Sustine et abstine

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Détail de l'œuvre de Filippino Lippi, L'Apparition de la Vierge à saint Bernard, datant de 1486 sur laquelle l'inscription « svbstine (variante de svstine)•etabstine » figure au-dessus de l'auréole de saint Bernard de Clairvaux.
« sustine » et « abstine » inscrits en 1556 sur la partie haute du portail de l'hôtel Felzins à Toulouse.

Sustine et abstine (svstineetabstine) est la maxime des stoïciens (traduite du grec ancien : ἀνέχου καὶ ἀπέχου, anekhou kai apekhou) qui signifie littéralement « Supporte et abstiens-toi »[1]. Elle est attribuée à Épictète (Ier siècle et IIe siècle apr. J.-C.) mais rapportée par son élève Arrien.

Histoire[modifier | modifier le code]

La devise est attribuée à Épictète, le philosophe majeur du stoïcisme impérial, et est donnée comme maxime synthétique de l'esprit de son œuvre. Elle devint par la suite maxime de l'ensemble de l'école du Portique. Bien que les stoïciens aient vu d'un mauvais œil la christianisation de l'Empire romain[2], les premiers chrétiens s'inspirèrent de la morale stoïcienne pour régir leur vie monastique. Le Manuel d'Épictète était jugé comme conforme à la vie chrétienne, la maxime fut ainsi inscrite sur de nombreux lieux de cultes ou ouvrages à caractère religieux et ce malgré le but différent des deux doctrines (bonheur individuel pour le stoïcisme, soumission à Dieu pour le christianisme). À partir de la Renaissance et du siècle des Lumières qui vit la redécouverte de la philosophie antique elle fut à nouveau associée au monde laïc.

Signification[modifier | modifier le code]

Épictète insistait sur le fait de distinguer :

  • les choses qui dépendent de nous et sur lesquelles nous devons concentrer nos efforts[3];
  • les choses qui ne dépendent pas de nous et sur lesquelles nous n'avons aucune influence.

Pour vivre heureux et libre, il ne faut pas lutter en vain contre ce qui ne dépend pas de nous, mais au contraire l'accepter et nous abstenir des vices qui nous y exposent. C'est le sens de cette maxime : « Supporte » tous les maux qui ne dépendent pas de toi et « abstiens-toi » des passions qui peuvent t'exposer à ces maux.

Cette attitude doit également permettre d'atteindre l'ataraxie (« absence de troubles ») grâce à l'apatheia (« absence de passions »). Les stoïciens jugent en effet ces deux éléments indispensables afin de ne diriger sa vie que selon la raison[4] grâce à la connaissance scientifique[5] et ainsi tendre vers la sagesse (sophia), condition de la liberté et du bonheur.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aulu-Gelle, Nuits Attiques, livre XVII, chapitre 19.
  2. Ernest Renan, Marc Aurèle ou la Fin du monde antique, Calmann-Lévy, 1882, p. 53-68 – chapitre IV : « Persécutions contre les chrétiens ».
  3. Manuel d'Épictète - L, LI
  4. Le Journal International - J.-B. Roncari - Le stoïcisme, une philosophie de vie intemporelle - «Toute l’éthique stoïcienne tourne donc autour du bon usage de la raison qui doit nous permettre d’avoir le contrôle sur nos représentation en toutes circonstances. Il s’agit d’un art de la distance par rapport à tout ce qui agit sur nous.», «Les stoïciens considèrent que c’est l’habitude et l’éducation qui nous persuadent de certaines choses, que la douleur est un mal par exemple. La raison doit alors agir comme un filtre qui accepte ou non la passion et la régule.», «Dans la théorie, le stoïcisme est donc un système philosophique qui considère la raison comme le remède aux maux de la vie. C’est en effet grâce à cette raison, spécifique à l’espèce humaine, que l’Homme peut atteindre le bonheur (défini par l’ataraxie) et ce, quelles que soient les circonstances de sa vie.»
  5. Définition donnée par Ætius (395- ), I, Préface 2.