Tonnerre de Brest

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Tonnerre de Brest est une expression qui trouve ses origines dans les intempéries régionales comme dans les usages canonniers pratiqués dans la ville du même nom.

Le coup de tonnerre d'avril 1718[modifier | modifier le code]

L'origine de l'expression est liée à des intempéries devenues légendaires:.

Vendredi 15 avril 1718, vers 4h du matin, après plusieurs jours de pluie et d’orages, un coup de tonnerre extraordinaire ébranle la région de Brest à Landerneau, 15km plus loin. La violence de cet orage resta dans les esprits, probablement appuyée par les dégâts occasionnés ainsi que par le nombre des victimes ayant survécu notamment là où furent sonnées les cloches des églises[1]. Ledit tonnerre fit l'objet de plusieurs rapports dont un compte rendu adressé à l’Académie des sciences par le scientifique et philosophe André-François Boureau-Deslandes[2] :

".Il y eut en Basse-Bretagne, la nuit du 14 au 15 Avril 1718, un Tonnerre extraordinaire, dont M. Deslandes , qui étoit alors à Brest, a donné l'histoire à l'Academie. II fut précédé par des orages & des pluyes qui avoient duré presque sans interruption pendant plusieurs jours ; enfin vint cette nuit du 14 au 15 qui se passa presque toute en éclairs très vifs, très fréquents et presque sans intervalle. Des matelots qui étaient partis de Landerneau dans une petite barque, éblouis par ces feux continuels, et ne pouvant plus gouverner, se laissèrent aller au hasard sur un point de la côte, qui par bonheur se trouva saine. A quatre heures du matin, il fit trois coups de tonnerre si horribles que les plus hardis frémirent.

Environ à cette même heure, et dans l’espace de côte qui s’étend depuis Landerneau jusqu’à Saint Paul de Léon, le tonnerre tomba sur 24 églises et précisément sur des églises où on sonnait pour l’écarter. Des églises voisines où on ne sonnait point furent épargnées.

(...) Mr Deslandes (...) eut la curiosité d’aller à Gouesnou, village à une lieue et demie de Brest, dont l’église avait été entièrement détruite par ce même tonnerre. On avait vu trois globes de feu de trois pieds et demi de diamètre chacun, qui s’étant réunis avaient pris leur route vers l’église d’un cours très rapide. Ce gros tourbillon de flamme la perça à deux pieds au-dessus du rez de chaussée, sans casser les vitres d’une grande fenêtre peu éloignée, tua dans l’instant deux personnes de quatre qui sonnaient, et fit sauter les murailles et le toit de l’église comme aurait fait une mine, de sorte que les pierres étaient semées confusément alentour, quelques-unes lancées à 26 toises, d’autres enfoncées en terre de plus de deux pieds.

Des deux hommes qui sonnaient dans ce moment là, et qui ne furent pas tués sur le champ, il en restait un que Monsieur Deslandes vit. Il avait encore l’air tout égaré, et ne pouvait parler sans frémir de tout son corps. (...)"

Autres version sur l'origine de cette expression[modifier | modifier le code]

Origine liée à la Marine[modifier | modifier le code]

L'arrivée d'ennemis était volontiers signalée à distance par des coups de canon. Brest n'y fit pas exception. Ainsi les tirs des batteries de canons situées tant à brest que sur l'île d'Ouessant (à 20km des côtes) signalaient-ils les incursions de la marine britannique dans la région.

La marine française appareillait alors pour se positionner généralement de la manière suivante : une partie de la flotte se plaçait entre l'île et la côte dans un passage nommée « perthuis Maubusson », l'autre se plaçait au sud de l'île. Cette tactique forçait l'escadre anglaise à se diviser pour attaquer, l'exposant aux coups de canon tirés tant depuis les navires et que depuis l'île.

Origine liée à l'Arsenal de Brest[modifier | modifier le code]

Un coup de canon placé dans les fortifications fortifications de Brest annonçait quotidiennement l'ouverture 6 heures et la fermeture à 19 heures du port de guerre et de l'arsenal de Brest. La puissance du retentissement serait à l'origine de l'expression[3]. Néanmoins, si l'entourage de Hergé, père du Capitaine Haddock, semblent confirmer cette thèse, la plupart des historiens contestent cette version..

Origine liée au Bagne de Brest[modifier | modifier le code]

Tous sont prévenus par le son du canon qui déchire le ciel de Brest à chaque évasion, si fréquent qu’on a pu le qualifier de « tonnerre de Brest »[4]

En effet, à partir de 1762/1764, le bagne de Brest[5] signalait l'évasion d'un forçat par des tirs de son puissant canon[6]: « deux coups étaient tirés si les fugitifs étaient moins de cinq, trois coups s’ils étaient plus nombreux »[7]. Ce signal d'alerte militaire était également destiné à avertir la population alentour, l'usage étant de verser une récompense à qui capturerait le fugitif[8], de là viendrait donc l'expression[9]. Cette version inspira diverses illustrations et photos de cartes postales. Toutefois, cette origine fût elle aussi contestée par une partie des historiens.

Trivia[modifier | modifier le code]

L'expression figure dans les Onze Mille Verges d'Apollinaire, dans la bouche du cocher de fiacre 3269 à la fin du chapitre 2.

Le Tonnerre de Brest fût le titre de bien des cartes postales au motifs equivoques éditées au début du XXe siècle (Tempêtes et coups de canon[10],[11],[12],[13],[14],[15],[16],[17])

Le « Tonnerre de Brest » fut le nom porté par un train blindé à l'époque de la Première Guerre mondiale[18]

Le « Tonnerre » est le nom d'un Porte-Hélicoptère de la marine française basé à Brest

Elle est l'exclamation favorite du capitaine Haddock, célèbre personnage de Hergé dans les Aventures de Tintin : « mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest » (les dérivés sont multiples). Hergé lui même la tenait d'un ami de son frère militaire Paul, un colonel de cavalerie nommé Marcel Stal[19], ainsi que le rapporte le spécialiste de Tintin, Michael_Farr[20].

L'équipe de football américain de Brest l'a adopté comme nom de club.

Elle figure dans le refrain de la chanson Brest de Christophe Miossec.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'imaginaire chretien tenait à se préserver de la foudre en faisant sonner les cloches des églises, ce qui ne manquait pas de l'attirer et de provoquer des accidents parfois spectaculaires. Malgré l'appui des autorités avec la promulgation d'un édit royal interdisant cette pratique à partir de 1784, la science n'est pas parvenue à se faire entendre ou comprendre avant la seconde moitié du XIXe siècle, comme en témoigne cette anecdote datant de 1835 ici http://sitedelabrousse.over-blog.fr/article-cloches-contre-l-orage-en-1831-45521574.html
  2. Mémoires de l’académie des sciences pour l’année 1719, in Histoire de l'Académie royale des sciences ... avec les mémoires de mathématique & de physique... tiré des registres de cette Académie, Imprimerie royale (Paris) 1719 p.21 voir https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3521n/f29.image
  3. Selon Jean-Yves Besselièvre, administrateur du Musée de la marine du château de Brest, in la-croix.com, « Tonnerre de Brest ! », Marie Verdier, 19.08.2014.
  4. Frédérique JOANNIC-SETA, in : Le bagne de Brest : Naissance d'une institution carcérale au siècle des Lumières, Chapitre XIV. Sortir du bagne, p. 283-314, Presses universitaires de Rennes, 2000, (ISBN 9782753524149) voir http://books.openedition.org/pur/17272
  5. le Bagne de Brest resta en activité de 1751 à 1858.
  6. voir Bagne de Brest#evasions
  7. Brest face à la mer: trois siècles de marine et d'arsenal, par Bernard Cros, Jacques Littoux, Jacques Ronot, Édition Télégramme, Collection Beaux Livres, 17/11/2005, 114 p., (ISBN 978-2-84833-143-0)
  8. Marie Verdier, « Tonnerre de Brest ! », La Croix, 19 août 2014.
  9. Alain Boulaire, historien spécialiste de Brest et de la marine royale, accrédite cette origine liée au bagne et non à l’arsenal, in la-croix.com, « Tonnerre de Brest ! », Marie Verdier, 19.08.2014.
  10. motif 40, figurant le pont transbordeur de brest sous la tempête déclenchée par le Tonnerre de Brest, éditée par les éditions G.Nozais à Nantes, aux alentours de 1920 voir https://www.delcampe.net/fr/collections/cartes-postales/france/brest/brest-29-tonnerre-de-brest-humour-illustration-pont-33620803.html
  11. Carte postale N° 63 - Brest - Ma doué Béniguet - Le Tonnerre de Brest, figurant trois servants de canon sur les fortifications et des paysans bretons assourdis pas le vacarme, éditée par les éditions L. G.Nozais à Nantes, aux alentours de 1920 voir https://www.delcampe.net/fr/collections/cartes-postales/france/brest/29-brest-ma-doue-beniguet-le-tonnerre-de-brest-301002846.html
  12. motif 41, figurant un carosse dont le cheval s'emballe lorsqu'advient le Tonnerre de Brest devant une Gare, éditée par les éditions G.Nozais à Nantes, aux alentours de 1920 voir http://www.encheres-nantes-labaule.com/vente-aux-encheres/133-mille-et-un-papiers/35269-le-tonnerre-de-brest-41-la-gare-dessin-original-de-la-carte-postale-aux-editions-g-nozais-a-nantes-3
  13. motif figurant des promeneurs surpris par la tempête sur la plage lorsqu'advient le Tonnerre de Brest, éditée par les éditions G.Nozais à Nantes, aux alentours de 1910 http://imageretro.free.fr/tonnerredebrest.htm
  14. Cartes postales N° MX 1433, N° 1.7822 - Le tonnerre de Brest, Editions d'art JOS, le Doaré, Chateaulin, années 1950, figurant un canon court et très épais, devant les fortifications, avec trois boulets à ses pieds, un quatrième étant dans le fût. comme ici https://images-03.delcampe-static.net/img_large/auction/000/705/662/072_001.jpg ou ici https://images-04.delcampe-static.net/img_large/auction/000/697/892/278_001.jpg
  15. Carte postale N° 1245 - Brest - Le tonnerre, figurant le canon, Compagnie des Arts Photomécaniques, Avenue Arago, 91380 Chilly-Mazarin, technologie Lumicap, couleurs naturelles, Mexichrome
  16. carte postale N° 1090 - Le tonnerre de Brest, figurant une jeune bretonne avec son petit chien dans la tempête, collection villard, Quimper
  17. N° 25 - G.B. - Brest - Le grand pont - Le tonnerre, figurant le pont transbordeur, et le tonnerre (grand canon, au pied)
  18. Le "Tonnerre de Brest", train blindé ». (39 J 11/295 - [1914]-[1918]) Fonds Louis Dujardin - Photographies de la Première Guerre mondiale, Archives départementales du Finistère voir http://www.archives-finistere.fr/le-finist%C3%A8re-dans-la-guerre-1914-1918-fonds-dujardin
  19. « Marcel Stal tenait de son oncle au début du XXe siècle cette expression qu’il affectionnait », in Haddock, Michael Farr, (ISBN 9782744186264). Marcel Stal deviendra marchand d’art et aura une galerie proche des studios d’Hergé.
  20. (en) Michael Farr, Haddock (ISBN 9782744186264)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]