Siège de Jérusalem (701 av. J.-C.)

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Siège de Jérusalem
Description de cette image, également commentée ci-après

Région du Proche-Orient de l'époque.

Informations générales
Date -701
Lieu Jérusalem, Israël
Casus belli Révoltes de peuples assujettis
Issue Défaite assyrienne
Belligérants
Assyrie Judée
Koush
Égypte antique
Commandants
Sennachérib Ézéchias
Forces en présence
Inconnues Inconnues
Pertes
Inconnues Inconnues
Coordonnées 31° 46′ 06″ nord, 35° 12′ 49″ est

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Siège de Jérusalem

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Siège de Jérusalem

Le siège de Jérusalem ou l'attaque de Jérusalem[N 1] se déroula en 701 av. J.-C.. Il opposa l'armée assyrienne, commandée par Sennachérib, à la ville de Jérusalem, capitale du royaume de Juda.

Après avoir fait tomber Lakish, Sennachérib dirige ses forces vers Jérusalem pour en finir définitivement avec la révolte des Judéens.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

À la suite de la mort de Sargon II en 705 av. J.-C., les peuples des royaumes annexés sous son règne se révoltent[1]. Son fils Sennachérib fait face à deux révoltes majeures : une en Babylonie du sud, l'autre en Phénicie et Palestine.

En 703 av. J.-C., après avoir vaincu Merodach-baladan II à Kish en Babylonie, il dirige son armée vers la Palestine.

Ézéchias, roi du Royaume de Juda, ayant refusé de verser son tribut à l’Empire Assyrien va demander l'aide de l'Égypte. Il prend sa doute la tête de la révolte en Palestine, regroupant les cités-états d'Ascalon et d'Éqron, avec le soutien de l'Égypte[2]. Le roi de Tyr et la Philistie sont aussi aux côtés d'Ézéchias dans cette révolte[3].

Dès lors Sennachérib va assiéger plusieurs villes fortifiées du royaume de Juda - les anales assyriennes en mentionnent 46[4]. Fort de son succès à Lakish, il masse son armée aux pieds des murailles de la capitale, Jérusalem[5].

Durant son règne, Ézéchias a vraisemblablement fait construire des fortifications, notamment à Ophel, et un tunnel de 533 mètres (que l'archéologie a retrouvé) pour permettre l'approvisionnement en eau depuis la source de Gihon au bassin de Silwan dans la cité de David.

Les sources[modifier | modifier le code]

Cet évènement est présenté par les anales assyrienne, notamment le cylindre de Rassam et le prisme de Taylor (connu désormais aussi comme le prisme de Chicago)[6],[7].

La Bible parle de l'évènement à plusieurs reprises[8] :

  • En 2 Rois 18:13-19:37; 20:6
  • En Isaïe 1:7-9; 22:9-11a; 29:1-8; 31:4-9; 36-37; 38:5b-6
  • En Michée 1:8-16
  • En 2 Chroniques 32:1-23

Cet évènement est aussi mentionné par Hérodote, ainsi que par Flavius Josèphe, qui cite aussi Bérose[8].

Le siège de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Le deuxième livre des Rois présente aux chapitre 18 et 19 la version judéenne des évènements. Face à l'armée et à la détermination du roi d'Assyrie, Ézéchias aurait proposé alors de verser un important tribut, employant pour cela les richesses du Temple de Jérusalem.

« Ézéchias, roi de Juda, envoya dire au roi d'Assyrie à Lakis : J'ai commis une faute ! Éloigne-toi de moi. Ce que tu m'imposeras, je le supporterai. Et le roi d'Assyrie imposa à Ézéchias, roi de Juda, trois cents talents d'argent et trente talents d'or. »

Bien que le prophète Isaïe exhorte à résister, Ézéchias n'obtient finalement le départ des Assyriens qu'au prix de concessions exorbitantes : le versement d'un tribut énorme - les anales assyriennes parlent de trente talents d'or et de 800 talents d'argent -, mais aussi la déportation de ses filles, de son harem et de ses musiciens, ainsi que la perte d'une partie de son territoire[9].

La version de 2 Rois 18:13-16 (histoire A) présente donc la défaite de Juda face à l'Assyrie. Cette vision se recoupe avec les anales assyriennes, et est certainement écrite peu de temps après les évènements[10]. Ce texte décrit le tribu pris du temple de Jérusalem et donné à l'assaillant[11].

La seconde version, que l'on trouve en 2 Rois 18:17-19:37 (histoire B) - et qui est appuyée par Isaïe chapitres 36 et 37[11] - présente une histoire drastiquement opposée. En effet, elle se termine par la victoire de Juda et l'assassinat de Sennacherib. Certains des évènements (notamment la mort de Sennacherib) et certains personnages mentionnés (notamment Tirhaha, roi d’Éthiopie) laissent à penser que ce texte a été écrit bien après les évènements[12].

D'après cette deuxième version, ainsi que celle des Chroniques, l'histoire se termine par une catastrophe pour l'armée assyrienne : l'ange de Yahweh aurait fait périr 185 000 Assyriens[13], puis Sennacherib serait rentré à Ninive où il serait mort peu après[14].

Les chiffres mentionnés par la Bible sont exagérés, tout comme les anales assyriennes elle-mêmes, qui mentionnent la déportation de 200 150 personnes de Juda[15]. Certains assyriologues et biblistes pensent que la Bible aurait fondu en un seul récit deux campagnes, dont la deuxième, que les Assyriens auraient passée sous silence à cause de leur défaite, aurait eu lieu peu après[N 2],[16],[17]. Pour les autres[N 3], les documents assyriens et babyloniens montrent qu'il n'y a aucune connexion entre la campagne en Juda et la mort de Sennacherib 20 ans plus tard. En fait, c'est Ézéchias et non Sennacherib qui meurt peu après la campagne (vers 699 ou 698 av. J.-C.). De plus, autant le livre des Rois que celui d'Isaïe, ainsi que les anales assyriennes, admettent les dommages considérables que la campagne a eu sur le royaume de Juda[18].

La conclusion de la campagne[modifier | modifier le code]

Malgré plusieurs défaites et de lourdes pertes, l'Assyrie a durement vaincu les rébellions. La capitale de la Judée n'a pas été conquise mais le royaume est réintégré dans l'Empire. Il possède cependant une certaine autonomie jusqu'à la capture de Jérusalem en 587 av. J.-C. par les troupes Babyloniennes de Nabuchodonosor II.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le fait que la ville ait été l'objet d'un siège ne fait pas l'unanimité parmi les historiens. Cela est contesté notamment par Arie van der Kooij, Hayim Tadmor et Walter Mayer - voir Lester L. Grabbe, Like a Bird in a Cage: The Invasion of Sennacherib in 701 BCE, p. 9
  2. Cette idée a été proposée la première fois par Georges Rawlinson en 1864 (voir Lester L. Grabbe, Like a Bird in a Cage: The Invasion of Sennacherib in 701 BCE, p. 21) puis a été reprise notamment par William Foxwell Albright, John Bright, Siegfried Horn, Albert Kirk Grayson et William H. Shea
  3. Notamment Julius Wellhausen, Harold Henry Rowley, Isaac Kalimi, Mordechai Cogan, Kenneth Anderson Kitchen, Abraham Malamat et William R. Gallagher

Références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Briquel-Chatonnet, Les relations entre les cités de la côte phénicienne et les royaumes d'Israël et de Juda, 1992, p. 187-188
  2. Universalis, « Ezéchias, roi de Juda »
  3. Françoise Briquel-Chatonnet, Les relations entre les cités de la côte phénicienne et les royaumes d'Israël et de Juda, 1992, p. 188
  4. Grabbe 2003, p. 95
  5. A History of the Jewish People, p. 142
  6. Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 53-54
  7. Grabbe 2003, p. 65
  8. a et b Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 12
  9. Roux 1995, p. 365
  10. Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 23-24
  11. a et b (en) Haim Hillel Ben-Sasson et Abraham Malamat, History of the Jewish people., Tel Aviv, Dvir, , p. 143
  12. Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 24-26
  13. 2R 19,35
  14. 2Ch 32,21
  15. , Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 41-42
  16. Danie David Luckenbill, The annals of Sennacherib, The University of chicago Oriental Institute, Publications, University of chicago Press, 1924, p. 13
  17. (en) William R. Gallagher, Sennacherib's campaign to Judah : new studies, Leiden Boston, Brill, coll. « Studies in the history and culture of the ancient Near East » (no 18), , 313 p. (ISBN 978-9-004-11537-8, OCLC 845308626), p. 1, 2
  18. Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the gates of Jerusalem : story, history and historiography, Leiden Boston, Brill, coll. « Culture and history of the ancient Near East » (no 71), (ISBN 978-9-004-26561-5 et 978-9-004-26562-2, OCLC 881834063, lire en ligne), p. 46-48.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Roux (préf. Jean Bottéro), Mésopotamie, Seuil, coll. « Histoire », , 600 p. (ISBN 2-02-023636-2)
  • (en) William R. Gallagher, Sennacherib's Campaign to Judah: New Studies, Leiden, Brill, coll. « Studies in the history and culture of the ancient Near East » (no 18), , 313 p. (ISBN 978-90-04-11537-8, lire en ligne)
  • (en) Lester L. Grabbe, Like a Bird in a Cage: The Invasion of Sennacherib in 701 BCE, , 354 p. (ISBN 978-0-826-46215-2, lire en ligne)
  • (en) Isaac Kalimi et Seth Richardson, Sennacherib at the Gates of Jerusalem: Story, History and Historiography, Boston, Brill, coll. « Culture and History of the Ancient Near East » (no 71), , 548 p. (ISBN 978-90-04-26561-5, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]