Événement de Heinrich

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Heinrich-events.png

L'expression « événement de Heinrich » désigne des événements géoclimatiques correspondant à la libération d'une grande quantité d'eau douce et d'icebergs dans l'Atlantique Nord, due à la fonte de glaciers, et corrélativement à une montée de la mer.

Description[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'événements qui se sont déroulés durant la dernière glaciation.

Le géologue allemand Hartmut Heinrich est le premier à avoir décrit ces événements dans les années 1980, à partir de l'étude des sédiments marins qui ont conservé des roches érodées apportées par les icebergs issus des glaciers polaires. Ces roches dites « ice rafted debris » ont été libérées par les icebergs au milieu de la mer au fur et à mesure de leur fonte. Plus tard, d'autres indices de ces événements ont été trouvés[1].

Les scientifiques ont distingué en creusant le plancher océanique six événements distincts nommés de H1 à H6, le dernier événement H6 étant le plus ancien.

La fonte des icebergs et de la calotte glaciaire a causé la libération d'une grande quantité d'eau dans l'Atlantique Nord. L'arrivée d'une telle quantité d'eau non salée froide a provoqué une baisse de la densité de l'eau et une modification des courants de l'océan et correspond souvent à une modification générale du climat de la Terre.

Événement Âges, en millier d'années
Hemming (2004) Bond & Lotti (1995) Vidal et al. (1999)
H0 ~12
H1 16.8 14
H2 24 23 22
H3 ~31 29
H4 38 37 35
H5 45 45
H6 ~60
H1 et 2 ont été datés par le C14, H3 à 6 par corrélation de GISP2.


Corrélations[modifier | modifier le code]

Les événements de Heinrich sont corrélés à des événements géologiquement enregistrés en d'autres lieux :

  • dans les glaces polaires. On retrouve ces cycles dans les carottes de glace[1] ;
  • dans les terrasses de corail de la péninsule Huon (Huon Peninsula ou HP pour les anglophones) dans la province Morobe, à l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pour des raisons tectoniques, cette région est l'une de celles qui s'élèvent le plus au monde, ce qui permet d'y observer le profil de terrasses côtières particulièrement bien conservées à Sialum. Ces terrasses témoignent de l'histoire géo-climatique de la région du Pacifique (et du monde) au cours des 300 000 dernières années. Elles sont considérées comme les plus belles séquences de terrasses de cette sorte au monde et à ce titre sont scientifiquement étudiées. Elles ont notamment conservé la trace de changements climatiques cycliques et marqués entre 30 000 ans) et 65 000 ans).
    On y distingue des cycles de 6000 à 7 000 ans) qui se sont tous conclus par une nette élévation du niveau de la mer (10-15 m durant 1000 à 2 000 ans), après une longue période de baisse de niveau[1]. La datation précise de ces événements a montré qu'ils correspondaient pour chacun à une arrivée massive d'icebergs et de roches transportées par la glace puis larguées par les icebergs dans les sédiments autour du pôle nord.
    La montée du niveau marin pourrait être l'élément déclencheur qui a forcé de manière quasi synchrone les lâchers de glace contenant des inclusions rocheuses du socle d'Amérique du Nord et de l'Est du Groenland[1].
  • dans les sédiments marins. Des cycles semblables à ceux observés dans les terrasses de la péninsule Huon ont aussi été enregistrés dans les sédiments marins via des variations de teneurs du substrat en isotopes de l'oxygène benthique (étudiées en Atlantique nord). Ces variations sont trop importantes pour être uniquement expliquées en termes de volumes de glace[1]. L'analyse conjointe des niveaux marins et de ces enregistrements isotopiques suggère que les profondeurs du nord de l'océan Atlantique se sont refroidies quand le niveau de mer a baissé et se sont réchauffées quand le niveau de la mer a monté, à chaque cycle de 6 000 ans environ[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f John Chappell, « Sea level changes forced ice breakouts in the Last Glacial cycle: new results from coral terraces », Quaternary Science Reviews, Volume 21, n° 10, mai 2002, pp. 1229-1240. Decadal-to-Millennial-Scale Climate Variability doi:10.1016/S0277-3791(01)00141-X (Résumé)