Tai Dam

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Tai dam

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Femme Tai Dam à Muang Sing, Laos

Populations significatives par région
Drapeau de la République socialiste du Viêt Nam Viêt Nam 800 000
Drapeau du Laos Laos 130 000
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 20 000
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 20 000
Autres
Langues Tai dam

Les Tai Dam, ou thaïs noirs, sont un groupe ethnique d'Asie du Sud-Est, vivant au nord-ouest du Viêt Nam, au Laos, en Thaïlande et en Chine. Leur langue fait partie des langues tai. Ils possèdent leur propre écriture, un alphabet dérivé du pâli.

Le nom de cette ethnie, dam, signifiant « noir », est lié à la jupe noire en soie que portent les femmes, ou à leur premier peuplement aux abords de la rivière Noire (sông Đà en vietnamien). Contrairement aux thaïs krao (thaïs blancs), les thaïs noirs s'interdisent le port du blanc, qui est réservé aux périodes de deuil et cérémonies funéraires.

Les femmes tai noires sont reconnaissables à leurs chemisiers rouges, verts ou bleus, très serrés et fermés par plusieurs agrafes en argent ; les femmes mariées portent un chignon au sommet de la tête, maintenu par une pique en argent, et une coiffe d'un tissu noir brodé, appelé turban pieu. Elles portent le sinh, un sarong, habituellement de couleur noir, réhaussé de motifs floraux, ou d'autres plus colorés à motifs animaliers ou géométriques. La ceinture en tissu des femmes est souvent de couleur verte.

Les thaïs dam pratiquent le culte des ancêtres (le « pô then » est le premier ancêtre de la famille) et l'animisme : ils croient aux « phis » (fantômes ou esprits), aux « phis banh » et ne se sont pas convertis au bouddhisme. Leur organisation sociale en banh mueang (villages) préfigure celle des Laos et des Thaïs. Des populations thaïs, c'est sans doute celle qui a le moins subi l'influence indienne, via le Cambodge (l'empire khmer).

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire des thaïs noirs nous est connue par le To quam muong, un manuscrit en thaï ancien couvrant la période du XIe siècle à [Quand ?][1]. Le nom « To quam mueang » signifie littéralement « récit sur la conquête des mueang » (muong pour les locuteurs vietnamiens, et mueang pour les locuteurs thaïs, signifie pays).

Pour la période antérieure au To quam mueang, des études récentes menées par des chercheurs chinois[Lesquels ?], évoquent une hypothétique provenance des Thaïs, depuis l'île de Taïwan ; ils seraient entrés en Chine du sud pour migrer encore plus au sud-Est de la péninsule indochinoise. Les thaïs dam vivant à Taïwan font partie de la population autochtone avant l'arrivée des Chinois hans dans l'île, arrivés en masse au siècle dernier.[réf. nécessaire]

D'après le To quam muong, les Thaïs noirs, tout comme les Thaïs, les Lao, et les autres ethnies Tai ont migré depuis le sud de la Chine (Yunnan) vers la péninsule indochinoise.

Khun Borom, l'ancêtre mythique fondateur du peuple tai, aurait fondé Mueang Then (l'actuelle Dien Bien Phu) ; les légendes thaïes relatives à la création du monde sont situées dans la région. Les Thaïs dams ont ouvert la route vers l'Asie du Sud-Est à d'autres ethnies thaïes, les Thaïs lao d'abord, les Thaïs siam ensuite. (Les Thaïs lao se sont installés au bord du Mékong. Les Thaïs siam sont les Thaïlandais actuels. Les Thaïs Isan sont des Laos devenus Thaïlandais et peuplant aujourd'hui l'Isan.)

Leur migration aurait eu pour motif la conquête de nouvelles terres propices à la riziculture et des frictions avec les ethnies environnantes, notamment les Xa et les Kinhs (ethnie majoritaire vietnamienne).

À cette époque, la société des thaïs noirs était relativement développée car elle était déjà organisée en ban mueang (village avec une organisation sociale spécifique). Ainsi les thaïs noirs abandonnent les mueang Om et mueang Ai, aux ethnies Xa et Kinh, pour aller plus vers le sud et conquérir un nouveau mueang.

Au Laos, la distinction entre Lao et Thaï n'est apparue qu'avec l'arrivée des Français en Indochine. Aujourd'hui, les thaïs dam sont officiellement classés dans le groupe lao loum (Laos des plaines). À l'époque du Lan Xang, les thaïs dam payaient un impôt au roi du Laos, et reconnaissait le roi de Luang Prabang, comme le leur.

La Mission Pavie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Auguste Pavie et Protectorat français du Laos.

Pour contrecarrer l'influence britannique dans la région après la fin de la troisième guerre anglo-birmane en 1885, et pour assurer une profondeur stratégique à ses nouvelles conquêtes après la guerre franco-chinoise, la France prend pied dans l'est du Siam sous prétexte d'y combattre les bandes chinoises (restes des pavillons noirs) qui sévissaient dans le pays thai (thai dams et thai krao) ou la région des Sip Song Châu Taï (12 cantons thai dams et thai krao). Elle affirme venir défendre un territoire relevant de l'Annam.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Après la guerre d'Indochine, beaucoup de taï dam ont été contraints de quitter le Viêt Nam, notamment la région de Dien Bien Phu, lieu d'affrontement entre les forces vietnamiennes et françaises. Les thaïs noirs ont majoritairement soutenu la France, car ils sont opposés au régime communiste.

La séparation entre noble et roturier a été abolie au Viêt Nam, selon le principe d'égalitarisme communiste. Or par tradition elle perdure parmi les tai dam, car les chefs de village, les naïs banh, sont toujours élus dans la même famille noble.

Le tai dam réfugiés au Laos dans les années 1950 se sont bien intégrés à la population lao ;, bon nombre d'entre eux, arrivés de Dien Bien Phu, habitent maintenant la province de Vientiane.

Lorsqu'en 1975, le mouvement communiste du Pathet Lao renverse le roi du Laos Savang Vatthana et prend le pouvoir, certains sont à nouveau contraints à l'exil. Au départ des camps de réfugiés de la Thaïlande, ils trouvent refuge aux États-Unis, dans l'Iowa (5 000 personnes), en Australie et en France (5 000 personnes).

Thai dam lum phan, chanson de Koh Viseth très connue des locuteurs thai, retrace cet exil.

Les tai dam aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Actuellement 800 000 Tai Dam vivent au Viêt Nam, 130 000 au Laos, notamment dans les provinces de Phongsaly, Houaphan, Luang Namtha, Luang Prabang, Xieng Khouang et Vientiane, 20 000 en Thaïlande et 20 000 en Chine populaire.

Les thai dams vivant actuellement en Thaïlande sont soit des descendants de thai dams prisonniers de guerre, devenus esclaves, soit ceux provenant de la diaspora liée à la guerre d'Indochine et à l'arrivée au pouvoir du communisme au Laos. Ils sont présents à Nong Khai (près de la frontière lao, où sont partis bon nombre de réfugiés dans les années 1975-80 ), Khorat et Loei (plus Saraburi).

Des tai dam vivent toujours également au Sipsongpanna, les « douze mille rizières », les banh mueang situés les plus au nord de l'ancien territoire des thai dam et thai krao (thai blancs), devenu chinoises en 1891 par le traité franco-chinois, traité de redéfinition des frontières, menée par la mission Pavie. Le nom de la région en chinois est Xishuangbanna.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le To quam muang a été édité au Viêt Nam (Savèng Phinith, Phou Ngeuan Souk Aloun, Thongchanh Vannidia, Histoire du Pays Lao, de la Préhistoire à la République, éditions L'Harmattan, juin 1998, ISBN 2-7384-6875-6, p.50) par Cam Trong, et traduit du vietnamien par Nguyen Huong.[réf. souhaitée] Cam Trong, anthropologue d'origine thaï, est un pro-communiste convaincu, qui donne une vision pro-vietnamienne des évènements récents, notamment de la bataille de Dien Bien Phu.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Cam Trong,(trad.Nguyen Huong) Les Thai du nord-ouest du Viêt Nam, Genève, Études Orientales - Olizane - Cahiers de la Péninsule), 2004 (1e édition en vietnamien : 1987), no 8.
  • Cẩm-Trọng et Phan-Hữu-Dật,(trad. Nguyen Huong) La culture Thái au Việt-Nam, Les Cahiers de Péninsule, 2005, vol.9.
  • Nguyen Huong, Introduction aus Etudes Thai au Vietnam: Six textes déjà pubiés dans divers numéros de Péninsule, successivement par Dang Nghiêm Van, Bê Viêt Dang, Câm Trong et Vi Van An. Cité par CNRS/REGARS et CNRS/INIST.
  • Bui Quang Tung et Nguyen Huong,Le Dai Viet et ses voisins, L'Harmattan, 1990. (Annotations par Nguyen The Anh. Cité par R.B.Smith, The School of Oriental and African Review, vol. 54, No 03, pp.630-631