Valérie Charolles

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Valérie Charolles
Valérie Charolles en janvier 2018.
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Valérie Charolles est une philosophe française née le à Dijon[1].

Docteure en philosophie et habilitée à diriger des recherches[2], elle est chercheure au Laboratoire d’Anthropologie Critique Interdisciplinaire (ex Centre Edgar-Morin) au sein du Laboratoire d'Anthropologie Politique (UMR 8177 CNRS & EHESS)[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle passe son enfance en Franche-Comté et entre à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud en 1989 (option philosophie). Elle soutient en 1991 sa maîtrise à l'Université Paris 1 sous la direction de Jacques Bouveresse. Elle est diplômée de Sciences-Po (section service public, mention lauréate) en et intègre l'École nationale d’administration (concours externe, majeure économie) au sein de la promotion René Char (1993-1995).

Entre 1995 et 2002, elle travaille au Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, d'abord à la direction du Trésor, puis, à partir de 1999, au cabinet du Ministre de l'industrie où elle est notamment chargée des technologies de l'information et de la communication[4]. Elle enseigne en parallèle à Sciences-Po les grands enjeux du débat politique, économique et social, et les enjeux politiques[5]. Après avoir été directeur financier de Radio France (2002-2005)[6], elle rejoint la Cour des comptes comme rapporteure puis magistrate[7]. De 2019 à 2022, elle intègre l'école de management de l'Institut Mines-Télécom (Institut Mines-Télécom Business School) en tant que membre de la Chaire Valeurs et politiques des informations personnelles de l'IMT (2019 à 2021)[8]. Chercheure associée au Laboratoire d'Anthropologie Critique Interdisciplinaire à compter de 2017, elle y est chercheure titulaire depuis 2022[9].

Elle a publié en particulier Le libéralisme contre le capitalisme (2006, 2021), Philosophie de l’écran (2013), Les qualités de l’homme (2016), Se libérer de la domination des chiffres (2022).

Elle écrit régulièrement dans des revues et intervient dans le monde universitaire (Université de Paris, Cevipof, ENS-LSH, ENPC…) ou dans le débat public. Depuis 2017, elle anime avec Pierre-Antoine Chardel le séminaire de recherche «Socio-philosophie du temps présent. Enjeux épistémologiques, méthodologiques et critiques» à l'EHESS[10].

Aperçu de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Les livres de Valérie Charolles portent sur la manière dont l’économie, la quantification et la technique construisent le sujet et le monde contemporains. Elle estime que l’interrogation philosophique principale ne porte plus tant sur « les mots et les choses » que sur « les faits et les chiffres ». Elle réfléchit «sur la conversion intellectuelle (...) que nous impose l’avènement d’un monde désormais façonné par les échos et miroitements (Roger-Pol Droit[11].

Le libéralisme contre le capitalisme[modifier | modifier le code]

Ce livre, débattu dans la presse et les médias[12], examine les contradictions entre le libéralisme tel qu’il est défini par Adam Smith et le système économique contemporain. Il remet en cause la confusion entretenue entre libéralisme et capitalisme: «Nous sommes [...] largement persuadés de vivre dans un monde libéral, alors que le capitalisme qui nous gouverne n'a que peu à voir avec la théorie libérale»[13]. Mettant en avant la manière dont est traité le travail («travail sans valeur»), les logiques d'accumulation et de concentration à l'œuvre sur le marché du capital («capital antilibéral») et le rôle joué par les États depuis les années 1980 («État capitaliste»), l'ouvrage «montre en quoi notre modèle économique n’a que peu à voir avec la théorie libérale des origines»[14]. «Par-delà la question du libéralisme et du capitalisme, c’est le statut que nous donnons à l’économie, un statut que l’ouvrage qualifie de «totalitarisme mou» et auquel il consacre ses deux parties centrales («La domination idéologique de l’économie», «Penser l’économie"), que l’auteure entend radicalement contester»[15]. Prenant notamment appui sur Karl Popper et John Rawls, la différenciation qu'elle opère entre pratiques, normes, théories et discours en économie vise à également désigner des prises pour ce faire, en premier lieu desquelles la définition des acteurs économiques pertinents (entreprise, État) et la manière dont leurs performances sont établies, en particulier au travers des normes comptables.

Une nouvelle édition du livre, revue et augmentée, paraît en aux éditions Folio Essais (Gallimard)[16].

Se libérer de la domination des chiffres[modifier | modifier le code]

Le propos de Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? paru en 2008 est ainsi résumé par Olivier Mongin : « Après avoir rappelé que le XXe siècle fut celui des « mots et des choses » (allusion est faite à Foucault), c’est-à-dire celui du langage et de la communication (référence pourrait être faite au rôle de la linguistique et du structuralisme), l’auteure affirme que le XXIe siècle, le nôtre, sera celui des «faits et des chiffres » et que l’on ne doit pas se satisfaire d’un positivisme qui nous en rendrait esclaves[17]. L'ouvrage soutient que « dans un tel monde, la vision kantienne nous interdit de trouver les prises adéquates pour modifier le réel. Ces prises, on peut les trouver dans le cadre de référence que nous utilisons et que nous pouvons faire évoluer. »[18] C’est pourquoi, pour l’auteure, « il faut attaquer les marchés sur la question de leurs vérités –étant entendu que toute vérité est quelque chose de construit et qu’il ne faut pas en avoir une conception fixiste. C’est affaire de grammaire, comme le voulait Wittgenstein dans ses analyses des règles du jeu de langage. Car l’économie est bien un langage, celui d’une activité humaine qui a comme particularité de beaucoup s’incarner dans le chiffre. »[19]

En 2022, Se libérer de la domination des chiffres part du constat que «(l)es rapports entre les mots et les choses ont constitué une question centrale de la philosophie dans la seconde moitié du XXe siècle» et analyse en quoi «le problème s’est aujourd’hui déplacé et touche désormais les chiffres et les faits» ; évoquant tant les statistiques de la croissance, du chômage que les normes comptables ou le rôle des modes de décompte des suffrages en démocratie, l'ouvrage couvre «plusieurs registres : économie, statistique, prospective, mais aussi épistémologie et philosophie»[20].

Avec ce livre, «il s’agit non pas de se débarrasser des chiffres, mais de comprendre comment ils sont fabriqués (...) pour pouvoir mieux les mettre en débat et en reprendre le contrôle», en mettant en particulier en relief la « différence entre un nombre, qui renvoie à une valeur mathématique, et un chiffre, qui vise à établir la mesure d’un phénomène savamment construit. Si ce distinguo est central, c’est qu’il interroge notre regard sur le monde et ses évolutions à venir. En remettant en cause la vision mécaniste d’une prédiction par le chiffre, l’auteure plaide pour l’émergence d’une nouvelle forme de savoir qui reconnaisse « le rôle de l’inattendu, de l’irréversible et du non-durable » dans nos vies»[21]. Situant « cette investigation dans la glaise des chiffres » par rapport à « la vocation particulière que Ludwig Wittgenstein attribuait à la philosophie, la lutte contre l’ensorcellement de notre entendement par les moyens de notre langage »[22], le livre examine en particulier le rôle des règles de décompte : « les chiffres ne pouvant être produits sans règles et arrière-plans, il est de notre devoir de faire en sorte que ceux-ci ne soient pas biaisés, s’approchent le mieux possible de la réalité et ne négligent pas l’existence de notre libre arbitre lorsque la quantification porte sur des questions où il entre en jeu (p. 256) »[23].

Philosophie de l’écran. Dans le monde de la caverne[modifier | modifier le code]

Le livre porte sur les conséquences à tirer de la nouvelle forme du monde en jeu dans le développement des écrans (cinéma, ordinateur, réseaux) : le passage de l’univers infini de la science classique à "un système réfléchi" [24]. L'auteure dresse le constat que la plupart des concepts que nous continuons à utiliser, marqués par la recherche de formes fixes, notamment le déterminisme, ne conduisent à décrire ce qui se produit que sous la forme de la crise et « soutient que l’héritage de Platon, y compris dans son immense postérité logico-scientifique jusqu’à nos jours, n’a plus prise sur cette prolifération nouvelle de réel-virtuel, devenue, au quotidien, notre horizon pratique et notre univers mental »[25]. La fin de l'ouvrage explore les nouvelles catégories, politiques ou logiques, qui permettraient d’en rendre compte autrement et d’y trouver des points d’accroche[26].

Les qualités de l’homme. Manifeste[modifier | modifier le code]

Ce livre, "bref et dépouillé"[27], se présente comme une relecture de Passions de l’âme de Descartes à l’époque contemporaine (passions libérées ; passions récemment apparues ; …). Il remet en cause la séparation étanche entre le corps et l’esprit prêtée à Descartes par Antonio Damasio et les positions tenues notamment par Michael Gazzaniga sur l’illusion du libre arbitre[28]. Se fondant sur la place de l’aléa et de la diversité chez Darwin et sur les propriétés émergentes du cerveau, l'auteure soutient que l’explication scientifique de son fonctionnement ne réglera pas la question de l’être et que «la connaissance des bases neuronales de la subjectivité ne saurait régler la question de la démocratie»[29]. Ce manifeste s’achève par cinq règles pour la direction de la vie qui «ouvrent des interrogations plus qu’elles ne définissent un mode d’emploi de nos existence»[30].

Normes comptables, indicateurs économiques et modèles statistiques[modifier | modifier le code]

Au-delà du champ philosophique, Valérie Charolles propose depuis Le libéralisme contre le capitalisme des changements pratiques dans les indicateurs économiques, les formes des modèles statistiques utilisés et les normes comptables, reposant sur une définition de l'entreprise et de la sphère économique en lien avec une perspective d'équilibre et de long terme telle qu'on la trouve dans le libéralisme des origines. Elle a en particulier développé une méthode de comptabilisation de la valeur du travail dans le bilan des entreprises, présentée notamment lors du colloque conclusif des travaux du Collège des Bernardins sur l'entreprise[31].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Le libéralisme contre le capitalisme, Paris, Fayard, 273 p., 2006, (ISBN 978-2213630748).
  • Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?, Paris, Fayard, 334 p., 2008, (ISBN 978-2213634548).
  • Philosophe de l’écran, Paris, Fayard, 322 p., 2013, (ISBN 978-2213662855).
  • Les qualités de l’homme, Paris, Fayard, 157 p., 2016 (ISBN 978-2213699240).
  • Le libéralisme contre le capitalisme, Paris, Folio Essais, Gallimard, 384p., édition mise à jour, Postface inédite, 2021, (ISBN 978-2072886607).
  • Se libérer de la domination des chiffres, Paris, Fayard, 2022, (ISBN 978-2213717241).
  • Les philosophies des techniques. Un levier pour l'action, London, Iste, 2023, (isbn 9781784069438).

Articles (sélection)[modifier | modifier le code]

Dans la revue Esprit : « Choix démocratique et vérité des marchés », p. 133-149,  ; « Quand faut-il s'arrêter de compter ? », p. 84-97,  ; « D'un automne à l'autre : les chantiers de la comptabilité », p. 63-75, [32].

Dans la revue Le Débat: « Illusions et vérités du big data », p. 132-140, novembre- ; « Les faits et les chiffres : sur la mesure de la performance », p. 94-106, novembre- ; « Neuf thèses pour sortir de l'enfer économique », p. 101-113, janvier- ; « Le capitalisme est-il libéral ? », p. 88-103, septembre-[33].

Dans le journal Le Monde : « Il nous faut bon gré mal gré nous désintoxiquer de la voiture », tribune, p. 22,  ; « Face au peuple et aux pouvoirs intermédiaires, le roi est nu », tribune, p. 24,  ; « Le front national, fruit des institutions de la cinquième République », tribune, , p. 18 ; « Un déclin très masculin », tribune, p. 1 et 17, 22-[34].

Dans le Philosophie magazine : « En finir avec la monarchie électorale qui caractérise la France », p. 22,  ; «Capitalisme contre libéralisme », interview, p. 58-59,  ; « Le jeu avec la réalité », p. 29-30,  ; « La finance a-t-elle un plan de vol ? », interview, p. 52-53,  ; « Les machines ont-elles pris le pouvoir ? » interview, p. 42-43, [35].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Valérie Charolles - Who's Who », sur whoswho.fr (consulté le ).
  2. Elodie Ozenne, « Soutenance HDR de Mme VALERIE CHAROLLES », sur Direction de la Recherche et des Etudes Doctorales (consulté le ).
  3. « Valerie Charolles LAP », sur www.iiac.cnrs.fr (consulté le )
  4. « Le commando de la matignon valley », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. « Valérie Charolles - Who's Who ».
  6. « Valérie Charolles, directrice des affaires économiques et financières de Radio France », Stratégies,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. https://www.lesechos.fr/23/12/2004/LesEchos/19313-070-ECH_valerie-charolles.htm ; décret du 4 août 2010
  8. « Valérie Charolles rejoint la Chaire VPIP en tant que chercheure en philosophie | Chaire Valeurs et Politiques des Informations Personnelles » (consulté le ).
  9. EHESS, « Ecole doctorale droit, études politiques, philosophie », (consulté le )
  10. Socio-philosophie du temps présent. Enjeux épistémologiques, méthodologiques et critiques ( consulté le 21 janvier 2019)
  11. Roger-Pol Droit, figures libres, le monde des livres, 24 mai 2013
  12. Le Point, Hors-série no 12, « les textes fondamentaux du libéralisme », p. 93, 2007 ; France Culture Les nouveaux chemins de la connaissance intitulés « Libéralisme et capitalisme » (18 septembre 2008) ;« Ce soir ou jamais », France 3 (14 avril 2010) ; Philosophie magazine, février 2017 (p. 4,45, 58-59).
  13. Le libéralisme contre le capitalisme, p. 13.
  14. Revue Commentaire no 118, été 2007, p. 579
  15. Revue Commentaire, no 118, été 2007, p. 581
  16. « Le libéralisme contre le capitalisme - Valérie Charolles - Folio essais - Site Folio », sur www.folio-lesite.fr (consulté le ).
  17. Olivier Mongin, « Mesurer ? Prévoir ? Compter ? À quelle hiérarchie des valeurs les chiffres renvoient-ils ? À propos d’un livre de Valérie Charolles », Esprit, p. 76-85, juin 2009, p. 78
  18. Interview, Philosophie magazine, février 2013, p. 52-53
  19. Interview, Philosophie magazine février 2012, p. 42-43
  20. Charles Ficat, « Se libérer de la domination des chiffres », revue des deux mondes,‎ , p.208 (lire en ligne [PDF])
  21. Frédérique Letourneux, « Contre la numérolâtrie », Sciences humaines,‎ , p.70 (lire en ligne)
  22. Jules Rostand, « Se libérer de la domination des chiffres », Esprit,‎ , p. 143-144 (lire en ligne)
  23. Valérie Charolles, Se libérer de la domination des chiffres, Paris, Fayard, , 296 p. (ISBN 9782213717241, présentation en ligne), p. 256
  24. cf. l'analyse de Marcel Gauchet sur cette proposition « L’écran nouveau maître du monde », Marianne, 29 juin au 5 juillet 2013, p. 95 https://www.marianne.net/societe/lecran-nouveau-maitre-du-monde
  25. Roger-Pol Droit, Le Monde, supplément livres, « l’allégorie de l’e-caverne », 24 mai 2013, p.10
  26. Philosophie Magazine, sélection livre, Philippe Nassif, mai 2013, p.88
  27. Le monde, supplément livres, « Précis d’humanisme », Roger-Pol Droit, 14 avril 2016
  28. Valérie Charolles, Les qualités de l’homme, Fayard, 2016, p.55-117
  29. « Passions et libertés », sur les qualités de l’homme, Esprit, par Lucile Schmid, mai 2016, p.152
  30. Ibid.
  31. Le libéralisme contre le capitalisme (2006), p. 185-195 ; colloque conclusif des travaux des Bernardins sur l'entreprise 16 mars 2018 ; Entretiens du nouveau monde industriel, 18 décembre 2019 https://www.youtube.com/watch?v=U55hTDm3TAU
  32. « Revue Esprit | Revue Esprit », sur Esprit Presse (consulté le ).
  33. « Le débat » Auteurs » Valérie Charolles » (consulté le ).
  34. « Articles pour “Valérie Charolles” », sur Le Monde.fr (consulté le ).
  35. philomag, « Global search », sur Philosophie magazine (consulté le ).