Déterminisme social

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Le déterminisme social est un concept sociologique qui formule l'hypothèse de la primauté de la Société et donc des interactions sociales, sur les comportements individuels.

Le déterminisme social comme concept holiste[modifier | modifier le code]

Déterminisme social et fait social[modifier | modifier le code]

Émile Durkheim, théoricien du fait social
Articles connexes : fait social, Émile Durkheim et Le Suicide.

Considéré comme le père de la sociologie moderne, Émile Durkheim place le fait social au cœur de la discipline, considérant celui-ci comme l'objet même de la sociologie. Or le fait social se caractérise, entre autres, par son extériorité et surtout par son pouvoir coercitif. C'est-à-dire qu'il s'impose aux individus, constituant ainsi un pilier de la sociologie d'Émile Durkheim et donc un précepte de la sociologie holiste. À ce titre, il constitue le paradigme justifiant, dans un paradigme holiste, la primauté de la Société sur les comportements individuels, et donc validant le déterminisme social. Dans sa volonté d'établir la nouvelle science sociologique, Durkheim a choisi d'envisager des thèmes sur lesquels les processus de décisions individuels sont a priori les plus ouverts en tant que fait social; un exemple célèbre est son travail sur le suicide[1], envisagé comme fait social et donc envisagé comme un comportement induit par un déterminisme social.

Déterminisme social et habitus[modifier | modifier le code]

Espace et pratique sociales
Article connexe : Habitus.

Le concept d'habitus, envisage le déterminisme social toujours selon un paradigme holiste mais permet d'établir une première rupture avec son acceptation héritée du fait social. En effet, l'habitus constitue certes une matrice des comportements qui favorise la reproduction sociale (et donc un certain déterminisme social), mais il possède également la caractéristique de prendre appui sur les individus eux-mêmes dans les différents aspects de leurs existences.

Changement social et déterminisme social[modifier | modifier le code]

Confrontés à la volonté de penser le changement social, les sociologues se heurtent au constat suivant : la plupart des théories du changement social impliquent une acceptation du déterminisme social, lorsqu'elles tentent de déterminer ce qui s'apparente à des lois d'évolutions; a minima, ces théories recherchent un discriminant à tout changement social, ce qui implique également une reconnaissance du déterminisme social. Se pose alors la question de la possibilité de penser le changement social sans recourir au déterminisme social.

Les limites du déterminisme social[modifier | modifier le code]

Penser le changement social en s'appuyant sur le déterminisme social, c'est donc ignorer le désordre qui pourtant, caractérise l'Histoire des Sociétés. Au delà du désordre, le déterminisme social peine à intégrer le poids du hasard, l'effet Cournot, dans le changement social.

Le « déterminisme par plaques »[modifier | modifier le code]

Ces limites justifient l'émergence d'un déterminisme qualifié de « tempéré ». Énoncé en particulier par Raymond Boudon, tenant du paradigme de l'individualisme méthodologique, il consiste en l'écriture de simples propositions conditionnelles, très localisées (dans le temps et l'espace). Boudon a nommé ce type de déterminisme, qui pourrait s'apparenter à une démarche de compréhension du réel, « déterminisme par plaques »[2]. Cette démarche a le mérite de converger selon les réflexions de Karl Popper au sujet de la distinction entre loi absolue (en quelque sorte, l'objectif d'un déterminisme social « strict ») et loi conditionnelle (relative à un déterminisme « tempéré ») : la loi absolue est-elle un objectif raisonnable en sciences humaines dans la mesure où les lois absolues édictées par le passé semblent elles-mêmes reposer implicitement sur des lois conditionnelles ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Suicide. Étude de sociologie, Émile Durkheim, (1897), Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2009 (ISBN 2-228-90382-5).
  2. La Place du désordre. Critique des théories du changement social, Paris, PUF, 1984 (ISBN 2-130-53475-9).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]