Hôtel-Dieu de Lyon

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Hôtel-Dieu de Lyon
Hôtel-Dieu de Lyon, de nuit
Hôtel-Dieu de Lyon, de nuit
Présentation
Destination initiale Hôpital
Protection Logo monument historique Classé MH (2011)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localité Lyon
Localisation
Coordonnées 45° 45′ 30″ N 4° 50′ 11″ E / 45.758308, 4.83647245° 45′ 30″ Nord 4° 50′ 11″ Est / 45.758308, 4.836472  

Géolocalisation sur la carte : Lyon

(Voir situation sur carte : Lyon)
Hôtel-Dieu de Lyon

L'Hôtel-Dieu de Lyon est l'un des plus grands bâtiments de la presqu'île. Il est construit en bordure ouest du Rhône. Premier hôpital lyonnais (les premiers bâtiments sont attestés en 1184). En 2007, il a été décidé de transférer ses services dans d'autres établissements afin de pouvoir vendre son bâtiment et son site exceptionnels. Il est désaffecté depuis la fin de l'année 2010. Un projet d'hôtel de luxe et de galerie marchande le remplacera après d'importants travaux prévus sur trois ans environ. Il a été classé monument historique par arrêté le 21 novembre 2011[1],[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au voisinage de l'an mil, une congrégation se créa pour faciliter les pèlerinages et les échanges : ce fut l'Ordre des frères pontifes. Elle construisait des ponts pour faciliter les communications et bâtissait à leurs débouchés des hôpitaux pour recueillir les pèlerins. C'est ainsi qu'au XIIe siècle, la section lyonnaise de l'Ordre commença la construction du pont du Rhône (le pont de la Guillotière) et dans son voisinage établit un hôpital en 1184-1185 : l'hôpital du Pont du Rhône, ancêtre de l'Hôtel-Dieu.[réf. nécessaire]

Le premier hôpital fut construit sur un terrain appartenant à l'archevêque de Lyon, au XIIe siècle, sous le nom de Beatae mariae. Situé en face du premier pont sur le Rhône, au nord de la rue Mercière[N 1], il est rapidement appelé l'hôpital du pont du Rhône. Changeant de propriétaire, pour passer sous le giron des abbayes gestionnaires de la construction laborieuse du pont de pierre, il prend successivement leur nom : Hautecombe et Chassagne. Le premier bâtiment est modeste, composé d'un prieuré et d'une petite église, ouverte aux nécessiteux. Maître Martin Conras, le premier médecin attitré, fut embauché en 1454.

Finalement, la municipalité, devant faire face à l'expansion de la population, rachète l'édifice en 1478 pour le reconstruire bien plus grand. Son bâtiment principal fait 65 mètres de long. Il peut contenir jusqu'à 200 malades hommes ou femmes. Directement connectée à la salle des malades, et à la rue, une chapelle est ajoutée. D'autres parties sont utilisées pour les annexes.

Ce nouvel hôpital est ouvert en 1493, mais il faudra patienter jusqu'au milieu du XVe siècle pour que tout soit achevé, avec un cimetière, un lieu pour les simples passants et un lieu pour les enfants mis en nourrice[3].

De cet Hôtel-Dieu, il ne reste rien aujourd'hui, après les remaniements du XVIIe et XVIIIe siècles.

La Renaissance[modifier | modifier le code]

L'Hôtel-Dieu de Lyon à l'époque de Rabelais. Il s'élevait sur l'emplacement de la chapelle actuelle.

Les hôpitaux du Moyen Âge étant de petite capacité d'accueil, les échevins de Lyon (dont Gadagne et Symphorien Champier) décidèrent de construire un grand hôpital, sur les lieux de l'actuelle chapelle : c'est l'Hôpital de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône ou Grand Hôtel-Dieu.

En 1532, François Rabelais est nommé médecin de l'Hôpital, il avait à sa disposition une vingtaine de religieuses « tant repenties que d'autres qui sont là dedans rendues pour l'honneur de Dieu, pour servir les pauvres lesquels sont nourris et habillés ». Rabelais a quitté subitement son poste en 1535, probablement à cause de l'affaire des Placards.

Le XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1622, les locaux devenus exigus sont détruits et remplacés par un ensemble de constructions en forme de croix, groupées autour d'un dôme central : les salles des Quatre-Rangs. On construit une nouvelle église sur l'emplacement de l'ancien bâtiment, d'après les plans de l'architecte Ducellet ; on en pose la première pierre le 23 décembre 1637, en présence du cardinal Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, archevêque de Lyon, et du marquis de Villeroy.

Des agrandissements sont encore nécessaires, et l'endettement pousse l'administration au bord de la faillite. On construit de 1658 à 1663 un bâtiment réservé aux convalescents, sur les quais du Rhône.

Les longues guerres qui ensanglantent la fin du siècle augmentent le nombre de mendiants, qui se porte au dixième de la population. Louis XIV autorise trois loteries successives afin de rassembler les subsides nécessaires à la prise en charge des soldats des armées d'Italie et de Catalogne. Il accorde également de nouveaux privilèges à l'Hôtel-Dieu.

Parmi les médecins de l'Hôtel-Dieu, les personnalités les plus marquantes de l'époque sont Claude Pons, qui traitait les malades contagieux (il légua tout son bien aux pauvres), Jean de Lamonière (l'auteur d'un Traité sur la peste), Pierre Garnier, (mort en 1709 et auteur respecté de plusieurs éditions de traités de formules et de médecine, particulièrement pour le traitement de la vérole), etc.

Le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Statue de Childebert Ier
L'Hôtel-Dieu et le pont de la Guillotière à la fin du XVIIIe

De 1741 à 1761 est construit sur les courtines du Rhône le « temple magnifique », véritable « monument élevé à la fièvre », comme le remarqua plus tard Joseph II d'Autriche. Les plans sont établis par Soufflot ; la façade en pierre de taille blanche est véritablement opulente avec une riche décoration extérieure. Le grand dôme est construit à partir de 1755 afin de permettre le renouvellement de l'air dans les immenses salles communes. Les statues du roi Childebert Ier et de la reine Ultrogothe, fondateurs du tout premier hôpital en 549, ornent l'entrée principale.

Le dôme est achevé en 1764, mais déjà on regrette « la facilité avec laquelle on s'est livré à des constructions plus brillantes qu'utiles ».

L'Hôtel-Dieu a excellente réputation à cette époque. De 1737 à 1748, on note une mortalité de un sur quatre à l'Hôtel-Dieu de Paris, contre un sur quatorze à celui de Lyon.

L'époque révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Cette période funeste à Lyon n'a pas épargné la médecine et le soin des indigents. Différents décrets, de 1789 au 9 thermidor, suppriment les ordres religieux et tout ce qui est « organisation » (Sociétés médicales, Collège des médecins et des chirurgiens) ainsi que l'instruction (permettant à tout un chacun de se proclamer médecin). Le résultat est un trouble profond dans la marche des hôpitaux.

La situation financière, guère brillante à la fin de l'Ancien Régime, devient catastrophique car les principaux revenus des hôpitaux (octrois et privilèges) sont coupés. Les Recteurs, après avoir financés personnellement l'Hôtel-Dieu, sont contraints de démissionner en 1791 et d'en remettre la direction au Directoire du département Rhône et Loire, lequel nomme huit administrateurs. Le bilan était effroyable : « il n'y avait dans la maison ni toile, ni farine, ni vins, ni drogues ; l'hôpital était débiteur, en capitaux exigibles, de 3 246 437 livres » (A. Croze).

Le siège de Lyon par les armées de la Convention et le bombardement de l'Hôtel-Dieu pendant toute la durée de ce siège, du 8 août au 9 octobre 1793, ne laissa que des ruines. De plus, pendant la Terreur qui a suivi le siège de Lyon, on a établi une liste précise, bien que peut-être incomplète, des victimes guillotinées ou fusillées :

  • onze médecins
  • trente-et-un chirurgiens dont sept étudiants en chirurgie
  • huit apothicaires ou herboristes

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'Hôtel-Dieu de Lyon

L'hôpital est encore agrandi et abrite désormais près d'un millier de malades, dont cent vingt-cinq militaires. Il perd peu à peu son autonomie : son administration se confond avec celle de l'hôpital de la Charité. On y trouve :

Les médecins 
Huit titulaires nommés par concours depuis 1811, et quatre suppléants. Ils portent jusqu'en 1866 la robe rouge et la toque
Les chirurgiens 
Réhabilités par l'instauration d'un concours en 1788, la chirurgie est mise au niveau de la médecine en 1794. Un seul chirurgien-major, suppléé par un aide-major, s'occupe de quatre cents lits de chirurgie ; il est chargé de la surveillance des 17 élèves-internes, y compris ceux de médecine. Celui-ci doit rester célibataire le temps de sa fonction (jusqu'en 1879), et doit loger à l'hôpital (logement libre en ville à partir de 1885).
Les aumôniers 
Nommés par l'archevêque, ils célèbrent les messes tous les matins et administrent les sacrements. Un prêtre-économe gère l'hôpital.
Les servants 
On compte cent dix frères (ils peuvent abandonner leur titre de frère et rejoindre la vie publique), et cent quatre-vingt-dix sœurs.

Lyon était au XIXe siècle un centre actif de la chirurgie, au point que « triompher au majorat de l'Hôtel-Dieu, c'était s'emparer du sceptre de la chirurgie dans le sud de la France ».

Principaux chirurgiens-majors du Grand Hôtel-Dieu (il y en a eu 24)[N 2] :

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Étienne Destot et les débuts de la radiologie à Lyon[modifier | modifier le code]

Wilhelm Röntgen découvre les rayons X en décembre 1895 ; conscient des retombées énormes de cette technique, tant en médecine qu'en technologie, il en fait don à l'humanité. À Lyon, Étienne Destot réalise les premières radiographies en février 1896 et, équipé et outillé, il crée le premier service de radiologie français dans une boutique désaffectée de l'Hôtel-Dieu. Ollier y a souvent recours à la fin de sa carrière.

Léon Bérard, précurseur de la cancérologie[modifier | modifier le code]

Hôtel-Dieu de Lyon, vu de la colline de Fourvière

Léon Bérard crée en 1923 le second centre anticancéreux français dans le grand dôme de l'Hôtel-Dieu. Il finance, par l'intermédiaire de l' Association lyonnaise de lutte contre le cancer, l'achat d'une quantité importante de radium qui est utilisé dans le traitement des cancers du col utérin et de la muqueuse buccale. L'afflux de patients nécessite dès 1935 un déménagement à l'hôpital de Grange-Blanche, puis, en 1958, l'installation au centre Léon-Bérard.

Aujourd'hui et demain[modifier | modifier le code]

L'Hôtel-Dieu a été jusqu’à octobre 2010 un centre hospitalo-universitaire dépendant des Hospices Civils de Lyon. Afin de récupérer et vendre ce bâtiment exceptionnel construit sur un site de premier ordre, le premier hôpital lyonnais a été définitivement fermé et tous ses services ont été transférés vers d’autres établissements des Hospices Civils de Lyon [4].

Suite au projet présenté le 25 septembre 2009 [5], le comité de pilotage du projet de reconversion du site de l’Hôtel-Dieu a annoncé le vendredi 29 octobre 2010, la candidature retenue de l’équipe constituée de Eiffage Construction avec Generim et de Albert Constantin (architecte lyonnais) et Didier Repellin (Architecte en chef des Monuments Historiques) avec InterContinental (chaîne hôtelière) [6],[7] .

L'Hôtel-Dieu sera reconverti partiellement en hôtel de luxe de 140 chambres dont l’entrée se fera par le dôme central. Les rez-de-chaussées seront destinés aux activités commerciales, comme prévu jadis sur les plans de Soufflot, et le reste du site sera occupé par des activités tertiaires et un centre de conventions. Enfin, les cours intérieures seront ouvertes au public. Démarrage des travaux en 2012, livraison par tranches de 2014 à 2016 [8],[9],[10].

L'Hôtel-Dieu renfermait également le Musée des Hospices Civils de Lyon, témoin de son riche passé. Il a fermé définitivement fin décembre 2010 [11]. Il y a toujours le projet de réinstallation d'un grand musée médical et anatomique, qui pourra rassembler de nombreuses collections lyonnaises d'un immense intérêt historique : notamment celles du Musée Testut-Latarjet. Cette réunion pourrait devenir l'un des plus grands musées médicaux de France [12].

Accessibilité[modifier | modifier le code]

Lyon tcl logo-metro-full.svg
Ce site est desservi par la station de métro : Bellecour.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Alain Bouchet et coll., La Médecine à Lyon des origines à nos jours, Paris, Éditions Hervas, 1987.
  • Christophe Cornillon, La Morte de l'Hôtel-Dieu, Éditions La Taillanderie, 2008.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La rue Mercière partait à l'époque de l'église Saint-Nizier (au débouché du pont du Change sur la Saône) pour traverser en courbe la Presqu'île.
  2. Parmi les autres chirurgiens qui ont occupé ce poste prestigieux, on peut citer : Bajard A. (1793-1857), Peiffer A. (1803-1833), Desgranges A. (1819-1896), Baumers R.F. (1823-1862), Barrier F. (1813-1870), Létiévant J.J (1830-1884), Mollière D. (1848-1890), Gangolphe M. (1858-1919), Pollosson M. (1851-1926).

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'Hôtel-Dieu classé Monument historique mlyon.fr
  2. « Notice no PA00117821 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, Lyon, 2007, 955 p. (ISBN 978 2.84147 190 4[à vérifier : isbn invalide]) ; p.250
  4. « Hôpital Hôtel-Dieu - Où serez-vous pris en charge ? », Hospices Civils de Lyon (consulté le 2 novembre 2011)
  5. « Quel avenir pour l’Hôtel-Dieu de Lyon ? », Bibliothèque municipale de Lyon (consulté le 22 novembre 2009)
  6. « Eiffage s’installe à l’Hôtel-Dieu », Lyon info (consulté le 2 novembre 2011)
  7. « Archi Euro Conseil » (consulté le 2 novembre 2011)
  8. « Hôtel-Dieu Lyon - Projet de reconversion Hotel Dieu Lyon, transformation Hotel Dieu Lyon, Eiffage construction, Eiffage immobilier », Site du projet (consulté le 2 novembre 2011)
  9. « Communiqué de presse - Reconversion de l'Hôtel-Dieu : choix du lauréat », Hospices Civils de Lyon (consulté le 2 novembre 2011)
  10. « Dossier de presse - Reconversion du site de l’ Hôtel-Dieu », Hospices Civils de Lyon (consulté le 2 novembre 2011)
  11. « Communiqués et dossiers de presse - Musée de l'Hôtel-Dieu : Dernières dates pour en profiter / Décembre », Hospices Civils de Lyon (consulté le 2 novembre 2011)
  12. « Musée des Hospices Civils de Lyon, Grand musée santé lyon, musée histoire de la médecine, 1er musée médical français, musée dentaire, musée de la pharmacologie, musée d’anatomie, Patrimoine Hôtel Dieu Lyon », Site du projet (consulté le 2 novembre 2011)