulaire tels que le socle ou la sculpture plate qui renvoient au travail de Robert Morris ou Carl Andre. Mais la différence réside dans le caractère autobiographique de ses œuvres. Il remet ainsi en question les théories de l’art minimal qui nient véhiculer des symboles ou des métaphores par leurs travaux, et lui préfère la neutralité. Il fut présenté à partir de 1990 par la Andrea Rosen Gallery, jusqu'à sa mort des suites du sida en 1996.

Sommaire

L'œuvre [modifier]

Dans ses œuvres, Félix González-Torres combine subtilement expérience personnelle, réflexion sur l'histoire de l'art et prises de position politiques. Il n'est pas rare qu'il y rende compte des différentes facettes de sa situation d'artiste homosexuel d'origine cubaine. Lorsque Gonzalez-Torres évoque la conception de son processus créatif, et les niveaux de signification de son œuvre, il cite souvent «la mémoire du sang» concept emprunté au poète Rainer Maria Rilke. Pour lui, l’expression artistique doit refléter la complexité d’un vécu et doit se faire la somme, la synthèse d’une quantité certaines d’évènement (qu’ils soient significatifs ou triviaux). Ceux-ci sont alors digérés ou parfois même oubliés en apparence, mais s’intègrent, marquent la mémoire et donc le corps de l’artiste (le sang) inexorablement avant de ressurgir sous une forme nouvelle, sans perte de sens.

Pour González-Torres, les «souvenirs du sang» sont ceux qui émergent inopinément dans la lumière diffuse du demi-sommeil, chroniques des aspects les plus intimes de l'existence. Dans son travail, l’artiste effleure son passé : une enfance à Cuba avant la révolution, la séparation d’avec ses parents à l’âge de neuf ans où il fut confié à l’Église en Espagne, son adolescence à Puerto Rico, l’exploration de son identité sexuelle, les difficultés qu’elle posa, les amours qu’il vécut... Ses souvenirs filtrent de son passé à travers les sous-titres chuchotés de ses oeuvres: Perfect Lovers, March 5th, Revenge... Ils se matérialisent dans les photos de son enfance qu’il transforme en puzzles maintenus d’une seule pièce par un étui plastique transparent. Menaçant de se disperser, ces puzzles signifient une fragilité; le souvenir devient la reconnaissance de l’absence ou de la perte.

Mais les souvenirs ne dominent pas l’œuvre de González-Torres. Ils soulignent et enrichissent un projet plus vaste. Il utilise notamment des photos tirées des mass-médias pour révéler, non sans ironie, l’hypocrisie sous-jacente à notre culture. Untitled (Klaus Barbie as a family man) présente par exemple le portrait apparemment anodin d’une famille. Mais l’homme au centre, entouré de ses enfants, est en réalité le criminel de guerre Nazi Klaus Barbie ayant fui son jugement et dont on retrouva la trace en Bolivie au début des années 70.

Ce genre de sanctions sociales imprègnent toute l’œuvre de González-Torres. Certaines de ses pièces, juxtaposant un nom et une date, font référence à des événements ayant entraîné des violences à grande échelle : "Napalm 1972", "Pol Pot 1988"... Mais la violence plus personnelle s’exprime dans ses piles de feuille de papier. En 1990 Untitled (Death by gun) reproduit sur une feuille la photo, le nom et un bref récapitulatif des circonstances de quelques 464 personnes ayant trouvé la mort par arme à feu sur le seul territoire des États-Unis pendant une semaine. L’artiste n’y ajoute aucun commentaire, ce terrible inventaire se suffit à lui-même pour plaider en faveur du contrôle de la vente des armes.

Après la mort de son compagnon, Ross Laycock, du sida, comme dans certaines de ses œuvres, il représente cette même mort de façon réflexive : L'Œuvre se meurt.

Félix González-Torres a fait de l'art et de sa position d'artiste l'expression de la réalité de sa propre vie à l'intérieur de la société.

Ainsi, il expose des objets de la vie quotidienne, par exemple des tas de bonbons qui ont pour poids exact la somme de son propre poids et de celui de Ross Laycock — lesquels bonbons attirent le spectateur vers l'œuvre. Le fait que le public puisse se servir évoque en outre la propagation du virus du sida dans la communauté homosexuelle. En 1991, il présente une installation composée de quelque 315 kg de bonbons à la réglisse en forme de projectiles, remettant ainsi en question la légitimité de l'opinion publique des États-Unis dans sa prise de position lors de la première guerre du Golfe[1].Lors d'un entretien Félix Gonzalez-Torres déclare : "c'est une métaphore. Je ne prétends pas avoir créé autre chose que cela.(...)Je vous donne cette petite chose sucrée, vous la glissez dans votre bouche et vous sucez le corps de quelqu'un d'autre. De cette manière, mon travail s'intègre à d'innombrables autres corps. C'est très excitant. Pendant quelques secondes,j'ai mis quelque chose de sucré dans la bouche de quelqu'un et je trouve ça très sexy."

Bibliographie [modifier]

  • Ad Reinhardt, Joseph Kosuth, F. Gonzalez-Torres, Symptoms of Interference, Conditions of Possibility, Academy Publishing, 1994
  • Susan Cahan, Jan Avgikos, Tim Rollins, Felix Gonzalez-Torres, artpress, 1994
  • Amada Cruz et alii, Félix González-Torres, Museum of Contemporary Art, Los Angeles, 1994
  • Nancy Spector, Pour Félix, Paris Musée, 1996
  • Anthony Calnek, Félix González-Torres, catalogue d'exposition, Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1996
  • Julie Ault (dir.), Félix González-Torres, Steidl Publishing, 2006

Notes et références [modifier]

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

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