Gorsedd de Bretagne
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La Gorsedd de Bretagne, Goursez Vreizh en breton, de son nom complet Breudeuriezh Drouized, Barzhed hag Ovizion Breizh (en français : Fraternité des druides, bardes et ovates de Bretagne) est une association loi de 1901 créée en 1899 et constituée en1900[1] sur le modèle de la Gorsedd des bardes de l'île de Bretagne (Gorsedd Beirdd Ynys Prydain, en gallois).

Étymologie
[modifier | modifier le code]Gorsedd (au pluriel, gorseddau) signifie en gallois « trône » puis par extension « assemblée ». Le correspondant breton, Goursez, est féminin comme en gallois, il est donc d'usage d'écrire la Gorsedd[1].
Avec un G majuscule, la Gorsedd désigne la Fraternité des druides, bardes, et ovates[2].
Historique
[modifier | modifier le code]Création
[modifier | modifier le code]La Gorsedd est fondée en 1899[3],[4]. Parmi les fondateurs, il y a François Jaffrennou[5].
Selon Gwenc'hlan Le Scouëzec, sur les 14 personnes présentes, 3 reçurent des « nominations » de druides, les autres étant des bardes (les écrivains) et les ovates (autres)[6].
La « Gorsedd des bardes de l'Île de Petite Bretagne » n'a été déclarée en préfecture qu'en 1908, la parution au Journal officiel intervenant le (source : règlement intérieur de 1926). Jean Le Fustec, ayant reçu son titre de barde au pays de Galles, devint le premier Grand Druide de Bretagne[7].
Chronologie
[modifier | modifier le code]- 1837 : Grâce à ses relations avec les intellectuels gallois, Jean-François Le Gonidec, qui avait fait éditer à Londres une Bible en breton, obtient de recevoir à distance un diplôme de barde de la Gorsedd des bardes de l'Île de Bretagne, pour lui-même, pour Auguste Brizeux (nom de barde : Bleomelen) et pour La Villemarqué[8].
- 1838 : La Villemarqué, Félix du Marallac'h, Louis de Carné, invités à l'Eisteddfod par la Cymdeithas Cymreigyddion y Fenny (Société des galloisants d’Abergavenny) sont reçus à Abergavenny par la Gorsedd galloise. Le poète Alphonse de Lamartine, ne pouvant se rendre à l’invitation et se posant en chantre de l'unité des Celtes gaulois et ultramarins, fait lire un texte en vers où apparaît l'image de l'épée brisée d'Arthur dont un morceau se trouve de chaque côté de la Manche[9].
- 1899 : une délégation bretonne d’une vingtaine de personnes est reçue à la Gorsedd des bardes de l'Île de Bretagne à Cardiff afin de constituer le noyau d’un groupe breton. C'est alors qu'est opérée la première présentation de l’épée brisée[10].
- Après une première rencontre en 1919 à l'occasion de l'érection d'une statue de Prosper Proux à Guerlesquin, qui réunit Taldir, Francis Gourvil Léon Le Berre, Louis Le Floc'h et Yves Berthou, et une autre pour le monument à Jos Parker à Fouesnant en 1923, Jaffrennou et Le Berre sonnent le rappel des bardes dispersés[11].
- En 1928, dans une lettre polémique répondant à Joseph Loth, le « Collège des bardes » revendique 65 membres actifs et 32 membres d'honneur. Les « désopilants druides » estiment que, si leurs costumes pourraient être qualifiés de carnaval, ce n'est pas moins vrai des costumes des académiciens ou des professeurs de faculté. Pris à partie à propos du procès des autonomistes alsaciens à Colmar, ils répondent que cela concerne l'avenir de la Bretagne, car il signifie « la résurrection du délit d'opinion » et « la mise à disposition de l'État de l'Appareil judiciaire, comme sous Napoléon III »[12].
- 2008 : Per Vari Kerloc'h, chanteur brittophone et syndicaliste, jusque-là adjoint de Gwenc'hlan Le Scouëzec, est élu sixième Grand Druide par le Poellgor (Comité Directeur)[13].
Doctrine
[modifier | modifier le code]Il faut distinguer le druidisme des Celtes de la protohistoire et le néodruidisme ou druidisme contemporain, créé au XVIIIe siècle. Selon Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, il n'y a pas de « filiation traditionnelle remontant aux druides de l'Antiquité[14] ».
Certains bardes ont estimé le contraire, notamment le cinquième grand druide de la Gorsedd, Gwenc'hlan Le Scouëzec, décédé en 2008[15].
Il réfute la recherche d'une transmission de fonctions et de rites, car, écrit-il, « le druidisme ne disparaît pas au Ve siècle… Mais dire qu'il a disparu, parce que les druides ne sont plus, depuis le 1er siècles, les conseillers des rois, c'est prendre l'effet pour la cause… Ce qui est éternel, c'est le fondement même de la croyance… l'arbre, la pierre et la fontaine. Le cycle de l'année, et les valeurs qu'il porte en lui et qu'on ne peut lui ôter ». Le même Le Scouëzec, qui a laïcisé les pratiques de la Gorsedd a développé l'idée que la « philosophie naturelle », professée en creux par des nombreux penseurs de toutes époques et illustrée par des contes populaires bretons, a été continument présente sous le vernis chrétien obligatoire[16].
Positionnement philosophique
[modifier | modifier le code]Après avoir longtemps gardé des relations publiques avec la religion catholique, la Gorsedd de Bretagne se définit depuis les années cinquante comme une société de pensée humaniste non dogmatique. À la demande du Grand Druide Morgan, elle énonce maintenant que la croyance ou non en un ou plusieurs dieux ou déesses, est laissée à l'appréciation individuelle de chaque membre, la Gorsedd ne professant aucune vérité sur ce point. La Gorsedd réunit des hommes et des femmes aux parcours différents. Elle compte ainsi des membres d'origine ou de culture athée, agnostique, chrétienne, musulmane, juive, ou néo-païenne. La Gorsedd de Bretagne a condamné l'utilisation des symboles celtiques par l'extrême droite (Déclaration d'Imbolc, 1988), condamnant du même coup le racisme et l'antisémitisme. À cette occasion, elle a proclamé sa pleine et entière adhésion à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Per Vari Kerloc'h, successeur de Gwenc'hlan Le Scouëzec, a confirmé ces évolutions[17].
Il déclare que des militants d'extrême-droite avaient voulu infiltrer la Gorsedd dans les années 1980 mais « Nous avons exclu ces membres et rejeté dans une déclaration toute forme de racisme ». Il a par ailleurs protesté contre l'expulsion des Roms de France en 2010[18].
Les Grands Druides de Bretagne
[modifier | modifier le code]- Jean Le Fustec (Lemenik) de 1900 à 1903.
- Yves Berthou (Kaledvoulc'h)[19] de 1904 à 1932.
- François Jaffrennou (Taldir) de 1933 à 1955.
- Pêr Loisel (Eostig Sarzhaw) de 1956 à 1980.
- Gwenc'hlan Le Scouëzec (Gwenc'hlan) de 1981 à 2008.
- Per Vari Kerloc'h (Morgan) depuis 2008.
Les membres de la Gorsedd de Bretagne les plus célèbres
[modifier | modifier le code]Membres actifs
[modifier | modifier le code]- François Abgrall (Alc'houeder Arre) en 1928
- Auguste Bocher (Ar Yeodet)
- Jean-Pierre Calloc'h (Bleimor)
- Herri Caouissin
- Jean Choleau (Yann Kerper)
- Charles Cotonnec (Pareour) en 1927
- André Degoul (An Hader)
- Joseph Duchauchix (Ar Meneziad)
- Léon Durocher (Kambronikor)
- François Éliès (Abeozen)
- Gabriel Éliès (Mab an Dig)
- Émile Ernault (Barz ar Goued)
- Gaston Esnault (Kistinen-Vor)
- Paul Diverrès (Tangwall)
- Gweltaz ar Fur (Gweltaz)
- Yvonne Galbrun (Erwanez)
- Francis Gourvil (Barr Illio)
- Jules Gros (Ab Alan)
- Théophile Guyomarc'h (Tonton Phil)
- Loeiz Herrieu (Barz Labourer) en 1905
- Paul Ladmirault (Oriaf)
- Léon Le Berre (Ab Alor) en 1899
- Marc Le Berre (Ab Enéour) en 1947
- Philéas Lebesgue (Ab Gwenc'hlan)
- Paul Le Flem
- Charles Le Goffic (Ene ar garantez) en 1899
- Hervé Le Menn (Herveig Penleo)
- Yves Le Moal (Dir na Dor)
- Jef Le Penven
- Georges Le Rumeur (Mathaliz)
- Gwenc'hlan Le Scouézec (Gwenc'hlan)
- Régis de l'Estourbeillon (Hoel Bro-Erek), député du Morbihan
- Morvan Marchal
- André Mellac (Gwenedour)
- Pierre Mocaër (Gwas Eussa)
- Léon Palaux (Mab Armor)
- Jos Parker
- Charles Picquenard (Barz Melen ab Ronan) en 1899
- Dom Alexis Presse, abbé de Boquen
- René Quillivic (Men kalet)
- Lionel Radiguet en 1899
- Vefa de Saint-Pierre (Brug ar Menez Du)[20]
- Gilles Servat
- Yves Tillenon (Al Louzaouer)
- François Vallée (Ab Herve) en 1899
Bardes d'honneur
[modifier | modifier le code]- Paul Bellamy, député de Loire-Inférieure
- Émile Cloarec, député du Finistère (1899)
- Émile Delobeau, sénateur du Finistère (1908)
- André Dezarrois, conservateur du Musée du Louvre
- Roland Dorgelès, écrivain (1929)[21]
- Pierre Even, sénateur des Côtes-du-Nord
- Pierre Fontan, majoral du Félibrige
- Jacques Heugel (Telenn Marzin), éditeur de musique
- Jules Le Bozec, sculpteur
- Anatole Le Braz (Skrêo ar Mor)
- Charles Le Goffic (Eostik ar Garante)
- Marie-Louise Le Manac'h, titrée Lady Mond
- Sir Robert Mond
- Maurice Marchais, député du Morbihan
- Alphonse Rio, sénateur du Morbihan
- Yves Riou, député des Côtes-du-Nord (1899)
- Henri Servain, sénateur des Côtes-du-Nord (1921)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- voir, le site officiel de la Gorsedd de Bretagne
- ↑ Ces titres sont empruntés à l'Antiquité celtique où ils désignaient des spécialisations de la classe sacerdotale. Cette classe sacerdotale a disparu avec la romanisation des Celtes continentaux et insulaires, exception faite de l'Irlande où la civilisation celtique a perduré jusqu'à l'évangélisation de l'île.
- ↑ « La Gorsedd des druides, pour la première fois à Plouhinec, dans le cap Sizun », sur France 3 Bretagne, (consulté le )
- ↑ Erwan Chartier-Le Floch, « Bientôt une charte officielle ? Ça barde chez les druides ! - », (consulté le )
- ↑ Marie-Alice Le Corvec, « Les “Lettres de Grande-Bretagne” de François Jaffrennou », sur DreAM-CollEx, (consulté le )
- ↑ Druides : Jean Le Fustec (Grand Druide), François Vallée et Erwan Berthou. Autres fonctions : François Jaffrennou, Alfred Lajat, Léon Le Berre, Francis Éven.
- ↑ Le titre de « Grand druide » est une invention galloise contemporaine de la création de la Gorsedd britannique en 1792.
- ↑ Joseph Rio, Auguste Brizeux…: l'inventeur de la Bretagne ?,PUR, 2021, p. 54, note 28.
- ↑ Brizeux et Le Gonidec n'avaient pu faire le voyage, car le second était mourant et son jeune ami s'occupait de lui (Joseph Rio, op. cit.)
- ↑ Le Stum, Le néo-druidisme en Bretagne, Ouest-France, coll. « De mémoire d'homme : l'histoire », , 31 p. (ISBN 2-7373-2281-2), chap. 3
- ↑ Philippe Le Stum, Le néo-druidisme en Bretagne…, p. 151.
- ↑ Echos du procès de Colmar. In : An Oaled : Le Foyer breton, T. 4, n° 19-21, 3e trimestre 1928
- ↑ « Le grand druide de Bretagne : « La Gorsedd, une société de pensée » », sur Le Télégramme, (consulté le )
- ↑ La Civilisation celtique, page 184, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990, (ISBN 2-7373-0297-8). Christian-J. Guyonvarc'h est philologue, spécialiste des langues celtiques et Françoise Le Roux était historienne des religions.
- ↑ Médecin de formation, Gwenc'hlan Le Scouëzec est cofondateur du mouvement maçonnique « Les Forestiers d'Avallon » (voir Rite forestier). Il estimait que la Grande-Bretagne ayant été évangélisée par le Patriarcat d'Antioche, celui-ci avait incorporé la tradition druidique "par osmose" et que lui-même, ayant été investi par un mystérieux initiateur relié à Antioche, était une sorte d'évêque druide sans obligation d'agir comme un clerc chrétien.
- ↑ Développé particulièrement dans le chapitre XXXIX de son livre, La Tradition des druides, 2002.
- ↑ « Etre druide au temps du coronavirus », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ "Mais qui sont ces nouveaux druides bretons ?", Le Vif, 13 juillet 2012.
- ↑ https://francearchives.gouv.fr/findingaid/1935f2e95d9017b982114be999aef00664c9783e
- ↑ https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-chasse-dieu-et-bretagne-les-trois-combats-de-vefa-de-saint-pierre-comtesse-rebelle-906c15f0-db74-11ec-84fd-0d1f31a3fa84
- ↑ Voir, An Oaled-Le Foyer breton, n°30, 1929, p. 969.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Joseph Rio, Auguste Brizeux, 1803-1858: inventeur de la Bretagne ?, Presses universitaires de Rennes, coll. « Bretagne références », (ISBN 978-2-7535-8186-9)
- Joseph Rio, « Brizeux, inventeur de la Bretagne ? », La Bretagne Linguistique, no 22, , p. 115–137 (ISSN 1270-2412, DOI 10.4000/lbl.348, lire en ligne, consulté le )
- Thierry Jigourel, Les druides: modernité d'une tradition millénaire, Coop Breizh, coll. « Les indispensables », (ISBN 978-2-84346-172-9)
- Gwenc'hlan Le Scouëzec, La tradition des druides : 1493-2001 histoire des druides armoricains et de quelques autres , Les druides à l'époque moderne, Beltan, coll. « La tradition des druides », (ISBN 978-2-9516454-3-1, lire en ligne)
- Philippe Le Stum, Le néo-druidisme en Bretagne: origine, naissance et développement, 1890-1914, Éd. "Ouest-France", coll. « De mémoire d'homme », (ISBN 978-2-7373-2281-5)
- Michel Raoult, « Les druides: les sociétés initiatiques celtiques contemporaines », BnF ISBN, Éd. du Rocher, (ISBN 2268023362)
- Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les druides, Ouest-France, coll. « De mémoire d'homme: l'histoire », (ISBN 978-2-85882-920-0)
- (br) Yves Berthou Kaledvoulc'h (trad. Philéas Lebesgue, préf. Philéas Lebesgue), Sous le chêne des druides. : Les Triades bardiques avec le texte original gallois. Le mystère de la vie et du monde d'après le Barddas. Le Druidisme et la Destinée de l'homme. [« Dindan Derw an drouzed »] [« Sous le chêne des druides. »], (lire en ligne)
- « Détails à propos de : Le néodruidisme. › Bibliothèque Yves Le Gallo catalogue », sur portailcrbc.univ-brest.fr (consulté le )
