Claude-Joseph Bonnet

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Claude-Joseph Bonnet

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Claude-Joseph Bonnet vers 1860.

Naissance 18 février 1786
Jujurieux
Décès 12 octobre 1867 (à 81 ans)
Lyon
Nationalité Drapeau de France Française
Pays de résidence France
Profession Industriel
Activité principale Fabricant de soieries et manufacturier
fondateur des Établissements C.J. Bonnet
Autres activités
Membre du conseil municipal de Lyon et de l'Administration des Hospices
Distinctions
Conjoint
Marie Framinet
Descendants
Gasparine Bonnet (ép. Cottin)
Victor Bonnet
Louis Bonnet
Marie Bonnet
Adèle Bonnet (ép. Duchamp)
Famille
Amédée Bonnet (cousin germain)
Signature de Claude-Joseph Bonnet

Claude-Joseph Bonnet, né le 18 février 1786 à Jujurieux et mort le 12 octobre 1867[1] à Lyon, est un industriel, fabricant de soieries. La maison Bonnet qu’il fonde à Lyon en 1810 devient en 1830 l’une des toutes premières de la fabrique lyonnaise.

Une seconde étape marque sa carrière industrielle : l’installation, en 1835, dans son pays natal, à Jujurieux dans l’Ain des Établissements C.J. Bonnet, exemple original d’une manufacture délocalisée à la campagne, dotée d’un pensionnat d’ouvrières dirigé par des religieuses, et devenant le fleuron de son empire. La maison Bonnet, transmise après Claude-Joseph à des membres de sa famille (les familles Richard et Cottin), garde ses deux centres, celui de Lyon et celui de Jujurieux, et prospère jusqu’au XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Environnement familial[a 1][modifier | modifier le code]

Il est le fils de Jean-Baptiste Bonnet (1754-1831) et de Claudine-Josephte Ferrière (1751-1807). Son père, originaire d'Ambérieu dans l'Ain, était commissaire en droits seigneuriaux ; sa mère, née à Jujurieux, était la fille d'un maître-chirurgien. La famille est nombreuse, il est le cinquième d'une famille de sept enfants comptant deux filles. Son enfance se passe à Jujurieux dans une ambiance patriarcale et campagnarde autour d'un père probe, instruit, lecteur de l'Encyclopédie et aux principes rigides et d'une mère à forte personnalité, d'une intelligence rare, très pieuse et charitable. Son frère aîné, Antoine Bonnet (1777-1796), entré pour une formation militaire à l'École de Mars en juin 1794 avant sa dissolution le 23 octobre de la même année, devient par la suite élève à l'École de Santé mais décède durant ses études en 1796 à l'âge de dix-neuf ans. Son second frère, Jean-Joseph (1779-1855) devient percepteur de la commune de Jujurieux et seconde leur père dans l'exploitation de ses propriétés. Ses frères César (1782-1835) et Louis (1784-1839) se tournent vers la profession d'avocat pour le premier, et d'avoué pour le second, après des cours de législation à l'École Centrale du Rhône.

Les débuts d'une carrière : apprentissage et fondation de la maison Bonnet à Lyon [a 2][modifier | modifier le code]

Claude-Joseph Bonnet, après avoir suivi les enseignements de l'instituteur de Jujurieux, reçoit une instruction élémentaire d’Étienne Drunet, ancien capucin engagé par Jean-Baptiste Bonnet. Son précepteur reconnait très vite des aptitudes commerciales chez son élève. Aussi Claude-Joseph est-il envoyé à Lyon dès l'âge de 13 ans pour entrer en apprentissage afin d'apprendre sur les métiers la technique de la fabrication des étoffes de soie. Arrivé en 1802, il entre deux ans plus tard chez un chef d'atelier et achève sa formation en 1808. Ces premières années lyonnaises sont difficiles, marquées de plus par le décès d’Étienne Drunet en 1806 et celui de sa mère en 1807. Claude-Joseph, désormais commis chez un fabricant, désire créer sa propre maison. Pour cela, en 1810, il emprunte à son père et à des relations les capitaux nécessaires. Il devient lui-même fabricant[Note 1], et installe son « magasin » d’abord no 7 de la rue Luizerne (actuelle rue du Major Martin)[Note 2]. Ses débuts sont difficiles : en 1810-1811 la crise économique sévit et il devra trouver dans les années suivantes de nouveaux capitaux (entre 1810 et 1815, il emprunte, sous caution de son père, jusqu'à 50 000 francs) pour surmonter les difficultés qui resurgissent en 1814-1816 et maintenir son affaire.

L’établissement, la réussite et la notoriété [a 3][modifier | modifier le code]

Son mariage en 1813, avec Marie dite Mariette Framinet, originaire également de Jujurieux, permet qu'à son établissement professionnel s'ajoute un établissement familial. Le couple aura cinq enfants : Gasparine (future Mme Cottin), Victor, Louis, Marie et Adèle (future Mme Duchamp). Marie Framinet appartient à une famille de situation financière confortable, ce mariage donne un nouvel élan au désir de Claude-Joseph Bonnet « d’acquérir une réputation dans son métier et d’amasser une petite fortune »[a 4]. Il atteint son but, l’ascension de la « maison Bonnet » est rapide entre 1817 et 1830, date à laquelle il est considéré comme le premier fabricant de Lyon. Ce succès, dû à l’énergie et au talent que l’homme mettait au service de son ambition, est aussi le résultat « d’une volonté d’indépendance, de solidarités familiales et du soutien sans faille de son père ». L’expansion de la maison Bonnet est loin de s’arrêter là. « Le fabricant devient aussi industriel, l’exigence de la perfection provoque en effet la création d’ateliers salariés par l’entreprise, dans le quartier de la rue du Griffon ; ils préparent la soie dont le tissage fait vivre 900 tisseurs lyonnais »[c 1] Surtout, c’est par le démarrage en 1835 de l’usine de Jujurieux, flanquée d’un internat d’apprenties, et confiée un temps à son gendre Joseph Cottin que Claude-Joseph Bonnet accroit encore sa réputation[Note 3]. Après 1850, il développera le travail à domicile dans la même région du Bugey, élargissant encore l’assise géographique de son entreprise[b 1]. La réussite financière est prodigieuse, ses bénéfices atteignent des records. En octobre 1867 à son décès, on estime à plus de huit millions la situation de sa fortune [b 2], accumulée en une seule génération. La reconnaissance officielle lui est venue : la médaille d’or de l’exposition de 1844 — que bien d’autres suivront — et, la même année, la croix de chevalier de la Légion d’honneur, puis celle d’officier en 1867. En notable lyonnais, Claude-Joseph Bonnet participe aux affaires publiques : par exemple il est conseiller municipal (élu en 1843) et administrateur des Hospices civils de Lyon (de 1845 à 1848). Claude-Joseph Bonnet décède en 1867, il est alors âgé de 81 ans. Par testament, il désigne, comme successeurs de « son affaire », son petit-gendre, Antoine Richard (fils de Ennemond Richard, Maire de St Chamond, Vice Président de la Chambre de Commerce de St Étienne et successeur du fondateur de l'industrie des Tresses et Lacets, Charles-François Richard) et son petit-fils, Cyrille Cottin (1838-1905) qui avaient été ses premiers commis[Note 4].

« La Maison Bonnet » : une création originale et durable[modifier | modifier le code]

Une œuvre personnelle [a 5][modifier | modifier le code]

Claude-Joseph Bonnet dirige son affaire avec autorité et un « paternalisme avisé » pendant plus d’un demi-siècle. Propriétaire et chef de sa maison de 1810 à sa mort en 1867, directeur de la manufacture de Jujurieux de 1850 à 1864, il ne prend jamais d’associé mais choisit ses collaborateurs parmi les membres de sa famille. Il fonde ainsi une « dynastie » et prépare ceux qu’il juge le plus capables à prendre sa suite, allant même jusqu’à écarter ses propres fils. L’œuvre lui survit et reste dans la famille, la maison Bonnet devient après lui Les Petits-Fils de C.J. Bonnet et Cie dirigé par les membres des familles Richard et Cottin.

Des choix judicieux[modifier | modifier le code]

Claude-Joseph Bonnet profite selon la formule d’H. Pansu « d’un triple âge d’or : l’apogée de la soie pure, l’apogée des unis, la grande vogue des unis noirs ». Il fait le choix judicieux des unis noirs, faisant « du médiocre taffetas, une étoffe de premier ordre »[a 6]. Il entame, dès les années 1840, une collaboration avec François Gillet[2] qui commence alors son ascension dans le domaine de la teinture [a 7]. Il se lance en 1860 dans une nouvelle étape technique et commerciale importante en produisant la « faille » dérivée du taffetas. Les femmes achètent et portent de plus en plus dans toute l’Europe ses unis. Grâce aux capitaux cumulés, il fait face, par le seul auto-financement[a 8], aux dépenses de construction et d’extension, n’ayant pratiquement pas recours aux prêts bancaires. Favorable comme l’ensemble de la soierie lyonnaise au libre échange, il profite du libre-échange et s’adapte aux marchés. Il cherche les meilleurs fournisseurs, jouant sur les variations des cours de la soie ; il trouve, vers l’Angleterre et l’Amérique, de nouveaux débouchés qui remplacent peu à peu les vieux marchés continentaux. Il s’adapte aussi à la création des « grands magasins » et à cet âge d’or de la mode féminine qu’est le règne de Napoléon III.

L’élaboration d’un modèle industriel[modifier | modifier le code]

Avec la double localisation, Lyon et le Bugey, le "magasin" de la rue du Griffon et l’établissement de Jujurieux, C.J. Bonnet fait un choix original, ne privilégiant ni l’un ni l’autre. Surtout la décision en 1835 [b 3] de mettre « la Fabrique au village », d’avoir un second pôle en construisant une manufacture (filature, moulinage et tissage) dans son Bugey natal, aboutit à l’élaboration d’un modèle industriel, l’usine-couvent. Le système du pensionnat de Jujurieux [b 4] avec ses centaines d’adolescentes (main d’œuvre rurale plus docile que les canuts lyonnais), son infirmerie et sa chapelle, sa Règle, son encadrement par les religieuses de Saint-Joseph de Bourg, est imité dans la région Rhône-Alpes. Le « modèle » est bien sûr l’objet de critiques et a soulevé de nombreux débats[Note 5]. Michel Foucault a également évoqué l'établissement de Jujurieux en évoquant le thème du panoptisme industriel[b 5].

Hommages[modifier | modifier le code]

Il devient Chevalier de la Légion d'honneur (1844) puis Officier de la Légion d'honneur (1867). Il est également Chevalier de l'Ordre du Christ.

Une rue du quatrième arrondissement de Lyon, ville dont il fut conseiller municipal, porte son nom[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un fabricant dans la soierie lyonnaise est celui qui achète la soie, mais non les métiers qui appartiennent aux chefs d’ateliers. Il fait teindre la soie, choisit éventuellement le dessin et donne à travailler au chef d’atelier ; il vend ensuite les tissus (on appelle « magasin » ses bureaux de vente). En somme, il commande et organise la fabrication, jouant un véritable rôle de chef d’orchestre pour plusieurs activités.
  2. C.-J. Bonnet habite par la suite rue des Capucins, puis, à partir de 1834, il a son magasin rue du Griffon, en plein quartier des Terreaux.
  3. L’usine de Jujurieux a persisté jusqu’en 2001, devenant aujourd’hui une usine-musée dont le conseil général de l’Ain assure le fonctionnement.
  4. Cette transmission, non conforme au droit successoral, ne put être appliquée que par des arrangements familiaux : la société "Les petits-fils de Claude-Joseph Bonnet et Cie", obtient un délai de douze ans pour rembourser les importants avoirs commerciaux dus aux cohéritiers.
  5. On peut citer le philosophe Jules Simon, l'économiste Paul Leroy-Beaulieu, ou A. de Saussois plutôt favorables ; par contre Paul Lafargue, disciple de Marx, Benoît Malon, la presse socialiste trouvent là un exemple d'exploitation de la classe ouvrière.(Voir Pansu, volume 2, chapitre XIII, p.275 à 338.)

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Monographie intégralement consacrée à Claude-Joseph Bonnet :

  • Henri Pansu, Claude-Joseph Bonnet: Soierie et société à Lyon et en Bugey au XIXe siècle, vol. 1 : Les assises de la renommée, Du Bugey à Lyon, Lyon et Jujurieux,‎ 2003 (ISBN 2-9508612-4-5)
  1. p. 55-67.
  2. p. 67-78.
  3. p. 97.
  4. p. 88.
  5. p. 331-389.
  6. p. 263.
  7. p. 247.
  8. p. 294-315.
  • Henri Pansu, Claude-Joseph Bonnet: Soierie et société à Lyon et en Bugey au XIXe siècle, vol. 2 : Au temps des pieux notables, De Lyon en Bugey, Lyon et Jujurieux,‎ 2012 (ISBN 2-9508612-7-X)
  1. p. 103-128.
  2. p. 354.
  3. p. 10.
  4. p. 129.
  5. p. 337-338.
  • Cjbonnet.net : site consacré à l'ouvrage mentionné ci-dessus.

Autres références

  • Claude Latta, Lecture : Henri Pansu, C.-J. Bonnet. Images de la soierie lyonnaise anciennes et nouvelles à Jujurieux (Ain), p. 110-111 in Revue d’histoire du XIXe siècle, no 15, 1997/2, Lire en ligne
  1. Paragraphe 7.

Autres références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Pansu, Claude-Joseph Bonnet: Soierie et société à Lyon et en Bugey au XIXe siècle, vol. 1 : Les assises de la renommée, Du Bugey à Lyon, Lyon et Jujurieux,‎ 2003 (ISBN 2-9508612-4-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Pansu, Claude-Joseph Bonnet: Soierie et société à Lyon et en Bugey au XIXe siècle, vol. 2 : Au temps des pieux notables, De Lyon en Bugey, Lyon et Jujurieux,‎ 2012 (ISBN 2-9508612-7-X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Adolphe Vachet, À travers les rues de Lyon Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Latta, Lecture : Henri Pansu, C.-J. Bonnet. Images de la soierie lyonnaise anciennes et nouvelles à Jujurieux (Ain) in Revue d’histoire du XIXe siècle, no 15, 1997/2, Lire en ligne Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bernard Tassinari (préf. Guy Blazy), La soie à Lyon : de la Grande fabrique aux textiles du XXIe siècle, Lyon, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire,‎ 2005, 254 p. (ISBN 2841471519), p. 164 à 165

Articles connexes[modifier | modifier le code]