Doula

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Une doula est une femme qui accompagne, soutient, informe le couple, la femme au moment d'une naissance.

Le mot « doula » vient du grec ancien δούλη (doúlê), signifiant « esclave, servante ». La doula propose un service marchand à la femme enceinte et à son entourage. D'autres termes sont utilisés dans le monde francophone (accompagnante à la naissance, accompagnante en périnatalité) pour désigner des formations spécifiques.

En 2006, 138 grossesses sur 800 000 environ ont été suivies par une doula en France. Une doula n'a pas de fonction médicale et n'a pas d'existence officielle de par l'absence de formation reconnue[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

La doula ou accompagnante est disponible pour le couple dès la grossesse, pendant l'accouchement et après la naissance. Elle n'est ni sage-femme, ni médecin, et l'accompagnement qu'elle assure est non médical. Elle se forme grâce à divers organismes et associations privés à tout ce qui concerne la périnatalité, la relation d'aide et la relaxation. L'accompagnante est souvent une mère qui a elle-même expérimenté la grossesse, la naissance, elle élève un ou des enfants. Elle complète cette expérience personnelle par des connaissances en physiologie de la grossesse, l'accouchement, le nouveau-né, les techniques d'écoute, de communication, en allaitement, portage, maternage. Elle peut ainsi apporter un soutien, et des informations aux parents.

La doula accompagne les couples dans leurs choix propres et leur apporte les éventuelles informations complémentaires qu'ils demandent. Elle n'influencera en aucun cas leurs choix. Les couples, la mère choisissent d'eux-mêmes d'être soutenus par une doula.

Bénéfices[modifier | modifier le code]

Une étude prospective randomisée sur le territoire américain[2] compte parmi les bénéfices de l'accompagnement par une doula :

  • un accouchement plus facile,
  • abaissement de 50 % du taux de césarienne,
  • diminution de 25 % de la durée du travail,
  • diminution de 60 % de l'utilisation d'une péridurale,
  • de 40 % d'utilisation d'ocytociques,
  • et l'utilisation des forceps est diminuée de 30 %

(Source: Marshall H. Klaus, John H. Kennell, Phyllis H. Klaus, The Doula Book: How A Trained Labor Companion Can Help You Have a Shorter, Easier, and Healthier Birth. Perseus Press, 2002, Chapitre V)

Plusieurs autres études ont également montré des bénéfices similaires[3],[4],[5],[6]. Ainsi plusieurs d'entre elles montrent également une diminution de 30 % de l'utilisation des médicaments pour soulager la douleur.

En Europe, et particulièrement en France, ces études sont à prendre avec précaution[7] : en effet, les protocoles en vigueur dans les hôpitaux modifient de beaucoup les bénéfices supposés de l'intervention d'une doula pendant l'accouchement, dont le rôle reste légalement cantonné à celui d'une « présence rassurante ». Une position gynécologique imposée (décubitus dorsal) impliquera quasi automatiquement l'administration d'ocytociques pendant le travail, dont on n'informe pas toujours la patiente. De même, l'utilisation de forceps, de médications spécifiques à l'état général de la patiente et de son bébé, d'anesthésie péridurale et d'autres interventions peuvent être justifiées au premier chef soit par l'indication visée par un médecin, soit par la volonté de la patiente de se plier aux exigences médicales répondant aux inconnues de la grossesse (ratio bénéfices/risques de l'accouchement dit « naturel »). Ces protocoles sont considérés comme tacitement acceptés par les patientes dès leur admission.

L'utilisation des services de doulas restant marginale en France, le bénéfice supposé par ces études reste à démontrer par une plus grande généralisation et/ou banalisation de cet accompagnement, aujourd'hui cher, et controversé sur le plan de la certification des compétences.

Les maisons de naissance existent sur le sol américain (Canada et États-Unis) mais pas en France, tout au plus des structures ad hoc accolées à des maternités qui disposent du matériel de réanimation post-natale et de soins d'urgence en cas de complications.

Risques[modifier | modifier le code]

Dans le cas des naissances ayant lieu au domicile:

- Selon la loi (art.L.4551-1 du code de la Santé Publique), la doula ne peut faire office de sage-femme, et ne peut donc pas proposer un accompagnement global à la naissance en dehors de sa mission d'accompagnement moral. L’article 20 du Code de Déontologie des sages-femmes implique que la doula ne peut pas même s'associer aux pratiques de la sage-femme pendant le travail, cette dernière étant alors passible de sanctions. Lors de complications à la naissance, la doula ne peut rien ni pour la mère ni pour l'enfant sur le plan obstétrical (hygiène, gestes médicaux, premiers secours). Elle peut avoir mission d'information auprès d'une instance hospitalière si la situation exige un transfert, à discrétion des parents. À fortiori et toujours selon la loi, elle n'est pas qualifiée pour décréter qu'un transfert est nécessaire. [1]

La responsabilité juridique d'un accouchement ayant lieu au domicile avec la seule assistance de la doula, repose entièrement sur les parents.

En milieu hospitalier:

- La doula peut, selon les protocoles, être refusée en salle d'accouchement quel que soit le stade du travail (notamment lorsqu'une seule personne, pour éviter le risque infectieux, est autorisée à assister la parturiente et que le père souhaite être présent, la prise en charge par une sage-femme ou un médecin-accoucheur étant assurée).

La césarienne en urgence ne peut être prévenue ou évitée par la doula, sa pratique répondant à une nécessité obstétricale directement liée à la survie de l'enfant ou de la mère (dystocie des épaules, présentation en siège problématique, macrosome, pour l'un, éclampsie pour l'autre, par exemple)[2]

Organisation des doulas en Europe[modifier | modifier le code]

La création de liens entre les associations de doulas européennes fut évoqué en premier lieu lors des 3e Journées des Doulas de mai 2005 à Paris. À la même période un groupe de doulas de pays européens qui participaient au Congrès sur la Naissance à Graz, en Autriche, ont fait connaissance et se sont rendu compte que dans les autres pays d’Europe le mouvement des doulas se développait et qu’elles ignoraient tout de leurs activités respectives. Une liste de diffusion européenne a été créée en janvier 2006. Un projet de collaboration a pris forme au cours des ateliers et tables rondes organisés par Doulas de France lors des 4e Journées des Doulas de mai 2006. Il s’en est suivi l’organisation d’une réunion plus formelle des doulas européennes (dont des représentantes de DDF) pour coïncider avec la conférence de Midwifery Today de Bad Wildbad en octobre 2006 puis une autre à Graz en novembre de la même année.

L'association Doulas de France commença à travailler fin 2006 sur la situation en Europe (nombre d’organismes, de doulas en exercice, leurs activités et statistiques, les différentes formations proposées), aboutissant à la présentation de État des Lieux des Doulas en Europe, premier numéro de la collection des « Cahiers de Doulas de France », lors des 5e Journées des Doulas de mai 2007 à Paris.

Lors des 5e Journées des Doulas, des doulas de Hongrie, Belgique, Portugal, Suisse, Espagne, Allemagne, Autriche, France, Royaume-Uni ont participé à 2 demi-journées consacrées spécifiquement au projet de la création d’une association européenne de doulas. Elle réunirait des associations et des organismes de doulas européens partageant une éthique semblable, reconnaissant un cursus de base de formation commun à toutes doulas exerçant en Europe. Des groupes d’étude ont été créés pour mettre en place les toutes premières fondations de cette association.[réf. nécessaire]

Plusieurs organismes de doulas européens ont bénéficié de subventions institutionnelles et gouvernementales.[réf. nécessaire] En République tchèque, la communauté européenne a accordé des fonds à un projet conjoint des doulas tchèques, afin de créer des cours concernant la périnatalité, à destination des femmes qui entrent le marché de travail après le congé parental.

Formation des doulas[modifier | modifier le code]

La formation des doulas peut se faire en personne ou à distance. Elle dure entre 80 et 200 heures selon les centres et permet d'aborder tous les sujets liés à la grossesse, l'accouchement et le postnatal immédiat[8],[9],[10],[11]. Tout comme celle des étudiants sage-femmes, elle aborde également des aspects plus difficiles tels que le deuil périnatal. Ceci tout en sachant que la doula n'a pas de formation médicale à proprement parler, elle est formée pour soutenir le couple, l'accompagner psychologiquement, l'informer afin qu'il puisse faire des choix éclairés. Il existe différents niveaux de formation, dépendant du pays et de l'école offrant le cursus.

En France, l'utilisation de services offerts par la doula n'offre aucune garantie légale de compétences ou de résultat, quel qu'ait été son niveau de formation.

Il est à noter que les formations des doulas ne donnent pas de qualification, de diplôme ou de compétence reconnus. Ainsi selon un rapport publié en juin 2008, l'Académie de médecine s'interroge sur cette formation :

« on est étonné de l’importance du contenu des programmes, proche de celui des élèves sages-femmes pour des personnes dont le rôle prétend se limiter à une présence rassurante et à un soutien moral. On peut aussi s’étonner de la nature variée et parfois insolite de ce qui est enseigné, de la qualité très discutable des intervenants et des membres des jurys d’examen, de l’absence de tout contrôle, du coût de l’enseignement, de la brièveté et de l’insuffisance de l’expérience pratique. »[12].

Aspects financiers[modifier | modifier le code]

Rémunérations de l'intervention d'une doula[modifier | modifier le code]

La rémunération des doulas n'est pas remboursée par la sécurité sociale et n'est prise en compte par aucun organisme de complémentaire santé.

Chaque doula applique des tarifs qui lui sont propres sans aucun contrôle, aucune assurance professionnelle et sans responsabilité légale. La doula peut proposer 5 à 10 visites réparties avant et après la naissance. Les visites sont rémunérées entre 40 à 70 € selon la doula et la présence à l'accouchement entre 250 € et 400 €, soit un coût global variant de 450 € à 1 100 €.

Sans cadre légal, la responsabilité juridique des interventions de la doula repose entièrement sur les parents.

Coûts de formation d'une doula[modifier | modifier le code]

Les organismes privés de formation dispensent en général une partie théorique et une partie pratique. Cette formation théorique varie de 1 250 € à 2 530 € selon les organismes[13] pour les formations en personne en France, 400 € pour la formation à distance avec le Québec[14]. Cette formation payante est non évaluée et ne donne pas de qualification, de diplôme ou de compétence reconnue nationalement en France[15].

Controverses[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle pratique[16]peut, selon le Professeur Roger Henrion[17] entraîner des dérives d'ordre compétentiel, bien qu'il reconnaisse en l'émergence du phénomène, une demande croissante d'accompagnement psychologique adapté à chaque parturiente, les sages-femmes étant formées aujourd'hui davantage sur la technicité des évènements de la grossesse et de l'accouchement que sur ses autres aspects, plus intimes.

Absence d'un cadre légal de la profession[modifier | modifier le code]

En France, il existe un risque supposé d'empiètement sur des compétences qui sont légalement et réglementairement médicales, du fait de l'absence de reconnaissance de la profession, et donc d'un cadre la définissant légalement[18]. Le travail d'accompagnement doit être très maîtrisé afin d'éviter l'exercice illégal de la médecine[19].

D'autres prises de position concernent la professionnalisation de cette activité dans le cadre légal français. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes (CNOSF) et l'Académie nationale de médecine se sont prononcés en 2008 contre la reconnaissance de la profession de doula, pour des raisons déontologiques diverses.

Les associations d'usagers du système périnatal ont émis des doutes sur les motivations de ces refus et obtenu un rectificatif de l'Académie nationale de médecine.

Dérives sectaires[modifier | modifier le code]

Un rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires publié en janvier 2007, déclare entre autres (p. 68-69) : « […] ce nouveau métier d’accompagnement à la naissance sur le registre de l’aide à la relation, pose un certain nombre de questions. Il peut concerner des publics vulnérables, qu’il s’agisse des doulas, éventuellement initiées à l’apprentissage de méthodes « psy », ou des futurs parents confrontés à des difficultés de toutes natures. ». De plus ce rapport précisait : « Leur fonction peut les conduire à empiéter sur les compétences de professions de santé, en particulier sur celles des sages-femmes, et les exposer à des poursuites pour exercice illégal de la médecine. Leurs interventions peuvent se révéler dangereuses pour la mère et l’enfant à divers égards »[20].

Bien que les accusations du rapport ne visent pas directement l'association Doulas de France, l'adresse du site était néanmoins mentionnée en bas de page. C'est pourquoi l'association a publié, le 27 janvier, un communiqué de presse dans lequel elle précise : Que certaines formations autour de la naissance, comme le « rebirth » cité dans le rapport, puissent poser question au niveau déontologique est possible. Cependant, en tant qu’association nationale, travaillant dans un souci d’éthique et de transparence, nous récusons les accusations qui nous sont portées, car notre démarche n’est pas sectaire mais citoyenne regrette qu'une formation (« rebirth ») soit citée dans le rapport alors qu'elle n'entre pas dans le cadre spécifique de l'accompagnement de la doula, projetant ainsi une fausse impression de toute la profession.

Décès d'un enfant[modifier | modifier le code]

Le décès d'un enfant, fin août 2008 en Ariège, né à domicile avec l'accompagnement d'une sage-femme américaine dont le diplôme n'avait pas été validé en France, a relancé cette polémique[21]. Selon une information de la radio Europe 1 en septembre 2008 « Une accoucheuse a été mise en examen récemment pour "exercice illégal de la profession de sage-femme". Fin août, un bébé qu'elle venait d'aider à mettre au monde au domicile de ses parents en Ariège est décédé.»[22]. La « fausse sage-femme » qui selon les journalistes se présentait comme doula « n'ayant pas su lui donner les soins nécessaires »[23]. Plus généralement, la presse et certains organismes professionnels ont de la même manière présenté l'accompagnante comme une « fausse sage-femme » qui se serait attribué le titre de « doula ». Ces affirmations ont suscité, après enquête, une mise au point du Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE)[24]. À la suite de ce décès[25], un communiqué de l'ordre des sages-femmes indique qu'il est nécessaire de :

« sensibiliser la population sur les dangers que peuvent représenter le suivi des grossesses et la réalisation d’accouchements mal encadrés par des personnes dont la compétence se résume à leur seule expérience personnelle. »

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Doula un nouveau métier
  2. (en) Étude prospective randomisée menée par le département de pédiatrie de l'Université Case Western Reserve de Cleveland, Ohio, États-Unis (en)
  3. (en) Klaus, Marshall H., John Kennel et Phyllis Klaus. Mothering the Mother: How a Doula Can Help You Have a Shorter, Easier, and Healthier Birth. Reading, Massachusetts: Addison-Wesley Publishing House, 1993.
  4. (en) Hodnett ED, Gates S, Hofmeyr GJ, Sakala C. « Continuous support for women during childbirth » Cochrane Database Syst Rev. 2003
  5. (en) Scott KD, Klaus PH, Klaus MH. « The obstetrical and postpartum benefits of continuous support during childbirth » J Womens Health Gend Based Med. 1999
  6. (en) Scott KD, Berkowitz G, Klaus M. « A comparison of intermittent and continuous support during labor: a meta-analysis » Am J Obstet Gynecol. 1999
  7. PDF
  8. 200 heures avec doulas de France, http://formationdoulas.fr/programme.php?p_vue=complet#complet
  9. 4 modules de 5 jours avec le Cefap, http://www.formation-perinatalite.com/contenu-pedagogique-formation-accompagnante-perinatale.html
  10. 6 modules de 3 jours avec alna, http://www.alna.fr/mainpages/page5.htm
  11. 100 heures en personne ou 80 heures à distance avec la 8e Mère-Veille, http://www.8emere-veille.qc.ca/cep/etudes_perinatales.htm#generales
  12. Roger Henrion, Publication de l'académie de medecine 10 juin 2008
  13. Mutuelle d'Assurances du Corps de Santé Français : la formation des doulas
  14. http://8emere-veille.over-blog.com/pages/Formation_Doula-2405558.html
  15. Source
  16. Une nouvelle profession
  17. Rapport du Professeur Henrion de juin 2008
  18. Côté mômes - Grossesse: les doulas, un accompagnement controversé
  19. Voir à ce sujet la transcription de l'atelier Accompagner la naissance : le droit, la déontologie, les attentes des usagers aux États généraux de la naissance 2006, et le texte Où se situe la responsabilité d’un accompagnant non médical de la naissance ? concernant le droit français.
  20. Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
  21. TF1 News : Maternité - Décès de bébé : une accoucheuse illégale mise en examen
  22. Source Europe 1
  23. Source RMC
  24. http://cianewiki.naissance.asso.fr/CommuniqueDecesAriege
  25. Communiqué officiel de l'ordre des sages femmes à la suite du décès d'un nouveau né