Collège libre des sciences sociales

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Le Collège libre des sciences sociales (CLSS) est un établissement libre d’enseignement supérieur fondé à Paris, à la fin de l’année 1895, dans une période marquée à la fois par l’émergence des sciences sociales et par les premières tentatives d’organiser leur enseignement en France.

Présentation[modifier | modifier le code]

Sa fondation s’inscrit dans une demande sociale à la fois d’expertise et de « prophétie » croissante tout au long des premières années de la Troisième République, toutes deux justifiées par une analyse en termes de « crise de la société ». Ses instigateurs, la romancière Dick May (pseudonyme de Jeanne Weill), et deux leplaysiens Théophile Funck-Brentano, professeur à l’École libre des sciences politiques, directeur du CLSS la première année, et Pierre du Maroussem, l’enquêteur mis en vedette par ses cours libres à la Faculté de droit de Paris et ses travaux à l’Office du travail, professeur et membre de la direction jusqu’à son décès en 1936, avaient souhaité construire un enseignement social libéré de toute valeur guerrière, de tout esprit de chapelle. L’idée de l’institution était de former une bibliothèque vivante où le public pourrait consulter « un doctrinaire en chair et en os à la place d’un livre démodé ou d’une transcription parfois infidèle ». Les doctrines sociales, même les plus opposées, devaient y être enseignées « en toute liberté », accompagnées des outils de méthode notamment les procédés de l’enquête monographique ou statistique, mais aussi d’expériences pratiques et de visites industrielles et sociales, et à partir de 1906, de voyages d’étude. La recherche du progrès social créait seule l’unité, qu’elle soit dans l’action de réforme ou tendue vers un idéal. Le Collège s’obligeait ainsi autant au devoir d’instruction qu’à celui d’éducation « d’homme à homme, de professeurs à élèves et de professeur à professeur, par l’association du dévouement, par le contact et l’exemple » . Cette union éclectique de personnalités irréductibles engendrera ce que les élèves appelleront « l’esprit du Collège ».

D’inspiration première leplaysienne, le Collège va se faire la spécialité de « l’étude désintéressée des grands problèmes sociologiques, économiques et politiques d’actualité » dans leur relation avec le réel. En 1895, ses promoteurs exposent leur idée d’un enseignement social ouvert à la jeunesse instruite et complémentaire aux études supérieures classiques ou professionnelles où ils donnent à la connaissance un rôle civique. L’objectif initial s’apparente vite aux missions assignées à l’éducation par les républicains progressistes comme par les radicaux désireux de faire front au socialisme, voire d’en extraire les données compatibles avec le libéralisme républicain. C’est ainsi que l’avocat Joseph Bergeron, secrétaire général de 1900 à 1929, place le CLSS sous le signe du solidarisme par un incipit emprunté à Léon Bourgeois : « S’il y a un moyen d’établir et de faire durer l’unité morale dans un pays, c’est la libre recherche scientifique » .

Le Collège propose un enseignement construit en deux années sanctionnées, dès 1897, par un diplôme – le certificat d’études sociales – délivré après la soutenance d’un mémoire et inspiré de la formule récente des doctorats à l’Université. À la suite d'une brouille avec Eugène Delbet, premier directeur et qui le restera jusqu'en 1909, Dick May fonde dès 1900 un autre établissement aux motivations proches, l'École des Hautes Études Sociales (EHES), basée rue de la Sorbonne, à proximité de la prestigieuse université parisienne, et qui est l'ancêtre de l'EHESS.

Installé en 1899 – jusqu’en 1953 – à l’Hôtel des sociétés savantes, le CLSS dispense une offre d’enseignements sociaux diversifiée : méthodes d’enquêtes ; statistiques et législation ; histoire et géographie ; doctrines sociales ; applications sociales ; expériences pratiques. La formation est structurée, jusqu’à la fin des années 1920, en trois sections : Études historiques et descriptives – Théorie et Méthode – Technologie. Alliant la recherche savante à l’action pratique, des groupes d’études complètent bientôt le dispositif, éveillent les consciences aux nécessités des réformes et élaborent des projets.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ses objectifs concrets s’infléchissent, accompagnant le renforcement du rôle de l’État, la montée en puissance des corps intermédiaires et des courants diversifiés de la rationalisation économique. L’éducation sociale dont les nécessités sont réaffirmées au CLSS en 1919 par Alfred Barriol, polytechnicien et membre de la Société de sociologie de Paris, s’écarte alors de l’objectif de formation de l’ingénieur social tel que l’avait défini le leplaysien Émile Cheysson pour préfigurer celle du réalisateur organisateur dans l’usine et la vie sociale.

Après la Deuxième Guerre mondiale, en 1946, le Collège rouvre ses portes sous l’intitulé « Collège libre des sciences sociales et économiques », situant désormais l’établissement, jusqu’en 1973, dans l’offre de formations professionnelles continues.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Catherine Bruant, « Le Collège libre des sciences sociales, une université parallèle qui traverse le XXe siècle », Les Études sociales, n° 146, 2° semestre 2007, p. 3-80. Consulter le sommaire

Quelques professeurs[modifier | modifier le code]

  • Maurice Dufourmantelle
  • Alfred Barriol
  • Ahmed Riza

Quelques conférenciers[modifier | modifier le code]

Quelques élèves[modifier | modifier le code]

  • Édouard Montpetit
  • René Barrault