Voix du Nord

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Voix du Nord est le nom donné à l'un des mouvements de résistants français de la zone Nord occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mouvement[modifier | modifier le code]

Organisé autour d'un journal, Voix du Nord, il tente de fédérer les différents groupes de résistance de la zone interdite. Jules Noutour, policier et syndicaliste lillois, mort en déportation, est le principal instigateur de ce mouvement. Avec lui, un groupe d'hommes d'horizons divers constituent le noyau de Voix du Nord, parmi lesquels l'ancien maire catholique social de Bailleul, Natalis Dumez[1], Georges Vankemmel, pharmacien à Armentières, René Decock, Lionel Alloy, Jules Houcke, Marcel Houcke, André Dammarez, Charles Bertrand, Jules Obin, Albert van Volput.

Le mouvement reflète le patriotisme de la population, séparée du reste du pays, relevant de l' administration militaire de la Belgique et du Nord de la France, et pouvant craindre l'annexion.

Il s'organise autour d'une filière d'évasion[2] puis adopte par la suite une organisation militaire[3].

Le mouvement devient, surtout après l'arrivée de Pierre Deshayes envoyé par Londres en janvier 1943, une organisation militaire visant la Libération. Georges Vankemmel prend en charge l'instruction des premiers groupes, Lionel Alloy puis Maurice Bouchery, premier chef régional, les commandent. Au début de 1944, les premiers groupes sont répartis sur une douzaine de secteurs[3].

Ces groupes constituent un véritable régiment, aux effectifs parfois grossis par des combattants d'autres mouvements ou réseaux décimés par les arrestations, comme l'Organisation civile et militaire (OCM). Ils mènent ou participent à différentes actions ː renseignement, repérage de terrains pour les largages, acheminement des armes et matériels reçus, opérations de sabotage, filières d'évasion pour les aviateurs abattus dans la région, soutien aux familles de déportés ou fusillés,...[3].

Les arrestations se succèdent ː Dumez en septembre 1942, Noutour en septembre 1943. De nouvelles personnes prennent la relève à chaque fois.

Le mouvement est représenté auprès du gouvernement provisoire de la République française constitué à Alger en 1944, et participe aux comités départementaux de Libération[3].

Il est difficile de fixer un nombre précis de membres du mouvement, en raison même de la clandestinité, des modalités de participation parfois ponctuelle ou régulière. En revanche, le nombre de résistants de Voix du Nord fusillés, morts sous la torture, disparus en déportation ou tués au combat est estimé à plus de cinq cent trente[3].

Publication[modifier | modifier le code]

Le réseau fera paraître 66 numéros de son journal clandestin, d'avril 1941[1] au 5 septembre 1944. Pierre Houriez, chef d'un réseau d'évasion et Pierre Deshayes, envoyé par Londres, sont les principaux responsables de sa diffusion.

Le premier numéro, qui parait dès le 1er avril 1941, déclare en une ː « On ne transige pas avec le devoir et l'honneur, on ne pactise pas avec le mal, on ne collabore pas avec l'ennemi[4].» Il est confectionné à Lille, les suivants le seront dans différents endroits, en fonction des possibilités, de la situation de chacun, de la répression également. Le journal affirme clairement son soutien au général De Gaulle et à la France Libre[2].

Le journal se veut l'emblème de la résistance dans la région et s'appelle La Voix du Nord et du Pas de Calais; il porte en-tête les mots Liberté Égalité Fraternité et s'intitule Organe de la résistance de la Flandre française[2].

Les conditions de publication sont particulièrement pénibles, tout manque ː le papier, l'encre de mauvaise qualité; la rédaction, le tirage, l'acheminement, chaque étape comporte des risques. Des quatre pages ronéotypées du premier jour, on passe rapidement à six puis à dix. En raison des difficultés d'approvisionnement en papier, la pagination est de nouveau réduite : quatre pages en février 1943. Le tirage, faible au début (900 exemplaires) passe à 15 000 au 1er janvier 1943. De même, la périodicité, bi-mensuelle jusqu'en septembre 1942, puis mensuelle à partir de 1943.

Le journal étonne par sa longévité, malgré les coups portés par l'occupant, qui remettent en question chaque parution. Le nombre de tirages varie selon les possibilités et les moments, de quatre à cinq mille exemplaires en moyenne jusqu'à vingt mille). Le mouvement essaye de lui donner la plus grande régularité possible. Le journal réussit même pendant quelques mois de 1943 à assurer une édition locale dans l'arrondissement de Béthune[2].

Un moment proche du mouvement et du journal Libération-Nord, de tendance socialiste, qui dispose de moyens financiers plus conséquents, le journal garde son indépendance éditoriale, tenant à pouvoir s'adresser à des patriotes de toutes sensibilités[3].

L'arrestation de Nautour en septembre 1943 amena, malgré la relève prise par Robert Pouille et Maurice Pauwels, la cessation de parution en décembre 1943. Jules Houcke, alors président du comité départemental de libération, évadé de la prison de Loos, va assurer la publication des deux derniers numéros clandestins en juillet et août 1944. Il va également prendre en charge la parution du premier numéro sorti au grand jour le 5 septembre 1944, il s'agissait du 66e numéro[3].

Le journal a eu une grosse influence dans la région en fédérant la Résistance et en maintenant la confiance dans la victoire[3].

Le groupe la Voix du Nord a sorti plusieurs publications autour du journal, notamment un recueil des 63 numéros parus avec cd-rom sous le titre Les Voix du Nord clandestines[5].

Libération[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre, le journal le Grand Écho du Nord, collabore avec l'Allemagne nazie et à la libération, on juge ses dirigeants avec beaucoup de clémence. Les locaux et l’imprimerie du Grand Echo sont repris par la Voix du Nord et les anciens journalistes et cadres du Grand Écho travailleront à sortir le journal la Voix du nord en kiosque. Pour les membres du journal issu de la résistance et notamment ses deux fondateurs qui ne sont pas encore rentrés de déportation en février 1945, cela devient de la trahison de pseudo-résistants[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Marie Duhamel, « Les 70 ans de « La Voix du Nord » - 1. Printemps 1941 - automne 1942 : le temps des fondateurs », sur le site du quotidien « La Voix du Nord », (consulté le 13 mai 2011)
  2. a b c et d Michel Marcq, cité dans la bibliographie, p. 14
  3. a b c d e f g et h Michel Marcq, option citée, p. 15
  4. Bruno Vouters, « Le pays revit, la région vivote », dans Cent ans de vie dans la région, Tome 3 ː 1939-1958, La Voix du Nord éditions, Hors série du 17 juin 1999, p. 5.
  5. « Les Voix Du Nord Clandestines », sur La boutique des lecteurs (consulté le 4 août 2019)
  6. La Voix du Nord, impostures, arnaques et profits (labrique.net)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Marcq, « Un journal clandestin se fait la voix de la Résistance », dans Cent ans de vie dans la région, Tome 3 ː 1939-1958, La Voix du Nord éditions, Hors série du 17 juin 1999, p. 14-15.

Articles connexes[modifier | modifier le code]