Wallifornie

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La Wallifornie est un territoire[1] mythique désignant une zone géo-politico-économique belge située en région wallonne.

Étymologie et origine[modifier | modifier le code]

Contraction de “Wallonie“ et de “Californie“, le néologisme Wallifornie est apparu dans la sphère politique dès la fin des années 80[2], à l'initiative de Melchior Wathelet (à l’époque Ministre-Président de la Région wallonne) et de Gilles de Kerchove (chef de cabinet du vice-premier ministre)[3]. Il souligne à l'origine le rêve d'un essor pour la Wallonie, à l'image du Brabant wallon perçu comme une sorte de Silicon Valley[4] wallonne en raison d'une forte présence d'entreprises performantes dans le domaine des nouvelles technologies[5]. Cette perception d'une Wallifornie gagnante[6] sera cependant nuancée par certaines organisations syndicales[7],[8] ou par l'Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi[9].

Il faut noter que le terme Wallifornie a connu en 2010 un important regain de popularité suite à son usage fréquent au sein de la communauté hip-hop belge francophone[10] pour désigner ironiquement l'idée d'un Eldorado wallon.

Géographie[modifier | modifier le code]

La Wallifornie désigne avant tout la province du Brabant wallon. Suite à son succès médiatique, cette appellation sera cependant revendiquée pour évoquer le Hainaut[11] ou désignera la région liégeoise (avec sa capitale Los AngeLiège[12]), ou le bassin industriel de Charleroi (surnommée Carolywood[13], capitale de Carolofornie[14]).

Arts & culture[modifier | modifier le code]

Dans différentes disciplines, des artistes s'emparent de ce mythe et le déclinent selon leur propre modèle. Devenue un label ou une marque[15], l'identité wallonne se redéfinit à travers un côté hype et branché, dans un mélange souvent critique de contre- et sous-culture[16].

Musique[modifier | modifier le code]

En 2010, la Wallifornie fait une apparition remarquée comme référence identitaire dans le hit[17] alternatif The Pope Of Dope des Party Harders, certifié disque d'or en Belgique[18]. Leur slogan anglophone "I come from Wallifornia / Dirty South from Belgium / Wa ! Wa ! Wa !" accompagnera les Party Harders autour du monde[19].

En 2012, le rappeur liégeois King Lee (alias L'enfant Pavé, ex-Starflam) publie le titre Menace 2 Wallifornie[10] sur l'album du même nom (Freaksville Records, 2012) dans lequel il livre une vision critique de sa région. Citons également l'apport du rappeur carolo Sopranal avec le titre Wallifornie Love extrait de l'album du même nom (Autoproduit, 2012), et du chanteur louviérois Romano Nervoso (feat. Mon Colonel) avec Straight Out Of Wallifornia sur l'album Born to Boogie (Mottow Soundz, 2014).

Art[modifier | modifier le code]

En 2012, la comédienne Manah Depauw et la plasticienne Cathy Weyders créent la performance apocalyptico-utopique "La Wallifornie" [20],[21].

Photographie[modifier | modifier le code]

Le photographe montois Anthony Anciaux explore la culture pop wallonne et réalise d'étonnants portraits marqués par le rêve américain, dans des séries telles que Jemappes Cheerleaders (Musée de la Photographie, Charleroi, 2010)[22],[23] ou Voyage en Wallifornie (Galerie Satellite, Liège, 2015)[24].

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Yves Hanin, « Du Prat au SDER : commentaires et mises en perspective », Territoire(s) wallon(s), no 5,‎ , p. 45 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « Le plan régional a été à plusieurs reprises l’outil de mise en cohérence des sous-régions wallonnes. Il devait dépasser la guerre des bassins, la rivalité entre les villes du sillon, la concurrence entre villes et campagnes voire même les tiraillements entre la Wallifornie, l’Ardenne touristique et le Hainaut en reconversion. »
  2. Henri Deleersnijder, « Regards sur la culture wallonne - Que représente la Wallonie pour vous ? », Le 15e Jour du mois - Mensuel de l'Université de Liège, no 227,‎ , p. 11 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « Pour moi, la Wallonie, et sa culture en particulier, s’assimile au concept de la “Wallifornie”. Concept forgé dans les années 1980 par Melchior Wathelet père et Gilles de Kerchove qui prédisaient l’essor de la région wallonne, puis réutilisé en termes plus culturels par King Lee dans les années 2000. Cette Wallifornie est un territoire culturel et artistique marqué par le mélange de cultures et contre-cultures de tous types […] »
  3. Alice Thelen, « Itinéraire : Gilles de Kerchove », Louvain, no 173,‎ , p. 17 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « On avait lancé le concept de ‘Wallifornie’. À l’époque, cela faisait rire mais c’était un plan Marshall quinze ans avant l’heure. »
  4. Henri Dupuis, Jean-Michel Lalieu et Robert Van Apeldoorn, « Yves Jongen et Pierre Mottet managers de l'année », Trends Tendances, nos 1-2,‎ , p. 18-24 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « Melchior Wathelet, alors ministre des Nouvelles technologies à la Région Wallonne, y voit un projet en phase avec son rêve d'une Wallonie transformée en Silicon Valley, la Wallifornie. »
  5. Marianne Saenen, L’avenir des mouvements associatifs en milieu rural : Étude sur la commune de Ramillies, Est Brabant wallon, UCL, Presses Universitaires de Louvain, (ISBN 9782874631429, lire en ligne), p. 7 « Dans des cadres paysagers recherchés, des développements technologiques d'excellence font que le terme de "Wallifornie" a parfois été avancé pour caractériser des réussites spectaculaires, parmi lesquelles on épinglera le parc scientifique lié à l'Université catholique de Louvain, Swift à La Hulpe et, de manière générale, l'industrie pharmaceutique devenue une spécificité de la province avec 65 % de l'emploi régional et 24 % de l'emploi national dans la branche. »
  6. Théo Hachez, « Entre blanc et bleu, la Wallifornie laïque », La Revue Nouvelle, vol. 106, no 9,‎ « […] En caricaturant un peu, on passerait d’une politique d’accompagnement social des sous-régions défavorisées à une volonté de soutien des pôles de développements, privilégiant l’axe nord-sud et en particulier le Brabant wallon. Outre son dynamisme économique évident, cette sous-région a l’avantage d’être le laboratoire wallon de l’alliance laïque et de sa tactique d’étouffement du P.S.C. Back to the winners ! Plutôt que de ramasser les "blessés", les futurs optimistes s’emploieront à cultiver, envers et contre le Hainaut et les autres coins sinistrés, l’image d’une Wallifornie gagnante […] »
  7. « La "Wallifornie" a deux visages », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le 17 septembre 2018) « La CSC et la FGTB ne contestent pas le développement et la réussite économique du Brabant wallon. Cependant, les syndicats ont voulu apporter […] une vision plus nuancée d’une province que certains surnomment un peu vite la "Wallifornie". Pour les syndicalistes, le fossé des revenus et entre les générations ne cesse de se creuser. »
  8. Eric Meuwissen, « La Wallifornie ? Attention, nuances ! », Le Soir,‎ « Fossé ! Le mot est revenu tel un leitmotiv lors de la conférence de presse organisée vendredi par les syndicats (FGTB/CSC) sur le thème de la « prétendue Wallifornie ». Fossé entre le Brabant wallon et les autres provinces ; fossé entre les riches et les pauvres ; fossé entre les différentes communes de la province (Lasne et Tubize). Fossé au sein d’une même commune (voyez les revenus moyens et médians à Lasne), fossé entre les générations... Autant de fossés qui nuancent le concept de Wallifornie que l’on applique un peu trop vite à la Jeune Province, selon les syndicats. »
  9. Vincent Fifi, « Le Brabant wallon est-il encore la "Walifornie" vantée par certains ? », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le 20 septembre 2018) « Actuellement, la province compte 19 588 demandeurs d’emploi inoccupés, ce qui représente 11,3 % de la population active. C’est mieux que la moyenne wallonne, où ce chiffre s’élève à 16,4 %. Il existe cependant de fortes disparités entre communes : le taux minimum se retrouve à Walhain, avec 7,6 %, et le maximum à Tubize avec 15,3 %… ce qui reste toutefois en dessous de la moyenne wallonne. »
  10. a et b Hélène Molinari,, « King Lee’s wallifornian flow », C4, no 216,‎ , p. 17 (lire en ligne, consulté le 20 septembre 2018)
  11. Frédéric Chardon, « La Wallifornie est hennuyère », sur La Libre Belgique, (consulté le 15 septembre 2018).
  12. Thomas E. Florin, « Au coeur de la Wallifornie », Gonzaï, no 14,‎ , p. 60 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « […] Liège, ou Los AngeLiège de son nom wallifornien. »
  13. Thomas E. Florin, « Au coeur de la Wallifornie », Gonzaï, no 14,‎ , p. 60 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « […] Charleroi, aujourd’hui rebaptisée San-Carolo ou Carolywood. »
  14. « Carolofornie », Panneau "Carolofornie" au Rockerill, salle de concerts à Charleroi, sur Flickr (consulté le 17 septembre 2018)
  15. Thomas E. Florin, « Au coeur de la Wallifornie », Gonzaï, no 14,‎ , p. 60 (lire en ligne [PDF], consulté le 15 septembre 2018) « La Wallifornie est donc une marque, et non un endroit où vivre. Elle est moderne car elle se cantonne au paraître, et crée une couche de fiction pour ces hommes et femmes dont la souffrance, elle, n'est pas en carton-pâte. La Wallifornie est la quintessence d’un paradigme mondial ou rien n’a d’existence, car tout est remplaçable, tant que cela reste en faveur de la croissance économique. »
  16. Hélène Molinari, « La Wallifornie, territoire mythique », sur C4 magazine, D'une certaine gaieté, (consulté le 20 septembre 2018)
  17. Le titre “The Pope Of Dope“ (Lektroluv/PIAS, 2010) produit par le groupe gantois The Subs entre à la 2e place de l’Ultratop 50 Dance (classement belge officiel) le 8 mai 2010, directement après “Alors on danse“ de Stromae.
  18. Le groupe flamand The Subs s'est vu remettre un disque d’or lors de leur concert du vendredi 8 juillet 2001 au festival Les Ardentes à Liège pour le single "The Pope of Dope", réalisé avec les liégeois de Party Harders, également présents sur scène pour l'occasion. « Ardentes: The Subs va recevoir un disque d’or ce soir ! », La Meuse,‎ (lire en ligne, consulté le 15 septembre 2018)
  19. Suite au succès de “The Pope Of Dope“, les Party Harders ont effectué un nombre impressionnant de performances, DJ sets ou résidences, notamment en France, en Espagne, en Roumanie, au Canada ou en Afrique du sud, comme le raconte Eric Bassleer (alias Mon Colonel) leader du groupe, lors d'une interview pour le podcast Hobby sur Radio Rectangle, voir Hobby #29 : Je cherche à comprendre : La Wallifornie
  20. « Manah Depauw & Cathy Weyders : La Wallifornie », Présentation de l'installation-performance "La Wallifornie", sur Hiros, Hiros, société de production et de gestion (consulté le 15 septembre 2018)
  21. (en) Cathy Weyders, « Manah Depauw & Cathy Weyders : La Wallifornie », Photos de l'installation-performance "La Wallifornie", sur Cathy Weyders (consulté le 27 mars 2019)
  22. « Jemappes Cheerleaders », Présentation de la série, sur Vaudou, Vaudou (consulté le 15 septembre 2018)
  23. Cédric Lobelle, « Anthony Anciaux expose au musée de la Photographie », La Dernière Heure,‎ (lire en ligne, consulté le 15 septembre 2018)
  24. « Voyage en Wallifornie », Présentation de l'exposition "Voyage en Wallifornie ", sur Galerie Satellite, Cinema Churchill (consulté le 15 septembre 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]