Morue

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cabillaud (homonymie).
Morue
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
L'appellation « Morue » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après

Morue de l'Atlantique (Gadus morhua)

Taxons concernés

Genres :

Morue, ou cabillaud, est un nom vernaculaire désignant en français des poissons de plusieurs espèces de l'ordre des Gadiformes. Ces poissons vivent dans les eaux froides. Auparavant populaire et méprisé, ce grand poisson est présent aujourd'hui sur la carte de bien des restaurants pour sa saveur et les multiples préparations dont il fait l'objet. En effet, sa chair est particulièrement appréciée car, dépourvue de fines arêtes, elle se détache facilement de l'épine dorsale et des robustes côtes. La pêche en surnombre est à l'origine de sa rapide raréfaction, à l'exception des stocks de cabillauds de la mer de Barents dont la quantité augmente depuis le milieu des années 2000[1],[2],[3].

Le terme « cabillaud » est apparu dans la langue française en 1278. Le terme vient du néerlandais kabeljauw. Quant au terme de "stockfish", moins usuel, c'est un mot d'origine allemande utilisé pour désigner des filets de cabillaud (Gadus morhua) séchés à l’air libre. En Norvège, le cabillaud de l'océan Arctique qui vient frayer chaque année dans l'archipel des iles Lofoten est appelé Skrei, terme issu de l’ancienne expression viking « å skreide fra » (Skrida), qui signifie une avancée « à grandes enjambées », rapide[4].

Liste d'espèces appelées « morue »[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'espèces avaient été mises pêle-mêle dans le genre Gadus, mais ont été réparties de façon plus rationnelle dans d'autres genres de la famille des Gadidae.

Ainsi, on ne reconnaît aujourd'hui plus que trois espèces dans le genre Gadus :

Voici quelques-unes des espèces de morue dans d'autres genres que Gadus :

Appellation « morue » dans le commerce[modifier | modifier le code]

Conserve de foie de morue, de provenance russe

Étant donné la popularité de ce poisson et le déclin de ses populations, l'industrie de la pêche a estimé utile de donner ce nom à d'autres espèces qui se trouvent dans l'hémisphère sud et qui peuvent se cuisiner de la même manière.

En matière de pêche, le nom « cabillaud » peut être réservé aux morues d'âge mûr, alors que le terme « morue » est employé de préférence pour les individus juvéniles. Au Québec, le nom « cabillaud » est inconnu, et seul le terme « morue » désigne toutes les formes de ce poisson.

En termes culinaires, « cabillaud » s'emploie pour désigner le poisson frais ou surgelé par opposition à « morue » qui s'applique au poisson séché et salé (à ce sujet, consulter l'article « Conservation des aliments » ). On trouve dorénavant l'appellation « morue fraîche », car le terme « cabillaud » renvoie à un poisson trop commun ou industriel. Le terme anglais « Cod Fish » est utilisé pour désigner le cabillaud.

Gastronomie et utilisations diverses[modifier | modifier le code]

L'huile de foie de morue extraite du foie est réputée aider à la croissance et au développement intellectuel des enfants, même si ces derniers, pour son goût, ne l'apprécient pas toujours. Elle est particulièrement riche en acides gras essentiels oméga-3[réf. nécessaire]. Elle est aussi traditionnellement recommandée en cas d'ostéoporose ou de fracture. Elle peut cependant contenir des métaux lourds ou certains polluants solubles dans le gras (POPs notamment, bioaccumulés par la morue).

Autrefois considérée comme un plat réservé aux plus modestes, la morue (cabillaud séché, salé ou salé et séché) et le cabillaud frais sont devenus au contraire aujourd'hui des ingrédients « nobles », dont les prix sont souvent significatifs[5].

Ainsi, le Skrei de Norvège, surnommé le "roi des cabillauds" est-il considéré par les chefs du monde entier comme un produit d'exception, et est, à chaque saison (janvier à avril), proposé à la carte dans les restaurants de luxe[6].

Pêche[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Port de Paimpol à l'époque de la pêche en Islande.

Du XIe au XIIe siècles, la pêche de la morue est exclusivement norvégienne. Le siècle suivant, l'Allemagne, le Danemark, les îles britanniques et les Pays-Bas s'intéressent à cet or blanc des mers. Dès le XIIIe siècle, les ports de Flandre et de Haute-Normandie pratiquent la pêche dans le mer du Nord puis autour de l'Islande[7].

Au XVIe siècle, Les Français envoient des bateaux sur les Grands Bancs de Terre-Neuve pour pêcher la morue, probablement les Basques d'abord puis les ports bretons et normands de la Manche, bientôt suivis par les ports anglais[8]. Deux principales techniques sont utilisées : la pêche de la morue sèche, dite « pêche sédentaire », se pratique principalement le long des côtes poissonneuses. Depuis le navire au mouillage dans un havre près de la côte et chargé de sel, partent des chaloupes avec trois hommes qui pêchent à la ligne de fond et ramènent leurs prises chaque soir sur les graves où elles sont préparées (parage , nettoyage) et séchées sur des échafauds ou à même le sol. Cette technique est progressivement supplantée par la pêche de la morue verte, dite « pêche errante » dans laquelle de gros bateaux se laissent dériver et suivent le déplacement des bancs de morue, qui une fois prises avec une ligne, sont séchées et mises en cale[9]. À partir des années 1780 une nouvelle technique se développe et devient prédominante : la pêche au moyen de lignes dormantes nommées harouelles. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, la pêche à la morue est devenue industrielle. L'armateur engage un capitaine ou patron de pêche à la tête de trois-mâts terre-neuviers armés dans des ports comme Fécamp, Granville ou Saint-Malo.

Article détaillé : Terre-neuvas.

À la même époque, la pêche à la morue se pratique en Islande à partir de goélettes. Paimpol est au cœur de cette pêche illustrée par le roman de Pierre Loti "Pêcheur d'Islande".

Menaces et pressions sur la morue[modifier | modifier le code]

Une morue du Pacifique pêchée en Alaska.

Les morues font partie des espèces en forte régression et menacées par la pollution et la surpêche, à l'exception du skrei, cabillaud de l'océan Arctique qui se reproduit dans l'archipel des iles Lofoten et qui grâce à la stricte politique de quotas de pêche menée par la Norvège constitue aujourd'hui le stock de cabillauds le plus important au niveau mondial. Cette réserve augmente même chaque année depuis le milieu des années 2000[3],[2],[1].

  • Les norvégiens Axel Boeck et Ossian Sars ont dès 1850 calculé à partir des prises des pêcheries arctiques des îles Lofoten que les stocks étaient modulés par une variation naturelle cyclique, mais aussi par une surpêche conduisant périodiquement à l’effondrement de la pêcherie et à l'épuisement de la ressource au-delà d'un seuil ne permettant plus à l'espèce de se reproduire.
    Le biologiste anglais Michael Graham a noté que certains stocks de poissons (plies en l'occurrence) se sont reconstitués après qu'on eut diminué la pression de pêche durant la Première Guerre mondiale. Ceci a laissé penser qu'en diminuant la pression de pêche, le stock se reconstituerait rapidement, mais plus tard, on a montré que l'écosystème pouvait être durablement affecté par la régression massive d'une espèce et que parfois cesser la pêche d'une espèce ne suffisait pas à lui permettre de reconstituer sa population antérieure.
  • En mer du Nord, le stock de morue serait en train de lentement se reconstituer, depuis que sa pêche est fortement limitée [réf. nécessaire], mais une étude du centre de recherches Océan du futur de Kiel, publiée en 2010, a néanmoins montré qu'avec les plafonds actuels fixés par la politique commune de la pêche, l'objectif européen de reconstitution des ressources halieutiques ne pourra être atteint avant 2030[10], et que pour 12 espèces, dont la morue, le carrelet et le flétan, le niveau des stocks est tellement faible que même l'arrêt total et immédiat de la pêche pour ces poissons ne permettra pas leur reconstitution d'ici 2015 (objectif fixé au Sommet de la Terre de 2002)[10].
  • La pollution des mers affecte aussi ces poissons. On a montré en 2009[11] que de jeunes morues franches (Gadus morhua) exposées à de faibles doses de pétrole (brut de mer du Nord) comprenant des alkylphénols et hydrocarbures aromatiques polycycliques dans l'eau présentaient d'importants changements dans la composition de leur protéines du plasma ; 137 protéines étaient exprimées différemment, selon le niveau d'exposition au pétrole brut et bon nombre des changements survenus apparaissaient après de faibles niveaux d'exposition. L'étude de ces protéines laisse penser que ce pétrole a des effets sur la fibrinolyse, le système immunitaire, la fertilité, la résorption osseuse, le métabolisme des acides gras et l'augmentation du stress oxydatif, avec aussi des troubles de la mobilité cellulaire et une augmentation du taux de protéines associées à l'apoptose. Un des apports de cette étude est que certaines protéines du plasma de cabillaud pourraient devenir des biomarqueurs reflétant les effets potentiels de pétrole brut et le fait qu'un poisson ait été exposé à du pétrole avant d'avoir été pêché[11].
  • En 1992, le gouvernement canadien, Brian Mulroney, instaure un moratoire sur la pêche de la morue dans l'Est canadien (Terre-Neuve et Labrador). Les stocks de morue, autrefois très abondantes, se sont effondrés. Ce moratoire a causé une augmentation du chômage soit 30 000 habitants de la provinces. Cela représente également la disparition d'un mode de vie basé sur la pêche[12].

En 2010, Greenpeace International a ajouté la Morue de l'Atlantique à sa liste rouge des produits de la mer. Cette liste comprend des espèces menacées parce que leur méthode de pêche ou de production a des conséquences négatives sur l’espèce elle-même, sur d’autres espèces marines ou sur certaines populations ou bien qu’elle entraîne la détérioration d’un écosystème, qu’elle est mal gérée ou qu’elle est pêchée de façon illégale[13].

Autres acceptions[modifier | modifier le code]

Dans un registre de langue familier, en France, le terme « morue » désigne également une prostituée. Il est parfois aussi simplement utilisé pour désigner une femme, vulgairement et avec dédain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) « The Barents Sea Cod - the last of the large cod stocks », Rapport du Fonds mondial pour la nature (World Wild Fund for Nature),‎ (lire en ligne)
  2. a et b Knut Sunnana, biologiste à l'Institut norvégien de Recherche marine in Skrida, des poissons et des hommes Réalisation : Pierre Guyot © 2010 PressPartner
  3. a et b (fr) « Prélèvements 2012 de cabillauds arctiques », Havforskningsinstituttet (Institut de Recherche Marine de Bergen),‎ (lire en ligne)
  4. (fr) « Le cabillaud, la morue ou le Skrei », Le Blog du Capitaine Laurent,‎ (lire en ligne)
  5. (fr) « Prix moyens mensuels de vente au détail en métropole - Filet de cabillaud », Bulletin statistique de l'Insee,‎ (lire en ligne)
  6. (fr) « Le skrei, un cabillaud d'élite », Le Point,‎ (lire en ligne)
  7. Gérard Deschamps, Les lignes : pêche professionnelle en mer et pêche de loisir, Éditions Quae,‎ 2005, p. 12
  8. Charles de La Morandière, Histoire de la pêche française de la morue dans l'Amérique septentrionale, G.-P. Maisonneuve et Larose,‎ 1962, p. 58
  9. Jacqueline Hersart de La Villemarqué, La pêche morutière française de 1500 à 1950, IFREMER,‎ 1995, p. 21
  10. a et b 30 ans pour atteindre les objectifs de l'UE en matière de reconstitution des réserves halieutiques ?, Bulletins électroniques d'Allemagne, 27 janvier 2010, Ministère des Affaires étrangères (France)
  11. a et b Anneli Bohne-Kjersema, Arnfinn Skadsheim, Anders Goksøyra & Bjørn Einar Grøsvika, ; Candidate biomarker discovery in plasma of juvenile cod (Gadus morhua) exposed to crude North Sea oil, alkyl phenols and polycyclic aromatic hydrocarbons (PAHs) ; doi:10.1016/j.marenvres.2009.06.016
  12. « Moratoire sur la pêche de la morue », sur www.heritage.nf.ca (consulté le 12 janvier 2016)
  13. Liste rouge

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-René Clergeau, La Moulue Saurette (la morue salée), Vaux-sur-Mer, Éditions Bonne-Anse,‎ , 130 p. (ISBN 2-9523431-4-4)
  • Blandine Vié, La Morue, entre sel et mer : Préface de Paul Bocuse, Paris, Jean-Paul Rocher Editeur, 200 p. (ISBN 2-911361-32-6)
  • Mickaël Féval, Pêche en Norvège : Préface de Dominique Loiseau, Paris, LEDUC.S Editions,‎ , 144 p. (ISBN 978-2-918790-02-0)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Guyot, SKRIDA : Des poissons et des hommes, 52 minutes, © PressPartner Productions / Histoire / CRRAV,‎

Articles connexes[modifier | modifier le code]