Rite forestier

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Cercle forestier(regroupement de ventes forestières).

Le terme rite forestier désigne un ensemble de phénomènes historiques et sociaux très divers formant un espace de sociabilité qui recrute ses membres par cooptation et pratique des rites initiatiques faisant référence aux métiers anciens de la forêt, essentiellement ceux de la « fenderie » (les fendeurs) et de la « charbonnerie » (les charbonniers).

L'existence des rites forestiers est difficilement traçable historiquement. Les plus anciennes mentions connues aujourd’hui concernant les Fendeurs et Charbonniers sont conservées aux Archives départementales de l’Yonne et datent du 1er mai 1673 et 10 avril 1674 ( voir photocopie du document dans Wikimedia Commons : Rite forestier .) C’est une condamnation épiscopale émanant de Nicolas Colbert, évêque du diocèse d’Auxerre. Probablement, qu'au départ il s'agissait de rites de transmission des secrets de métier comme dans les compagnonnages classiques d'avant le XVIIIe siècle. Loin du monde urbain, l'exercice des métiers sylvestres exigeaient de ses membres une solidarité sans faille et un devoir d'hospitalité.

Au niveau de sources rituelles, des rituels forestiers du XVIIIe siècle étaient connus en France (Musée du Compagnonnage, bibliothèques et collections privées...). D'autres viennent récemment d'être découverts au Centre maçonnique culturel Prince-Frédéric (en néerlandais, Cultureel Maçonniek Centrum Prins Frederik) appartenant au Grand Orient des Pays-Bas (G.O.N. : Orde van Vrijmetselaren onder het Grootoosten der Nederlanden). Ces corpus de rituels forestiers étaient utilisés par des sociétés initiatiques regroupant des « Bons Cousins Fendeurs » et des « Bons Cousins Charbonniers » au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, parallèlement au développement de la franc-maçonnerie moderne.


XVIIIe siècle - XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En France, il a existé différentes structures de Bons Cousins Fendeurs et Bons Cousins Charbonniers indépendamment des compagnonnages liés au travail du bois. Ces structures ou ordres forestiers[1] ont coexisté de diverses façons : soit totalement indépendantes de la franc-maçonnerie naissante, soit déjà teintées de franc-maçonnerie, soit intégrées en celle-ci. Certaines sociétés seront mixtes[réf. nécessaire].

Il existera plusieurs types de « vente de fendeurs » :

  • une fenderie compagnonnique,
  • une fenderie totalement indépendante,
  • une fenderie totalement intégrée au courant maçonnique.

Même sous l’influence maçonnique, les Ventes (loges) de Fendeurs seront toujours en harmonie avec la nature, tout en rappelant aux Bons Cousins leurs devoirs vis-à-vis d’elle.
En voici quelques-unes : Ordre des fendeurs, Société des fendeurs du Chevalier de Beauchesne, Ordre de la Fenderie dit du Grand Alexandre de la Confiance[2], Ordre ou Confédération de La Coignée, Ordre des fendeurs du Devoir, Grand Chantier Général de France, Chantier primatial d'Artois[3].

De même qu'il existera trois types de « vente charbonnière » bien identifiés :

  • une charbonnerie uniquement de métier,
  • une charbonnerie de métier pratiquant l'acceptation avec un rituel très chrétien,
  • une charbonnerie purement spéculative[4] et politique avec une ossature de société secrète, anti-royaliste, napoléonienne, puis anti-napoléonienne, anarchiste et dont le Marquis de Lafayette sera le Père-Maître. Elle va aider le mouvement de l’indépendance italienne avec l'action de Giuseppe Garibaldi en influençant la création de la Carbonari.

En voici quelques-unes : Charbonnerie française, Bons cousins franc-charbonniers des forêts du Jura, Franche-Charbonnerie ou Ordre des Francs-charbonniers, Carbonaria italienne.

Puis les idées de la charbonnerie se propageront en Espagne, au Portugal, au Brésil, où cette pratique existe encore[5]...mais aussi en France[6].

Lors de la colonisation de l'Amérique du Nord et du Canada, des rites forestiers européens y ont été importés par les armées britanniques. Ils furent utilisés par des sociétés amicales :

créant des sociétés de bienfaisance et des compagnies d'assurance mutualiste;

XXe siècle - XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs tentatives discrètes de réveil des rites forestiers ont été effectuées principalement par des franc-maçons.
Dans le seconde, une vente « le Chantier de la Grande Forêt des Gaules » est fondée par René Jacques Martin, mais s'éteint vite. En 1983, un « Ordre des Cousins Forestiers Rétablis » existe de façon éphémère.

Pourtant, la connaissance des anciens forestiers, celle de leurs rites, de leurs valeurs, révèle un art de vivre ensemble instructif pour les hommes et femmes en quête de progrès. Les Forestiers d’aujourd’hui veulent développer leur savoir-vivre en harmonie avec la nature. À cette fin, ils ont pérennisé la démarche initiatique forestière ancienne en renouvelant les gestes du passé par le symbolisme. La perspective est de faire revivre, à partir de 1993, un certain rapport homme-nature, démarche qui n’est hors de propos qu’en apparence[réf. souhaitée].

Plusieurs démarches voient le jour en fin du XXe siècle et au tout début du XXIe siècle.

Le Rite forestier des Modernes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rite forestier des Modernes.

Le rituel forestier issu du mouvement apparu en 1993 et appelé Rite forestier des Modernes, se fonde sur les rituels de 1747 du Chevalier Charles François Radet de Beauchesne[7], rituels déclinant trois niveaux différents que sont les grades ou degrés de fendeurs, charbonniers et forgerons et présentant une progression initiatique en imitation des trois premiers degrés de la franc-maçonnerie.

Avec la Résurgence des Rites forestiers de 1993 deux systèmes, qui durant une courte période de trois ans (1993-1996) n’en formeront qu’un, se mettent en place :

  • Un rite se revendiquant maçonnique, prenant le nom de Rite maçonnique forestier des Modernes de (Régis Blanchet)

Le Rite forestier des Anciens et le Rite forestier traditionnel[modifier | modifier le code]

Les recherches entreprises depuis 2005 ont permis de retrouver de nouveaux textes et rituels forestiers. Ces découvertes réfutent le fait de vouloir lier étroitement les rites forestiers anciens à la franc-maçonnerie actuelle ainsi qu'au néo-druidisme.
Les mestiers du bois pratiqués historiquement en forêt n'avaient aucun lien particulier avec la caste sacerdotale des druides et avec une franc-maçonnerie appelée faussement « franc-maçonnerie du bois ». Les rituels retrouvés, qu'ils soient de « fenderie » ou de « charbonnerie », ne correspondaient qu'à un seul corps de métier et ne se pratiquaient pas dans une continuité initiatique comme en franc-maçonnerie[8].

Une foresterie non maçonnique a pris forme au regard de la réalité des rituels français retrouvés.
Ces deux nouvelles sociétés initiatiques forestières considèrent ces trois mestiers comme indépendants et donc devant être pratiqués individuellement les uns des autres....

Installation d'une Vente[modifier | modifier le code]

Une Vente forestière est située dans une clairière. Elle est délimitée par un grand cercle de billots de bois où s'assoient les bonnes cousines et les bons cousins, ayant devant eux un billot plus petit pour y planter leur hache.

  • Le Cousin-Maître (ou la Cousine-Maître) se place à l'Orient.
  • Il a derrière lui un houx en pied, et devant lui une enclume sur un grand billot de bois.
  • Quatre cabanes (réductions symboliques de l'implantation réelle des maisons qui avaient une importance particulière pour les clans forestiers), figurées par trois grandes branches en faisceau liées à leur sommet, sont aussi en place sur ce cercle et abritent l'Ermite, le Vigneron, la Mère Catault et l'Ours.
  • L'Ermite, personnage emblématique, est tout autant l'ancien du clan en tant que mémoire collective que le prêtre ayant à charge des actions de lustration.
  • Le Vigneron correspond, traditionnellement, aux métiers de bûcherons, de charbonniers et de forgerons, métiers qui « donnent soif », le vin ayant tout autant une valeur conviviale qu'une valeur sacrée en tant que boisson fermentée.
  • La Mère Catault est un personnage énigmatique, qui se retrouve dans diverses transmissions compagnonniques et n'est donc pas spécifique à ce rite. Il semblerait qu'elle soit un rappel de la mère des compagnons qui gérait le linge et les repas de ces derniers.
  • L'Ours est le symbole celtique de la royauté, et il fait face à l'Ermite. Telle une incarnation des forces brutales du monde des hommes et de leur domestication nécessaire.
  • Au centre de la Vente se trouve un feu actif et de nombreux outils des métiers du bois jetés pêle-mêle [9].

Les Officiers[modifier | modifier le code]

  • Cousin(e)-Maître : il se tient à l'Orient.
  • Cousin Duchêne : 1er garde du chantier il se tient à l'Occident, à gauche de l'entrée du cercle et assure aussi le rôle de parrain pour les briquets, futurs initiés.
  • Cousin Delorme : 2e garde du chantier, il se tient à l'Occident à droite de l'entrée du cercle et assure le rôle d'introducteur des briquets.
  • Cousin Ducormier : il est assis à la gauche du Cousin-Maître et assure aussi la garde du pain.
  • Cousin Ducharme : il est assis à la droite du Cousin-Maître et assure aussi la garde du vin.
  • Cousin Delérable.
  • Cousin Dufrêne.
  • Cousin Duhêtre : il se trouve entre les deux gardes du chantier et il est le gardien du bois.
  • Cousin Piqueur : il est celui qui va chercher les briquets égarés en forêt.
  • La cabane du Cousin vigneron : après le cousin Ducormier.
  • La cabane de l'Ermite : avant le cousin Duchêne.
  • La cabane de la Mère Catault : après le cousin Ducharme.
  • La cabane de l'Ours : avant le cousin Delorme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes »
  2. « Site en travaux »
  3. Carbonari et fendeurs charbonniers (G.F. Cauchard-D'Hermilly - 1822).
  4. Arnaud, Pascal, « Charbonnerie et Maçonnerie. Modèles, transferts et fantasmes… »
  5. « Venda das Raparigas »
  6. « Questions aux Bons Cousins », sur Les Charbonniers de la Porte Noire
  7. [La franc-maçonnerie du bois (J. Brengues) : Rituel de la société des fendeurs du Chevalier de Beauchaine - p. 216 à 221 (D. Beresniak éditeur) 1973]
  8. Site officiel de la Vente forestière Les Rogers Bontemps
  9. [page 215 et suivantes.La résurgence des rites forestiers (Régis Blanchet) Édition du Prieuré (ISBN 2-84330-000-2)]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Ragon, La Maçonnerie forestière, (fac-similé de l'édition de 1860) éditions du Prieuré, 1993 (ISBN 2-909672-16-6).
  • Jacques Brengues, La Franc-Maçonnerie du Bois, Éditions du Prisme, 1973 (ISBN 2-85267-000-3).
  • Enquête de Régis Blanchet, Entretiens avec un druide nommé Gwenc'hlan, Éditions du Prieuré, 1993.
  • Régis Blanchet, La Résurgence des rites forestiers, éditions du Prieuré, coll. « Le Jardin des dragons » no 20, 1997 (ISBN 2-84330-000-2).
  • M. SAINT-EDME, Constitution et Organisation des Carbonari - 1821, éditions du Prieuré 1997 (ISBN 2-909672-91-3).
  • Pierre-Arnaud Lambert, La Charbonnerie Française 1821-1823, (Presses Universitaires de Lyon, 1995) (ISBN 2-7297-0487-6).
  • Joël Duez, Rituels secrets des dix roues sacrées de la Kabbale (éd. Guy Trédaniel, 1990) : rituel de l'Ordre des bons Cousins Forestiers Rétablis.
  • Pierre Merlin, Bons cousins Charbonniers, autour d'un catéchisme de la société secrète, 1835 (éd. de Folklore comtois, 2005) (ISBN 2-9524096-1-7).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]