Rumination (psychologie)

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Dans les domaines de la psychologie et de la psychiatrie, la notion et l'expression de « rumination mentale » désignent la tendance de certains individus à se concentrer sur des informations négatives (douleur, symptômes dépressifs, échec...). C'est une "pensée involontaire"[1] et répétitive, qui serait une tentative, mise en échec, de réponse à une détresse psychologique, à une douleur morale. Elle se traduit par une (lamentation) répétitive focalisée sur les symptômes de la détresse et/ou sur ses causes et conséquences possibles ou supposées[2].

Ce comportement est individuel mais il présente parfois des aspects « partagés » (« Co-rumination » dans le couple, dans la famille ou dans un collectif)[3]. La rumination est jugé plus commune chez les individus pessimistes, névrosés et agissant d'une manière négative ; c'est un risque (significatif à majeur) associé à la dépression.

Les individus qui ruminent ne sont pas forcement atteints de dépression, mais certaines études ont démontré que des individus qui ruminaient sont sujets à une plus grande dépression[4]. Ce type de rumination semble souvent liée à l'anxiété généralisée, au stress post-traumatique, à une consommation d'alcool excessive, à des troubles des conduites alimentaires et aux automutilations[2].

Dans d'autres contextes, la rumination n'est pas négative, ainsi la pensée créative, scientifique et artistique peut aussi prendre la forme d'une rumination mentale, mais il s'agit alors pour l'esprit et le cerveau de travailler mentalement un problème ou un souhait profond pour tenter d'y trouver une solution.

Rumination occasionnelle, normale[modifier | modifier le code]

Quand elle est occasionnelle, la rumination est considérée comme normale. Excessive, elle peut nuire, et conduire à la dépression, mais penser aux causes de la rumination et en parler dans un contexte relationnel peut aider à surmonter des problèmes. Inversement, ressasser des problèmes rapproche de la dépression[3].

Théorie de la rumination[modifier | modifier le code]

Martin et Tesser ont proposé et développé dans les années 1980 et 1990 une « théorie de la rumination », décrivant les comportements individuels apparemment non justifiés, de ressassement incontrôlable de certaines pensées négatives[5],. Ce type de rumination est selon cette théorie une forme de pensée souvent contre-productive, qui est selon « relative à un décalage entre un objectif poursuivi et un état actuel ». Ruminer à propos d'un problème est une forme de pensée en boucle organisée autour du ressassement mémoriel du passé, ou d'une situation présente ou future (solastalgie) perçues comme angoissante.

Prédicateur de l'intensité ou de la durée d'une dépression ?[modifier | modifier le code]

L'intensité de la rumination a autrefois été perçue comme prédicateur de la durée des symptômes dépressifs.

Cette pensée en boucle, si elle n'est pas mise en conscience et gérée ou soignée, peut empêcher une personne de sortir de sa dépression. Mais des preuves suggèrent désormais que même si la rumination contribue à la dépression ou en est l'une des expressions, elle n'annonce pas la durée des symptômes[2].

Elle a de nombreux points communs avec le sentiment d'inquiétude, mais la rumination est généralement une pensée circulaire, très focalisée sur certaines émotions, une ou quelques mauvaise(s) expériences passées, un aspect d'une situation difficile ou d'un futur perçu comme menaçant, alors que l'inquiétude se focalise sur un contexte ou des événements actuels ou à venir.

Liens avec l'inquiétude, l'anxiété[modifier | modifier le code]

La rumination et l'inquiétude sont toutes les deux associées à l'anxiété (à l'anxiété sociale en particulier) et à d'autres états émotionnels « négatifs », parfois très autocentrés et sources et/ou conséquences de biais cognitifs[6].

Liens avec la perception de la douleur[modifier | modifier le code]

Une hypothèse est que cette attitude peut aussi souvent contribuer à aggraver l'intensité des douleurs perçues (phénomène dit de « dramatisation de la douleur »), qui se manifesterait par la tendance pour une personne (ou un groupe) à décrire une expérience de douleur en termes plus exagérés que ne le ferait une personne moyenne[7],[8].

Thérapies[modifier | modifier le code]

La thérapie cognitive permet de traiter ce trouble, d'en diminuer l'intensité (et celle d'une dépression associée) en favorisant des changements dans les styles d'adaptation cognitive[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Blairy, S., Baeyens, C., & Wagener, A. (2020). L'activation comportementale: Traitement des évitements comportementaux et de la rumination mentale. Ed. Mardaga.
  • [10]
  • François Roustang, La Fin de la plainte, Odile Jacob, 2000 (ISBN 2738107583)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Martin, L.L., et al. "Pensée involontaire." (1989): 306-326.
  2. a b et c (en) Nolen-Hoeksema, S., Wisco, B. E., & Lyubomirsky, S. (2008). Rethinking rumination. Perspectives on Psychological Science, 3, 400-424.
  3. a et b Rose A.J (2002) Co-rumination in the friendships of girls and boys ; Child Development, 73, 1830–1843.
  4. (en) Nolen-Hoeksema S & Morrow J (1993) Effects of rumination and distraction on naturally occurring depressed mood. Cognition and Emotion, 7, 561-570.
  5. Martin L.L, Tesser A et Wyer R.S (1996) "Ruminative thoughts, advances in social cognition." : 1.
  6. (en) Tanna M. B Mellings et Lynn E Alden, « Cognitive processes in social anxiety: the effects of self-focus, rumination and anticipatory processing », Behaviour Research and Therapy, vol. 38, no 3,‎ , p. 243–257 (ISSN 0005-7967, DOI 10.1016/S0005-7967(99)00040-6, lire en ligne, consulté le )
  7. Gracely, Geisser, Giesecke et Grant, « Pain catastrophizing and neural responses to pain among persons with fibromyalgia », Brain, vol. 127, no 4,‎ , p. 835–843 (PMID 14960499, DOI 10.1093/brain/awh098)
  8. Severeijns, van den Hout et Vlaeyen, « The causal status of pain catastrophizing: an experimental test with healthy participants. », European Journal of Pain, vol. 9, no 3,‎ , p. 257–65 (PMID 15862475, DOI 10.1016/j.ejpain.2004.07.005, S2CID 43047540)
  9. (en) Neil P. Jones, Greg J. Siegle et Michael E. Thase, « Effects of Rumination and Initial Severity on Remission to Cognitive Therapy for Depression », Cognitive Therapy and Research, vol. 32, no 4,‎ , p. 591–604 (ISSN 0147-5916 et 1573-2819, PMID 24353355, PMCID PMC3864875, DOI 10.1007/s10608-008-9191-0, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Edward R. Watkins, « Depressive Rumination and Co-Morbidity: Evidence for Brooding as a Transdiagnostic Process », Journal of Rational-Emotive & Cognitive-Behavior Therapy, vol. 27, no 3,‎ , p. 160–175 (ISSN 0894-9085 et 1573-6563, PMID 19718267, PMCID PMC2731158, DOI 10.1007/s10942-009-0098-9, lire en ligne, consulté le )