Bandonéon

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Aníbal Troilo et son Alfred Arnold Doble A

Le bandonéon est un instrument de musique à vent et à clavier de la famille des instruments à anches libres, originaire d'Allemagne.

Il existe une confusion sur la différence entre les clavier bi-sonores et uni-sonores du bandonéon, qui ne désignent pas un système particulier, mais définissent deux ensembles de systèmes distincts.

  • On appelle à tort « diatonique », les bandonéons aux claviers bi-sonores, car ils sont parfaitement chromatiques (ils ont douze notes par octave) aussi bien en tirant qu'en poussant. Un bandonéon diatonique n'est en fait qu'un concertina allemand avec deux ou trois rangées de boutons en plus et une étendue de presque cinq octaves.
  • On appelle à tort « chromatique », les bandonéons aux claviers uni-sonores Pegur, car tous les bandonéons sont chromatiques.

Le bandonéon est bi-sonore car directement issu du concertina qui lui est diatonique bi-sonore. Il existe autant de systèmes de claviers que de facteurs d'instruments. Des systèmes de claviers "uni-sonores" tels que le Kusserov, Peguri en 1925, Piano ou encore Chromatica, ont été aussi fabriqués et utilisés localement pour certains.

Histoire[modifier | modifier le code]

Inspiré du concertina allemand de Carl Friedrich Uhlig (originaire de Chemnitz) probablement autour de 1834, il semblerait que la demande croissante d'étendre la tessiture de l'instrument et la volonté de jouer dans toutes les tonalités, ait poussé à l'invention du bandonéon.

Heinrich Band, qui possède un magasin d'instruments de musique à Krefeld en 1843, a conceptualisé le nouveau système de claviers. Plus tard en 1847 Friedrich Zimmermann fabrique aussi des bandonéons à Carlsfeld. On trouve sa trace à l'exposition universelle de 1851 à Londres où il présente ses instruments. Les termes de bandonion puis "bandonéon" arriveront plus tard en 1854 et viennent d'un hommage rendu par le fabricant et les premiers musiciens à Henrich Band qui défendait ce nouvel instrument en éditant notamment des partitions, une méthode et en revendant les instruments sous la marque "Band-Union".

Dans les Ateliers de Zimmermann travaille Ernest Louis Arnold. Il reprendra l'affaire en 1864 quand le propriétaire émigrera vers les États-Unis. À la mort d'Ernest, l'entreprise est florissante et en pleine expansion. Hermann son ainé reprend l'affaire et Alfred monte la sienne. Ernest Louis Arnold (ELA) et Alfred Arnold (AA) sont les deux manufactures les plus importantes de l'histoire du bandonéon.

Estampille AA

Cet instrument est dans un premier temps destiné à jouer du folklore d'Europe centrale. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que le bandonéon arrive en Argentine. Il devient l'instrument emblématique du tango. Alfred Arnold en est la marque mythique. Le tango est étroitement lié au "Doble A" qui fut adopté par tous les professionnels. C'est encore aujourd'hui le son de référence.

Durant les années d'entre-deux-guerres, on fabrique les plus beaux instruments de l'histoire. Les ateliers tournent à plein régime et exportent en masse vers l'Argentine. La France sera aussi un marché important avec la mode du tango qui envahit l'Europe dès 1920. La production n'est pas artisanale, c'est une fabrication en série avec une multitude de pièces sous-traitées que l'on retrouve chez pratiquement tous les facteurs de l'époque (soufflets, boutons, marqueteries, clés d'air, etc.). Carlsfeld et Klingenthal font partie d'une région orientée autour de la fabrication du bandonéon, de l'accordéon et du concertina, ce qui permit le développement d'activités dans le corollaire de ces instruments.

La Seconde Guerre mondiale sera terrible pour toutes ses usines qui vont disparaître les unes après les autres. La Saxe devient un land de la RDA. Les usines ELA en 1959 et AA en 1949 sont nationalisées par le régime communiste. Elles seront avec d'autres marques regroupées dans une même marque d'État "Harmona". L'époque d'or de l'entre-deux-guerres est finie. Les instruments, produits après 1948 sous la marque VEB Bandonionwerk "Harmona" vorm AA, sont de moins bonne facture et vieillissent très mal. La production de bandonéons à Carlsfeld s'arrêtera en 1964. Le tango connait aussi des difficultés telles que le bandonéon tombe peu à peu dans une certaine désuétude.

Le retour à la mode du tango, dans les années 1980, redonne une vigueur nouvelle au bandonéon. Astor Piazzolla devient un musicien mondialement reconnu. L'instrument s'internationalise. Il existe aujourd'hui des bandonéonistes sur toute la planète et ce symbole du tango se métisse de plus en plus avec les cultures populaires et contemporaines (jazz, world, musiques contemporaines), ce qui motive la reprise de la fabrication de nouveaux bandonéons, au début du XXIe siècle, inspirés par les "Doble A" des années 1920-30.

Facture[modifier | modifier le code]

musique d'un bandoneón


Le bandonéon est composé dans sa facture de différents éléments :

  • La mécanique
    • La mécanique se compose de deux parties :
      • La musique qui est composé de plaques (en zinc ou en duralumin) sur lesquels sont rivetées des lames d’acier. Ces lames rentrent en vibration avec l’air et émettent des sons différents suivant leur taille. Plus elles sont larges et longues plus elles émettent un son grave; plus elles sont fines et petites plus elles émettent un son aigu. Les plaques sont fixées aux sommiers de la mécanique.
      • Le bloc mécanique des claviers est composé de boutons collés sur des leviers qui actionnent des clapets et qui laissent passer l’air dans les sommiers en tirant ou en poussant. Cet air libéré met en vibration les lames qui émettent un son. La mécanique est en bois et l’articulation des leviers en laiton et acier.
Mécanique clavier
  • Le soufflet
C’est une partie essentielle de l’instrument. C’est là que l’on confectionne le son. Le soufflet est étanche. L’air est emprisonné à l’intérieur. On exerce une compression en tirant ou en poussant sur le soufflet. Ce qui permet de mettre en vibration les lames quand on appuie sur un bouton.
Un clapet, actionné par une clef, permet l’évacuation ou le remplissage de l’air dans le soufflet.
  • La caisse
La caisse est en bois (en résineux) elle est plaquée avec le plus souvent du poirier noirci (aspect ébène) ou de palissandre. Les vernis communément utilisés sont les vernis au tampon. Suivant les marques et les modèles, les bandonéons sont marquetés de nacres avec des motifs floraux et des filets de maillechort le tout dans le style art nouveau. La caisse à très peu d’incidence dans le son de l’instrument. Mais les ouvertures des deux côtés ainsi que la caisse de résonance du côté gauche sont importantes dans l’émission et le timbre du son.

Galerie[modifier | modifier le code]

Les matériaux rentrant dans la confection du bandonéon sont :

  • la caisse :
    • bois (plaquage et massif)
    • maillechort
    • nacres (suivant les modèles)
  • les claviers et mécaniques :
    • galalithe
    • nacre
    • bois
    • cuir
    • laiton
  • la musiques (plaques et lames) :
    • acier (pour les lames)
    • zinc ou duralumin (pour les plaques)
  • soufflet :
    • carton
    • bois
    • cuir
    • maillechort

La facture du bandonéon a toujours été quasi-industrielle, les grandes marques de l'histoire sous-traitant un maximum de pièces (boutons, soufflets, clefs d'air, etc).

Les claviers[modifier | modifier le code]

Le clavier d'un bandonéon diffère de celui d'un accordéon par sa conception. Les mains étant fortement limitées dans leur mouvement par des sangles, il a fallu rapprocher les boutons des doigts. Ils sont donc disposés en arcs et les rangées sont étagées. Chaque bouton commande l'émission d'une seule note à la fois, alors que l'accordéon a aussi des touches d'accords. De plus, pour les bandonéons bi-sonores, la note produite n'est pas la même selon que l'on ouvre ou ferme le soufflet. Le registre d'un bandonéon approche six octaves. Ce registre est couvert par le clavier de gauche pour les graves et celui de droite pour les aigus. Les deux claviers ont une octave commune mais se distinguent par leur timbre.

Les systèmes[modifier | modifier le code]

bandoneon "Cardenal" par Ela
  • invention du concertina allemand par Uhlig (Chemnitz, 1835) définition du nucléus (partie centrale du clavier actuel, commune au bandonéon et au concertina) système diatonique (ré/la)avec 56 voix (28 boutons)
  • 1850 : conceptualisation autour du nucléus du premier bandonéon bi-sonore par Band (Krefeld) et fabriqué par Zimmermann (Carlsfeld) en 1850
  • extension du clavier jusqu'à 130 voix (soit 65 touches) ; ce clavier est dénommé Rheinische Lage
  • vers 1870 : exportation du bandonéon dans le Río de la Plata
  • les Argentins adoptent le Rheinische Lage à 142 voix comme système standard. (Bi-sonore)
  • 1906 Heinrich Steinfurth invente le Piano-Bandonion - Deux claviers parallèles avec les boutons disposés comme sur un piano (uni-sonore)
  • en 1912, les claviers argentins ont aussi connu une extension à 152 voix qui ne sera pas adoptée par les tangueros (Bi-sonore)
  • pendant ce temps, les Allemands continuent de faire évoluer de leur côté le clavier à 130 voix, puis tentent d'unifier leurs systèmes, ce qui donne en 1924 la disposition Einheitsbandoneon, différente de la disposition argentine.
  • 1925 Louis Péguri élabore un premier système Péguri uni-sonore inspiré du clavier droit de l'accordéon chromatique (main gauche bi-sonore)
  • 1927 Ernst Kusserow conceptualise le système qui portera son nom (main droite uni-sonore et main gauche en accords)
  • 1929 Alfred Arnold commercialise le Doble A 142 voix (systèmes argentin et Péguri essentiellement)
  • dans les années 1950, Paul Chalier invente le système Pablo Caliero pour Fratelli Crosio (uni-sonore inspiré du système peguri)
  • aujourd'hui le système le plus utilisé sur la planète est le système Rheinische Lage dit "Argentin" 142 voix. Car c'est le système usité par les plus grands maitres de l'histoire de cet instrument qui sont pour la plupart en Argentine. Le système argentin est à la base de toute la littérature instrumentale du tango, ainsi que du folklore argentin. Le système Péguri connait un renouveau en Europe. Sa plus grande simplicité, sa logique, la symetrie des clavier en font un instrument plus facile d'apprentissage et mieux adapté à l'improvisation.

Technique de jeu[modifier | modifier le code]

Émettre un son avec un bandonéon est assez simple. Il suffit d'appuyer sur un ou plusieurs boutons tout en exerçant une compression de l’air dans le soufflet soit en tirant soit en poussant. Les deux mains sont emprisonnées dans des courroies de cuir. Seul les pouces reste en dehors de la courroie. Le pouce de la main droite servira à actionner la clef d’air. On attaque les boutons avec la pointe des doigts tout en gardant la main assez creuse.

Il existe différentes manières de jouer du bandonéon qui sont souvent l’héritage culturel de techniques locales. Les deux plus souvent usités sont les techniques que l’on trouve dans le tango argentin, assis ou debout.

  • On peut jouer assis avec le bandonéon posé à plat sur les genoux. On laisse tomber l’instrument de chaque côté du ou des genoux. Ainsi on utilise la force gravitationnelle qui permet plus facilement l’émission du son. Quand on joue en poussant, on coince le soufflet entre les cuisses et on ramène en utilisant le poids de l’instrument. Cette technique permet de contrôler pleinement les sons émis.
  • La technique debout fut rendue célèbre par Astor Piazzolla qui utilisait cette position en concert. Le musicien est debout avec un pied posé sur une caisse, un tabouret ou une chaise d'environ 60 cm de haut. La jambe forme ainsi une équerre. Le bandonéon repose sur le genou de cette jambe et tombe de chaque côté de celle-ci. Cette technique présente l’avantage d’avoir un son plus dense et plus fort en tirant. Mais présente les désavantages de compliquer le contrôle du son, le jeu à deux mains (en solo) et le jeu en poussant.

La technique instrumentale a évolué tout au long du XXe siècle grâce aux bandonéonistes argentins. Des premiers virtuoses (Arolas, Ortiz, Laurenz, Maffia, etc) jusqu’aux virtuoses d’aujourd’hui (Pane, Marconi, Mosalini, etc.) la manière de conceptualiser le bandonéon[Quoi ?] s’est modifiée en fonction de l’évolution du tango et du langage utilisé dans celui-ci. Un nom est à retenir: celui de Leopoldo Federico qui révolutionna le bandonéon dans les années 1950 et 60. Ce grand maitre toujours vivant est à la base de la technique actuelle du bandonéon. On lui doit une série d’arrangements (Fuimos, El Marne, Gardia Vieja, Buen Amigo, Che Bandoneon, etc) et des compositions (Un Fuelle en París, Éramos Tan Jóvenes, etc) spécialement dédiés au bandonéon qui sont des références indiscutables dans l’histoire de cet instrument. Outre Federico, d’autres bandonéonistes ont donné au répertoire pour bandonéon solo des œuvres qui ont permis l’évolution de l'instrument. On retiendra Maximo Mori, Calixto Sallago, Antonio Ríos, Astor Piazzolla, Felix Lipesker.

Les deux plus fameuses écoles de bandonéon en termes de pédagogie furent celles initiées par Antonio Ríos à Rosario (300 km au nord de Buenos Aires) et par Marcos Madrigal à Buenos Aires.

Bandonéons et bandonéonistes[modifier | modifier le code]

Bandonéonistes célèbres :

Facteurs de bandonéons célèbres :

  • Carl Zimmermann - 1847 à 1864
  • Ernst Louis Arnold (ELA) - de 1864 à 1959
  • Alfred Arnold (AA) - de 1911 à 1949
  • Meneil & Herold (BBB) - de 1893
  • Arno Arnold - de 1950 à 1971
  • VEB Bandonionwerk "Harmona" vorm Alfred Arnold
  • Uwe Hartenhauer
  • Bandoneon & Concertinafabrik Klingenrhal GmbH

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Article réalisé à partir des données de Christian Mensing, Maria Dunkel et de la maison bandoneon Carlsfeld.