Wuwei (philosophie chinoise)

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Wuwei, wu wei ou wou wei (chinois simplifié :  ; chinois traditionnel :  ; pinyin : wúwéi) est un concept taoïste qui peut être traduit par « non-agir[1] » ou « non-intervention[2] ». Pour autant, ce n'est pas une attitude d'inaction ou de passivité, mais le fait d'agir en conformité avec « l'ordre cosmique originaire[3] », le mouvement de la nature et de la Voie (Tao)[1].


L'expression paradoxale wei-wu-wei, « agir sans agir », est notamment utilisée par Lao Tseu dans le Tao Tö King et reste l'objet de nombreuses interprétations[4].

Lao Tseu a fait de wuwei un principe politique de gouvernement idéal[5] ; son influence se traduit par le fait que le trône de plusieurs empereurs (comme Kangxi[6]) était surmonté d'un panneau de laque qui portait l'inscription wuwei, en tant que devise nationale, et ce jusqu'à la fin de la Chine impériale en 1911[7]. Plusieurs entrepreneurs chinois ont également une plaque avec cette inscription dans leur bureau[6].

Le wuwei peut être rapproché, dans la philosophie indienne, du terme sanskrit naishkarmya (नैष्कर्म्य​)[8] (IAST : naiṣkarmya), traduit également par « non-agir[9] » et qui est l'attitude qui permet la libération de tout karma grâce au non-attachement à l’action et à ses fruits. Il est par exemple utilisé dans la Bhagavad-Gita (chapitre III « Karma-yoga », verset 4)[10].

Origine[modifier | modifier le code]

Wu en chinois peut se traduire par rien, non-être, néant, vide. La notion de wu wei, quant à elle, est souvent traduite par la passivité ou le non-agir. Toutefois, « elle désigne ou plutôt suggère une attitude de réceptivité et de disponibilité extrême aux évènements et aux situations dans lesquels nous nous trouvons inclus et impliqués sans en avoir la maitrise »[11]. Les langues européennes, pour la plupart, désignent une réalité lorsqu'elles emploient le mot être. Le non-être, quant à lui, désigne donc une non-réalité. Ce dualisme n'est pas partagé pour la langue, voire la culture chinoise : le néant n'est pas un vide absolu. « [C]e n’est pas grand-chose, mais ce n’est pas rien. C’est très proche de ce que Jankélévitch (1981[12]) appelle "le presque rien" »[11]. Le non-être chinois est le lieu de possibilités de genèse qui ressemblerait à une graine qui germerait, pour ensuite entrer en maturation, éclore et disparaitre.

Le wu wei n’est pas pour autant un concept. C’est plutôt une « notion empirique qui s’expérimente dans un processus de dessaisissement et de non affirmation de soi »[11] dans la pensée taoïste.

Éthique de l’agir[modifier | modifier le code]

Au niveau éthique, le wuwei se manifeste chez celui ou celle qui a cessé les actions égoïstes et passionnelles et les a remplacées par l'humilité, l'altruisme, la tolérance, la douceur, et ceci sans aucune prétention à la sagesse[3].

Le wu wei peut donc être compris comme une éthique comportementale. C'est là un modèle nécessitant, de la part de l'individu qui le pratique, « une attention diffuse non focalisée, non précipitée, non arrêtée et bloquée sur une perception particulière, ce qui risquerait d’anticiper une position et de contrarier le flux d’un processus en cours »[11]. Cette éthique se rapproche de l'idée d'être absorbé-e par une chose et non seulement de se concentrer sur cette chose. Cela peut aussi représenter un mode de perception, où la conscience erre et ne cherche pas à s'agripper à un élément en particulier, ce qui laisse place à toutes les possibilités de genèse, décrites plus tôt.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Marsone, « Zhuangzi », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 16 octobre 2014).
  2. Marcel Granet, La pensée chinoise (1934), Albin Michel, (lire en ligne).
  3. a et b Gerhard J. Bellinger, Encyclopédie des religions, Librairie Générale Française, (ISBN 9782253131113), p. 731.
  4. (en) David Loy, « Wei-wu-wei: Nondual action », Philosophy East and West, vol. 35, no 1,‎ , p. 73-87 (lire en ligne).
  5. (en) Herrlee Glessner Creel, What Is Taoism?, University of Chicago Press, (lire en ligne), p. 52
  6. a et b (en) Nick Obolensky, Complex Adaptive Leadership, Ashgate Publishing, (lire en ligne), p. 196.
  7. Claude Grégory, « La pensée chinoise », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 16 octobre 2014).
  8. (en) Georg Feuerstein, The Deeper Dimension of Yoga: Theory and Practice, Shambhala Publications, (lire en ligne), p. 47.
  9. Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit (lire en ligne)
  10. (en) Jeaneane D. Fowler, The Bhagavad Gita: A Text and Commentary for Students, Sussex Academic Press, (lire en ligne), p. 52.
  11. a b c et d François Laplantine (2016) "Wu wei", in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines.
  12. Jankélévitch, Vladimir, (1903-1985), Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. 2, La méconnaissance, le malentendu, Éd. du Seuil, (ISBN 2020060019, 9782020060011 et 2020057980, OCLC 489294009, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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